Singulièrement pertinent pour l’analyse des situations contemporaines, le concept de transaction est un outil qui permet d’interpréter toutes les interactions dans leur triple dimension de rapport de place, de rapport de sens et de rapport négocié.
Innovation Pédagogique et transition
Une initiative de l'Institut Mines-Télécom avec un réseau de partenaires
Professeur émérite au Cnam
Président de l’association Biennale internationale de l’éducation, de la formation et des pratiques professionnelles
Singulièrement pertinent pour l’analyse des situations contemporaines, le concept de transaction est un outil qui permet d’interpréter toutes les interactions dans leur triple dimension de rapport de place, de rapport de sens et de rapport négocié.
Quel que soit le niveau où on elles sont observées, pensée finalisante et pensée interprétative sont en transformation constante, continue et couplée. Pas d’image opérative sans projection de l’image anticipée de l’action sur la situation d’action. Le procès de conduite des actions est un procès cyclique et itératif où analyse des besoins, élaboration de projet et évaluations sont profondément liées et se précisent ensemble ; les sciences dites exactes et les sciences dites humaines connaissent les mêmes évolutions. Ce qui est appelé ici mouvement est appelé là transformation. Notre rapport au monde qui nous entoure et à notre propre monde peut s’en trouver profondément unifié…
S’inscrivant dans le cadre d’une problématique croisant construction des activités et construction des sujets-en-activité, le présent texte fait l’hypothèse que l’activité s’effectue toujours dans le cadre de rapports sociaux dont l’analyse peut se faire à partir de la logique d’un procès de travail. Ces rapports ne peuvent être appréhendés et décrits que dans le cadre d’une relation d’implication sujets-activités. Ils sont une construction interne à l’activité. Quand ces rapports ne sont pas conscients pour les sujets concernés, ce qui est souvent le cas, on peut parler de rapports-en-acte. Les rapports-en-acte sont des rapports établis de fait entre les sujets et les composantes de leur environnement physique et social à l’occasion de leur activité. Ils sont inférables à partir de l’observation et de l’analyse de « ce que les sujets en font ». Ils font l’objet d’appréciations sociales et de discours des sujets en termes de rapports de force.
À partir du double constat que l’opposition théorie/pratique ne produit pas d’effet de connaissance, mais qu’elle continue de structurer l’ordinaire des échanges relatifs à l’action, le présent texte s’interroge sur deux questions :
Beaucoup de naïvetés et d’auto-illusions sont régulièrement proférées sur la question du sens.
De la même façon que l’apprentissage ne peut pas consister en une simple appropriation d’un élément’ extérieur (cad le savoir, https://www.innovation-pedagogique.fr/article8610.html ) la construction des sujets par eux-mêmes ne peut pas consister en simple appropriation/transmission de valeurs. Il faut probablement s’intéresser aux voies par lesquelles les sujets construisent le sens de leur activité. L’hypothèse que font les auteurs de ce texte, encore charmés rétrospectivement par le doux babil de leurs enfants en bas âge, comme observé aussi par des chercheurs https://ct3.ortolang.fr/valange/dist/fr/dossier_offre.html?Anae-0_10-babillage-girafe-coupe= , est que s’intéresser aux ‘communications à soi’ peut peut-être y contribuer de façon décisive.
L’’entrée activité’ cherche à rendre compte à la fois de la dimension observable des activités, indépendamment des points de vue de sujets concernés, des sens que les sujets humains construisent autour d’’elles ou des significations qu’ils leur donnent. Elle considère que ces sens et ces significations sont des matériaux ou des objets pour la recherche et non des outils et/ou d’interprétation. Autrement dit, les sciences sociales ont tout à la fois pour objet les activités des sujets humains indépendamment de la conscience qu’ils peuvent en avoir, et les constructions mentales et discursives qu’ils édifient autour d’eux.
Approcher la singularité des actions et des sujets en action est un défi tant pour l’action de connaissance que pour l’action professionnelle.
Le concept de configuration, attaché à rendre compte de la co-présence de composantes régulières et d’organisations singulières constitue peut-être une voie heuristique dans ce sens. Penser en termes de configurations et de reconfigurations, en termes de déliaisons-reliaisons, ne permet-il de préparer aux reconfigurations que constitue l’exercice même de la vie ?
Le langage ‘naturel’ de l’action est fait d’incessantes transitions entre langage pour comprendre et langage pour agir. Ces transitions ne sont pas toujours perçues, que ce soit dans le langage de la recherche ou dans le langage de l’action.
Penser en termes de transformations conjointes est peut-être un moyen de contourner les limites des explications en termes de causalité. Cette voie permet particulièrement de rendre compte de phénomènes habituellement désignés comme relevant de la ‘complexité’ : par exemple la construction / transformation de l’expérience, le passage des logiques d’analyse aux logiques d’action, l’acte de création, les rapports entre conceptualisation et langage
Quelle est la part d’autrui et la part de soi dans la construction de soi ?
L’analyse des interactions entre sujets permet elle de penser ensemble vie sociale et vie personnelle ?