Innovation Pédagogique et transition
Institut Mines-Telecom

Une initiative de l'Institut Mines-Télécom avec un réseau de partenaires

La classe dehors levier pour une pédagogie de la Robustesse par Laure Pillot

4 mars 2026 par Laure Pillot Robustesse 55 visites 0 commentaire

Dans le cadre de mon expérience d’enseignante et d’accompagnements pédagogiques sur ce thème, je propose de soumettre à la discussion le sujet de la classe dehors comme levier pour une pédagogie de la robustesse. En mettant au travail la dimension "située" de la pédagogie au sens premier comme figuré du terme, l’enseignement en extérieur favorise l’émergence d’une pédagogie plus résiliente et connectée aux problématiques de l’Anthropocène.

Une retranscription de l’intervention de Laure Pillot lors du webinaire de la communauté apprenante Robustesse en formation le 4 février.

Note : Dans ces formulations, ce texte est une retranscription qui est restée fidèle à l’oral.

Ce collectif est l’une des 8 communautés apprenantes de la robustesse portées par larobustesse.org.

L’intervention de Laure Pillot

Quelques réactions suite au tour de présentation

Je voulais vous dire que, ceux qui travaillent dans le domaine de l’éducation physique et sportive, font partie des meilleures personnes ressources pour ceux qui se mettent à l’enseignement de plein air, tout comme les enseignants de l’enseignement agricole, puisque je me suis formée à Florac, notamment, dans un des lieux de formation de l’agro, et j’ai rencontré que des experts en enseignement de plein air. Sinon un big up pour le Canada, ce sont aussi des collègues avec qui on travaille très souvent. Je vous expliquerai un petit peu dans quel cadre. Pour les belges, il y a aussi du monde à ce niveau-là, et vous êtes carrément précurseur. Voilà les collègues de Suisse, on se connaît également. Et puis, j’ai vu qu’il y a pas mal de monde de l’ouest, j’habite à Angers, j’ai longtemps enseigné à l’université d’Angers et on va peut-être avoir des liens possibles. Et enfin un d’entre vous a évoqué les liens avec les arts. Cela fait partie de mon parcours, j’ai une thèse en histoire de l’art et archéologie et c’est beaucoup pour ça que j’ai commencé à travailler en extérieur ; cela ne vient pas de nulle part.

Mon contexte

Ce soir, je vais vous parler de la classe dehors, plutôt dans l’enseignement supérieur parce que c’est mon contexte d’activité actuelle, mais j’ai participé à pas mal de choses, pour Canopénotamment, qui est un opérateur de l’éducation nationale, où j’ai écris un parcours de formation à la classe dehors pour les enseignants du second degré (collèges et lycées pour les non français). Et puis, pas mal aussi de formation aller en établissement former les collègues, former les collègues de Canopé.

Et aujourd’hui l’inscription de mon parcours dans ce qu’on appelle les TEDS, les enseignements liés à la transition écologique et au développement soutenable qui deviennent obligatoires à l’université et pour lesquels je trouve que l’enseignement en plein air peut être un levier tout à fait intéressant.

J’ai aussi fait pas mal de recherches quand j’étais enseignante en INSPE, les centres de formations pour futurs enseignants français, j’ai enseigné beaucoup d’heures avec mes étudiants là-bas.

Le cadre de la discussion de ce soir, c’est vraiment d’échanger avec vous depuis la robustesse vers la classe dehors et je vais avoir un échange dans l’autre sens avec des spécialistes des pédagogies impliquées dans la transition écologique à l’université, lundi pour les amener de la pédagogie à la robustesse. C’est ce mouvement là qui, moi, dans l’échange, m’intéresse beaucoup d’avoir avec vous ce soir, pour se nourrir.

La thématique de la classe dehors

page d’accueils du site La classe dehors

Et comme j’ai expliqué ça à Michelet Laurent Marseault en amont du webinaire, sur la classe dehors en France, on a du retard par rapport à la Belgique, au Québec et dans une certaine mesure la Suisse. On est dans un mouvement de structuration scientifique, en sciences de l’éducation et de la formation.Pour ce soir l’idée ce n’est pas de faire une synthèse, c’est vraiment d’ouvrir des pistes de discussion.
C’est un sujet qui existe déjà, je n’invente pas le lien entre classes dehors et robustesse, Olivier Hamant en parle dès qu’on aborde l’éducation, il mentionne en classe dehors, et les biologistes : sortir les enfants, les amener à observer, cela c’est robuste. Sur le site larobustesse.org, c’est également mentionné, ainsi que sur les contributions de pédagogie de la robustesse.

Et puis il y a d’autres mouvements, si la robustesse peut être un mouvement, d’autres groupes d’enseignants, notamment ceux qui se sont reconnus à travers le mouvement slow, comme slow food, Slow academia, on va dire et qui ont discuté de cette question à des espaces de travail.

Vous dire aussi que c’est pas une thématique simple puisqu’on travaille à l’université dans un environnement de performance où les pédagogies alternatives n’ont pas forcément le vent en poupe. Souvent des collègues sont venus me parler pendant que je faisais cours dehors, en pensant que j’étais en train de discuter avec mes étudiants sur la pelouse. Et puis la pédagogie universitaire en général, n’est pas un sujet en France, très consensuel. Souvent, c’est perçu comme une contrainte par les collègues, pas partout, sans bien sûr, je fais des généralités, mais en tout cas on ne se dit pas j’enseigne à l’université, donc il faut que je sois un pro de la pédagogie. Il y a des gens qui sont très forts et d’autres pour qui c’est pas trop leur problème.

Ce soir, c’est pour parler de en quoi la classe dehors peut constituer une corde robuste à l’art pédagogique dans l’enseignement supérieur et la recherche. Et puis on pourra développer où vous voulez, pour les enfants, les crèches, le second degré, et même en formation d’adulte, puisque pour ce soir, je vous parle depuis l’Institut Français de l’Education qui est une structure qui appartient à l’ENS de Lyon où je suis formatrice de formateurs d’enseignants.

Une université vouée à la performance

Premier point de diagnostic déjà autour des questions de la performance universitaire, pour que tout le monde soit à peu près au même niveau d’information. Elle est académique, elle est pédagogique, on attend des résultats, on évalue en permanence. Il y a des gens qui sont payés très cher pour ça. On classe les départements entre eux, les universités entre elles et les différents pays les uns par rapport aux autres, avec les dommages collatéraux que cela entraîne. On a un ministère maintenant tourné vers la performance et la compétition. Maintenant c’est le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, on se demande jusqu’où ils iront. Et quand on parle de déraillage, comme le fait Olivier Hamont quand il intervient et c’est ce qu’il disait aux étudiants récemment de l’ENS de Lyon comment est-ce qu’on peut dérailler pour devenir plus robuste, en tout cas faire dérailler une institution aussi performante, vouée à la performance que l’université française.

Les fluctuation à l’université

Les fluctuations, on en parlait avec Michel, elles sont nombreuses pour l’enseignement supérieur. On a en France une situation où les universités sont autonomes financièrement depuis plusieurs années, ce qui les a toutes mis en déficit budgétaire, je crois qu’il reste peut-être une ou deux qui ne sont pas.

Une instabilité des moyens de personnel, l’IA, le distanciel qui a déglingué tout le monde. Les universités, en france, au moment du déconfinement, ont rouvert après le cinéma, c’est quelque chose qu’il faut avoir en tête ! un nouveau public étudiant. La génération Z, c’est notre public, plein d’augmentation des inégalités, une massification très mal gérée. Ce sont autant d’impacts que on peut souvent entendre dans les présentations sur la robustesse, au sujet des entreprises, en fait, ce n’est pas hasard, puisque les universités françaises, depuis la loi LRU sont censées être gérées comme des entreprises, donc qu’on a à peu près la même situation, et, bien sûr, avec des fluctuations externes : la météo, les conflits, le covid, qui créent beaucoup d’instabilité.

Çela, c’est pour comprendre pourquoi la performance est déjà dans une ère de fluctuation très forte avec un grand mal-être des gens qui y travaillent, pas de tout le monde, comme toujours, mais pour une grande partie des collègues. Et si on reprend la terminologie de la robustesse, avoir voir quelque chose de viable à long terme- on peut vraiment se poser la question pour l’université. La semaine dernière, une lettre ouverte à notre ministre a été écrite par la présidente de l’université de Montpellier, qui a dénoncé la situation "c’est du zola", à propos de la situation catastrophique de l’enseignement supérieur, de la fac qui peut faire douter de sa viabilité à long terme. Cela c’était pour le contexte général comme on ne vient pas tous du supérieur, comme ça, vous savez, un peu, que c’est très compliqué.

La classe dehors

Ressources partagées de l’école du dehors

Maintenant, de quoi est-ce qu’on parle donc souvent aujourd’hui, quand on parle de classe dehors, on va penser aux enfants, aux jeunes enfants. Il y a beaucoup de publications à Ouest-france, dans le courrier de l’est, qui se sont fait une spécialité des classes dehors. C’est la première chose qu’on a en tête. En fait, la classe dehors concerne tout l’enseignement de la crèche, jusqu’au doctorat.

Ce qui la différencie, ce qui va la qualifier et la différencier de la sortie scolaire, c’est la régularité. Si vous sortez une fois, vous faites une sortie. Si vous sortez plusieurs fois sans lien dans l’année, de façon un petit peu chaotique comme ça se fait souvent, vous n’êtes pas en train de faire classe dehors, vous faites des sorties scolaires. Vraiment une dimension très importante pour définir la classe dehors c’est la régularité  ; pas forcément le faire toutes les semaines, mais le faire en tout cas de façon bien régulière.

Ensuite, il y a tout un aspect organisationnel qui pose souvent question aux gens et qui peut un peu freiner : il y a ce rapport au dehors : quand on parle de classe dehors, on pense souvent à des petits enfants en bottes qui sautent dans les flaques d’eau à la campagne. Si on prend une définition de la classe dehors- et c’est la mienne en tout cas- c’est tout ce qui est hors de l’espace habituellement conçu pour enseigner. C’est-à-dire que si vous faites cours dans la cour de votre école, c’est ok, ou de votre fac, dans le jardin de votre fac, c’est ok, pas besoin d’aller en forêt, mais également si vous faites cours dans la rue ou si vous faites cours dans le couloir qui est devant votre salle de classe, à la machine à café. Peu importe, tant que ce n’est pas fait pour, ça marche. L’idée, c’est de dire les choses ailleurs qu’à l’endroit qui a été prévu pour.

Ce qui bouge quand on enseigne dehors, c’est ce que les sociologues de l’éducation appellent la forme scolaire ; c’est ça qu’on fait bouger. La forme scolaire, c’est la relation entre le temps, l’espace et les règles. Dans la classe, dehors, ce qu’on fait bouger en termes de forme scolaire, ce qui arrive immédiatement, c’est l’espace dans lequel on le fait. Mais en fait, on va voir qu’il y a aussi le temps qui est modifié, puisque on n’a pas les mêmes rythmes quand on est hors de la classe et puis les règles, bien sûr, qui vont bouger également. C’est en ce sens où la classe dehors est un levier de modification de la forme scolaire qu’elle me semble pouvoir être un facteur de robustesse.

Les pistes de discussion

Dans les pistes de discussion que j’aimerais bien discuter avec vous, j’en ai trouvé trois. Je vous propose de vous les présenter brièvement et après on peut échanger s’il y en a un a qui vous inspire, ou que vous trouvez nul, ou si vous avez envie d’en rajouter d’autres.

1 Faire corps pour résister aux fluctuations

La première piste est de considérer la classe dehors comme une occasion de faire corps pour résister aux fluctuations. La classe dehors permet de questionner les usages du numérique pédagogique à l’université, mais aussi dans l’enseignement secondaire. Est-ce qu’on a toujours besoin d’un powerpoint pour transmettre le savoir ? En 2026, la première source de dépense des écoles, c’est le vidéoprojecteur pour les matériels pédagogiques, c’est le vidéoprojecteur qui va permettre d’être immobile devant un écran toute la journée. Et cela peut se questionner.

Seconde chose à questionner cela va être toute cette mode des MOOC (dans les TEDS) donc toujours en termes de numérique, et du fait de dire que les contenus liés à la transition écologique vont être dispensés aux étudiants sous forme de MOOC, donc en train de regarder un contenu en webinaire, ce qui se fait beaucoup par manque de moyens ; on a expliqué pourquoi. Mais qui, en fait, génère de la anxiété, notamment en relation au distanciel prolongé qu’ont connu les étudiants. On voit que c’est pas une solution sympa pour eux pour recevoir ces messages.

Autre élément sur la position de faire corps : la classe dehors permet d’accepter tout ce qui est sous-optimalité et redondance, de le rendre acceptable par les étudiants et de le pratiquer. La sous optimalité et la redondance, ce sont des choses que la robustesse évoque souvent en terme de biologie végétale. On verra s’il faut revenir là-dessus en en discussion. En gros, c’est l’idée que, comme la plante, qui ne va pas être à fond en terme de photosynthèse, [un rendement de 1% depuis 3 milliard d’années], vos élèves ne vont pas être forcément être à fond parce qu’il y a de la lumière, des insectes, du bruit, ils ne vont pas être bien assis, pas être tout le temps être sur le moment en action, action, apprentissage, apprentissage. Cela va permettre de se dire que on peut répéter des choses plein de fois à des endroits différents et que c’est ok. On n’est pas toujours obligé d’apporter de la nouveauté en permanence.

Et c’est reconnaître, dans cette redondance, "enseigner, c’est répéter" que le fait de donner des messages à des endroits différents permet de les mémoriser d’une façon différente mais aussi, plus basiquement, de les entendre différemment. Si vous dites que la biodiversité est en train de s’effondrer dans une salle de classe, entre quatre murs, ou après une observation en sciences participatives dans une prairie, c’est pas du tout la même chose. Il y a plein de cas comme ça, sans attendre des différences aussi extrêmes.
Il va y avoir aussi la gestion du temps qui, en classe dehors, est tout à fait aléatoire et pas performante du tout, mais qu’on peut accepter donc, dans cette idée de se rendre plus robuste. Et puis, à résister aux impressions des collègues- je vous parlais des miens, qui interrompaient régulièrement quand je faisais cours la classe dehors.

Cela permet aussi de mieux se relier aux autres, et cela me paraît être aussi un message important de la robustesse à travers les pédagogies qu’on appelle "tête corps, coeur", là aussi, on pourra y revenir s’il y a besoin de développer.

Le fait de bouger en même temps, ou de s’organiser dans l’espace, de faire corps ensemble à l’extérieur, c’est quelque chose qu’on peut soit mettre en scène, soit dont les apprenants s’emparent eux-mêmes et qui va prendre en compte le ressenti, l’émotion, une chose qui est beaucoup plus difficile à faire entre quatre murs. Et puis, bien sûr, ça paraît assez évident, il ya ce que dit Olivier Hamant, toute la reconnexion avec le vivant alentour, dont la biodiversité, mais pas qu,e les insectes aussi, les gens qui passent.
Là, je vous ai mis quelques références sur la posture d’enseignant que je vous laisserai au titre de bibliographie, je ne détaille pas, mais pour dire que ces questions-là de relations aux autres apprenants, de messages qui circulent différemment, elles sont documentées.

Piste 2 la stabilité à court terme

Maintenir le cap tout de suite : comment enseigner dehors permet de faire ça ? Il va y avoir une notion très forte d’adaptation : je fais classe dehors quand j’en ai besoin. C’est un outil de plus et si je le maîtrise suffisamment, cela devient vraiment un allié pour m’adapter à plein de choses différentes.

La plus connue, la plus documentée, c’est la situation climatique. Il fait trop chaud, je sors. Mais aussi, on pourrait dire, moins dramatiquement, puisque les bâtiments ne sont pas adaptés. Tout d’un coup, il y a une super lumière, les petits oiseaux chantent ; je vais aller dans la cour, parce que c’est sympa en fait, et que je sens que mes élèves- ça va leur faire du bien d’apprendre comme ça- ou mes étudiants, peu importe. Ou bien, là, je suis en train de faire un cours sur la littérature française, les hauts de hurlevent. Il pleut, c’est terrible. Je veux les faire sortir et je vais leur raconter ça sous la pluie. Mais cela va leur faire un souvenir pour toujours : on a lu dans une halle, sous la pluie, c’est magnifique.

Et tout ce qui concerne aussi l’acceptation de l’imprévu, c’est-à-dire que quand on enseigne à l’extérieur, on est systématiquement confrontés à la perte du sentiment de tout gérer, qui de toute façon est illusoire, mais là on y est très bien confronté. Cela permet de s’entraîner, de devenir plus robuste.

Gros levier également pour l’interdisciplinarité. : le fait de pouvoir enseigner plusieurs disciplines à la fois à partir de choses que l’on observe. Par exemple, vous mettiez des enfants dans la rue et vous leur dites : ok, on va réfléchir à qui appartient cette rue, le trottoir, les arbres, l’immeuble, la façade... observations, enquêtes, on peut aborder plein de disciplines, éducation, morale et civique, géographie, histoire, etc...

Dans l’espace tel qu’il est aujourd’hui, il semble très difficile de créer un espace de réflexion transdisciplinaire, et c’est pourtant ce dont on a besoin. Je vous ai mis un extrait de Bernard Lahire, qui enseigne au bout de la rue à l’ENS Lyon, qui a écrit un super bouquin "savoir ou périr" et qui dit que maintenant il faut décloisonner le savoir ; je suis convaincue- je n’ai pas fait d’études scientifiques là-dessus actuellement- mais que décloisonner la façon d’enseigner, c’est décloisonner ce qu’on enseigne. Et qu’il faut un nouvel espace pour dire de nouvelles choses. C’est vraiment le le message.

Je vous disais qu’on était en train de créer une revue professionnelle consacrée à la didactique de la classe dehors ; on a un très fort point d’attention sur le fait qu’il se crée des choses, du point de vue des savoirs transmis, qui ne se passent pas de la même façon à l’intérieur. C’est normal, on bouge la forme scolaire.

On a aussi un gros travail en classe dehors sur l’attention qui va être différente et, surtout, qui va pouvoir être différentiable, c’est-à-dire qui ne va pas être la même chez chaque enfant, chez chaque étudiant. Et je l’admets, je sais que je suis en train de faire ça- il y a des enfants qui vont être plus sensibles au soleil, à un bruit, à quelque chose, en fait, ils vont réagir différemment, c’est leur proposer autre chose. Cela permet par ailleurs de faire très facilement de l’inter degré puisque souvent on voit avec des ados, typiquement de quatrième, la classe tragique en France où souvent il y a des gros problèmes de climat scolaire c’est très facile de les faire sortir et de les faire bosser avec des plus petits ou des carrément plus grands, et là, on peut vraiment bouger des choses comme ça.

Je mets juste un point d’attention sur ces affaires de l’enseignement robuste autour de de l’inclusion à prendre en compte. Donc, ok, vous changez la forme scolaire qui est vouée à la salle de classe à ce que tout le monde soit le même individu, dans la même boîte, à la même heure, quel que soit le jour de l’année.

Si vous enlevez ce cadre-là qui est très enfermant, ça ouvre aussi, donc ça enlève aussi quelque chose d’un peu protecteur pour certains enfants. C’est pas qu’il ne faut pas le faire, c’est qu’il faut réfléchir avant et encore mieux connaître son public, mais c’est à nouveau. Les collègues d’EPS sont très habitués à ça. Je vous donne un exemple, : j’enseignais un moment en seine-saint-denis, j’avais beaucoup d’élèves en situation de très grande précarité énergétique, je ne les sortais pas pendant trois heures la journée, quand il faisait froid, sachant que chez eux il faisait froid aussi, par là on s’adaptera.

La piste 3 : Voir ce qu’on pouvait faire de tout ça ? en faire un commun pédagogique
qui aurait une expérience, une existence assez longue.

Je commence par Elinor Ostrom (pour faire plaisir à Michel) qui parle de certains systèmes sociaux qui sont également robustes, notamment en termes de gouvernance. C’est le cas pour ce qu’on pourrait appeler en plus une forme de gouvernance pédagogique. La classe dehors, aujourd’hui, on en parle beaucoup, elle est "à la mode" comme si c’était une nouveauté. En fait, la nouveauté, c’était de mettre les enfants à l’intérieur pour leur faire apprendre des trucs. Ce qui s’est passé depuis que les grecs ont inventé l’école, c’est qu’on a principalement enseigné en extérieur. L’anomalie, elle est post baby-boom : création massive d’établissements scolaires reconstruit sur des modèles un peu prison pour gérer la massification de l’enseignement. C’est une pédagogie ancienne qui se fait encore dans plein de pays de façon assez massive et qui permet de mettre en valeur des spécificités régionales qui peuvent aussi être un facteur de robustesse à à la fois l’ancienneté, le fait que ça existe un peu partout, un peu comme s’il y avait une sorte de biodiversité avec pas les mêmes essences d’arbres partout. Là, c’est pareil, on peut avoir des pédagogies régionales qui prennent en compte l’extérieur, qui change puisqu’on change de région.

Cette affaire de robustesse offre aussi un espace de coopération. J’ai entendu que quelqu’un a travaillé sur ces aspect-là, je serais ravie d’avoir votre retour là-dessus.
Le travail de groupe est facilité, la différenciation on en a déjà parlé la co-animation en extérieur devient quasiment indispensable et donc elle permet à des collègues qui ne sont habitués pas à co-animer des séances de le faire ensemble. C’est quasiment obligatoire, de fonctionner en conception universelle des apprentissages, c’est-à-dire de créer des modules d’enseignement qui sont accessibles à tous, inclusifs pour tout ce que les pédagogies coopératives regroupent, à savoir le tutorat, le travail de groupe, le travail d’équipe, le fait de disposer d’un espace modulable à l’infini et très facilitant ; même chose pour la prise en compte des compétences psychosociales.

Et puis en lien avec aussi avec l’estime de soi, la relation à l’enseignant : en enseignant dehors parfois, les élèves très performants à l’intérieur sont un peu perturbés par l’extérieur, ils ne comprennent plus l’attente, en fait. Au contraire, des élèves qui sont très mal dans le système scolaire actuel, à l’extérieur, comme on change le cadre, vont trouver une occasion de se révéler différemment.Le fait qque la calsse dehors crée des liens différents entre les individus, est aussi un facteur de robustesse, toujours dans le fait de se relier.

Dernier point, dans une pédagogie tournée vers le territoire, il y a plusieurs échelles : à l’échelle du campus ou du collège ou du lycée et l’échelle du quartier. Le fait que l’espace démocratique, historiquement, est un espace extérieur, l’agora des grecs, et le fait d’enseigner en extérieur permet des rencontres qui ne seraient pas possibles au sein de la salle de classe, va être un facteur déterminant, en tout cas très aidant pour tout ce qui concerne l’éducation aux politique.

Pour en revenir à l’université ce serait un pas vers plus de justice sociale, environnementale, puisque on parle, on commence à beaucoup parler des inégalités sociales en termes d’accélération chez les jeunes enfants. En tout cas en France, le système scolaire fait que ces inégalités sociales perdurent dans le temps et qu’on a des étudiants qui sont très discriminés les uns par rapport aux autres et notamment qui ont perdu la capacité d’émerveillement ce qui joue sur leur désir de comprendre et sur leur créativité, enseigner différemment grâce au dehors, peut permettre de travailler sur ces aspects là.

Donc, l’idée, ce serait de recréer du collectif universitaire autour de pratiques différentes de celles actuelles, et donc d’essayer de voir un peu la classe dehors comme un antidote au culte de la performance universitaire.

Compléments

Quelques liens cités

Licence : CC by-sa

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?
[Se connecter]
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom