Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

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Faire croître une culture d’apprentissage !

3 mars 2019 par Marius Veille 458 visites 0 commentaire

Un article repris de https://mariusbourgeoys.ca/2019/03/...

Un article repris du blog de Marius Bourgeoys, un site sous liecnece CC by sa nc

Le virage pédagonumérique nous amène à transformer nos approches pédagogiques afin de développer des apprenants à vie. Il importe donc de créer une culture d’apprentissage dans nos classes, dans nos écoles et dans nos CS. Je vous propose un modèle qui permet de développer un langage commun pouvant soutenir un culture d’apprentissage pour tous. Ici, je mettrai davantage l’accent sur la direction d’école 🙂

Être un modèle

Quand j’offre de la formation en leadership pédagogique, les participants mentionnent souvent l’importance de la modélisation. C’est connu. Le gens font ce qu’ils voient. Les gens reproduisent ce qu’ils vivent avec leurs leaders. Par exemple, on pourrait dire que la qualité des réflexions et des discussions vécues avec les membres du personnel pourrait déterminer la qualité des réflexions et des discussions vécues en salle de classe. D’où l’importance, comme leader pédagogique, de modéliser intentionnellement les comportements pédagogiques attendus de son personnel. Mais qu’est-ce que ça signifie au juste pour la direction d’école ?

Le modèle pédagogique de l’enseignant

En 2012, je publiais L’inukshuk : pour mettre l’élève au centre de son apprentissage, qui fait un survol des 7 stratégies d’évaluation au service de l’apprentissage et en tant qu’apprentissage, telles que présentées dans Faire croître le succès, la politique du ministère de l’Éducation de l’Ontario (MÉO) en matière d’évaluation et de communication du rendement des élèves. Ces 7 stratégies s’appliquent à toutes les matières et à tous les niveaux scolaires. Elles constituent le coeur du modèle pédagogique de l’enseignant en Ontario, à mon avis. Si je suis direction d’école, comment pourrais-je modéliser ces pratiques lorsque je suis avec mon personnel ? Bonne question. Mais explorons davantage d’où viennent ces 7 pratiques pour voir s’il y a lieu de faire un lien plus clair au leadership.

Les 3 processus qui soutiennent les 7 stratégies

Le modèle pédagogique de l’enseignant découle de trois processus, selon Black et Wiliam (2009). Voici une source d’information intéressante au sujet de leur recherche. Les trois processus sont (traduction libre) :

- 1 Susciter des preuves d’apprentissage
- 2 Interpréter les preuves d’apprentissage
- 3 Passer à l’action

Ces trois processus donnent tout leur sens aux 7 stratégies d’évaluation au service de l’apprentissage et en tant qu’apprentissage. Quels liens peut-on faire avec le leadership ?

Le leadership pédagogique, c’est comme Google Maps !

Quand on y pense, la tâche principale de tout leader est d’amener un changement positif dans son milieu. C’est tout. En bref, pour y arriver, le leader doit savoir communiquer clairement la vision, faire une bonne évaluation de l’état des lieux et établir un plan d’action pour actualiser la vision. Le leadership pédagogique, c’est comme Google Maps !

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DESTINATION : Il importe de savoir où on veut aller et peindre un portrait bien clair de ce qui est attendu de la part de tous en matière de pédagogie (p. ex., l’inukshuk), mais aussi en matière d’évaluation du rendement et d’utilisation des technologies, au service de l’apprentissage.

POSITION ACTUELLE : Il importe aussi de bien connaître les forces et intérêts de son personnel en matière de stratégies pédagogiques, de stratégies d’évaluation (J’isole volontairement l’évaluation.) et en matière d’utilisation des technologies, au service de l’apprentissage. Il importe d’avoir une interprétation juste de ce qui se passe présentement dans son école. Ces informations constituent la base sur laquelle la direction pourra s’appuyer pour communiquer et célébrer les progrès de l’équipe, dans l’actualisation du plan d’action : l’itinéraire.

L’ITINÉRAIRE : Qu’on l’appelle Plan d’amélioration d’école, Projet éducatif, Plan d’action pédagonumérique… Le plan, c’est l’itinéraire qu’on se donne pour actualiser la vision (destination). C’est ici qu’il est important d’être flexible dans les moyens et dans les points d’entrée afin que tous les membres du personnel puissent trouver une façon de faire les premiers pas qui ont un sens pour eux. En classe, on parlerait de différenciation. C’est semblable. En ce sens, un plan d’action peut cibler la pédagogie, les environnements d’apprentissage, l’utilisation de la technologie au service de l’apprentissage, l’innovation au niveau des pratiques en évaluation etc. Une excellente façon d’aborder ces aspects avec son personnel, c’est par le biais de théories d’action. Ce sera pour un autre billet 🙂

Bref, de cet angle, le leadership pédagogique ressemble drôlement aux trois processus de Black et Wiliam, non ?

Et si la direction avait son modèle pédagogique…

Au fil du temps, en discutant avec des collègues, en me questionnant sur le leadership pédagogique et sur l’importance de modéliser, je me suis demandé s’il était possible que la direction ait sa version de l’inukshuk. En autres mots, est-ce possible que la direction puisse s’appuyer sur des stratégies claires (un modèle commun) pour actualiser son plan d’action (peu importe le nom du plan). L’idée, c’est toujours d’amener un changement positif. Dans le cas des écoles, c’est d’amener un changement positif dans nos pratiques pédagonumériques pour améliorer continuellement l’expérience d’apprentissage des élèves qui nous sont confiés. Il y a quelques années, Josée Hébert (@joseehebert) et moi avons offert un atelier dont l’objectif était de faire jaillir ce modèle commun. J’ai continué de le faire puisque les discussions sont toujours extraordinaires. Jusqu’à présent, j’ai vécu l’expérience avec environ 600 directions. Voici ce que ça donne. Vous y trouverez un mélange des trois processus de Black et Wiliam et de Google Maps.

Modèle conçu à l’aide des idées de multiples collègues d’un peu partout. Merci !

Le modèle expliqué

QUELLE EST NOTRE CIBLE ? : La première question est au présent. Et ce n’est pas LA cible de la direction. C’est NOTRE cible, comme ce sont NOS élèves et c’est NOTRE école. C’est une question qu’on doit se poser à tous les jours. Elle répond à « Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? » Le leadership d’une direction d’école, ça se passe surtout lorsqu’on sort de son bureau et qu’on va à la rencontre des gens. Les gens nous accrochent au passage : « As-tu deux minutes ? », « Pourrais-tu m’expliquer… ? » C’est tellement stimulant. Et c’est là, souvent, qu’on a l’occasion de communiquer voire de marteler la vision, la destination, de motiver, de rappeler, de féliciter. Or ces moments sont brefs. Alors, pouvez-vous communiquer la vision en 30 secondes ? Quel pourrait être cet énoncé que vous pourriez réutiliser pour amener de la clarté ? Si la cible est claire et qu’elle ne bouge pas, tous peuvent l’atteindre.

COMMENT ALLONS-NOUS PROGRESSER ? : La deuxième question est au futur simple. Elle suppose qu’on se donne un premier plan de match, un itinéraire où tous les membres du personnel ont un point d’entrée. Mais elle suppose aussi qu’il y aura des moments clés où, comme suggéré par Black et Wiliam, nous prendrons le temps d’interpréter où nous en sommes dans le plan afin d’apporter les ajustements requis et afin de célébrer les progrès. Ensemble.

QUELLES SONT LES PREUVES QUE NOUS PROGRESSONS ? : De retour au présent. Si c’est NOTRE plan, NOTRE école et que ce sont NOS élèves, cette question se pose à tous les jours. On se la pose en pédagogie : « Quelles sont les preuves que mes élèves sont en train d’apprendre ce qu’ils doivent apprendre dans mon cours ? » Et au niveau de plan d’action de l’école, en même temps, on se doit de se poser la question : « Quelles sont les preuves que je suis en train d’améliorer tel ou tel aspect de ma pratique ? ou Qu’est-ce qui doit se passer (dans ma zone de contrôle) pour que je sente que les choses s’améliorent dans ma classe ? » Le monitorage. Dans une école où règne une culture de l’apprentissage, le monitorage des progrès des élèves et le monitorage des progrès (nos pratiques) que nous faisons en tant que personnel peut être fait par tous les acteurs. Imaginez un portfolio numérique d’une école, nourri par tous les acteurs…

COMMUNIQUER : On entre dans la partie des verbes d’action du modèle. Un leader, ça communique. Ici, le lien évident avec le modèle de l’enseignant, c’est la rétroaction. C’est vrai et c’est pertinent que la direction donne de la rétroaction. Mais la direction communique ce qui est prioritaire, important et valorisé par sa façon d’utiliser le budget de l’école, par sa façon de répartir et de mettre au service des élèves les ressources humaines et matérielles de l’école, par ses stratégies et sa façon d’utiliser le temps lorsqu’elle est responsable du développement professionnel de son personnel, par son utilisation des médias sociaux pour son école, par les exigences discrétionnaires en matière d’évaluation du rendement des élèves… Les actions du leader communiquent. Ça vaut la peine d’y réfléchir et d’être le plus intentionnel possible.

CRÉER : Pour soutenir la progression, l’amélioration continue de nos pratiques et de nos processus, la direction peut créer des occasions pour son personnel. Pour réfléchir à sa pratique, pour se fixer des objectifs personnels et pour apprendre. Diverses possibilités s’offrent à nous. Ce sera pour un autre billet.

Si la cible est claire et qu’elle ne bouge pas, tous peuvent l’atteindre. @bourmu

Une culture d’apprentissage, ça se crée.

Je vous rappelle que les idées que je vous présente dans ce billet sont le fruit de plusieurs conversations avec des gens de partout, de tous les milieux. Pour moi, ce sont des faiseurs de possible. Des gens qui sont en train de créer, par leurs actions, une culture d’apprentissage dans leur milieu. Comme le dirait John C. Maxwell, le leadership, ce n’est pas un nom, c’est un verbe, c’est être en action, en mouvement. Une culture d’apprentissage, ça se crée par nos actions. Le plan d’action est important. Mais le plan contient des mots. La vision, c’est ce qu’on dit. La culture, c’est ce qu’on fait, ce qu’on vit.

À mon avis, les idées présentées dans ce billet s’appliquent à la salle de classe (enseignant), à l’école (direction), et à la CS (leaders systémiques). Langage commun. C’est de toute beauté.

Et vous ? Quelles sont vos stratégies pour créer une culture d’apprentissage dans votre classe, école, CS ?

Merci de vos commentaires 🙂

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Licence : CC by-nc-sa

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