Innovation Pédagogique
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L’apprentissage à distance : une adaptation continue

27 octobre 2020 par binaire Coopérer 294 visites 1 commentaire

Un article repris de https://www.lemonde.fr/blog/binaire...

Nombre d’entre nous ont dû avec les contraintes du confinement avoir recours pour la première fois de leur vie massivement au télétravail. Certains ont été émerveillés par un apport du numérique qu’ils n’attendaient pas. D’autres ont souligné des problèmes majeurs soulevés par le distanciel. Claude Terosier de Magic Maker propose son point de vue. Dans un cadre particulièrement exigeant, les ateliers avec des enfants dans le cadre d’une structure très distribuée, elle montre comment ils ont fait face et tiré le meilleur de la situation. Bon, les formateurs du numériques étaient mieux que d’autres préparés. Une morale peut-être : il est urgent de nous former tous et toutes au numérique. Serge Abiteboul et Pauline Bolignano.

Un article, point de vue de Claude Terosier de Magic Maker repris du blog binaire une publication sous licence CC by

Cela fait 6 ans que nous faisons des ateliers de programmation créative chez Magic Makers [1], grâce auxquels des milliers d’enfants et de jeunes de 7 à 18 ans apprennent à créer avec le codage informatique. Le 14 mars 2020, suite à l’annonce par le président de la République de la fermeture de tous les établissements scolaires de France, nous avons dû mettre à l’arrêt nos 300 ateliers hebdomadaires. Le 21 mars, ces 300 ateliers reprenaient, à distance, grâce à la visioconférence. En une semaine, nous avons testé un outil de visioconférence, établi une base de bonnes pratiques d’animation, et dessiné les grandes lignes de la manière d’adapter au format visioconférence des contenus d’ateliers interactifs pour des enfants du CE1 à la terminale. Pour que cela fonctionne, nous avons accompagné nos 50 animateurs pour qu’ils puissent devenir à l’aise dans cette nouvelle manière d’animer des ateliers.

Cela a été une période de réinvention très forte, sous la contrainte. Ce qui me frappe, c’est que l’évolution de la manière de mettre en oeuvre nos ateliers a été le miroir de la manière dont nous avons transformé nos pratiques au sein des équipes pour nous adapter au mode distanciel. Car nous avons dû en même temps également adapter nos modes de fonctionnement au sein de Magic Makers. Et cette transformation, au lieu de nous fragiliser, nous a renforcé, apportant des solutions parfois plus efficaces que par le passé à des enjeux de fonctionnement auxquels nous étions déjà confrontés avant le confinement.

La chose la plus importante, en atelier avec les enfants comme au sein des équipes, a été de maintenir le lien humain. Cela a demandé un effort conscient pour transposer les pratiques non verbales et instinctives en pratiques explicites. Nous prenions déjà le temps en début de réunion de faire une “inclusion” ou chaque participant partage ce avec quoi il arrive, énergie ou préoccupations, personnelles ou professionnelles. Ce temps a encore plus d’importance dans une réunion en visioconférence, ou l’on ne peut pas saisir, par la simple présence et gestuelle, l’état d’esprit de chacun, et où l’on ne voit pas tout le monde si chacun ne fait pas l’effort de mettre sa caméra et de parler chacun à son tour.

De la même manière, en atelier, l’utilisation de la caméra pour tous les participants est indispensable. Sinon, il n’y a pas interaction. Car il ne s’agit pas de parler sans savoir si l’on est entendu, mais d’aider chaque enfant à prendre sa place. Là où l’interaction entre l’animateur et chaque enfant est implicite lorsque l’on est dans la même salle, il faut la rendre explicite dans un format distanciel, pour que le lien existe, et que la transmission puisse se faire.

Au-delà de remplacer les réunions en présentiel et les ateliers avec les enfants par des réunions en visioconférence, c’est toute notre façon d’interagir et de communiquer au sein de Magic Makers qui a évolué. La crise est arrivée à point pour nous amener à accélérer la mise en place de solutions face des problèmes que nous n’avions pas encore résolus. Un bon exemple est l’utilisation du tchat, que nous avons appris à utiliser aussi bien dans nos ateliers, qu’entre nos animateurs

Lorsque l’on est connecté en visio, l’utilisation du tchat dédié à la session permet d’échanger des informations entre participants sans perturber le flux de celui qui parle. Celui-ci jugera bon de reprendre à l’oral une question posée à l’écrit dans le tchat visible de tous, ou indiquera à ceux qui ne l’ont pas remarqué qu’un lien a été ajouté pour que tout le monde puisse consulter un document.

Il y a des règles à respecter pour que l’outil soit efficace, et en tant que collaborateurs adultes, ces règles se sont imposées rapidement et implicitement dans nos réunions. Dans le cadre des ateliers, il a fallu expliquer aux plus jeunes comment utiliser ce canal spécifique, qui remplace des signaux non verbaux en atelier : lever la main, bouger la tête et ouvrir la bouche pour signaler que l’on veut poser une question par exemple.

En dehors des réunions, c’est un serveur de discussion qui est devenu un outil de travail incontournable en interne, remplaçant la communication informelle qui ne pouvait plus se faire, et fluidifiant de fait la circulation de l’information au sein de l’organisation. Les animateurs l’utilisent notamment pour demander et donner de l’aide en permanence, puisqu’ils ne peuvent se retourner vers leur voisin qui animerait dans la salle d’à côté pour lui poser la question. Cela démultiplie de fait l’efficacité. Là où il ou elle aurait eu la réponse de celui qui est à côté face à une difficulté concrète, il ou elle a la réponse de toute l’entreprise. Les problèmes se résolvent plus vite, parce que les bonnes pratiques que l’on invente face à une situation nouvelle se diffusent quasiment immédiatement.

Il est intéressant de constater que nous n’avions jamais réussi à faire prendre ce genre d’outil en interne, et que la crise a forcé l’adhésion quasi systématique des collaborateurs, et nous a permis de résoudre une difficulté de communication qui existait déjà avant, nos animateurs étant répartis sur une cinquantaine de lieux.

C’est un exemple significatif de la contrainte qui nous pousse à utiliser un outil numérique pour pallier à un besoin concret et où, au final, l’outil structure et apporte plus d’efficacité à la pratique informelle qu’il remplace, ne serait-ce qu’en supprimant les frontières spatiales et temporelles de l’interaction.

La seconde leçon de cette crise, après l’innovation par la contrainte, c’est l’adaptation permanente. La crise sanitaire, et ses conséquences sociales et économiques, nous a projeté dans une époque où il devient difficile de faire des prévisions plus de quinze jours ou un mois à l’avance. Les solutions que l’on met en place à un instant particulier ne sont plus forcément pertinentes telles quelles un mois plus tard, et demandent une adaptation constante.

Avec le déconfinement, la configuration des réunions a de nouveau été bouleversée. Les réunions qui fonctionnaient de manière fluide lorsque tout le monde était à distance devant son ordinateur n’étaient plus aussi efficaces dans une configuration hybride, avec certaines personnes ensemble physiquement dans une même salle et les autres à distance.

Le choix que nous avons fait est de clarifier qu’il y avait 2 types de réunions, qui sont programmées et menées différemment. Lorsque le fait de se voir est important pour l’objectif recherché, la réunion est programmée en présentiel, en s’assurant que l’on respecte les contraintes sanitaires. C’est le cas pour l’accueil d’un nouveau collaborateur, une réunion de brainstorming, ou même des points de management lors desquels des sujets émotionnels devaient être traités. Concrètement, des situations qui vont contribuer à créer et à entretenir le lien humain. Sinon, la réunion se fait en distanciel. Dans ce cas, même si certains participants sont présents sur le même lieu, ils se connectent individuellement à la visioconférence et non pas depuis la même salle, car autrement la réunion ne fonctionne plus. Avoir dans une réunion distancielle plusieurs personnes en présentiel dans une même salle et les autres à distance est un élément qui empêche la réunion d’être efficace, et c’est souvent une raison pour laquelle des organisations ont arrêté le télétravail à la fin du confinement. Chez nous, dans une même journée, un collaborateur peut se rendre sur son lieu de travail, et alterner des réunions en présentiel dans la même salle, et en distanciel dans des salles distinctes, avec les mêmes personnes.

Cela nous a permis de garder les améliorations apportées par les réunions en distanciel, car malgré la perte d’information et d’échanges non verbaux, elles nous ont permis d’être plus efficaces. Sans temps de transport, et sans “small talk” avant et après, les réunions démarrent à l’heure, et nous sommes souvent plus focalisés sur l’ordre du jour . L’efficacité de l’utilisation de documents de travail collaboratifs, dans lesquels tous les participants peuvent écrire en même temps puisque tout le monde est déjà sur son ordinateur, est encore renforcée.

Les mots clé à mon sens sont bien ceux-là : adaptation permanente, et hybridation. Prendre le meilleur du présentiel et du distanciel, en adaptant le curseur à l’évolution de la situation.

Du côté de nos ateliers, la même logique a prévalu. Grâce à l’épisode du confinement, nous avons découvert que nous pouvions faire fonctionner à distance la dynamique interactive de nos ateliers, confortés par les retours extrêmement positifs des enfants et des parents. Face à l’incertitude de la rentrée, et à cette nouvelle opportunité, nous avons fait évoluer la conception de nos ateliers hebdomadaires pour ce mois de septembre. Nous les avons pensés pour qu’ils puissent être proposés aussi bien en présentiel comme avant, qu’en distanciel pour ceux qui choisiraient de suivre l’atelier en se connectant depuis chez eux chaque semaine.

La rentrée, et l’émergence d’une seconde vague nous conforte dans ce choix de la versatilité et de l’adaptation permanente, aussi bien de nos ateliers, que de nos manières de fonctionner.

Claude Terosier, Magic Maker

Licence : CC by

Notes

[1Magic Makers organise des ateliers pour apprendre le code. L’esprit en est donné par le manifeste : Magic Makers s’engage à former une génération qui a les moyens de résoudre les problèmes auxquels elle est confrontée. Parce que chacun peut créer avec la technologie et avoir un impact sur le monde, enfant comme adulte.

Vos commentaires

  • Le 28 octobre à 17:34, par Ahmed Elyaagoubi En réponse à : L’apprentissage à distance : une adaptation continue

    Innover , se remettre en question pour redorer le blason de son métier au profit d’une École réinventée est devenu un besoin , non un prestige.
    Nos enseignants sont donc astreints ā se recycler pour un agir professionnel qui soit compatible avec drd attentes nouvelle génération .

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