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Méthodes mixtes en éducation : stratégies concomitantes et transformatives

10 janvier 2017 par Matthieu Cisel Veille 109 visites 0 commentaire

Un article repris de https://numpedago.hypotheses.org/74

Ce billet fait partie d’une série d’articles sur les méthodes mixtes en éducation. La lecture des articles précédents est nécessaire pour comprendre le billet du jour, consacré aux stratégies concomitantes et transformatives, deux formes de méthodes mixtes.

Stratégie concomitante avec étayage réciproque

Dans le design concomitant avec étayage réciproque (concurrent with triangulation, pour les anglo-saxons), l’objectif est de confirmer, de corroborer, de réaliser une validation croisée des résultats obtenus au sein d’une même étude. Nous avons préféré le terme étayage réciproque comme traduction du terme triangulation. Les données qualitatives et quantitatives sont collectées de manière concomitante, de sorte à ce que les faiblesses d’un type de données soient contrebalancées par les forces de l’autre type. Généralement, un poids équivalent est donné aux deux types de données dans l’articulation des résultats, bien que cela ne constitue pas une règle d’airain. Les données qualitatives et quantitatives sont analysées de manière séparée, et l’articulation des deux n’intervient que lors de la phase d’interprétation. L’intérêt de cette approche est de maximiser l’information apportée par une étude seule, et le temps de collecte des données est considérablement réduit par rapport à une étude portant sur une seule phase. Néanmoins, les divergences de résultats entre démarches quantitatives et qualitatives peuvent être difficiles à réconcilier.

 Stratégie concomitante imbriquée

Dans le design concomitant imbriqué (concurrent with embed), les données sont également collectées et analysées de manière concomitante. Une forme de données est généralement dominante par rapport à l’autre, de sorte à être subordonnée. Une perspective théorique ne guide pas nécessairement l’étude. L’une des faiblesses de cette approche est le niveau d’expertise requis pour réaliser le mélange des deux types de données lors de l’étape d’analyse, et, à nouveau, la difficulté inhérente à la réconciliation de résultats contradictoires. Les données issues de cette approche peuvent prendre plusieurs formes (Tashakkori & Teddlie, 2003). Caracelli & Greene (1993) proposent quatre stratégies pour mélanger données qualitatives et quantitatives.

L’une est la transformation de données, où des données qualitatives sont transformées en données quantitatives, avec par exemple des approches lexicométriques. Une seconde stratégie est le développement de typologies (Caracelli & Greene, 1993), où un jeu de catégorie sert de cadre pour analyser l’autre forme de données, du qualitatif vers le quantitatif, ou inversement. Une troisième stratégie est l’analyse d’extrêmes, qui correspond à l’échantillonnage théorique. Les cas extrêmes sont identifiés avec un type de données, avec l’objectif d’expliquer pourquoi les cas sélectionnés sont extrêmes. Enfin dans la dernière approche, de consolidation / mélange de données, l’analyse conjointe des deux types de données conduit à la création de nouveaux jeux de données, ou de nouvelles variables sous la formes d’indicateurs qualitatifs ou quantitatifs.

Stratégies transformatives séquentielle et concomitante

Dans les procédures transformatives, le chercheur utilise se sert de la théorie comme d’une lentille, d’un cadre permettant d’identifier les sujets d’intérêt, les méthodes de collecte de données, et les résultats probables d’une étude. Elles peuvent découler sur des démarches séquentielles ou concomitantes. Dans le cas de la séquentielle, la première phase peut se baser aussi bien sur une démarche quantitative que sur une démarche qualitative, et le poids des deux démarches peut être équilibré ou au contraire en faveur de l’une des deux. A l’inverse des stratégies séquentielles exploratoires ou explicatives, le modèle séquentiel transformatif se base sur une perspective théorique, cadre conceptuel qui a une influence plus déterminante sur la conduite de l’étude que dans les cas précédents. Cette approche a davantage d’attrait pour les chercheurs dont la démarche est ancrée dans un cadre théorique fort, mais peu de travaux ont été consacrés au sujet selon Creswell (2009). Nous n’entrerons donc pas dans la définition de critères permettant de différencier les différents degrés d’utilisation d’un cadre théorique. Cette considération imposerait d’entrer dans le détail des modalités d’articulation de la théorie et des données, ce qui sort des objectifs de ce billet.

Je conclue avec ce billet plus court que d’habitude ce petit topo sur les différentes formes de méthodes mixtes. Je tiens à rappeler qu’il s’agit une typologie parmi d’autres. J’en avais croisé quelques autres au cours de ma thèse, et il me semble que Gorard a pas mal écrit sur le sujet. Peu importe la typologie que vous avez en tête, je vous recommande chaudement d’en avoir une si vous vous lancez dans une forme ou une autre de méthode mixte. Cela permet d’avoir les idées plus claires, de formaliser un peu sa démarche. Il est difficile d’être dans les clous en y allant purement et simplement à l’instinct. C’est l’épineuse question de la validité de la recherche, plus qu’épineuse dans le cas des méthodes mixtes. On y reviendra dans le prochain billet.

PS : La bibliographie associée à cet article est disponible dans ce billet.

Licence : Pas de licence spécifique (droits par défaut)

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