Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

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Activité, interactivité, action, interaction

14 avril 2021 par jean-marie.barbier Outils d’analyse 859 visites 2 commentaires

https:.//www.youtube.com/watch?v=StvbtZfm-Jw
Danse des mirlitons- Tchaïkowsky-Disney Fantasia (domaine public)

Un article de Jean-Marie Barbier
Formation et Apprentissages professionnels
EA 7925 CNAM
Chaire Unesco-ICP Formation Professionnelle, Construction Personnelle, Transformations Sociales

L’AGIR : UNE REFERENCE OMNIPRESENTE

« Au commencement était l’action » : fait dire Goethe à son personnage de Faust dans un propos inversé du célèbre prologue de l’Evangile de Jean : « Au commencement était le Verbe ».
Inversion reprise par Freud, et au centre des courants de psychologie dynamique et des cultures ‘pragmatiques’, elle donne à la référence à l’action une place majeure dans la culture occidentale contemporaine.
Dans ses usages académiques, ce concept reste toutefois souvent lié à son usage social. Il qualifie un acte : on ‘entre’ dans l’action. Est célébré le ‘pouvoir d’agir’ https://www.editionsladecouverte.fr/l_acte_est_une_aventure-9782707128782 Les référentiels de compétence contemporains apparaissent comme un désir de maitrise, de domestication de l’agir, alors même que l’agir est largement méconnu.
Investi par la philosophie comme son domaine naturel, le concept d’action est souvent paré des qualités du sujet conscient et responsable. Auteur d’un célèbre ouvrage sur l’action, Maurice Blondel la lie à des questions de conscience, de volonté, de morale, de destinée… https://www.puf.com/content/Laction_1893 .
Dans les travaux de recherche contemporains sur les champs de pratiques professionnelle, en ergonomie et en formation notamment, activité et action sont largement pris l’un pour l’autre. Tantôt l‘activité inclut l’action, tantôt l’inverse…
Pour chercher précisément à clarifier les échanges sur les champs de pratiques, le texte qui suit a pour objectif de proposer quelques définitions de concepts relatifs au domaine de l’agir, propositions entrant plus généralement dans le cadre d’une ‘entrée activité’ ou d’une anthropologie de l’activité » (l’activité, objet intégrateur pour les sciences sociales’ https://www.persee.fr/doc/refor_0988-1824_2003_num_42_1_1831). Cette entrée peut être en effet utilisée pour analyser l’activité comme objet de recherche, mais aussi pour analyser la recherche elle-même comme activité.
Cette entrée permettra par rebond de penser aussi la construction des sujets dans/par/pour leurs activités/actions ; ainsi que les questions de l’agir au contact d’autrui, avec autrui ou sur autrui. Ces concepts n’ont de valeur que de désignation et d’analyse, l’activité étant autre chose que les outils intellectuels qui permettent de l’approcher : certains chercheurs parlent de l’activité comme une ‘énigme’. Ces outils permettent simplement de faire entrer l’activité humaine, objet complexe/ familier, dans notre univers mental/discursif : la pensée ou le discours sur l’activité/action.

L’ACTIVITE : UNE PERCEPTION/TRANSFORMATION DU MONDE ET DE SOI-MEME TRANSFORMANT/PERCEVANT LE MONDE

Dans les nouvelles disciplines ayant pour objet les « champs de pratiques », on constate une tendance récente à désigner leur objet en termes d’activité. Est revendiquée une compréhension et une analyse plus qu’une science proprement dite, même si dernier terme est conservé/revendiqué pour des raisons d’occupation d’un position académique et sociale (sciences de, sciences et techniques de..). La recherche a à la fois pour objet l’activité située, et l’accompagne professionnellement et socialement.
C’est ainsi que par exemple se développent des travaux sur les interactions didactiques, sur les communications professionnelles, sur les activités thérapeutiques et de gestion, sur les activités physiques et sportives, sur les activités de l’ingénieur, sur le travail social etc.
L’activité apparait même comme une entrée privilégiée pour la construction d’outils de pensée qui pourraient être transversaux à plusieurs champs de recherches correspondant à des champs de pratiques.
Mais comment peut-on définir l‘activité’ ?
https://www.puf.com/content/Vocabulaire_danalyse_des_activités
https://www.puf.com/content/Encyclopédie_danalyse_des_activités 57-85

1. L’activité est une transformation.
Elle est une transformation du monde ; c’est ce qu’un’ sujet fait au monde’. C’est une reconstruction du monde physique, social, mental. L’activité ne se réduit pas à l’activité observable : la pensée est aussi une activité.
Elle est en même temps transformation du monde et transformation du sujet transformant le monde ; c’est ce que le sujet se fait en faisant. Ces transformations sont simultanées. Il convient de distinguer le matériau-point de départ de l’activité, les moyens de transformation, le rôle des acteurs et le produit de l’activité.
L’activité fonctionne comme un flux ; elle est à la fois une reconstruction continue du monde, des sujets qui y sont engagés, et d’elle-même.

2. L’activité est une perception :
Elle est à la fois perception du monde (ce que fait le monde au sujet) et perception de soi percevant et transformant le monde (ce que le sujet en activité en éprouve). La perception du monde transforme les entités du monde en objets pour les sujets. Et la perception de soi constitue le sujet-en-activité comme objet pour lui-même. Un objet est une entité du monde présentant une unité d’usage, de sens ou de signification pour des sujets-en activité

3. L’activité est rythmée et régulée par les affects qu’elle génère. Par affect, écrit Spinoza, j’entends les affections du corps par lesquelles la puissance d’agir est augmentée ou diminuée, favorisée ou contrariée » Ethique, III,3 https://www.les-philosophes.fr/spinoza/livres-achat/spinoza-ethique.html . Les affects sont des transformations de tendances d’activité des sujets par, dans et pour l’activité en cours. Ils sont générés/générant.

4. L’activité advient  ; elle émerge. Elle ne donne pas lieu forcément à intention, comme le veut une culture de pensée persistante. Nous ne pouvons pas ne pas agir. On peut faire l’hypothèse qu’il existe une pulsion d’activité, non dissociable d’une pulsion à la préservation de soi en activité. Cette pulsion est diversement nommée par les auteurs : par exemple conatus chez Spinoza (Ethique, III, ibidem), élan vital chez Bergson (https://francearchives.fr/fr/commemo/recueil-2007/39512 ) etc.
L’activité n’est pas différente de la vie.

5. Les activités sont des composantes de l’activité humaine susceptibles d’être distinguées à partir du repérage, par le sujet en activité lui-même ou par un observateur, de régularités dans leur production ou leur produit. Les activités sont des objets de pensée/de discours sur l’activité.

L’ACTIVITE EST PLURIELLE

L’activité humaine présente une caractéristique essentielle : elle cumule, dans le même temps le plus souvent, plusieurs types d’activités n’appartenant pas au même espace pour un même sujet.

Un espace d’activité pour un sujet est un ensemble circonscrit par les entités en interaction entrant dans un processus de transformation du monde, et caractérisable par ce type de transformation. C’est le cas par exemple des activités de pensée qui sont des transformations de représentations mentales, des activités de communication qui sont des transformations de significations offertes, des activités opératoires qui sont des transformations d’objets physiques relevant de l’environnement des sujets.
Ces activités sont des activités sui generis (https://www.puf.com/content/Théorie_de_la_motivation_humaine Nuttin, 1985, 85-86) : elles présentent un autonomie relative de fonctionnement . Comme l’écrivent Sperber et Wilson (http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-La_Pertinence-2269-1-1-0-1.html ,1989, 7) « nos pensées sont restées là où elles ont toujours été, dans nos cerveaux ».
En même temps l’activité se présente souvent comme un cumul par le même sujet de plusieurs engagements dans ces activités de transformation. Les activités de création par exemple, chargées de tant de sens par la société, peuvent être par exemple considérées comme étant dans le même temps des transformations d’objet, des transformations d’activité et des transformations de sujets en activité https://www.editions-harmattan.fr/livre-la_creation_comme_experience_jean_marie_barbier_marie_laure_vitali_martine_dutoit-9782343192925-65098.html.

Des distinctions peuvent être établies selon les rapports qu’établissent entre eux les espaces d’activité dans l’activité. Citons par exemple :
- L’association
Ce rapport peut être caractérisé par un lien de simultanéité de survenance entre plusieurs espaces d’activité dans lesquels se trouvent engagés en même temps les sujets. C’est le cas par exemple le cas des activités d’évocation, qui associent des espaces mentaux et des espaces discursifs ou perceptifs, renvoyant éventuellement à des temporalités différentes https://www.youtube.com/watch?v=xVUfPK4OC6s (passer les annonces).
- L’enchâssement
Ce rapport peut être défini comme le développement, au sein de l’activité, d’une autre activité à partir, sur et pour l’activité principale. C’est le cas en particulier de la réflexion en cours d’action ou de l’élaboration d’expérience. L’enchâssement implique une suspension de l’activité principale en cours.
-  L’investissement mutuel
Ce rapport peut être défini comme un investissement réciproque entre plusieurs espaces d’activités opérant dès lors des transformations jointes. L.S. Vygotski (1985) a ainsi pu parler d’un investissement mutuel de la pensée et du langage, investissement qui apparaît particulièrement bien dans les activités de conceptualisation. Les activités de conceptualisation lient activités discursives et activités mentales. Pour Vygotski, le langage n’exprime pas la pensée, il la réalise . « Le langage devint intellectuel, la pensée devient verbale » (https://halldulivre.com/livre/9782843030048-pensee-et-langage-3e-edition-vygotski-l-s/ 1997, 101,171, 182). L’art peut être considéré comme la jonction d’une activité d’expression et d’une activité de communication ; les figures littéraires, par exemple la métaphore, comme la jonction d’activités discursives associées elles-mêmes à des activités mentales.
- La simulation
Ce rapport peut être défini comme la représentation d’une activité dans un autre espace d’activité ou d’une action dans une autre action. C’est le cas par exemple des activités ludiques, des activités de conduite ou de préparation à l’action.

UNE TRANSFORMATION DE SOI

C’est probablement la remarquable définition que propose Erikson de l’identité qui exprime le mieux la liaison entre transformation de l’activité et transformation du sujet en activité. Le soi est fait de routines, d’habitudes, de tournures d’activité en perpétuelle transformation : il est doté de continuité dans cette transformation (Erikson, 2011 https://editions.flammarion.com/Catalogue/champs-essais/psychologie-et-psychanalyse/adolescence-et-crise). Il est l’unité d’engagement du sujet dans son activité. Il est définissable comme la perception par le sujet de ce qui fait son unité et sa continuité dans cette transformation https://www.innovation-pedagogique.fr/article7251.html .
P. Ricoeur exprime des intuitions analogues en parlant d’idem, de ‘mêmeté’ et plus généralement de mimesis 1 https://www.seuil.com/ouvrage/soi-meme-comme-un-autre-paul-ric-ur/9782020114585

L’INTERACTIVITE : AU ‘CONTACT D’AUTRUI’

Les activités sont souvent des interactivités. Celles-ci résultent de la vie en commun de sujets humains, de la présence et de l’engagement de plusieurs acteurs dans un même espace-temps d’activité. Ce sont des transformations ‘au contact de’. L’interactivité peut être définie comme les transformations mutuelles qu’entraine l’activité de sujets sur l’activité d’autres sujets, du seul fait de leur co-présence, sans organisation ordonnée autour d’une intention d’influence sur l’activité d’autrui.
Le champ est large : us, coutumes , rites, accents…. Ces transformations présentent trois caractères : a) elles sont durables b) elles produisent des caractéristiques communes aux sujets concernés c) elles s’accompagnent de représentations d’appartenance à un même groupe. Elles sont particulièrement observables dans les groupes familiaux mais plus généralement dans tous les groupes dits de socialisation, dont les interactivités produisent des ‘ empreintes’, des habitudes, des ethos, des manières communes . Elles sont parfois considérées comme des apprentissages par le groupe concerné. De telles interactivités sont repérables dans les sociétés animales.
C’est le cas des effets d’influence, définis par le dictionnaire de la psychologie de Sillamy comme « l’ensemble des empreintes et changements que la vie sociale ou les relations à autrui produisent sur les individus ou les groupes, qu’ils en soient ou non conscients » https://www.abebooks.fr/servlet/BookDetailsPL?bi=985314066.
Ces processus ont été largement étudiés par la psychologie sociale
http://classiques.uqac.ca/contemporains/moscovici_serge/conformite_minorite_influence_soc_t1/conformite_texte.html .

L’ACTION : UNE ORGANISATION SINGULIERE D’ACTIVITES ORDONNEE AUTOUR D’UNE TRANSFORMATION DU MONDE
https://www.cairn.info/l-analyse-de-la-singularite-de-l-action--9782130501886-page-13.htm
https://www.puf.com/content/Encyclopédie_danalyse_des_activités 57-85

1. Une organisation d’activités singulière pour les sujets concernés
L’action est une combinaison inédite d’activités, éventuellement provisoirement stabilisées sous forme d’habitudes, renvoyant aux expériences antérieures des sujets et aux traces/empreintes qu’elles ont laissé chez eux. Ces combinaisons inédites interpellent les singularités sous forme vivante. Pour Leontieff « les opérations se forment pour la première fois en tant qu’actions et ne peuvent apparaitre sous une autre forme(…) elles peuvent seulement acquérir ensuite, dans certains cas, le forme de pratiques automatisées » https://www.amazon.fr/développement-du-psychisme-Alexis-Léontiev/dp/220905205X. On pense à l’apprentissage de la marche de jeunes enfants…

2. Ordonnée autour d’une transformation du monde
Les actions sont ordonnées de façon dominante autour de transformations recherchées du monde physique, social, mental, et le plus souvent des trois à la fois. L’intention (in-tensio) est un rapport existant entre des sujets et des organisations d’activités. La conscience ou la verbalisation sont des actes supplémentaires par rapport à l’intention. : les intentions-en-acte sont inférées à partir d’organisations-en-acte d’activité autour des transformations recherchées, comme dans les actes manqués qui peuvent être des actes réussis par rapport à une intention inconsciente, ou qui la révèlent.
L’intention spécifique du management est par exemple d’agir sur l’engagement d’activité d’autrui. L’intention spécifique de l’éducation d’agir sur la survenance d’apprentissages. Celle de la communication d’agir sur la construction de sens à partir de l’offre de signification. Celle du travail social d’agir sur le rapport qu’entretient un sujet avec son environnement social etc. Ce travail de spécification par champ d’action est très heuristique : il est caractéristique de l’analyse des actions

3. L’action est une intervention sur des processus déjà en cours. La notion d’état n’a de sens que dans le cadre d’une opération cognitive ; un état ne constitue en rien une réalité ontologique. Loin de survenir dans un contexte stable, qu’il soit physique, social ou mental, l’action intervient dans des contextes toujours en cours d’évolution, même s’il s’agit de processus très lents. En ergonomie par exemple on présente quelquefois l’action comme une modification du ‘cours naturel des choses’. En formation, l’action éducative intervient sur des processus de construction des sujets déjà survenus dans d’autres lieux que dans les lieux de formation au sens strict.

4. L’action présente une unité de fonction, de sens et/ou de signification pour les sujets qui s’y engagent et pour les partenaires impliqués.

A l’occasion d’une action, on constate habituellement la survenance de représentations ou de construction de représentations mentales, anticipatrices et rétrospectives ayant pour objet, comme la Phronesis d’Aristote (Ethique à Nicomaque) « les choses de la vie » et sa conduite.
-  Représentations ou construction de représentations de cette action elle-même ( les représentations permettent la présence au sujet d’objets éventuellement absents de son environnement) : comme l’indique F.Isambert (Note pour une phénoménologie de l’action in : Ladrière, Pharo, Quéré, La théorie de l’action, https://www.cnrseditions.fr/catalogue/sciences-politiques-et-sociologie/la-theorie-de-laction/ le sujet pratique en débat , 1993) « de toute manière le sens de l’action est tout entier dans le projet, c’est-à-dire dans le futur antérieur qui prépare l’action, qui la guide, puis permet l’évaluation ».
-  Représentations ou construction de représentations de l’acteur comme sujet agissant : dans l’action l’acteur tend à se représenter lui-même en rapport avec son action, avec les affects qui y correspondent, variables en fonction du déroulement effectif.
-  Représentations ou construction de représentations de l’environnement d’action significatif pour le sujet : comme l’a relevé depuis longtemps Husserl, il y autant de mondes environnants que de sujets d’action.

Ces représentations ou constructions de représentations, sont liées : représentations de l’environnement et représentations du sujet agissant s’effectuent au regard de l’action, et réciproquement. Elles forment un réseau d’ensemble possédant suffisamment de cohérence pour que nous puissions parler d’unité dotée de fonction/de sens / de signification pour le sujet, et dans certains cas de cultures d’action.

Cette manière de définir l’action lie dans le lexique de l’action la notion de sujet et la notion d’action https://www.cairn.info/manieres-de-penser-manieres-d-agir-en-education--9782130507079-page-89.htm . Le sujet se définit lui-même comme sujet lorsqu’il agit, se représente ou se présente comme étant la cause de sa propre action. Dans les contextes occidentaux, le mot cause a pu avoir, pour cette raison à la fois le sens de ‘cause finale’ (pour quoi ?) et de cause déterminante (cause ‘causante’ : pourquoi ?)

Ce qui permet de discriminer et d’articuler activités et actions est donc l’intention : l’intention est une organisation de l’action, évolutive, liée à des affects du sujet sur/dans ses activités. Elle est un rapport entre une organisation de l’action et un sujet ; elle accompagne l’action, ce qui ne veut pas dire qu’elle est mise en oeuvre dans l’action. Elle n’organise pas les activités composantes de l’action, elle est relative à leur organisation.

QUELQUES ORGANISATIONS D’ACTION

Il est ainsi possible de distinguer
https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&isbn=2747569039 91-99
 :
-  Des organisations d’actions à dominante opératoire : c’est le cas par exemple de ce qu’il est convenu d’appeler des représentations pour l’action ou de la pensée opératoire : c’est le cas notamment des activités relatives à la conduite des actions. C’est le cas aussi des représentations fonctionnelles, notion proposée par J. Leplat, (Teiger https://veille-travail.anact.fr/osiros/result/notice.php?queryosiros=id:9178 1991, 56) comme des « réseaux de connaissance, de savoirs et de savoir-faire, construits, sélectionnés à partir des besoins de l’action ». C’est le cas aussi des représentations circonstancielles, définies par P.Falzon https://www.decitre.fr/livres/ergonomie-cognitive-du-dialogue-9782706103315.html 1989, 11) comme « un modèle local permettant de traiter une situation particulière et de développer un comportement adapté aux modifications de l’environnement ». C’est le cas aussi de la notion de théorie pratique d’Argyris et Schön https://books.google.fr/books/about/Theory_in_Practice.html?id=S7OfAAAAMAAJ&redir_esc=y 1974, 6) qui serait « constituée d’un ensemble de théories d’action qui spécifient pour une situation de pratique les actions qui, en accord avec les postulats pertinents, produiront les effets désirés ».
C’est le cas également de ce que l’on convient d‘appeler les communications opératives : langages opératoires, outils sémiotiques notamment liés au travail, et en particulier à la sécurité du travail, jargons professionnels, langues de spécialité.
-  Des organisations d’actions à dominante mentale, ce qui est le cas de ce que l’on a coutume d’appeler la pensée verbale, ce qui fait référence à des expressions comme « penser tout haut », « se dire que », « penser dans telle langue ». La pensée verbale a été particulièrement étudiée par Vygotski (1997, 101,171,182 https://fr.shopping.rakuten.com/offer/buy/535362/Vygotski-Lev-Pensee-Et-Langage-Livre.html?bbaid=0&t=10059811 à propos du langage égocentrique de l’enfant. Pour Bakhtine, le mot est « le matériau sémiotique de la vie intérieure, de la conscience (1977, 32,47 https://fr.shopping.rakuten.com/offer/buy/433962/Bakhtine-Mikhail-Marxisme-Et-La-Plilosophie-Du-Langage-Livre.html?bbaid=7485274765&t=10059813 ). Pour Watson et les behavioristes, la pensée est un langage implicite.
C’est le cas aussi de toutes les activités représentationnelles spécifiquement développées par des sujets à propos de leurs activités (prise de conscience au sens de Piaget et Inhelder, réflexion sur l’action, analyse du travail, analyse des pratiques, activités cognitives). Les activités de représentation de l’activité développent moins les compétences d’action que les compétences de gestion de l’action.
-  Les organisations d’actions à dominante communicationnelle, ce qui est le cas bien entendu de toutes les formes dites d’‘expression de la pensée’, probablement mal nommées dans la mesure où la communication qui a pour objet l’activité mentale contribue de façon importante à modifier cette activité mentale.
Mais c’est le cas de toutes les formes de communications sur l’action : attention portée au récit, importance accordée à la didactisation des actions ; place donnée au pilotage discursif des actions ; énonciation de savoirs d’action ou communication d’expérience (https://www.theses.fr/051628112 Astier, 2001). Tous ces dispositifs ont probablement plus pour fonction de donner signification aux actions que de les piloter mentalement

ACTION ET TRANSFORMATION DU MOI
C’est au niveau de l’action que peuvent être également situées les transformations du moi,(ipse chez Ricoeur https://fr.wikipedia.org/wiki/Soi-même_comme_un_autre ), "un moi impliqué dans la progression des événements, vers un aboutissement que l’on désire ou que l’on craint" (Dewey, 2010 http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/L-art-comme-experience).La définition du moi et de ses contours n’est pas dissociable de l’action dont il n’est qu’une face. Le moi est une représentation évaluative par le sujet de ses propres ressources, de son pouvoir d’agir, de sa compétence, de son agentivité. Il peut être défini comme la résultante des actions de pensée du sujet sur lui-même, pour lui-même et par lui-même.

INTERACTION ET TRANSFORMATION DU JE

Les interactions, elles, peuvent être définies comme des actions ordonnées autour d’une intention d’influence de sujets entre eux. Ce sont des actions réciproques, des ‘actions et réactions’, et des transformations entrainées par ces actions réciproques.
Elles recouvrent en particulier les actions de communication qu’on peut analyser comme des offres de significations à intention et/ou à effet de transformation des constructions de sens chez les sujets à qui elle sont adressées. Elles occupent une place centrale dans tous les ’métiers de la société’ comme l’éducation, la santé, l’intervention sociale, l’intervention ergonomique, le management, la sécurité, la gestion des ressources humaines.

C’est au niveau des interactions qu’il convient de situer l’affirmation d’un ‘je’. Le ’je’ est une image de soi adressée par le sujet à autrui et à lui-même. Il correspond à l’identité narrative de Ricoeur https://fr.wikipedia.org/wiki/Soi-même_comme_un_autre. Il s’agit d’ailleurs moins d’un ’je’ que des ’je’, si l’on peut bien tenir compte de la multiplicité des espaces d’énonciation, de discours, de communication, dans lesquels se trouvent les mêmes sujets. Cette perspective autorise en particulier l’étude des phénomènes de ’polyphonie’ (Ducrot, 1984,http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Dire_et_le_dit_(Le)-2058-1-1-0-1.html). Le ’je’ peut aussi être un ’nous’ lorsqu’il s’agit d’un sujet collectif.

La notion d’interactions est utilisée en particulier dans l’univers des communications, mais le phénomène concerne toutes les formes d’activité. G.H.Mead parle de conversations de gestes (https://www.amazon.fr/Mind-Self-Society-George-Herbert/dp/0226516679 Mind, Self and Society, Chicago University Press, 1934). On tend aujourd’hui à parler aussi de ‘chorégraphies d’activité’.

Les interactions s’analysent au niveau des rapports entre sujets qu’elles impliquent. Voici par exemple deux figures d’interaction :
-  Le pouvoir qui peut s’analyser en termes de déclenchement de l’activité d’autrui : qui déclenche l’activité de qui ? https://www.innovation-pedagogique.fr/article9094.html
-  La transaction qui est une adresse réciproque d’activité donnant lieu à estimation de valeur, que nous développerons dans un autre texte
https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=5707

ET LA NOTION DE PRATIQUE ?

Que faire dès lors de la notion de pratique ?
Ce qu’on appelle pratique est en fait un discours que les sujets tiennent sur leur propre activité. Et donc l’analyse des pratiques qu’une activité discursive sur une activité discursive…
Les situations d’évocation de ‘la pratique’ ont généralement pour enjeu l’ostension de l’activité du sujet que l’énonce, et l’ostension de de lui-même en activité.
Peut-être faut -il dès lors analyser la fonction que joue spécifiquement l’évocation de ’la’ (=-sa) pratique dans les interactions. Ne dit-on pas que parler du ‘terrain’, c’est d’abord évoquer ‘là où je me trouve ‘.

Licence : CC by-sa

Vos commentaires

  • Le 30 avril à 17:50, par Claude PERIGAUD En réponse à : Activité, interactivité, action, interaction

    Bonjour
    Merci pour cet article
    En lisant je pense immédiatement au "détour d’un grec par la Chine" de François Juliien qui nous explique qu’Aristote nous a habitué à percevoir via des noms, des concepts, alors que les chinois sentent les transformations.

    Le concept "Etre" vivant est un oxymore inexistant en chinois.

    Quand on est automaticien ou informaticien, on apprend 2 bases dès la première leçon :
    - l’information, ca n’existe pas. ce qui existe, ce sont DES représentations de l’information (sur disque magnétique, en version écrite, etc, etc).
    - La tâche est une instanciation de fonction, jouée par un acteur dans un contexte ; (on emploie peu le mot action qui relie beaucoup de notions).
    A part quelques fonctions globales, mathématiques, la plupart des fonctions sont contextuelles. Déplacer de 1 mm ou 1000 KM , 1 gr ou 1 Tonne ne requiert pas les mêmes moyens. C’est pourquoi la notion de "fonction" a été abandonnée pour passer à la notion de "méthode d’une classe". Les classes (mettons la classe humains) sont organisées en caractérisant ce qui est générique (avoir une origine physique et une origine logique ; le nom par exemple), puis décliner, dériver suivant le sexe, l’âge, etc ... ce qui fait que toutes les méthodes - par exemple manger- changent suivant le contexte.

    Suite à venir

  • Le 30 avril à 17:51, par Claude PERIGAUD En réponse à : Activité, interactivité, action, interaction

    Suite
    Ces phrases font émerger une idée expliquée dans "l’ordre étrange des choses" d’Antonio Damasio :
    Notre mental invente des histoires (inspirées par Aristote ou une autre culture) et est coupé de la physiologie. Effectivement la barrière hémato encéphalique est une coupure formelle... ce qui fait réfléchir.

    D’un coté, le propre du physicien est de lutter contre son cerveau (voir Youtube Etienne Klein Boson de Higgs), d’un autre les neurologues ont du mal à travailler avec les chercheurs étudiant la glie ( lire l’Homme Glial) Les chercheurs sur le fonctionnement de l’ADN ont longtemps parlé de "junk code" avant de commencer à comprendre son rôle (lire "biologie des croyances" de Bruce Lipton

    Tout cela pour dire que je suis ouvert à construire le pont entre sciences dures et sciences humaines ... par exemple pour compléter l’article

    Cordialement
    Claude PERIGAUD

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