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« Faire alliance est une nécessité politique majeure » préparation de la troisième édition de la Biennale internationale de l’éducation nouvelle

18 janvier 2021 par Melanie Veille 405 visites 0 commentaire

Un article repris de http://www.cahiers-pedagogiques.com...

Le CRAP-Cahiers pédagogiques est engagé, au sein d’un collectif de mouvements pédagogiques et d’éducation populaire, dans la préparation de la troisième édition de la Biennale internationale de l’éducation nouvelle, avec des ambitions amplifiées et un souci de renforcer la coopération entre les militants de l’éducation nouvelle. Entretien avec le coordonnateur du comité de pilotage, Jean-Luc Cazaillon, directeur général des Ceméa.

La Biennale de l’éducation nouvelle devait avoir lieu cette année, elle est reportée d’un an par prudence, et du coup elle va prendre une tonalité sans doute un peu différente. Pouvez-vous nous en dire plus ?
La future Biennale de 2022 (date et lieu non encore déterminés) se déroulera après le lancement officiel de Convergence(s) pour l’Éducation nouvelle. Si la philosophie générale de cette future Biennale ne devrait pas changer (un lieu de rencontres, d’échanges, de témoignages de pratiques, d’analyses politiques et d’apports ouvert aux militantes et militants des mouvements pédagogiques porteurs de cet évènement), elle constituera le premier évènement porté par Convergence(s).

Ce sera l’occasion pour les organisations à l’initiative de Convergence(s) de rendre public un manifeste politique affirmant les ambitions militantes, les utopies concrètes, les références fondatrices et intangibles de l’Éducation nouvelle sur les sujets et les actes qui mobilisent nos mouvements. Cette Biennale peut aussi être potentiellement la première à s’ouvrir à d’autres organisations qui agissent au quotidien selon les principes et les valeurs de l’éducation nouvelle tout en inscrivant leurs projets associatifs dans des logiques politiques différentes de celles des organisations fondatrices. Retrouver dans les Biennales à venir, peut-être dès 2022, les dimensions de « provocation », de la « dispute », du faire mouvement qui ont marqué les congrès de la Ligue internationale de l’éducation nouvelle peut faire partie des nouvelles orientations de ces rencontres.

En mars, si cela s’avère possible sur le plan sanitaire, il est prévu de célébrer le centenaire du congrès fondateur de l’éducation nouvelle à Calais. Quel sens cela a-t-il, qu’est-ce qui est prévu et quel rapport avec la future Biennale ?
Au-delà du fait de marquer le centenaire du premier congrès fondateur de la Ligue internationale de l’éducation nouvelle, ce que nous faisons s’apparente à une relance, une renaissance, une redynamisation des logiques fondatrices de la Ligue de 1921. Si créer Convergence(s) pour l’éducation nouvelle en 2021, a été rendu possible par ce que nous avons su produire ensemble en 2017 puis en 2019 lors des deux Biennales internationales précédentes, nous partageons aujourd’hui l’enjeu politique de redonner à l’éducation nouvelle toute sa place dans les enjeux éducatifs à l’échelle internationale.

Faire alliance, créer les conditions pour mieux faire Convergence(s), sont des nécessités politiques majeures quand nous devons lutter contre la marchandisation de l’éducation, quand les pédagogies mises en avant asservissent et instrumentalisent plus qu’elles ne promeuvent l’émancipation, quand la compétition est au cœur des processus éducatifs alors que nos conceptions reposent sur les dimensions de coopération, d’entraide et d’éducation active.

Pour ces raisons, et bien d’autres encore, il fallait créer Convergence(s). En mars, nous rappellerons dans le lieu historique du congrès de 1921, à savoir Calais, qui y était et en quoi il fut un événement marquant. Nous ferons le lien avec les enjeux d’aujourd’hui qui voient la naissance de « Convergence(s) » et nous dirons les ambitions militantes du Manifeste à venir. La Biennale à venir (2022) accueillera le Manifeste rédigé comme l’un des éléments d’un projet politique partagé et le rendra public. Mobilisant des militantes et des militants, elle jouera son rôle d’espace ouvert et dynamique permettant, en confiance : la connaissance, la confrontation, l’échange, la dispute, et l’émerveillement !

L’éducation nouvelle, qu’est-ce que cela veut dire vraiment ? Qu’est-ce qui est encore « nouveau » ?
Pour l’éducation nouvelle, l’action éducative s’inscrit dans le mouvement permanent des contextes historiques, politiques, culturels et sociaux, indissociables des individus et des milieux. Partageant la conviction profonde que chacun a la capacité de s’approprier, d’agir et de transformer le réel pour ne pas le subir, notre action éducative se doit de tenir compte des évolutions des contextes tout en fondant l’action éducative sur la prise en compte des réalités de chacun. Si celle-ci repose sur des valeurs et des convictions, elle ne saurait s’arrêter sur des certitudes, des dogmes. Ce sont ces mouvements permanents qui font que l’éducation nouvelle sera toujours nouvelle car constamment renouvelée. C’est ce qui fait d’ailleurs la force et l’incroyable modernité de nos (vieux) projets éducatifs et politiques en 2021 !

Comment s’y retrouver entre différents courants de pensée qui s’en réclament, bien au-delà des organisateurs de la Biennale ?
Je ne sais pas réellement comment répondre à cette question. Ce que je peux dire, c’est que la dimension politique des projets marque souvent une différence. Si on ne peut pas nier que Montessori fasse partie des références en matière d’éducation nouvelle, si on ne peut pas nier que les enseignants agissant au sein des écoles adhérentes de l’ANEN (Association nationale pour le développement de l’éducation nouvelle) développent des pratiques clairement ancrées dans les principes de l’éducation nouvelle, on peut aisément repérer des divergences politiques dans la nature des postures des écoles Montessori ou de l’ANEN. Le rapport public/privé est posé ! C’est une différence importante dans la façon de concevoir et d’agir qui marque assurément une divergence.

Personnellement, je pense utile de reposer ces questions aujourd’hui et peut-être que Convergence(s) peut y aider. Nul doute, et nous l’avons d’ailleurs constaté nous-mêmes au sein des Biennales, que nos pratiques ne sont pas identiques. Serons-nous capables demain d’accueillir Montessori et l’ANEN, d’autres aussi, dans Convergence(s) pour soutenir ce qui fait sens commun tout en posant de front les points qui grippent ? Je l’espère, car c’était clairement l’esprit de la Ligue Internationale que de pouvoir renforcer les convergences sans fuir les nécessaires débats sur nos divergences. C’est ainsi que le logo peut être compris : un certain éclatement, morcellement, mais une dynamique réelle qui fait convergence !

Propos recueillis par Jean-Michel Zakhartchouk

Les membres de Convergence(s) sont : les Ceméa, le CRAP-Cahiers pédagogiques, la Fespi, la Ficeméa, la Fimem, le GFEN, l’ICEM-pédagogie Freinet, le Lien.
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