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Transformer le monde de l’éducation et du travail : retour sur le Global Forum 2018 organisé par edX

14 décembre 2018 par David Vellut Veille 413 visites 0 commentaire

Un article repris de https://www.louvainlearninglab.blog...

Un article repris du Learning Lab de l’université de Louvain

En novembre dernier se tenait l’édition 2018 du Global Forum organisé par edX à Boston (USA), ville natale de la célèbre plateforme de cours en ligne. Une opportunité pour les 160 partenaires du consortium edX de se réunir, d’échanger leurs idées, leurs pratiques et leurs visions sur l’avenir de l’éducation. L’occasion également de croiser leurs regards avec des acteurs importants du secteur privé.

Car c’est là que réside l’intérêt majeur d’un tel événement : il permet de nous rappeler que l’UCLouvain prend place dans une communauté internationale qui dépasse la sphère belgo-belge, et que les enjeux liés à la transformation de l’éducation sont bel et bien mondiaux.

Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, c’est donc en équipe que nous avons bravé la traversée de l’Atlantique pour faire le plein de chouettes rencontres, d’idées et de bonnes pratiques !

edX Global Forum 2018 : 5 points à retenir

Au menu de cette édition : ateliers, conférences et table-rondes autour du thème “Transforming Education and Work”. Voici les 5 points-clés que nous aimerions partager avec vous, en synthèse de ces deux journées :

N.B. Si les points partagés ci-dessous constituent une production personnelle, ils relèvent d’une réflexion collective et d’un travail d’équipe. Merci donc à mes collègues du projet Louvain moocXperience (Yves Deville, Françoise Docq et Virginie Renson) pour leurs contributions et feedbacks qui ont permis d’enrichir le contenu.

1. Une focalisation accrue sur les compétences à développer

C’est Saadia Zahidi du World Economic Forum qui ouvre le bal, avec un constat qui n’est plus nouveau ni surprenant : plus de 60% des emplois vont subir une profonde transformation d’ici à l’horizon 2030.

Si ce pourcentage varie en fonction des études et des acteurs, il est admis par tous que nous allons rapidement faire face à un sérieux défi : comment s’assurer que nos étudiants et nos alumnis puissent développer et mettre à jour, dans le cadre de leur formation initiale et continue, les compétences attendues sur le marché de l’emploi ?

Notons également que, lorsqu’on parle de développement de compétences, on met depuis plusieurs mois un accent particulier sur les “soft-skills” (notamment les fameux 4C : creativity, collaboration, communication, critical thinking), à tel point que l’on pourrait croire que les “hard-skills” se retrouvent en arrière-plan. Or celles-ci demeurent toujours aussi importantes : il n’est donc pas question de remplacer les hard-skills par les soft-skills, mais bien de mieux les associer dans les cours et programmes existants.

Idée-clé : renforcer les partenariats entre secteurs publics et privés, développer un référentiel de compétences commun entre les acteurs de l’enseignement supérieur et du monde du travail.

2. L’importance croissante de l’apprentissage “on the job”

Lors de sa conférence, Deb Bubb (IBM) partageait une anecdote amusante et révélatrice, selon elle, de la manière dont l’apprentissage devrait évoluer. Alors qu’elle devait s’absenter pour un voyage professionnel, son époux se posait la question de savoir comment préparer des pancakes pour leur fille. Et celle-ci de répondre : “Papa, il suffit de demander à Alexa comment faire…”

Cette anecdote dévoile un élément intéressant : à l’heure actuelle – que nous soyons une université ou un service formation au sein d’une organisation – nous concevons encore trop de cours et de programmes centrés sur les enseignements (“teacher-centered”). Notre défi : partir davantage du point de vue et des besoins des apprenants (“learner-centered”), afin de permettre un apprentissage tout au long de la vie et directement intégré sur le lieu de travail.

C’est ce qui est de plus en plus développé dans certaines organisations, comme IBM, grâce à la mise en place d’un portail de cours en ligne interne. Sur celui-ci, les employés peuvent se connecter où et quand ils le souhaitent, afin de répondre à leurs besoins d’apprentissage au moment où ils en ont besoin. Dans ce cas ci, on passe donc d’un LMS (Learning Management System) à ce qui tend à devenir une LXP (Learning eXperience Platform) : on ne pousse plus les contenus vers les apprenants, ce sont les apprenants qui, au moment où ils en ressentent le besoin, s’inscrivent aux contenus qui les intéressent et pour lesquels ils éprouvent la nécessité de développer leurs compétences.

Notons également que la mise en place d’une nouvelle plateforme ne réglera pas, à elle seule, le problème de l’accès aux apprentissages : c’est avant tout le développement d’une nouvelle culture d’entreprise qui permettra aux collaborateurs de franchir le cap (growth mindset, learning agility…). Une telle culture est donc une condition sine qua non, dans laquelle la formation continue n’est pas considérée comme un “nice to have” mais un investissement essentiel.

Idée-clé : partir des besoins réels des apprenants et mettre à leur disposition les moyens et conditions pour qu’ils puissent se former quand ils en ont besoin, favoriser une réelle culture d’apprentissage au sein des organisations.

3. La transformation du monde de l’éducation et du travail constitue un enjeu collectif

La nécessité de transformer le monde de l’éducation et le monde du travail est inéluctable : tous les acteurs concernés – que ce soit au niveau individuel ou collectif – semblent s’accorder sur le fait qu’il faut faire bouger les choses et amorcer un changement radical… mais à qui revient la responsabilité, au final ?

Toujours selon Deb Bubb (IBM), la transformation de l’éducation et du travail est un enjeu trop conséquent que pour reposer entre les mains d’un seul acteur. Il revient donc à l’ensemble des parties concernées de se mettre autour de la table, de réfléchir et de mettre en place des alternatives crédibles et concrètes : les gouvernements, les organisations du secteur marchand et non marchand, et aussi les établissements d’enseignement primaire, secondaire et supérieur.

Idée-clé : éviter l’isolement, créer des ponts et organiser des rencontres entre tous les acteurs éducatifs et professionnels.

4. Un apprentissage multi-canaux

Si le concept d’apprentissage hybride (“blended learning”) n’est plus nouveau, il s’étoffe et s’enrichit au fil du temps. Plusieurs collègues d’universités partenaires du consortium edX ont ainsi partagé des exemples de dispositifs pédagogiques incluant plusieurs canaux, notamment :

  • Le cours en ligne sur la plateforme edX, bien évidemment, avec des contenus développés spécifiquement pour cette plateforme, reposant sur une large variété de ressources pédagogiques (vidéos, mais aussi textes, infographies, animations…).
  • La mise à disposition d’applications mobiles complétant le contenu du cours, le plus souvent sous forme de jeu sérieux (“serious games”), et aussi de réalité virtuelle et/ou augmentée.
  • Le partage de contenus dédiés spécifiquement aux réseaux sociaux, servant à la fois des objectifs d’apprentissage et de communication pour promouvoir le cours et créer une communauté autour du sujet abordé.

Notons également que, concernant cet aspect de communauté autour du sujet du cours, les enseignants préconisent d’aller chercher les apprenants là où ils se trouvent. Plutôt que de s’acharner à les faire interagir sur les forums de la plateforme edX, mieux vaut parfois, par exemple, créer un groupe Facebook pour permettre les échanges et partages.

Le concept de communauté locale est aussi à prendre en compte. Dans ce cadre, les réseaux sociaux virtuels prennent une place importante dans la palette d’outils à investiguer. Mais les réseaux sociaux présentiels (comme l’organisation de groupes de rencontres via Meetup) constituent également une piste à envisager : ils permettent de faire connaître le cours et de faciliter des interactions entre des apprenants géographiquement proches les uns des autres.

Idée-clé : aller chercher les apprenants là où ils sont, créer un esprit de communauté autour du sujet du cours et déployer plusieurs canaux d’apprentissage et de communication.

5. Une évolution naturelle (voire nécessaire) des MOOCs

Anant Agarwal (CEO de edX) nous le confiait lui-même lors de sa conférence en plénière : les MOOCs d’aujourd’hui ne sont plus les MOOCs du début. Qu’entend-il par là ?

Tout d’abord, un objectif majeur en 2012 était d’attirer une nombre conséquent d’apprenants. À l’heure actuelle, on cherche moins à atteindre une masse d’apprenants que de répondre à des besoins d’une cible plus précise. Que ce soit chez edX ou sur les autres plateformes, on voit émerger des cours davantage spécialisés, centrés sur un contenu beaucoup plus spécifique (des MOOCs “de niche” dirons-nous).

Enfin, le terme “MOOC” n’est quasiment plus employé sur les plateformes anglophones. Faites un tour sur les sites web de edX, Coursera, FutureLearn et Udacity : vous ne trouverez que rarement (voire jamais) l’acronyme “MOOC”, mais plutôt des termes du type “online courses”. De là à dire que les MOOCs sont devenus les cours en ligne d’aujourd’hui et de demain, il y a un pas que nous ne franchirons peut-être pas, mais la question mérite d’être posée : faut-il encore parler de “MOOCs” en 2018 ?

Idée-clé : ne plus hésiter à proposer des cours en ligne “de niche”, visant le développement de compétences spécifiques et de niveau “Master”.

Évoluer et s’aligner, tout en gardant nos spécificités

Si un mot-clé retient notre attention suite à l’événement, c’est celui de “compétences”. En effet, il est revenu à plusieurs reprises au fil des ateliers, conférences et table-rondes, avec comme point de mire : faire dialoguer les établissements d’enseignement supérieur (particulièrement les universités) avec les organisations du secteur privé. Le but ? Créer un langage commun entre les deux parties afin d’aboutir à un référentiel de compétences partagé.

Du côté de edX, on voit clairement que les cours en ligne les plus populaires et demandés concernent des compétences professionnelles, concrètes et directement applicables sur le terrain : business, management, programmation, data science… Pour la plateforme, mettre l’accent sur ces thématiques est aussi une manière d’assurer sa survie financière. Le cas de figure est très similaire du côté des autres plateformes.

Pour les universités, l’enjeu est de taille : leur objectif est-il d’outiller les étudiants à des manières de “faire” stricto sensu ? Ou de leur permettre d’aiguiser leur esprit critique ? Comment travailler main dans la main avec les organisations du secteur privé tout en gardant leur neutralité et leur objectivité ? C’est à ces questions qu’il nous faudra répondre avant de pouvoir faire le prochain pas.

About the Author : David Vellut

Psychologue, conseiller pédagogique et chargé de mission MOOC au sein du Louvain Learning Lab, David Vellut est un passionné d’innovation pédagogique et de développement professionnel, avec un goût prononcé pour la recherche scientifique et les pratiques ’evidence-based’. Sur ce blog, il partage avec vous ses réflexions, conseils et outils pour concevoir des expériences d’apprentissage efficaces et motivantes.

Licence : CC by-nc-sa

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