Apprendre en contribuant à la communauté : un projet intégrateur en intervention neuropsychologique
fbreault
Dans ce numéro, Jessica Talon-Croteau, professeure en psychologie, présente son projet d’innovation pédagogique Apprendre en contribuant à la communauté : un projet intégrateur en intervention neuropsychologique. Elle y décrit une approche d’apprentissage expérientiel qui crée des ponts entre la théorie et la pratique en permettant aux étudiantes et étudiants de concevoir, d’animer et d’évaluer des ateliers d’intervention répondant à des besoins réels de la communauté.
Contexte du projet
Le projet a été réalisé dans le cadre du cours Méthodes d’intervention en neuropsychologie, offert au doctorat en psychologie - cheminement professionnel de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Ce cours vise à développer une compréhension critique des méthodes d’intervention en neuropsychologie et à préparer les étudiant·es à concevoir des interventions fondées sur les données probantes auprès de différentes clientèles.
Le contexte de démarrage du programme, ainsi que la présence d’une petite cohorte de quatre étudiantes, ont offert l’occasion de mettre en place une approche pédagogique collaborative autour d’un projet commun. La proximité avec les milieux de pratique de la région a également facilité le développement de partenariats avec les organisations du Bas-Saint-Laurent, qui ont accueilli favorablement le projet en réponse aux besoins de leur milieu. Le projet est ainsi né de la volonté de créer des expériences d’apprentissage concrètes et significatives pour les étudiantes, en mettant leurs apprentissages au service de besoins identifiés dans la communauté. Il visait également à exposer les étudiantes à l’intervention dès le début de leur formation afin d’en favoriser l’intégration dans leur pratique future, celle-ci demeurant moins présente que l’évaluation chez les neuropsychologues au Québec (Cellard et al., 2026).
Les intentions pédagogiques
- Favoriser la motivation et les apprentissages en intégrant des principes de la neuroéducation (Masson, 2020) (voir section sur les impacts sur l’enseignement)
- Remplacer un enseignement magistral par une approche expérientielle
- Encourager le travail collaboratif et stimuler la créativité
- Développer la capacité des étudiantes à adapter leurs interventions et leur communication à partir de la rétroaction des personnes rencontrées, et non uniquement de celle de la professeure
- Exposer les étudiantes à différentes clientèles afin de les aider à préciser leurs intérêts en vue des stages.
Offrir une première expérience d’intervention neuropsychologique aux étudiantes
Les moyens déployés
Le projet, structuré en plusieurs étapes, s’est déroulé tout au long du trimestre. Après avoir acquis des notions théoriques sur l’intervention neuropsychologique, les étudiantes devaient choisir une clientèle et un partenaire de la communauté, puis identifier un besoin d’intervention. Elles devaient ensuite concevoir et promouvoir un atelier d’une durée d’une heure trente, l’animer et en évaluer les retombées.
Chaque atelier devait comprendre :
- une explication vulgarisée et imagée de la fonction cognitive ciblée
- une activité de stimulation inspirée des meilleures pratiques en remédiation cognitive
- un questionnaire métacognitif amenant les participants à prendre conscience de leur fonctionnement
- un outil visuel favorisant le transfert des apprentissages au quotidien
- un répertoire de ressources à consulter au besoin
Voici un exemple d’outil de vulgarisation du fonctionnement cognitif et de transfert des apprentissages développé par une étudiante dans le cadre du cours.
Chaque semaine, les étudiantes franchissaient une nouvelle étape de leur projet et présentaient leurs productions en classe. Les échanges en groupe permettaient de proposer des améliorations et de faire émerger de nouvelles idées. Des exemples de programmes d’intervention, d’activités de stimulation cognitive et d’outils psychoéducatifs existants étaient aussi testés en classe pour les inspirer.
Contrairement à un travail traditionnel, l’intervention auprès d’une clientèle réelle permettait aux étudiantes de constater directement l’effet de leur communication et de leurs interventions et de s’ajuster en temps réel, plutôt que de s’appuyer uniquement sur une rétroaction théorique.
Les impacts de l’innovation pédagogique sur les apprentissages des étudiantes et étudiants
Aucune évaluation sommative traditionnelle n’a été prévue dans le cadre du cours. Les apprentissages étaient observés à partir de la qualité des ateliers réalisés, les rétroactions offertes ainsi que les réflexions formulées par les étudiantes. Celles-ci ont d’ailleurs exprimé avoir mieux intégré les notions mobilisées dans des interventions concrètes.
Cette expérience a également favorisé le développement de leurs compétences professionnelles. Selon les commentaires formulés par les étudiantes, elles ont appris à mieux cerner leurs forces en intervention, à collaborer et à constater que les connaissances pertinentes sur le plan théorique doivent parfois être adaptées à la réalité et aux besoins de la clientèle. Pour certaines, le projet a permis de confirmer leur intérêt pour une clientèle particulière, tandis que d’autres ont découvert un nouvel intérêt professionnel.
Le projet a suscité un fort engagement tout au long du trimestre. Les étudiantes ont fait preuve d’un soin particulier et d’une grande motivation dans la préparation de leurs ateliers, sachant que ceux-ci répondraient à un besoin réel. Lors du bilan réalisé à la fin des ateliers, elles ont exprimé un sentiment de satisfaction et d’accomplissement lié au fait que leur travail dépassait le cadre universitaire et avait une utilité concrète. Elles ont également rapporté que cette expérience constituait leur première occasion d’exercer un rôle professionnel en contexte réel, et qu’elle les avait préparées au stage de l’année suivante.
Les partenaires ont exprimé leur appréciation et manifesté leur intérêt à renouveler l’expérience. Ces retombées témoignent du potentiel de cette approche pour soutenir les apprentissages des étudiantes, tout en répondant à des besoins de la communauté.
Les impacts de l’innovation pédagogique sur les pratiques d’enseignement
Comme professeure, ce projet m’a amenée à réfléchir à mes propres pratiques d’enseignement et à y intégrer des principes neuroéducatifs visant à favoriser l’apprentissage. À titre d’exemple, le projet était divisé en plusieurs étapes réparties au fil du trimestre, amenant les étudiantes à récupérer fréquemment les notions apprises plutôt qu’à le faire uniquement lors d’un examen. Les rétroactions fréquentes de la professeure et des pairs leur permettaient d’ajuster progressivement leur production jusqu’à sa version finale. Cette démarche leur permettait également de considérer leurs erreurs comme des occasions d’apprentissage et d’amélioration. Leur engagement actif était favorisé par la possibilité de choisir une clientèle ou une problématique correspondant à leurs intérêts. Voir les étudiantes avoir du plaisir à créer et à animer leur atelier, prendre elles-mêmes conscience de leurs erreurs comme de leurs bons coups et être marquées par cette expérience a renforcé ma conviction quant à la pertinence d’offrir ce type d’expérience d’apprentissage.
Ce projet a également constitué un moment charnière dans mon développement comme pédagogue. Réalisé alors que j’étais chargée de cours, il a contribué à mon désir d’occuper un rôle de professeure. Les retombées observées ont confirmé mon souhait de poursuivre une pédagogie qui crée des ponts entre la théorie et la pratique, mais aussi entre le milieu universitaire et les milieux cliniques. Cette expérience m’incite aujourd’hui à aller au-delà des approches plus traditionnelles, à développer de nouveaux projets et à créer des partenariats durables avec les milieux de pratique pour enrichir la formation des futur·es psychologues et neuropsychologues.
Références
Cellard, C., Giguère-Rancourt, A., Blanchette, L., East-Richard, C., Ribon-Demars, A. et Beaulieu-Bonneau, S. (2026). État de situation sur l’intervention neuropsychologique au Québec : Facilitateurs et obstacles perçus par les neuropsychologues. Université Laval. https://www.fss.ulaval.ca/sites/fss.ulaval.ca/files/fss/psychologie/professeurs/rapport-de-recherche_l-intervention-neuropsychologique-au-quebec_mars-2026.pdf
Masson, S. (2020). Activer ses neurones : pour mieux apprendre et enseigner. Paris : Éditions Odile Jacob.
Pour en savoir plus
Association québécoise des neuropsychologues. (s. d.). L’intervention en neuropsychologie. https://aqnp.ca/la-neuropsychologie/lintervention-en-neuropsychologie/
Jolles, J. et Jolles, D. D. (2021). On neuroeducation : Why and how to improve neuroscientific literacy in educational professionals. Frontiers in Psychology, 12, 752151. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2021.752151
Paquette, C. (2009). Guide des meilleures pratiques en réadaptation cognitive. Presses de l’Université du Québec. https://www.puq.ca/catalogue/livres/guide-des-meilleures-pratiques-readaptation-cognitive-1702.html
Pédagogie universitaire. (2026, 8 avril). Lumières sur l’innovation pédagogique - Les Prix du GRIIP 2025-2026. Jessica Talon-Croteau [vidéo]. Youtube. https://www.youtube.com/watch?v=mm5DTRk8bp0
Des conseils ou des réflexions à partager
- Offrir aux personnes étudiantes des occasions d’appliquer leurs apprentissages dans des situations réelles
- Concevoir les activités d’enseignement en tenant compte des besoins, des intérêts et des sources de motivation des personnes étudiantes
- Proposer des projets qui ont une utilité concrète au-delà de l’obtention d’une note, ce qui peut favoriser l’engagement des personnes étudiantes
- Favoriser les échanges avec les personnes qui exercent dans les milieux de pratique afin de s’assurer que les apprentissages proposés sont adaptés aux réalités professionnelles. Ces échanges permettent de confronter les contenus enseignés aux réalités du terrain et de faire émerger de nouvelles idées
Notice biographique
Jessica Talon-Croteau est professeure à l’Université du Québec à Rimouski et titulaire d’un doctorat en psychologie (D.Psy.), concentration en neuropsychologie clinique, de l’Université Laval. Neuropsychologue, elle a exercé pendant dix ans auprès de jeunes présentant des conditions neurodéveloppementales et des membres de leur entourage. Ses intérêts de recherche portent sur la littératie en santé mentale et cognitive, la neuroéducation et le développement d’outils d’intervention adaptés à la diversité des profils cognitifs. Dans son enseignement, elle privilégie des approches favorisant le transfert des connaissances vers la pratique professionnelle.
Mentions de responsabilité
Cette capsule est une production de la Direction du soutien aux études et des bibliothèques (DSEB) en collaboration avec le Groupe d’intervention et d’innovation pédagogique (GRIIP)
Rédaction : Jessica Talon-Croteau
Comité éditorial : Claude Boucher, Geneviève Demers, Marie-Christine Dion, Marie-Ève Gonthier, Andrée Lessard, Angélique Montuwy, Naïma Tebourbi, Hugo Tremblay et Marie-Josée Tremblay
Coordination : Marie-Ève Gagnon-Paré



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