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La chronique narrative : expérience, récits et construction des identités professionnelles en travail social

17 septembre 2026 par fbreault GRIIP Pédagogie universitaire 8 visites 0 commentaire

Un article repris de https://pedagogie.uquebec.ca/le-tab...

La chronique narrative : expérience, récits et construction des identités professionnelles en travail social

fbreault

Numéro spécial
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Dans ce numéro, Sandra Juneau, professeure agrégée en travail social à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et Jonathan Binet, professeur à l’École de counseling et orientation de l’Université Laval présentent leur projet d’innovation pédagogique « La chronique narrative : expérience, récits et construction des identités professionnelles en travail social ». Ils partagent le contexte ayant mené à cette innovation, ses visées et ses retombées sur l’enseignement et les apprentissages des personnes étudiantes.

Le contexte du projet

Le cours « Initiation en intervention sociale et identité professionnelle » est offert au baccalauréat en travail social à l’UQAC dès la première année. Il comprend 72 heures de stage en milieu communautaire et 30 heures de cours. Il est offert deux fois par année au campus de Chicoutimi et une fois au campus de Sept-Îles à des groupes de 15 à 25 personnes étudiantes. Certaines personnes réalisent un stage alors que d’autres en sont exemptées sur la base de leur expérience en intervention sociale (emploi, bénévolat) et ne complètent que les heures de formation en classe. 

En raison de la diversité des profils, des cohortes et des milieux d’enseignement, nous avions le souci d’arrimer et d’adapter nos méthodes pédagogiques afin qu’elles soient plus uniformes et inclusives, notamment pour mieux répondre à la réalité des Premières Nations dans l’intervention sociale. De plus, la thématique de l’identité professionnelle était peu abordée en classe, souvent par manque de temps et de ressources pédagogiques. 

En réponse, nous avons misé sur les pratiques narratives et le Digital Storytelling (DST) afin d’inviter les personnes étudiantes à réfléchir à leur motivation à faire des études en travail social, à identifier l’élément, l’événement déclencheur ou les personnes qui ont inspiré ce choix, puis à documenter leur parcours sous forme d’histoires numériques en se positionnant comme personnage principal.

Les intentions pédagogiques

Plusieurs objectifs pédagogiques étaient visés lors de l’élaboration et la mise en oeuvre de ce projet :

  • Sortir du cadre traditionnel pour favoriser une posture d’apprentissage active et réflexive
  • Favoriser l’apprentissage expérientiel à partir de la mise en récit des expériences de vie
  • Développer la connaissance de soi (forces, points à améliorer, croyances, préjugés, valeurs, etc.)
  • Accompagner le développement d’identités professionnelles cohérentes avec la pratique du travail social
  • Soutenir la singularité et la créativité des futur∙es travailleurs sociaux ou travailleuses sociales
  • Ancrer plus solidement la motivation à devenir des professionnel∙les du travail social

Les moyens déployés

En s’inspirant de la recherche de Lambert (2025) et d’une recension d’écrits sur l’approche narrative et le DST, l’intention était de placer la personne étudiante en position de sujet de savoir. L’approche narrative invite la personne étudiante à narrer ses expériences personnelles et professionnelles, à réfléchir et à construire sa posture ainsi que son identité professionnelle. Les technologiques numériques, images, sons et vidéos sont mis à profit dans la mise en récit, permettant à la personne étudiante de développer simultanément des compétences, telles que la narration, la communication visuelle, la synthèse et l’autonomie technologique. La personne enseignante devient l’accompagnatrice de la mise en récit. À l’aide de guides, de capsules vidéo, de travaux de réflexion, d’ateliers de groupe, d’un logiciel de montage et de grilles d’évaluations, elle aménage tout au long de la session les conditions de réalisation des DST. À cet effet, la réalisation de ce projet découle du travail de deux professeur∙es, trois étudiantes, une conseillère pédagogique et une ressource informatique. Ces personnes ont contribué, à différents niveaux et degrés, à la conceptualisation du projet, à son opérationnalisation et à son évaluation. Une étudiante a révisé les guides et les grilles d’évaluation, puis testé des logiciels de montage, tout en créant un exemple de DST. Sa présence en classe a contribué à rassurer les personnes étudiantes et à répondre à leurs questions. Bien que, a priori, l’utilisation pédagogique du DST semble complexe, dans les faits, elle répond aux habitudes d’expression numérique des personnes étudiantes d’aujourd’hui.

Les impacts de l’innovation pédagogique sur les apprentissages des étudiantes et étudiants

L’intégration du DST dans l’enseignement en travail social s’est inscrite dans une démarche inspirée de la Recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (REA), s’appuyant sur une analyse réflexive de données pédagogiques produites dans un contexte d’enseignement. À partir d’un questionnaire administré auprès de 19 personnes étudiantes, des observations directes de la professeure Juneau et de l’étudiante Lavoie des situations d’enseignement et de rencontres de REA incluant aussi le professeur Binet, le projet a documenté et analysé les expériences étudiantes du DST comme pratique pédagogique ainsi que ses effets sur les apprentissages des personnes étudiantes. Les résultats illustrent que cette pratique pédagogique innovante soutient l’engagement, la motivation et surtout, la construction de l’identité professionnelle, qui est au coeur de la formation en travail social. Le processus de création d’un DST a amené les personnes étudiantes à faire des liens importants entre leur parcours personnel et leur futur rôle professionnel ainsi qu’à explorer leurs valeurs, leurs expériences de vie et leurs motivations à oeuvrer en travail social. Ce travail introspectif et narratif a favorisé une intériorisation plus authentique des principes éthiques et des dimensions relationnelles du travail social. Les personnes étudiantes ont ainsi pu se projeter plus clairement dans leur futur rôle professionnel, avec une meilleure conscience de soi et de leur identité professionnelle. La pratique pédagogique du DST, par son format créatif et participatif, a suscité un engagement élevé des personnes étudiantes tout au long du projet. Plusieurs ont mentionné qu’il s’agissait d’une occasion de s’exprimer autrement qu’à travers des travaux écrits plus classiques, ce qui a contribué à une motivation renouvelée tout en permettant une maturité réflexive plus marquée que dans des travaux plus traditionnels.

Les impacts de l’innovation pédagogique sur les pratiques d’enseignement

La création d’un DST en travail social a eu un impact significatif et multidimensionnel sur les pratiques pédagogiques et l’expérience d’enseignement de la professeure Juneau. Ce projet lui a offert la possibilité de s’éloigner des approches pédagogiques plus traditionnelles et d’explorer, avec le professeur Binet, une méthode plus créative, inclusive et expérientielle. Cette expérience a contribué à renforcer son sentiment d’efficacité pédagogique en observant un engagement plus fort et authentique des personnes étudiantes, dont celles issues des Premières Nations, envers leur apprentissage du travail social, confirmant ainsi la valeur et la transférabilité de cette pratique pédagogique dans l’enseignement de la profession. En plus d’avoir la chance de voir les personnes étudiantes s’approprier leur récit, donner du sens à leur vécu et faire des liens pertinents avec la théorie et la pratique, la réalisation de ce projet a renforcé leur accompagnement personnalisé tout au long d’un processus d’apprentissage plus créatif et réflexif. En somme, ce projet a donné à la professeure Juneau et au professeur Binet l’occasion de cultiver une pédagogie plus humaine, créative et transformative, qui rejoint les fondements mêmes du travail social. Ces deux professeurs ont ainsi amélioré leurs pratiques pédagogiques en se rapprochant des besoins réels des personnes étudiantes et en rendant l’enseignement plus vivant et porteur de sens. La réalisation de ce projet et sa reconnaissance comme innovation pédagogique les motivent à poursuivre l’utilisation de l’approche narrative et de pratiques comme le DST dans l’enseignement universitaire, mais les invitent aussi à poursuivre leurs recherches sur leurs pertinences pour la construction des identités professionnelles.

Références

Lambert, S. (2025). Montre-moi une histoire : Apports et particularités du digital storytelling. Dans I. Perreault et D. Namian (Éds.), Fragments d’images : Entre histoire(s), arts et sociétés (p. 317‑338). Les Presses de l’Université d’Ottawa.

Pour en savoir plus

Pédagogie universitaire (2026, avril). Lumières sur l’innovation pédagogique – Les Prix du GRIIP 2025-2026. Projet de Sandra Juneau et de Jonathan Binet (vidéo). YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=IRMnFsDQ2nI

Robin, B. (2016). The power of Digital Storytelling to Support Teaching and Learning. Digital Education Review, 30,17-29.
Rodriguez, C. L., Garcia-Jiménez, M., Massó-Guijarro, B. et Cruz-González, C. (2021). Digital storytelling in Education : A systemic Review of the Literature, Review of European Studies, 13(2), 13-25. https://doi.org/10.5539/res.v13n2p13

Wang, Y-T C. et Wu, W-C I. (2012). Digital storytelling for enhancing student academic achievement, critical thinking, and learning motivation : A year-long experimental study. Computers Education, 59(2), 339-352. https://doi.org/10.1016/j.compedu.2011.12.012 

D’autres questions à explorer

  • Utiliser le DST est une occasion de valoriser des pratiques alternatives pouvant soutenir autrement les apprentissages et rejoindre une pluralité de profils étudiants
  • Mettre l’accent sur le processus réflexif, la narration et le sens, plutôt que sur la perfection technique, favorise un apprentissage authentique 
  • Créer un cadre sécurisant et bienveillant est essentiel  : balises éthiques, possibilité d’anonymat, respect de la confidentialité et écoute active des rétroactions renforcent l’engagement et l’impact pédagogique auprès des personnes étudiantes 
  • Rendre accessible des ressources simples (tutoriels, exemples, ateliers) pour soutenir les personnes étudiantes qui apprennent aussi à sortir des sentiers battus
     

Notice biographique

Sandra Juneau est professeure agrégée en travail social à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) depuis près de 15 ans. Forte de plus d’une décennie d’expérience en intervention sociale, elle a développé une expertise en approches motivationnelles qu’elle transpose aujourd’hui dans son enseignement. Cette perspective l’amène à privilégier des stratégies pédagogiques centrées sur l’engagement, l’autonomie et la réflexion des personnes étudiantes. Elle s’intéresse particulièrement à l’apprentissage expérientiel et aux pédagogies innovantes dont le digital storytelling, cherchant à créer des environnements dynamiques où théorie et pratique se rencontrent. Son approche favorise l’interaction, la collaboration et le sens donné aux apprentissages.

Jonathan Binet est professeur adjoint à l’École de counseling et d’orientation de l’Université Laval, où il est responsable pédagogique du Stage en orientation (baccalauréat en orientation) et du Stage de pratique professionnelle en orientation (maîtrise en sciences de l’orientation). En pédagogie universitaire, il privilégie des pratiques engageantes, critiques et centrées sur l’émergence d’identités professionnelles plurielles, notamment par le recours au journal narratif, à la photographie et au digital storytelling. À la croisée de l’orientation et du travail social, il vise à accompagner le développement d’une relève en mesure de participer activement au renouvellement des pratiques professionnelles. 

Mentions de responsabilité

Cette capsule est une production de la Direction du soutien aux études et des bibliothèques (DSEB) en collaboration avec le Groupe d’intervention et d’innovation pédagogique (GRIIP)

Rédaction : Sandra Juneau et Jonathan Binet

Comité éditorial : Claude Boucher, Geneviève Demers, Marie-Ève Gonthier, Alain Huot, Naïma Tebourbi

Coordination : Marie-Ève Gagnon-Paré

Licence : Pas de licence spécifique (droits par défaut)

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