La difficulté pour des apprenants de demander de l’aide de manière adéquate est un sujet depuis toujours. L’IA générative avec sa capacité d’avoir une réponse à tout, ne fait que renforcer cette difficulté. Or la capacité de demander de l’aide est une capacité clé. Cela est vrai pour développer sa capacité d’autorégulation dans ses apprentissages, et donc son autonomie. Mais cela est également vrai dans son développement professionnel, pour trouver l’information clé ou la personne ressource qui permettra de réaliser efficacement son travail. Car demander à l’IA n’est ni la seule, ni forcément la meilleure manière de demander de l’aide, et développer des stratégies de demande d’aides fait partie du développement de stratégies d’autorégulation des apprentissages.
Ce billet est un peu fouilli, mais c’est dû au fait que les implications liées à un défaut de demande d’aide, et les modalités de médiation sont de fait multiples est interreliées.
Demander de l’aide à quelqu’un ce n’est pas naturel, beaucoup d’obstacles s’y opposent : difficulté de formuler sa question, difficulté à montrer ses hésitations, peur du regard de l’autre ou de le déranger, manque de disponibilité, risque de diverger de la question initiale, peur de ne pas comprendre la réponse … Depuis longtemps demander à la machine semble plus facile et c’est d’autant plus vrai aujourd’hui qu’elle semble en mesure d’apporter des réponses : l’IA ne me juge pas, elle répète sans se fâcher. Si c’est pendant une séance de TD ou de TP sur machine, elle répond plus vite que l’enseignant qui peut être sollicité par ailleurs.
Par contre, l’IA ne comprend pas forcément la question, ou ne possède pas le contexte exact. Elle peut proposer des réponses qui peuvent être exactes mais hors cadre, ce qui peut jouter à la confusion, surtout lors d’un apprentissage, où l’on ne possède pas toutes les clés pour évaluer la réponse. C’est en tout cas ce que nous constatons souvent dans nos enseignements. D’un point de vue enseignant, deux pistes sont possibles : (1) proposer des IA génératives qui ont été spécialisées avec le contexte (le contenu du cours, les objectifs visés…), ce qui doit permettre d’aider les étudiants notamment entre les temps de classe, (2) reconnaître l’importance de l’interaction en proposant des séances plus interactives, et en encourageant les étudiants à poser des questions.
L’étude proposée par Caitlin Morris et Patti Mae (Same Feedback, Different Source : How AI vs. Human Feedback Shapes Learner Engagement) apportent des résultats qui démontrent que l’engagement des étudiants ne dépend pas que d’une bonne réponse mais bien de connexion sociale. Dit autrement la réussite technique n’implique pas une réussite pédagogique, comme l’écrit Philippa Hardmann dans son billet The Hidden Cost of AI-Generated Feedback.
Pour l’étudiant, savoir arrêter de demander à la machine et passer à l’enseignant est difficile, il faut savoir s’arrêter de tourner en rond face à son écran, avouer qu’on a privilégié la machine, être conscient qu’on a donc peut être pas posé la bonne question. Et pourtant la bonne question démarre simplement par : « je ne comprends pas ». La machine est désarmée face à cette question. L’enseignant, lui, va pousser à la reformulation, à préciser ce qui est déjà compris, il maîtrise le contexte d’enseignement, et sait vers où il veut emmener ses étudiants.
Savoir poser des questions, oser les poser, savoir estimer ce qui nous bloque sont aussi les premiers pas pour pouvoir envisager développer son esprit critique. Il n’est pas possible d’exercer son esprit critique sans (se) poser de question. Il est donc indispensable de dépasser le constat que nos étudiants posent de moins en moins de questions. Le risque est multiple : nos étudiants risquent de sortir de l’école sans savoir interroger un expert, et rester enfermé face à leur machine, ils risquent de se démotiver face à un outil qui les dépasse et qui ne leur apporte pas toujours la bonne réponse, ils risquent de se désengager faute de de renforcement social, de percevoir un manque de reconnaissance par leurs enseignants.
Et les enseignants eux risquent de ne plus trouver de sens à leur métier.
Il est urgent et crucial de réaffirmer l’importance de la présence sociale pendant les apprentissages, d’autant que ce lien est également mis à mal par ailleurs. Il est indispensable, mais insuffisant de réaffirmer sans relâche qu’il est normal dans un apprentissage de ne pas comprendre du premier coup, et que l’enseignant est là pour accompagner, sans juger. Rappeler que les pairs sont également des personnes ressources pour échanger. Bref, mettre en place des conditions favorables à la demande d’aide, à savoir développer un climat de confiance où le doute, la question, l’échange, la bienveillance, mais aussi l’exigence scientifique sont la règle.
En informatique, nous avons depuis longtemps l’objectif qu’un étudiant doit savoir trouver des éléments de réponse soit dans la documentation, soit sur des sites dédiés, et l’IA générative prend le pas sur cette recherche d’information, d’autant qu’elle est souvent intégrée directement dans les outils.
Pour autant, si d’une part il reste indispensable pour l’étudiant de pouvoir valider sa compréhension que la réponse proposée est comprise (sous peine de risquer de développer une atrophie cognitive, une illusion d’apprentissage), il faut d’autre part qu’il apprenne à ne pas perdre rester bloqué dans cette utilisation de ressources, bref savoir arrêter pour aller vers un pair, un enseignant, peut-être en se convaincant qu’il est valorisant pour cette personne d’être sollicitée. Un rappel de cette règle simple est un premier pas, prévoir un temps sur le comment chercher et valider de l’information, y compris via l’IA générative est sans doute utile. Bref, savoir demander de l’aide, a fortiori selon plusieurs modalités, nécessite d’être accompagné pour développer des stratégies efficaces.
Sinon, des séances encourageant les échanges, voire la confrontation d’idées, le fait qu’il n’y a pas de solution unique, sont aussi des moments privilégiés pour instituer un climat de confiance. Il existe de nombreuses techniques d’animation que nous enseignants devons nous approprier pour permettre de développer des telles séances.
Crédit photo : Seeking Help par QuanDao – CC-BY-2.0




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