Innovation Pédagogique et transition
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Les 2 faces de l’environnement numérique d’apprentissage

Un article repris de https://tipes.wordpress.com/2026/01...

L’environnement numérique d’apprentissage (ENA) est avant tout un espace de médiation entre les enseignants et les étudiants/élèves/apprenants (le terme varie suivant les contextes). Dans la littérature, il est généralement abordé selon le point de vue d’un de ces deux groupes, rarement en mettant les deux en regard. Le développement de l’usage des IA génératives rappelle pourtant qu’au delà de l’Environnement Numérique proposé par les Institutions (ENI), les apprenants construisent leur propre Environnement Personnel d’Apprentissage, qui inclut maintenant cette IA générative, pour conduire leurs apprentissages selon leur propre déclinaison d’objectifs d’apprentissage. 

L’Environnement Numérique Institutionnel face à l’Environnement Personnel d’Apprentissage

Le premier point de vue est celui du côté enseignant, et généralement plus largement institutionnel. Plusieurs acronymes existent, ENT pour Environnement Numérique de Travail, LMS pour Learning Management System, VLE pour Virtual Learning Environment, … Le plus célèbre est sans doute Moodle. Appelons le ici Environnement Numérique Institutionnel (ENI). La limite est souvent que si cet ENI est le cadre de l’enseignement, il n’est pas celui de l’apprentissage. 

L’apprenant (je garde ce terme) mobilise différents outils pour réaliser ses apprentissages, cela va du cahier/stylo aux réseaux sociaux pour échanger avec ses pairs et d’autres personnes ressources, et peut être complété, ou pas, par des traitements de texte pour la prise de notes, des outils pour réaliser des activités : calculette, simulateur, environnement de développement informatique, un agenda, des espaces collaboratifs pour travailler en groupe, des sources comme Wikipédia, des outils de recherche, et depuis 3 ans des IA génératives. Cet ensemble d’outils, dont certains peuvent être prescrits, permet à l’apprenant de s’organiser et de transformer l’information reçue en apprentissage. 

C’est l’Environnement Personnel d’Apprentissage, ou EPA.

Si il est souvent terra incognita pour l’enseignant, a pourtant fait l’objet de travaux de recherche qui nous éclairent sur différentes perspectives, en termes d’organisation des apprentissages des apprenants. Popularisé par le Web 2, il est d’abord présenté comme un environnement de services techniques appelé Environnement Personnel d’Apprentissage ou EPA, mettant en avant différents outils du Web 2 comme outils pour apprendre. 

C’est donc aussi l’environnement dans lequel l’apprenant développe sa littératie numérique. L’EPA se décline alors selon plusieurs rubriques : 

  • S’organiser, gérer ses apprentissages
  • Recherche d’informations, veille, curation, nourrir son réseau
  • Analyser, gérer l’information
  • Stocker l’information
  • Publier et partager l’information, collaborer 
  • Gérer son identité numérique

Le développement de cet EPA est ainsi révélateur de la capacité des personnes à gérer et à développer sa capacité à conduire ses apprentissages en autonomie, et donc à développer sa capacité d’apprendre à apprendre qu’il doit acquérir en formation première et qui lui servira tout au long de la vie. 

L’EPA et l’IA 

Le concept d’EPA date de 2007 et a donc bientôt 20 ans. Il a permis d’imaginer de nouvelles manières d’apprendre, avec une approche sociale liée au Web. L’EPA en tant qu’objet de recherche dépasse le cadre des outils pour intégrer la représentation mentale de l’apprenant autour des ressources qu’il mobilise pour développer son projet d’apprentissage. Il permet ainsi de mieux étudier et accompagner la capacité des personnes à gérer et à développer leur capacité à conduire leurs apprentissages en autonomie. De fait, les apprentissages haut niveau : systémique, métacognitif … se déroulent majoritairement dans le cadre de l’EPA. 

L’arrivée de l’IA générative grand public ajoute un nouvel outil à disposition des apprenants, qui si il est bien utilisé permet de nombreux nouveaux usages qui peuvent soutenir les apprentissages (voir par exemple ce guide d’usages, auquel vous pouvez contribuer). 

Il permet également de réaliser des activités qui n’étaient pas possibles avant. La question reste évidemment de savoir si ces activités sont sources d’apprentissage, et ce de quelle nature. 

L’ENI et l’IA 

Si le concept d’EPA reste peu diffusé, toute personne liée à l’éducation est amenée à se connecter à un ENI. En tant qu’enseignant pour déposer ses ressources, proposer des activités, communiquer avec ses étudiants, ou les évaluer. En tant qu’administratif, pour gérer les enseignements (inscriptions, ouverture, …). En tant qu’étudiant, pour accéder aux ressources, déposer un devoir, échanger sur un forum, ou réaliser une activité. 

Certains enseignants utilisent l’IA générative comme outil de productivité, pour construire des ressources, pour proposer des activités, pour préparer des évaluations (voir ce second guide d’usages à destination des enseignants, auquel vous êtes également invités à contribuer) . Pour améliorer leur interactivité, certains utilisent ces outils pour les aider dans les évaluations, ou pour proposer des chatbots qui utilisent des technologies de RAG pour répondre aux questions des étudiants en se basant sur les ressources du cours. Un des intérêts de tels chatbots est qu’ils sont spécialisés par rapport au cadre d’apprentissage visé, et qu’il est possible de régler quelle stratégie de réponse . Mais ces usages restent de l’ordre du « bricolage ». Des sociétés de la edTech tirent parti des premiers retours d’expérience, imaginent et proposent des outils intégrables à des ENI comme Moodle, avec des outils de création de ressources de toutes sortes allant jusqu’à la vidéo, d’activités pédagogiques et de chatbots basés sur le cours. L’avantage est de répondre à une demande en rendant plus facile l’adoption de ces outils et d’en systématiser l’usage dans une institution. Dans tous les cas, pour l’enseignant, l’IA reste bien un outil de productivité. 

Des points de vue qui divergent entre enseignants et apprenants ? 

Du fait de ces approches différentes, un outil de productivité pour l’enseignant, et plus versatile pour l’étudiant. Si l’enseignant ne considère l’IA générative que comme un outil de productivité, sa réaction naturelle sera de déconseiller son usage aux étudiants, voire de la considérer comme triche. 

Mais d’un point de vue pédagogique, si l’IA générative permet effectivement de répondre à des questions plus facilement, voire sans trop réfléchir, elle permet bien d’autres usages plus intéressants en permettant des réponses adaptées au contexte, des feedbacks personnalisés … 

L’enseignant peut proposer des outils adaptés dans le cadre de l’ENI, au travers de ressources plus riches et de chatbots spécialisés. Cela permet de proposer des aides bienvenues pour l’apprentissage, mais cela ne suffit pas. Première raison, l’IA générative reste un outil disponible et sans doute plus accessible pour l’étudiant, ne serait-ce que parce que son accès est à un clic, tellement plus rapide que de retrouver le bon chatbot dans l’ENI. Il faudra donc motiver l’étudiant à utiliser les outils de l’ENI. Deuxième raison, il est de toute façon illusoire de considérer que l’apprentissage des étudiants ne se fait que dans l’ENI. De fait, l’essentiel du projet d’apprentissage de l’étudiant se pense et se construit dans l’EPA, même si localement certaines activités ou certaines aides peuvent se réaliser à la frontière de ces deux environnements. 

Par ailleurs, pour la motivation et pour le développement des capacités cognitives, il est nécessaire de donner à l’étudiant/apprenant un certain contrôle sur ses apprentissages. Ce contrôle se matérialise dans l’EPA. 

L’enjeu pédagogique pour l’enseignant reste donc d’accompagner ses étudiants en précisant des consignes qui permettent les apprentissages visés et le développement de l’apprendre à apprendre

Clarifier les consignes 

L’enseignant, chargé de s’assurer que ses étudiants restent focalisés sur ses objectifs d’apprentissage, doit proposer des consignes sur comment réaliser ces apprentissages. L’apprenant a effectivement à sa disposition toute une panoplie d’outils, qu’il peut mobiliser. Il est possible qu’il ne connaisse pas ces outils, il est également probable qu’il utilise les mêmes outils que ses pairs. A eux tous d’apprendre à les utiliser de manière pertinente, ce qui n’est pas garanti si aucun cadre n’est proposé dans une formation. 

Certains enseignants souhaitent se concentrer sur des apprentissages, disons disciplinaires. Les consignes devront être explicites sur les processus visés et les outils correspondant. D’autres enseignants peuvent également souhaiter accompagner le développement de capacités à conduire ses apprentissages en autonomie. Il pourront alors proposer des modalités tirant parti des EPA organisés par les étudiants à partir des outils à leur disposition. 

Cette diversité d’approches est inhérente à toute formation, par contre elle impose à chacun de clarifier ses intentions, ses attentes et ses consignes. 

En guise de conclusion 

Prendre conscience que l’apprenant dispose de nombreux outils pour l’aider à apprendre, et qu’il peut les mobiliser sous forme d’un EPA pour répondre à son projet d’apprentissage, est aujourd’hui indispensable pour lui permettre d’apprendre au mieux est indispensable pour leur permettre d’acquérir les apprentissages visés, notamment ceux de l’apprendre à apprendre. 

En croisant les guides d’usages, eux-mêmes basés sur des retours d’expériences et d’usages, il est intéressant de voir à quel point l’approche est divergente. Coté apprenant, cela veut dire prendre conscience de l’approche spécifique liée aux apprentissages qui diffère d’un usage plus orienté résultat.

Pour l’enseignant, cela veut également dire qu’il va falloir apprendre à considérer les IA génératives ou pas, sous trois angles : 

  1. Comme un outil de productivité dans son métier de développement de cours ;
  2. Comme un outil parmi d’autre dans la boîte à outils de l’EPA de l’étudiant, qui pourra tirer parti d’un accompagnement pour mieux conduire ses apprentissages et développer sa littératie numérique et IA ;
  3. Et aussi comme un outil qui change la manière de réaliser des tâches, et donc modifie la manière de manipuler les concepts d’un cours et les savoir-faire et savoir-être à développer, mais cela est un sujet. 

Vaste chantier en tout cas. 

Bonus : 

Pour ceux qui ne l’auraient pas vue, la vidéo de Micode, La Fabrique à Idiots a séduit beaucoup de monde. Elle présente en quoi l’IA générative présente des risques d’atrophie cognitive, d’illusion d’apprentissage, et présente en quoi il est nécessaire de conserver la maîtrise des concepts mobilisés, et de développer sa métacognition. D’une grande clarté et très pédagogique. 

Image : Self-Portrait, par Pierre Lognoul , licence CC-by-ND

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