Innovation Pédagogique
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Pour un supérieur créatif et innovant

8 mai 2021 Veille 236 visites 0 commentaire

Un article repris de http://www.cahiers-pedagogiques.com...

La créativité et l’innovation font désormais partie de compétences essentielles attendues sur le marché de l’emploi. Mais comment les appliquer dans l’enseignement supérieur pour que les étudiants y soient préparés ? Quelques pistes de réflexion, entre transdisciplinarité et design thinking.

En France, d’après la Direction générale de l’enseignement scolaire, l’innovation se rapporte à l’expérimentation et vise à améliorer la réussite des apprenants grâce à la personnalisation des enseignements sans nécessairement agir sur les contenus. La créativité va aussi généralement de pair avec l’innovation. Il s’agit alors de créer pour innover ou d’innover grâce à la créativité.

Dans la littérature scientifique, le changement en éducation peut prendre différentes formes. Deux grands types de changements sont alors distingués : une réforme ou une nouveauté se traduisent par une novation (une invention) ou une innovation, c’est-à-dire par l’application de la novation dans un contexte donné ; la rénovation est un processus enclenché après la mise en place d’une nouveauté qui questionne le changement instauré et apporte les changements nécessaires si besoin.

En enseignement supérieur, le terme innovation est différent. Plusieurs auteurs tels que Jean-Pierre Béchard [1] affirment que l’innovation pédagogique représente tout ce qui ne relève pas de l’enseignement magistral ou frontal. Or, on le sait, l’enseignement supérieur a longtemps été conservateur, et cette méthode traditionnelle est toujours utilisée par la majorité des enseignants, tous niveaux confondus. Le caractère novateur de l’innovation relève ainsi de la différence vis-à-vis de la norme du point de vue pédagogique ou encore curriculaire.

De plus, le concept de créativité renvoie à l’apprentissage (creative learning) et celui d’innovation à l’enseignement (innovative teaching). En effet, ce qui fait sens pour nous, lorsque nous nous questionnons sur la créativité et l’innovation, relève des compétences des étudiants et des enseignants.

DES COMPÉTENCES CLÉS SUR LE MARCHÉ DE L’EMPLOI

Lorsqu’on s’intéresse au marché de l’emploi, la créativité fait désormais partie des compétences clés. L’économie de la connaissance a, en effet, généré de nouvelles compétences telles que la résolution de problèmes complexes, la pensée critique ou encore la créativité. Les étudiants doivent détenir et savoir entretenir ces compétences dites « transversales », devenues essentielles quel que soit le type d’emploi. Cependant, d’après Ken Robinson, l’école ne favorise pas suffisamment la créativité, alors que cette compétence est demandée par les chefs d’entreprise. Selon lui, il est essentiel de permettre aux élèves de découvrir ce dont ils sont capables, et de « se lever, bouger et danser », de façon à ce qu’ils puissent entretenir leur développement corporel.

À titre d’exemple, « on constate que l’inclusion de la danse dans la scolarité permet aux élèves de s’améliorer dans toutes les disciplines » [2]. Il est vrai que l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), l’organisation américaine Battelle for Kids, ou encore France Stratégie, par exemple, mentionnent que les compétences d’aujourd’hui et de demain se concentrent sur trois axes : les compétences génériques d’apprentissage, les compétences d’innovation et de créativité ainsi que les compétences de collaboration, tandis que, selon Robinson, peu de programmes de formation des enseignants ciblent l’enseignement ou le développement des compétences nécessaires au XXIe siècle.

Cultiver sa pensée créative n’est pas inné. Pourtant, les étudiants sont souvent formés d’après un modèle qui scinde les apprentissages en disciplines, alors qu’ils vont travailler au sein d’équipes professionnelles interdisciplinaires, comme le montre François Taddei [3]. Le savoir académique conventionnel est toujours présent au sein des établissements du supérieur, où traditionnellement, les enseignements sont majoritairement transmissifs et laissent peu de place à la créativité. Or, développer son esprit créatif s’apprend. Pour plus d’autonomie et d’esprit critique chez les étudiants, l’approche par projet semble être à privilégier, parce qu’elle invite les étudiants à coconstruire des compétences attendues par les employeurs qui leur permettront d’agir et d’évoluer dans un monde complexe.

TRANSDICIPLINARITÉ ET DESIGN THINKING

À l’heure où la formation du personnel enseignant du supérieur est questionnée et très largement développée au sein des établissements, il convient d’encourager l’enseignement innovant et d’adapter les démarches en créativité à l’enseignement supérieur dans un esprit de transdisciplinarité. D’après Ferrari, l’enseignement innovant est le processus qui conduit à l’apprentissage créatif, par le développement de nouvelles méthodes, de nouveaux outils et de nouveaux contenus au bénéfice des apprenants.

Pour faciliter ce renouvèlement des pratiques et des outils d’enseignement, les enseignants pourraient apprendre à concevoir et à animer des ateliers dits « créatifs » adaptés à leur enseignement et leur discipline. L’approche par projet que nous évoquions précédemment en est un exemple. Celle-ci fait appel aux démarches de créativité et de design thinking et semble particulièrement adaptée.

Effectivement, le design thinking, c’est « l’ensemble des méthodes et des outils qui aident, face à un problème ou un projet d’innovation, à appliquer la même démarche que celle qu’aurait un designeur. C’est une approche de l’innovation et de son management qui se veut une synthèse entre la pensée analytique et la pensée intuitive. Il s’appuie beaucoup sur un processus de cocréativité impliquant des retours de l’utilisateur final. Ces méthodes ont été élaborées dans les années 1980 par Rolf Faste sur la base des travaux de Robert McKim » [4]. Nous y voyons donc ici une initiative pédagogique à faire connaitre et à valoriser au sein des communautés pédagogiques de l’enseignement supérieur.

Pour participer à la transformation de l’éducation, de la formation, et favoriser l’apprentissage ainsi que la réussite et l’insertion professionnelle, il est préconisé de développer la réflexion personnelle des étudiants en ouvrant des espaces de liberté. Comment ? En empruntant le chemin de l’essaimage de la créativité et de l’innovation qui pourrait se traduire par des formations et un accompagnement par les conseillers et ingénieurs pédagogiques de l’enseignement supérieur.

Charlotte Pourcelot
Chargée d’évaluation de dispositifs pédagogiques à l’université Paris-Est


Bibliographie :
Ministère de l’Éducation nationale, Direction générale de l’enseignement scolaire, Innover pour une école des réussites, p. 37, 2011.

Christelle Lison, Denis Bédard, Chantale Beaucher et Denis Trudelle, « De l’innovation à un modèle de dynamique innovationnelle en enseignement supérieur », Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur, 30(1), 2014,


[1] Jean-Pierre Béchard,« L’enseignement supérieur et les innovations pédagogiques : une recension des écrits », Revue des sciences de l’éducation, 27(2), 2001.

[3] François Taddei,Former des constructeurs de savoirs collaboratifs et créatifs : un défi majeur pour l’éducation du XXIe siècle, OCDE, 2009.

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Licence : CC by-nc-nd

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