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Quelle posture enseignante pour une relation éducative apaisée ? Faire face aux situations difficiles

1er avril 2021 par Melanie Veille 181 visites 0 commentaire

Un article repris de http://www.cahiers-pedagogiques.com...

Jean Duvillard nous plonge dans les outils d’analyse des situations éducatives depuis sa posture de formateur d’enseignants, dans un ouvrage qui s’appuie sur de nombreuses situations de travail en classe. Il s’intéresse aux gestes, aux micro-gestes professionnels porteurs de sens dans la relation éducative « apaisée ». Le but est d’exposer des outils sur la manière de former au mieux les futurs professionnels à l’observation de soi, à développer la perception de ce qui se joue dans les interactions parfois très complexes d’une classe, aux postures parasites qui peuvent interférer sur la relation éducative et la mettre à mal. L’enseignant peut-il acquérir des savoirs d’observation de soi, « d’introspection située », pour mieux saisir ce qu’il fait, ce qu’il provoque et ainsi réguler éthiquement en situation ?

Dans la première partie, l’auteur expose les raisons qui nous poussent à développer des savoirs d’observation de soi-même au travail. Le travail de formation consiste à faire repérer au stagiaire les points aveugles des gestes qu’il utilise, ce qui est déclencheur parfois de crise ou peut brouiller la situation éducative. S’ensuit parfois un ressentiment négatif, autant chez les élèves que chez les enseignants. L’enseignant doit créer un cadre instituant qui permette aux élèves d’avoir de la confiance et d’apprendre. En fait, les micro-gestes du discours enseignant, les micro-gestes du regard remettent la symbolique de l’éthique, du philosophique, de l’émotionnel, du didactique et du pédagogique au cœur des actes les plus ordinaires ou anodins de la classe.

Dès lors, l’objectif central de la formation va être d’apprendre à s’observer, à prendre la distance indispensable pour agir.

En arrière fond, l’auteur convoque quelques incursions et préalables théoriques sur les enjeux de l’observation, parmi lesquels : Edmund Husserl et le concept de « phénoménologie », les travaux de Christian Alin sur la « Geste Formation », Anne Jorro et « l’enseignant qui agit dans plusieurs mondes », Jean-Pierre Changeux sur « l’homme neuronal », Maurice Merleau-Ponty sur la « phénoménologie de la perception », Charles Sanders Peirce sur la théorie du « système triadique » des signes perçus, Marcel Mauss sur la dimension de la réciprocité, de « la dette de don » établissant le rapport de confiance, indispensable, et bien d’autres, sur les théories de l’énaction par exemple.

Jean Duvillard compare souvent la pratique de l’enseignant et la pratique musicale. Celle-ci n’est-elle pas composée de gestes longuement et fréquemment exercés ? Dans l’improvisation, le musicien fait remonter et mobilise des gestes préalablement appris, inscrits dans un corps entrainé, ainsi que les partitions ou des thèmes fortement répétés. De la même façon, pour les jeunes enseignants, dès la formation initiale mais également continue, l’auteur met en évidence l’importance de l’entrainement des gestes de la relation pédagogique.

Dans la seconde partie de l’ouvrage, toujours au service de « l’introspection gestuée », l’auteur présente des situations prototypiques des débutants entrant dans le métier, vécues en « jeux de situation » qui, comme « l’entretien d’autoconfrontation » constitue un outil de formation (outils déployés à l’Inspé de Lyon depuis une quinzaine d’années, en formation initiale). On y trouve le protocole de formation sur la façon de garder le contrôle d’une situation de crise. Un processus en sept étapes : « 1. Être capable de repérer l’incident, « ce que je perçois de ce que je dois faire… », 2. Être capable de relever l’incident, 3. Être capable de différer, 4. La rencontre, 5. Sanctionner, 6. Être capable de donner une valeur ajoutée à la sanction, 7. Être capable de retrouver un regard à égale dignité ». Dans chacune des sections, les manières d’accompagner le dispositif.

Dans la troisième partie, Jean Duvillard précise le dispositif de « jeu de situation », qui se distingue sensiblement du « jeu de rôle », ce dernier exigeant des participants de s’impliquer dans une fiction. Dans « le jeu de situation », le participant joue son propre rôle et travaille de l’intérieur ses propres micro-gestes, dans une situation de travail type. Pour que ce soit possible et protecteur des individus, les règles de jeu s’imposent : la confidentialité des capsules vidéo de films de classe, et le fait de commencer par ce qui est positif dans la situation revécue et analysée. C’est une démarche de formation en quatre étapes : 1. Présentation et choix du cas à mettre en scène, 2. La mise en œuvre du dispositif, 3. Des propositions de fin alternatives, 4. Analyse-relecture de la situation. L’auteur met en perspective une formation qui ne se situe pas que dans le registre du dire, mais aussi dans l’expérimentation du faire, par l’énaction. On s’intéresse à la manière dont l’esprit humain se réorganise en situation, aux prises et en interaction avec l’environnement. Dans cette manière de faire, le droit à l’erreur est acquis ! Et les micro-gestes à remettre sur le métier.

À la lecture de ce livre, étant moi-même formatrice, j’ai rencontré un collègue soucieux de la formation à la relation éducative, dans un métier qui se complexifie de plus en plus face aux demandes exigeantes qui lui sont apposées.

Andreea Capitanescu Benetti

Licence : CC by-nc-nd

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