Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

Une initiative de l'Institut Mines-Télécom avec un réseau de partenaires

Innovation totale dans les MOOCs

31 janvier 2019 par Gilles Jacovetti Fiches pédagogiques 1221 visites 0 commentaire

Imaginez un enseignement qui permette de :

  • Former dans un domaine de pointe et d’avenir
  • Aider à la réinsertion professionnelle
  • Offrir une certification reconnue
  • Former internationalement à bas coût voire gratuitement
  • Rentabiliser les MOOCs
  • Créer un nouveau standard de formation
  • Répondre au problème du décrochage dans le suivi d’un MOOC
  • Répondre au problème de la compostabilité des projets
  • Répondre à la problématique de l’accès au savoir dans les pays émergents

Vous pensez qu’un dispositif de formation qui possède toutes ces caractéristiques n’existe pas ?
Détrompez-vous.
La formation hybride "La Fabrication Numérique" est une innovation pédagogique qui répond à tous ces critères et à bien d’autres.

Cet article complète la vidéo de présentation du parcours déjà présente sur le site : https://www.innovation-pedagogique.fr/article3209.html.


Un parcours de formation très innovant, basé sur les MOOCs est proposé depuis 2017 pour se former à la fabrication numérique et au prototypage rapide. La démarche s’appuie sur l’hybridation des MOOCs. L’innovation vient de plusieurs particularités. D’abord dans le fait que c’est à partir de MOOCs existants que l’on a créé un cours hybride. Jusqu’à présent les MOOCs étaient ajoutés à des cours existants. Un autre élément novateur est qu’un coach encadre les apprenants et les aide à ne pas décrocher. Au final ce nouveau type de formation pourrait devenir un standard de l’apprentissage dans les années à venir. Ses auteurs, en tout cas en sont convaincus. Nous les avons interviewés.

crédits photos : MCD et Makery

Innovation-Pedagogique.fr : Bonjour, pouvez-vous vous présenter, s’il vous plaît ?

Denis Moalic : Bonjour, je suis Denis Moalic. Informaticien de formation, j’ai évolué vers l’ingénierie de la e-formation et je suis aujourd’hui chef de projet e-learning à l’IMT-Atlantique. Basé à Rennes, je mets en œuvre des dispositifs de formation autour des MOOCs et j’ai en particulier participé à la mise en place du parcours "La Fabrication Numérique et prototypage rapide".

Baptiste Gaultier : Bonjour, Baptiste Gaultier ingénieur R&D à IMT Atlantique à Rennes, développeur web et embarqué (PHP, Python, Javascrit, Arduino, Rasberry Pi ...), enseignant et co-fondateur du LabFab de Rennes. J’ai notamment créé les trois MOOCs qui composent le parcours de cette formation hybride.

Baptiste (à gauche) et Denis

IP : Merci. Pouvez-vous nous donner l’origine de ce projet ?

BG : Tout est parti de l’observation de la communauté des apprenants qui suivaient les MOOCs "s’initier à la fabrication numérique", "imprimer en 3D" et "programmer un objet avec Arduino". Ceux qui suivaient ces MOOCs communiquaient beaucoup entre eux et rapidement se sont réunis d’eux-mêmes pour travailler ensemble dans des lieux où ils pouvaient faire leurs montages. En général les locaux étaient des FabLabs dans lesquels ils disposaient de tout le matériel nécessaire et de conseils avisés (la première partie du MOOC "s’initier à la fabrication numérique" permet justement de découvrir l’univers des FabLabs). Tous les FabLabs se ressemblent car c’est à peu de chose près le même matériel qui est présent. Aussi cette standardisation a permis de fait de "prolonger" les MOOCs en présentiel.

DM : A cette idée s’est ajoutée une opportunité de financement par la région Ile de France. Pour tester notre idée, nous avons créé un parcours de formation s’adressant aux personnes en recherche d’emploi dans la région parisienne. On a pu ajuster certains paramètres lors la première session du dispositif pour finalement aboutir à la forme actuelle du parcours. Nous en sommes à la 4ème session qui sera jouée à Paris et en Bretagne en 2019. Nous commençons également à déployer des sessions à l’international...

IP : Pouvez-vous donc nous présenter en détail cette formation ?

DM : Oui, bien sûr ! Le parcours est déployé depuis le 1er mai 2017. Il s’articule autour des trois MOOCs que l’on a cités précédemment et qui sont en progression pédagogique. S’ils sont dans une région qui a acheté la formation, les chômeurs peuvent en profiter gratuitement ; le parcours peut s’inscrire également dans le cadre de la formation continue. Enfin, depuis 2018, le dispositif est éligible au CPF. Un effectif limité à 30 places est proposé à chaque session. La sélection est faite sur dossier et entretien.

Quelques réalisations

BG : Dans les faits, la formation dure 4 mois avec au total 100h d’enseignement découpées en 13 demi-journées d’ateliers en FabLab (50h en tout) et 50 heures de suivi des MOOCs et de travail à distance. Il y a une alternance régulière entre présentiel et suivi individuel des MOOCs de manière à bien imbriquer la pratique et l’acquisition des connaissances : la demi-journée d’atelier revient toutes les semaines ou semaines et demi. Ce rythme a été optimisé (notamment après le retour de la première session) pour à la fois impulser un rythme continu à l’apprentissage et également ne pas aller trop vite afin de ne pas décourager les apprenants. Les ateliers ont aussi un rôle d’encouragement pour éviter que des apprenants ne décrochent à cause de l’isolement que peut engendrer le suivi de MOOCs.

A la fin du parcours, les élèves ont les compétences qui leur permet de :

  • Décrire comment le numérique transforme le domaine de la fabrication d’objets industriels
  • Modéliser des objets en 3D sur ordinateur
  • Produire des objets grâce à la fabrication additive
  • Réaliser des montages électroniques
  • Maîtriser une plateforme de développement, (microcontrôleur, capteurs et actionneurs)
  • Programmer des objets et les rendre intelligents
  • Décrire comment passer du prototype à un projet entrepreneurial
  • Appliquer des méthodes de prototypage rapide et d’innovation frugale

IP : Et selon vous quels sont les principaux avantages et valeurs ajoutées du dispositif ?

BG : Par rapport à une formation "classique" il y a une dimension de pédagogie active qui mêle, par exemple, les approches pédagogiques par projet, par apprentissage, par classe inversée... Tout est mis en place pour motiver fortement les apprenants. On utilise divers outils numériques collaboratifs et beaucoup d’entre-aide se met spontanément en place. On évite ainsi les décrochages tout en atteignant un haut niveau de compétence.

DM  : Il y a aussi des avantages à notre parcours par rapport à un MOOC classique. On a articulé les MOOCs pour qu’ils s’enchainent progressivement. Pas de risque pour un apprenant de prendre le train en marche. Tout au long de la formation l’apprenant applique immédiatement ce qu’il apprend. Même si l’apprentissage se fait sur un temps long, la motivation est continuellement maintenue grâce au tempo imposé et l’apprenant n’est pas isolé puisqu’il rencontre régulièrement les autres élèves. D’ailleurs, grâce aux rencontres riches et variées qui se créent lors des ateliers, il se développe rapidement une dimension de communauté, de réseau, d’entraide entre les apprenants. Une sorte d’ "effet promo" !
Autre avantage de la formation : un coach qui accompagne chaque élève.

IP : Un coach ? Ce n’est pas courant dans une formation. Pouvez-vous nous en dire plus ?

DM : Le coach suit les apprenants tout au long de la formation. Il les retrouve dans les ateliers, il surveille leur apprentissage. Il les connait donc individuellement. Attention, il n’est pas là pour les faire travailler, son rôle est de les aider dans leur apprentissage. C’est une personne dont le profil est parfait pour se mettre à la place de chaque élève et pour répondre à ses questions de la manière la plus efficace possible : il connait bien la fabrication numérique, il connait la formation et il a du recul sur cette formation et sur ses points de difficulté. Il a surtout beaucoup d’empathie et une bonne communication.

IP : Mais où trouvez-vous ce type de profil ?

BG : Nous savions qu’il fallait ce coach mais il nous a fallu une première session pour définir le périmètre de ce travail et trouver le profil type. La solution nous est alors apparue clairement : l’idéal était de recruter un ancien apprenant motivé ! Et c’est exactement ce que nous faisons à présent pour chacune des sessions. Cela fonctionne très bien.

IP : Vous nous avez donné là des avantages pour les apprenants mais est ce que les enseignants y trouvent leur compte ?

DM : Bien entendu ! Les enseignants sont toujours gagnants à s’engager dans une nouvelle pédagogie. Notre dispositif leur permet en outre de développer leurs compétences en numérique, en travail d’équipe voire en coopération. S’il n’y avait que les MOOCs, le contact enseignant/élève serait rompu dès la fin des sessions à distance tandis que les ateliers leur offrent une opportunité de garder le contact.

BG : Pour moi, cela va plus loin : c’est toute la collectivité qui bénéficie du dispositif ! Notre modèle peut s’adapter à tous les MOOCs si bien qu’avec ce premier parcours on démontre qu’à peu de frais tout le monde peut se former "seul" en dehors du cadre institutionnel classique. On peut rêver d’un futur proche où les gens deviendront autonomes dans leur apprentissage. Ce type de formation devient accessible à des personnes qui ne suivent jamais de formations continues, comme des salariés de TPE/PME qui ne peuvent pas s’absenter plusieurs jours de rang pour suivre une formation présentielle.
On répond aussi à la problématique sociétale de la compostabilité des projets [1] [2] (comment réutiliser les méthodes, documents, résultats d’un projet dans un projet suivant). Ainsi, par exemple nous utilisons la licence Creative Common pour nos productions et documents ce qui permet leur réexploitation par d’autres.

IP : Quid des évaluations des élèves ?

DM  : Les élèves passent des QCMs et des travaux pratiques en ligne (par exemple sur des simulateurs) durant les MOOCs et produisent des livrables durant les ateliers (par exemple un objet intelligent). A la fin de chaque module (un MOOC et ses ateliers) un jury évalue les connaissances et les productions. Je voudrais insister ici sur un point important : ce sont des compétences professionnelles qui sont évaluées. Les élèves repartent avec un bagage qui leur donne de véritables opportunités professionnelles : plusieurs demandeurs d’emploi ont déjà trouvé un emploi grâce à cette formation qui est appréciée par les recruteurs. 66% des apprenants ont retrouvé un emploi 6 mois après cette formation.

IP : Des pertes en ligne ?

Dans l’atelier, on construit...

DM : Quasiment aucune, on est à 5% d’abandon. Le parcours a été créé aussi pour cela : les élèves sont suivis et encouragés tout au long de la formation. Du coup les décrochages sont plutôt rares. C’est l’effet coach !

BG : Et à la fin du parcours, s’il y a réussite, on délivre un certificat de l’Institut Mines Télécom en ligne (avec la collaboration de la plateforme CVTrust) qui est intégré au CV LinkedIn de l’apprenant.

... et on connecte

IP : C’est vraiment très innovant. Avez-vous tout de même identifié des difficultés ou des points d’amélioration ?

BG : Aucun. Le parcours est parfait et il va conquérir le monde !

DM : Plus sérieusement, il y encore quelques axes à travailler...
Ainsi, on cherche à faire en sorte que le suivi des MOOCs soit facilité au maximum mais on sait très bien que ce type d’apprentissage n’est pas adapté à tous. On réfléchit sans cesse à l’amélioration du maintien de la motivation pendant les semaines en autonomie. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a une sélection importante à l’entrée du dispositif. Le candidat doit à minima avoir une forte envie de suivre cette formation.
Il y a également le planning de la formation, sur 4 mois, qui doit tenir compte des contraintes de chacun. Et cela est particulièrement vrai avec les salariés puisque le parcours leur est également accessible en formation continue.

BG : Il y a ensuite une problématique particulière aux FabLab où se déroulent les ateliers. Nous avons besoin d’avoir un certain contrôle sur la validation des compétences acquises pendant les réalisations pour justifier une certification qui engage l’IMT, mais dans le même temps nous souhaiterions donner plus d’autonomie aux FabLab pour que le parcours gagne en flexibilité. Flexibilité qui sera de plus en plus nécessaire au fur et à mesure des partenariats avec d’autres FabLabs par exemple. C’est un dilemme sur lequel nous travaillons.
Enfin, il y a encore pas mal de travail pour faire connaitre ce dispositif.

IP : A ce propos, comment avez-vous communiqué sur cette innovation ?

DM : On fait des plaquettes, et les régions partenaires ont diffusé l’information. Il y a aussi un site web et on a fait une vidéo sur IP. Et maintenant il y a cette interview ! C’est un bon début mais on est conscients que ce n’est pas suffisant.

IP : Pour conclure, un mot sur l’avenir de votre bébé ?

DM : En un mot ce ne sera pas suffisant ! On a encore plein de projets pour enrichir ce parcours. On a un scoop : on est en train de préparer plusieurs nouveaux modules (MOOCs et ateliers) que l’on va bientôt ajouter à ceux existants.

BG : En parallèle on travaille sur l’ajout de nouvelles briques aux modules existant dans des domaines aussi variés que les objets connectés, l’énergie, les véhicules open source ...

Confrontation d’idées !

On souhaite également affiner le grain de la certification pour pouvoir par exemple certifier des parties cohérentes du parcours et également mettre en place une plateforme de portefeuille de compétences sur laquelle chaque stagiaire à un compte listant les compétences acquises ou à acquérir.

DM : On voudrait aussi élargir notre audience. Nous avons déjà déployé une session au Sénégal pour former des Fab manager de la région subsaharienne (Togo, Bénin, Mauritanie) à déployer eux-même cette formation dans leurs FabLabs. Nous envisageons également d’étendre petit à petit le dispositif aux autres régions et dans le monde également. En outre, on a appris que notre dispositif était déjà joué en Inde et en Afrique (et peut être ailleurs) dans des sessions sur lesquelles on n’a pas de contrôle sur les ateliers. Alors, forcément, il n’y a pas de certification. Ce sont des clones qui se créent spontanément car la partie présentielle est faisable partout. Du coup il faut être attentif à ce que les ateliers soient faits dans de bonnes conditions et qu’il n’y ait pas de faux certificats qui circulent. Il serait dommage que notre création soit victime de son succès, aussi nous pensons que le mieux, pour éviter ces dérives potentielles, est de signer des accords à l’étranger pour exporter notre dispositif.

BG : Quand je vous disais qu’on allait conquérir le monde !


Pour compléter cette interview, voici quelques témoignages d’ancien apprenants :

Pour ma part, j’ai retrouvé du travail et cette formation a très clairement été un avantage concurrentiel par rapport à d’autres candidats qui briguaient le même poste. Je dirige aujourd’hui un laboratoire d’Innovation chez le plus grand acteur français de l’événementiel, dont le rôle est en particulier de défendre l’attractivité de la France dans l’organisation de grands événements internationaux.

Marie. B, responsable d’un laboratoire d’innovation

Cette formation était pour moi le prolongement logique et naturel de ma trajectoire professionnelle de conduite de changement dans la mutation numérique des marchés technologiques. Cela m’a permis de retrouver une dynamique de succès, de travailler en équipe lors des ateliers et de mener à bien des projets en groupe.

Toan. N, créateur de projet

Pertinence (par rapport à l’état actuel du marché), réalisme (par rapport aux outils et lieux) et pédagogie (clarté des enseignements et disponibilité des enseignants)

Franck. O, chef de projet, maker

J’adore cette formation ! Elle va s’intégrer dans mon projet de création d’entreprise, je suis super content !

Claude. L, entrepreneur dans la transition écologique

Formation passionnante qui ouvre des portes et développe des idées

Isabelle L, Artiste plasticienne


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