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Bilan 2018 des MOOCs à l’UCLouvain

6 novembre 2018 par Françoise DOCQ Veille 174 visites 0 commentaire

Un article repris de https://www.louvainlearninglab.blog...

5 ans déjà ! L’aventure MOOCs a démarré à l’UCLouvain en 2013 et c’est émouvant de retourner lire, par exemple dans ce blog, les premières réflexions et analyses de cette formidable aventure.

Quelques 26 MOOCs et 101 éditions plus tard, quel bilan en dressons-nous ?

Un article repris du Louvain Learning Lab de l’université de Louvain, un site sous licence CC by nc sa

Les indicateurs quantitatifs… contestés mais pas encore remplacés

En 2014, nous étions émerveillés de constater de nos propres yeux la massification tant évoquée à propos des MOOCs : 52 000 inscrits pour les 4 premiers MOOCs, entre 87 et 172 pays touchés, 3010 attestations de réussite délivrées. Déjà, les premières interpellations émergeaient quant au taux de complétion oscillant, pour nos quatre cours pionniers, entre… 24 et 86% (ce qui, aujourd’hui, serait considéré comme des taux de complétion extrêmement hauts).

Actuellement, la communauté internationale a pris du recul par rapport à la pertinence de ces indicateurs quantitatifs… mais les utilise toujours ! Nous aussi d’ailleurs 😉 Voulez-vous prendre connaissance de nos derniers chiffres ?

1) Le nombre d’inscrits

Il représente sans doute un indicateur du degré de visibilité du MOOC et de son pouvoir d’attraction superficiel (titre, page de présentation, vidéo de teasing…). Mais on sait bien à présent qu’il ne représente pas, loin de là, le nombre d’apprenants actifs dans le cours (voir point 2 ci-dessous).

Par ailleurs, ce nombre varie fortement en fonction de différents paramètres :

  • En fonction du thème du cours bien sûr, mais aussi de la langue dans laquelle il est offert. Ainsi, nos MOOCs en anglais touchent une audience bien plus large que nos MOOCs en français. Ceci également lorsqu’un même MOOC est offert dans les deux langues (voir graphique 1).
  • Au fil des rééditions d’un même cours : Chuang & Ho (2016), chercheurs de HarvardX et de MITx, ont montré que le nombre d’inscrits diminue d’environ 25% à chaque réédition d’un MOOC.
  • Enfin, au fil du temps tout simplement. Le nombre moyen d’inscrits par nouveau cours, dans notre catalogue LouvainX, a diminué de 13 000 en 2014 à 2 000 en 2018. Ceci est sans doute la conséquence, d’une part, de l’augmentation spectaculaire de l’offre (9400 MOOCs en 2018 contre un millier en 2014, d’après le rapport de Class Central) et d’autre part, de la diminution de la curiosité initiale du public envers les MOOCs.

Difficile donc, de définir ce qui représente un nombre d’inscrits satisfaisant…

Graphique 1 : Un même cours proposé en anglais et en français engendre plus d’inscrits en anglais. Comparaison effectuée pour deux MOOCs différents, sur deux années.

Graphique 2 : Le nombre moyen d’inscrits à la première édition d’un MOOC a diminué au fil des années.

2) Le nombre d’apprenants actifs

Considéré dès le début comme un indicateur plus pertinent que le nombre d’inscrits, cette métrique est cependant difficile à opérationnaliser d’une façon signifiante. S’agit-il du nombre de personnes

  • qui ont consulté au moins une page web du cours ?
  • regardé au moins une vidéo ?
  • réalisé au moins un test… formatif ou certificatif ?
  • qui sont revenues en semaine 2 (après le premier coup d’oeil de curiosité en semaine 1) ?

Vous trouverez ces différentes approches dans les publications et elles donnent lieu à des chiffres très différents. Attention donc à bien repérer le mode de calcul de cet indicateur, si vous effectuez des lectures sur le sujet !

Dans nos 32 éditions de en 2017, le pourcentage d’apprenants que nous considérons comme actifs était de 14% (sur 145 000 inscrits). Pour cette métrique, nous avons considéré les apprenants ayant obtenu une note d’au moins 1%, c’est-à-dire ayant répondu à au moins une question de test certificatif. Il s’agit pour nous de l’indicateur le plus facile à obtenir… mais est-ce le plus pertinent pour déterminer qu’un apprenant est actif dans le MOOC ?

3) Le taux de complétion

C’est-à-dire le nombre d’apprenants considérés comme ayant terminé le cours.

  • Sur quelle base le détermine-t-on ? La réalisation de l’ensemble des tests certificatifs avec un score total en réussite ? Le nombre de certificats délivrés ? Mais sur edX.org, le certificat est à choisir (et à payer) en option…
  • Et que met-on au dénominateur, le nombre d’inscrits ou le nombre d’actifs ? Le rapport obtenu peut varier terriblement !

En 2017, 5 288 apprenants ont complété et réussi un MOOC LouvainX sur 21 000 apprenants actifs, soit un taux de complétion de 25%. Si nous calculons ce score par rapport au nombre d’inscrits, nous tombons à 3,7%.

Mais une absence de complétion signifie-t-elle un abandon ? Un apprenant qui ne réalise pas toutes les activités proposées dans le MOOC abandonne-t-il celui-ci, avec le sentiment d’échec qu’implique ce mot ? Nous verrons dans le point suivant que non.

Comme le rappelle Matthieu Cisel dans sa thèse de doctorat (2016, p.17), le taux de complétion, métrique utilisée à l’origine dans la formation diplômante sur campus ou à distance, ne peut pas servir d’indicateur de succès pour « décrire le comportement d’internautes qui n’auraient payé aucun frais d’inscription ». Les motivations des internautes pour s’inscrire et s’engager dans les MOOCs sont tellement multiples qu’analyser le succès des MOOCs sur base d’une seule trajectoire apprenante – réaliser et réussir l’ensemble du cours – est réducteur.

Si nous calculons le taux de complétion uniquement sur base des apprenants qui ont choisi la trajectoire certifiée du MOOC, nous aboutissons à 46%. Ce score fait davantage de sens dans la mesure où les apprenants qui choisissent l’option du certificat expriment par là une intention de réaliser l’entièreté du cours et de le réussir.

Des apprenants aux profils, motivations et trajectoires multiples

Les établissements proposant des MOOCs ont bien identifié, maintenant, que la massivité entraîne une très grande diversité de profils, d’attentes et de motivations à s’inscrire à ces cours en ligne. Cela se traduit par des patterns d’activité différents au sein des cours. De nombreux analystes ont tenté de catégoriser ces patterns. Sophie Mertens, stagiaire au LLL en 2018, en propose la synthèse suivante dans son mémoire :

-* Un très grand nombre d’apprenants s’inscrivent dans le MOOC puis ne se reconnectent plus. Ils sont appelés, selon les auteurs, les no-shows, only registered

  • Les lurkers, observers, browsers… sont ceux qui visualisent le MOOC (notamment ses vidéos) sans s’engager dans les activités d’apprentissage.
  • Il y a aussi les casual learners, drops-in, auditing… qui s’engagent dans certaines parties du MOOC uniquement, sans intention de le compléter entièrement.
  • Il y a les apprenants qui commencent le MOOC à fond puis ne le terminent pas : les disengaging, les strong starters, mid-way dropouts
  • Enfin, il y a des ceux qui réalisent l’ensemble des activités, en exprimant dès le départ l’intention de réussir le cours : les completing, les finisseurs, les keen completers, les certifiés (parce qu’ils obtiennent le certificat de réussite)…

Comprendre les motivations (et l’évolution de celles-ci tout au long d’un cours !) des apprenants à s’inscrire, à s’engager, à se retirer, à revenir… reste à ce jour une question très étudiée par les chercheurs. Nos différentes enquêtes ainsi que les retours spontanés que nous recevons d’apprenants, par exemple via les forums des cours, nous démontrent qu’il n’y a pas que les completing qui sont satisfaits des MOOCs. Il semble que de nombreux apprenants, à leur façon, trouvent des occasions d’apprendre dans les MOOCs et en retirent une expérience d’apprentissage positive, même sans réaliser l’entièreté du cours.

Face à cette multitudes d’attentes envers les MOOCs, nous avons, au fil des années, développé une attitude pragmatique. En cohérence avec la stratégie MOOCs de l’UCLouvain (voir ci-dessous), nous concentrons désormais nos efforts sur deux publics cibles et non plus sur le public « audit » qui constitue la masse hétérogène des inscrits :

1° Les étudiants qui suivent le MOOC dans le cadre de leur programme diplômant (étudiants de l’UCLouvain en bachelier ou master). En effet, depuis le tout début en 2014, notre stratégie a été de développer des cours en ligne qui puissent être intégrés dans les cours réguliers sur campus, pour que nos étudiants en bénéficient. Cependant, pour satisfaire également une masse d’apprenants dont on savait déjà, en 2014, qu’ils préféraient des cours en ligne courts, plusieurs de nos premiers MOOCs ont couvert seulement une partie de la matière des cours officiels (quelques chapitres).

Depuis 2017 cependant, nous avons renforcé le cap : la stratégie est de transformer en format MOOC l’entièreté d’un cours. Le but est que des étudiants de l’UCLouvain ou d’autres universités puissent suivre ces cours en ligne et en obtenir des crédits dans leur cursus, de façon équivalente aux étudiants sur campus (moyennant l’ajout d’un examen en salle sous surveillance).

2° Les apprenants du monde entier (hors UCLouvain donc) qui choisissent la trajectoire certifiée. Nous concevons désormais nos MOOCs en considérant que ces apprenants qui achètent le certificat sont intéressés de suivre le cours dans son entièreté, estiment que le certificat a une valeur dans le cadre de leur trajectoire personnelle ou professionnelle et sont donc prêts à consacrer du temps et des efforts à leur formation. Pour ce public spécifique, nous proposons des modalités d’évaluation plus complexes et signifiantes : rédaction personnelle d’analyse de cas, synthèses individuelles, papers, etc. évaluées par les professeurs. Ceci est rendu possible par le fait que seul un faible pourcentage des inscrits choisissent la trajectoire certifiée : 1,2 % des 145 000 inscrits dans nos MOOCs en 2017, soit 1750 apprenants (répartis dans 32 éditions de cours).

Une stratégie en évolution

Le choix de se focaliser sur les deux publics cibles décrits ci-dessus se justifie par la stratégie privilégiée par l’UCLouvain depuis 2017 : des MOOCs pour des crédits. L’intention est d’exploiter les MOOCs pour rendre notre offre d’enseignement diplômant plus hybride (possibilité de suivre une partie des programmes en ligne) et internationale. Cette stratégie se matérialise par deux lignes d’action :

Les MicroMasters  : il s’agit de mini-programmes composés de plusieurs MOOCs coordonnés. Nous en proposons deux : en management (6 MOOCs) et en droit international (4 MOOCs). Si un apprenant réussit tous les cours du MicroMasters dans la trajectoire certifiée, il peut valoriser ces cours au moment de s’inscrire dans le programme de master adossé, sur campus, à l’UCLouvain. Ainsi, un futur étudiant du master de spécialisation en droit international sera dispensé de 20 crédits ECTS sur les 60 que compte le master de spécialisation, soit 1/3 du programme, grâce aux MOOCs suivis.

Les échanges virtuels avec d’autres universités : dans le cadre d’un partenariat avec 6 autres universités, nous proposons à nos étudiants de choisir, en tant que cours à option, des MOOCs proposés par les partenaires. Les étudiants suivent les cours en ligne mais présentent un examen en classe, à l’UCLouvain, sous surveillance. Il s’agit d’un questionnaire envoyé par le professeur du MOOC, qui évaluera les copies des étudiants UCLouvain. Ensuite, l’étudiant recevra sa note et sera crédité pour le MOOC suivi, dans son programme annuel. Et vice-versa : les MOOCs UCLouvain sont également proposés aux étudiants des universités partenaires…

Ainsi, après une première période d’exploration des MOOCs (2014-2017), nous avons maintenant choisi une direction plus claire : celle de MOOCs intégrés dans les programmes diplômants de bachelier et de master.

Des enseignants transformés

Nos enseignants pionniers étaient enthousiastes en 2014… et les nombreux autres qui les ont suivis sont toujours enthousiastes en 2018. Comme évoqué dans la vidéo ci-dessous et détaillé dans d’autres vidéos de cette playlist, les professeurs épinglent les effets positifs de leur MOOC sur

  • l’implication et la motivation de leurs étudiants qui, ajoutées à la reconnaissances exprimée par les apprenants internationaux, dynamisent leur plaisir à enseigner,
  • le développement de leurs compétences pédagogiques, notamment en matière de scénarisation pédagogique en ligne et en classe,
  • la transformation de leur façon d’enseigner et même, de la conception de leur rôle en tant qu’enseignant.

Plusieurs d’entre eux ont formalisé l’analyse réflexive de leur expérience dans des communications scientifiques.

Ce qui est passionnant avec les MOOCs, c’est que l’aventure continue toujours ! Nous n’avons jamais eu ni l’ambition d’une révolution ni la crainte d’un remplacement de l’université traditionnelle. Juste la passion d’explorer de nouveaux horizons et de contribuer, à notre niveau, à faire évoluer l’enseignement supérieur en cohérence avec l’évolution de la société. La bonne nouvelle ? Ce ne sera jamais fini 😉

Références

Chuang, I. & Ho, A. (2016). HarvardX and MITx : Four Years of Open Online Courses

Cisel, M. (2016). Utilisations des MOOC : éléments de typologie (thèse de doctorat inédite). Université Paris-Saclay.

Mertens, S. (2018). Les motivations, la satisfaction et le profil spécifique des participants aux six MOOCs du MicroMasters en management en 2017 réalisé par la Louvain School of Management sur la plateforme edX (mémoire de master inédit). Louvain School of Management.

Shah, D. (2017). By the Numbers : MOOCs in 2017. MOOC report by Class Central.
About the Author : Françoise Docq
Françoise Docq est coordinatrice du projet Louvain moocXperience au sein du Louvain Learning Lab. Conseillère technopédagogique depuis de nombreuses années, elle se passionne pour les transformations de l’enseignement supérieur liées à l’apprentissage en ligne.

Licence : CC by-nc-sa

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