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Education physique : pourquoi autant de technologies ?

8 octobre 2017 par Anne-Laure de Sarrau Veille 183 visites 0 commentaire

Un article repris de https://www.vteducation.org/fr/arti...

Les technologies sont omniprésentes en sport et pas uniquement dans le sport de haut niveau. Capteurs connectés, bracelets, podomètres, accéléromètres et autres bijoux intelligents rivalisent d’originalité. Par exemple PIQ, un nano-computer hyper puissant capable d’analyser plus de 195 000 données par minute en temps réel. Sans sortir votre téléphone, il vous signale sur son écran lumineux les données essentielles.

Par Anne-Laure De Sarrau. Le 29 Septembre 2017

Un article

repris du site Vitrine Technologie Education VTeducation, un site sous licence CC by sa nc

On peut aussi aller fureter du côté de Runtastic Push up, capable de calculer le nombre de pompes selon la proximité du nez avec le sol. Si, si ! Ces gadgets technologiques sont déjà utilisés par les jeunes. Les modes de vie changent. Les façons d’apprendre aussi. A-t-on alors le choix d’intégrer le numérique dans l’enseignement de l’éducation physique et sportive ?

Des atouts incontestables : autonomie, mobilité, interaction

Application Runtastic Push-upsOn peut aussi aller fureter du côté de Runtastic Push up, capable de calculer le nombre de pompes selon la proximité du nez avec le sol. Si, si ! Ces gadgets technologiques sont déjà utilisés par les jeunes. Les modes de vie changent. Les façons d’apprendre aussi. A-t-on alors le choix d’intégrer le numérique dans l’enseignement de l’éducation physique et sportive ?
Des atouts incontestables : autonomie, mobilité, interaction

On ne reviendra pas en détail sur les applications utiles en sport. Je vous renvoie à l’article de Christophe Reverd et Andréanne Turgeon (Quand la technologie s’invite au gymnase).

La classe d’éducation physique présente la particularité d’être souvent debout et rarement au même endroit. Cette mobilité justifie d’emblée l’utilisation d’une tablette ou à la rigueur d’un téléphone intelligent. La prise en main facilite l’autonomie des élèves et la rétroaction immédiate permet d’optimiser le temps de l’enseignant. C’est un outil d’échange et de partage qui favorise l’interaction : détermination d’un objectif, recueil et interprétation de données, illustration d’un concept, discussions autour des corrections à apporter…

Il est intéressant de noter aussi que l’utilisation des technologies semble faciliter les projets interdisciplinaires (on citera des initiatives heureuses comme l’écriture du scénario d’un match de badminton en classe de français et sa réalisation en classe d’éducation physique ou bien le commentaire en anglais d’un match de rugby filmé la veille.)

Mais le sport est le privilège de l’humain, pas du robot

N’oublions pas en effet que le but premier du cours d’éducation physique est l’éducation au mouvement. Or, les profils des élèves sont hétérogènes et l’un des rôles de l’enseignant est de tenir compte des sensibilités. Certes l’intégration du numérique est au cœur des réformes et programmes actuels, mais elle ne va pas de soi dans ce contexte. Ainsi les élèves déjà sportifs qui visent la performance verront l’alternative numérique comme une aide précieuse. D’autres sont curieux des outils numériques et entrent volontiers dans le processus de ludification, d’autant plus que l’argument de-rester-en-forme-pour-éviter-un-accident-cardiovasculaire-à-50-ans leur parle moyennement.

Mais les autres ? Certains élèves peinent déjà à considérer comme valeur sociale la pratique régulière et suffisante de l’activité physique pendant que d’autres ont un rapport à leur corps complexe et n’auront pas envie de voir le leur disséqué. Se pose alors la question épineuse de la vie privée. Voulons-nous étaler nos données, donc une certaine forme d’intimité, devant les autres ? Et quel partage ? Quelle exploitation ? Entre les antis et les pros, nous voilà éventuellement devant une gestion de plusieurs groupes de travail ! Et quid des individus qui aiment le sport pour justement déconnecter leur cortex cérébral ? Ne pas analyser, ne pas faire d’auto critique, se détacher de la perfection. À trop mesurer et évaluer son corps, est-ce qu’on ne diminue pas ses capacités intuitives d’appréciation de la distance, du temps ? Est-ce qu’on ne perd pas la faculté de s’orienter ? Est-ce que la perception fine de notre corps, de ses limites, de ses mouvements ne s’altère pas ?

Il est bien évident que l’intégration du numérique peut être fédératrice et dans une certaine mesure motivante mais elle peut aussi être aussi perturbante... Y compris pour l’enseignant, ne serait-ce que pour expliquer l’articulation entre le corps vivant, physique et sa représentation par un corps virtuel.

L’intégration du numérique en éducation physique, un vrai défi pour l’enseignant

Enseignants ! Ne vous laissez pas séduire trop vite par le chant des sirènes. La théorie est simple et les exemples d’initiatives réussies (voir ici et là) sont de vraies vitrines de Noël. La pratique, en général, un peu moins. Il faut bien avoir à l’esprit que l’intégration des technologies ne peut se faire sans planification, investissement, engagement personnel ni surtout persévérance !

D’abord la contrainte de coût. La plupart des applis utilisables en sport nécessitent le matériel ad hoc dont on connaît les prix souvent prohibitifs en contexte scolaire.

Ensuite la contrainte de temps en amont. La mise en œuvre matérielle est lourde. On ne peut utiliser l’outil technologique que si on le maîtrise vraiment. Ce qui nécessite un investissement personnel important, car la préparation en amont est chronophage.

Enfin la contrainte organisationnelle. Les écueils sont nombreux : les risques d’une manipulation hésitante, le Bluetooth aléatoire, les temps morts, la motivation essoufflée des élèves, la triche, la gestion de données personnelles… La technologie doit être un facilitateur. Pas le chocolat de couverture qui enrobe une truffe trop molle.

Quelles conditions ?

Il faut rendre possible l’appropriation de l’activité par l’élève, d’où un repositionnement par rapport à ses pratiques d’apprentissage et pour l’enseignant, un repositionnement par rapport à ses pratiques pédagogiques. Pour autant, ce n’est pas l’appli qui fait le prof. Il n’est pas question de s’effacer. Simplement, il faut négocier plutôt qu’imposer une activité soutenue par le numérique.

Quels conseils ?

Se poser avant tout les bonnes questions :

  • Est-ce que la technologie choisie va améliorer l’intégration des principes et la mise en œuvre pratique dans la vie de l’étudiant ?
  • Avez-vous la connaissance et l’expérience nécessaires pour utiliser cette technologie pendant votre cours sans en entraver la dynamique ?
  • Cette technologie va-t-elle être un plus par rapport aux expériences passées des élèves et à leurs besoins actuels ?

Autrement dit, quelles lacunes pédagogiques les technologies peuvent-elles combler dans mon propre contexte ?

En bref, préparez un plan B ! Ne gaspillez ni votre temps ni la technologie. L’intégration du numérique dans un cours doit être efficace. Elle doit aussi être équitable et démocratique. Quoi qu’il en soit, le défi mérite qu’on s’y intéresse, ne serait-ce parce que nous n’avons pas le choix. À moins d’être à 5 ans de la retraite !

Nouvelles pratiques mais pas de nouveau rôle

La donne a changé depuis quelques années déjà. On n’insistera jamais assez sur le fait que la formation initiale des enseignants doit suivre (à bon entendeur…) et que la formation continue passe par l’adhésion à une communauté de pratiques. Voir entre autres, Tablettes et survêtements.

L’enseignant en éducation physique n’a pas de but pédagogique plus important que celui de développer chez les élèves les apprentissages moteurs. Si l’outil technologique peut les aider à mieux apprendre (et non pas à mieux se servir de la technologie), tant mieux. Si l’enseignement s’en trouve amélioré, parfait. Juste en passant et pour clore, on notera qu’André de Grasse, athlète canadien triple médaillé olympique à Rio s’entraîne à l’ancienne. « La technologie, ici, c’est la façon d’entraîner, nous disent les entraîneurs. »

Licence : CC by-nc-sa

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