À l’occasion du Mois de l’éducation ouverte, Perrine de Coëtlogon, présidente d’Open Education Global, et Lucie Grasset de la Chaire UNESCO RELIA (Nantes Université), proposent un retour croisé sur deux temps forts de ce début d’année pour la communauté francophone : le webinaire du 26 janvier, organisé dans le cadre du Festival de l’Apprendre par le Learning Planet Institute , et la rencontre prochaine du 26 mars en clôture du Mois de l’EO.
Un hasard de calendrier — deux mois jour pour jour — qui invite à relier les constats posés en janvier à une dynamique de construction collective au sein de Open Education Global Francophone.
Par Perrine de Coëtlogon et Lucie Grasset
Retour sur le webinaire du 26 janvier 2026
L’Open Education a-t-elle encore un sens aujourd’hui ?

Le webinaire du 26 janvier a constitué un temps d’échange riche pour dresser un état des lieux précis des transformations en cours dans le champ de l’éducation ouverte.
Nous avons tout d’abord rappelé que l’open Education s’inscrit dans une histoire longue, héritée des Lumières et des principes d’accès universel au savoir. Depuis plus de vingt-cinq ans, ce mouvement a permis à des millions de personnes d’accéder à des ressources éducatives libres (REL), grâce à l’engagement d’enseignants, de chercheurs et de bibliothécaires à travers le monde. Cette dynamique, souvent qualifiée de « révolution silencieuse », repose sur des communs numériques dont l’existence reste encore largement méconnue.
L’essor des intelligences artificielles génératives introduit aujourd’hui un changement d’échelle. Au fil des échanges, nous avons identifié une tension entre les potentialités offertes par ces technologies et les fragilités qu’elles révèlent. Si l’IA permet d’accélérer la production de contenus, d’en faciliter la traduction et l’adaptation, elle s’appuie également de manière massive sur des contenus ouverts — et parfois protégés — sans en garantir la reconnaissance. Cette situation interroge directement les principes de réciprocité et de partage qui fondent l’éducation ouverte.
Nous avons également souligné les enjeux de qualité et de fiabilité des contenus. L’abondance de textes générés par l’IA, souvent non sourcés ou contradictoires, complexifie l’accès à une information fiable. Dans ce contexte, l’enjeu ne se limite plus à la diffusion des ressources : il concerne désormais la capacité à les évaluer, les contextualiser et les discuter. Le développement de l’esprit critique apparaît ainsi comme une priorité renouvelée.
La question de l’agentivité a été abordé. Si l’IA peut constituer un appui pour certains usages pédagogiques, elle peut aussi induire des formes de dépendance si elle est mobilisée comme une simple machine à produire des réponses. À l’inverse, l’éducation ouverte repose sur une logique active, dans laquelle apprenants et enseignants contribuent à produire, adapter et partager les savoirs.
Les témoignages ont permis d’ancrer ces réflexions dans des contextes concrets. Des initiatives en Afrique ont rappelé l’importance de co-construire les ressources avec les acteurs locaux, afin d’éviter toute standardisation des contenus. Le rôle des bibliothèques a été souligné comme essentiel pour accompagner les usages de l’IA et orienter vers des ressources fiables. Enfin, des situations de crise, notamment en Ukraine ou à Gaza, ont illustré le rôle déterminant de l’éducation ouverte pour maintenir un accès au savoir dans des contextes fragilisés.
Nous avons également évoqué le risque d’“effondrement des modèles” (model collapse), lié à l’entraînement des intelligences artificielles sur leurs propres productions. Ce phénomène pourrait conduire à un appauvrissement progressif des contenus, renforçant la nécessité de soutenir des productions scientifiques et pédagogiques originales.
Au terme de ces échanges, un constat s’est imposé : l’éducation ouverte n’est pas remise en cause par l’IA, mais elle est profondément questionnée dans ses modalités. Elle apparaît plus que jamais nécessaire pour garantir un accès équitable aux savoirs, soutenir le développement de l’esprit critique et défendre une éthique du partage.
Dans le prolongement de ces réflexions, les travaux de Markus Deimann, accueilli à la Chaire UNESCO RELIA lors de la Semaine Education ouverte à Nantes Université, invitent à replacer ces enjeux dans une perspective plus critique. Ils mettent en lumière le poids de certaines idéologies — parfois regroupées sous les notions de « lumières sombres » ou de courant TESCREAL — qui influencent les trajectoires actuelles de l’intelligence artificielle. Dans ce contexte, l’éducation ouverte apparaît comme un levier essentiel pour défendre d’autres imaginaires, fondés sur les communs, la gouvernance collective et la justice dans l’accès aux savoirs (AI and the future of education : disruptions, dilemmas and directions .https://orcid.org/0000-0002-1652-5181 )
< La synthèse du webinaire est disponible ici.
Rendez-vous le 26 mars 2026 !
Ouverture et dialogue entre communautés de l’éducation ouverte

Dans le prolongement de ces réflexions, nous invitons la communauté à se réunir le 26 mars, à l’occasion du temps de clôture du Mois de l’éducation ouverte.
Ce rendez-vous, qui se tiendra la semaine prochaine, s’inscrit dans une dynamique de mise en dialogue et de structuration des initiatives francophones. Il permettra de partager les activités d’Open Education Global, d’échanger autour des enjeux de gouvernance, et d’identifier des pistes de coopération entre acteurs.
Nous souhaitons faire de ce temps un espace ouvert, propice aux échanges entre enseignants-chercheurs, professionnels de l’information, ingénieurs pédagogiques, décideurs et, plus largement, toutes les personnes intéressées par les enjeux de l’éducation ouverte.
Venez suivre, questionner et contribuer au développement de ce collectif !
Date : Jeudi 26 mars 2026
Heures : 10 h à 11 h 30 (heure de Montréal) | 15 h à 16 h 30 (heure de Paris)
Inscription : https://events.teams.microsoft.com/event/d515c8af-c5ee-4a91-9d80-8df09bc59791@3a5a8744-5935-45f9-9423-b32c3a5de082
Dans un contexte de transformations rapides des environnements éducatifs et numériques, il nous semble essentiel de consolider ces dynamiques collectives. Ce temps de rencontre constitue une étape dans la construction d’un espace francophone capable de porter, dans la durée, les valeurs et les pratiques de l’éducation ouverte.

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