Innovation Pédagogique
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Études Sup : Osons imaginer et fédérer

Un article repris de https://profsentransition.com/osons...

un article repris du site profs en transition

[Rencontre] une série de portraits et de retours d’expériences pour apporter toute la lumière aux belles initiatives des Profs en transition d’ici et d’ailleurs.

Aujourd’hui, cap sur l’enseignement Supérieur, avec Catherine G., titulaire de la chaire « Recyclage et économie circulaire » à l’école d’ingénieurs Centrale Lyon. En tant qu’actrice au service de l’éducation, ses actions au sein de l’établissement où elle intervient majoritairement sont indissociables de ses actions en dehors ou à la frontière avec celui-ci, aussi bien en tant que citoyenne que professionnelle. Elle nous explique comment elle met au cœur de son activité le travail collectif au service de l’engagement individuel, et le lien qu’elle voit dans les différentes actions qu’elle tente de mettre en place pour faire avancer la cause environnementale, intimement liée au vivre ensemble.

Peux-tu te présenter ainsi que tes principales activités ?

 Je m’appelle Catherine, je suis titulaire d’une chaire dédiée au « Recyclage et à l’Économie Circulaire » créée en 2012 à l’école Centrale de Lyon. Mon travail consiste à imaginer, proposer puis coordonner des actions de sensibilisation, des cours et des projets. En collaboration avec les enseignants-chercheurs, je lance des actions de formation, de sensibilisation et de recherche sur la thématique de la chaire dans son sens large et qui fait le lien avec le monde de l’entreprise : développement durable, RSE – Responsabilité Sociétale des Entreprises, dans sa définition noble – et de fait l’évolution des entreprises sur ces sujets aussi, notamment par rapport à la quête de sens des jeunes en milieu professionnel et à la responsabilité sociétale de chacun.

Quelles sont tes motivations et les valeurs qui te guident ? Quelles sont les actions ou projets que tu mènes qui traduisent ces motivations ?

J’ai trois motivations principales.

La première est de faire prendre conscience aux étudiants de l’impact de nos activités, de « leurs » activités humaines sur l’environnement, en vue de leur donner des clés de compréhension et d’action, qu’elles soient individuelles ou collectives, travailler à l’émergence d’idées innovantes grâce à l’implication et à la coopération multi-sectorielle. Par exemple, j’ai créé www.triomix.fr, un espace de partage et d’innovation rassemblant différents acteurs sur le territoire de la métropole de Lyon : entreprises, citoyens, étudiants, collectivités, etc. favorisant l’interdisciplinarité et l’intelligence collective entre les acteurs de l’économie circulaire au bénéfice du bien commun. Ici sur la thématique de la prévention, du tri et du recyclage en milieu urbain dense. Les initiatives élaborées au sein de cet espace visent non seulement à répondre de manière concrète aux problèmes du déchet et du tri en ville, mais en y ajoutant également une réflexion sur la place du tri et son intégration complète au paysage urbain, aux habitudes et aussi aux usages naissants. Quelques exemples de projets : Denibox, Starbox et le kiosque Mandala.

Ma deuxième motivation est de transmettre des connaissances et des compétences aux étudiants et qu’elles leur soient utiles dans leur approche à l’environnement. J’ai à cet effet créé deux cours pour les ingénieurs de 2e année, l’un dédié à l’éco-conception qui existe aussi sous forme de MOOC ouvert à tous et l’autre concerne la sociologie des déchets. C’est-à-dire la façon dont en fonction de notre culture et de notre éducation nous percevons nos déchets, mais aussi ce qui est sale de ce qui est propre, et la façon que nous avons de les traiter. Certains les cachent, d’autres non. A quoi cela est-ce dû ? Le module traite des déchets divers, y compris les déchets du nucléaire et propose aux élèves ingénieurs d’avoir un regard critique, constructif et ouvert sur ces sujets.

La troisième est de leur donner les clés de la connaissance d’eux-mêmes pour mieux connaître leurs besoins, découvrir leurs propres motivations et de les déployer au moment du choix de leur orientation. Pour cela j’utilise la Communication Non Violente (CNV) mais aussi la psychologie positive à travers les cartes de forces (un jeu pour identifier ses talents et ses forces en famille, en groupe ou en classe). Sur ces sujets, j’interviens dans une école des métiers de l’art et de la culture auprès d’étudiants de Bachelor et de Master, sur la communication et la connaissance de soi.

Les valeurs qui me portent à chaque fois sont la confiance, la créativité et l’engagement ; indispensables à la production d’intelligence collective.

Ton engagement sur la question environnementale – et au-delà – dépasse donc ton cadre de travail, et toutes ces sphères semblent finalement fortement liées, sphères qu’il faut oser occuper ?

Mon engagement est le même dans toutes les sphères de ma vie. C’est davantage une question d’alignement que de devoir.

Il se traduit dans la vie associative, par exemple avec la création de l’association de parents d’élèves « Drôles de parents » dans l’école de mon fils quand il était plus jeune. Ensuite par la création d’un conseil municipal pour enfants, sans affiliation, qui éduque les jeunes à la citoyenneté. Ont été menées dans ce cadre à titre d’exemple des demi-journées de collecte de déchets dans notre commune de 2000 habitants puis en lien avec les communes voisines, avec le soutien de la municipalité et d’autres associations du territoire. Puis quand mon fils était au collège, j’ai co-créé InterCycles en 2017 avec l’un de ses enseignants et ses élèves, afin de lutter contre l’ennui qui s’installe en classe, tous niveaux confondus et proposer une approche pour enseigner autrement, sous forme de gestion de projet, rendant l’élève davantage acteur. D’ailleurs nous sommes en perpétuelle recherche d’enseignants qui souhaiteraient collaborer.

Quelques exemples sur des projets, menés concrètement avec et expliqués par les élèves sous formes de vidéos de présentation ou de sensibilisation :

  • Pour le tri, recyclage ou récupération de déchets : exemple ici.
  • Pour la sensibilisation à l’écoconception et la lutte contre l’obsolescence programmée : exemple ici.
  • Les bonnes pratiques pour organiser une manifestation publique éco-responsable : exemple ici.

– Projets TriOMix, de la conception à la réalisation –

Pour toi, il est important qu’il puisse aussi y avoir une continuité des apprentissages, à tous les niveaux.

Je crois que si l’on est un tant soit peu curieux, on peut apprendre de partout. Je crois important que l’enfant puis le jeune adulte fasse le lien entre ce qu’il apprend dans une salle de classe ou dans un amphithéâtre tout au long de sa vie d’élève et le pratique sur le terrain, dans la vie quotidienne, que ce soit avec ses parents ou ses copains, et ceci dans un continuum d’apprentissage. Ceci vaut pour les enjeux écologiques avec lesquels nous sommes en prise dans toutes les sphères dans lesquelles nous évoluons : école, maison, travail, etc. Mes activités associatives ont suivi mes convictions et le parcours de mon fils et sont venues se mailler à mes propres activités. Pour moi, il est important de sortir des silos, de pratiquer l’agilité surtout dans le monde incertain et changeant dans lequel nous vivons, et qui appelle à l’adaptation et à la résilience.

Pour que l’ensemble des acteurs de l’éducation, du primaire à l’enseignement supérieur puissent assurer cette continuité et donner de l’écho à la démarche de transition, ces derniers doivent pouvoir aisément se réunir. Quelle sont les principaux obstacles à ton avis à cette rencontre et comment celle-ci peut-elle être encouragée et institutionnalisée ?

En fait nous vivons dans des mondes parfois parallèles, chacun dans son silo, sans connaissance de l’autre, de son métier, de ses obligations, de ses contraintes… et cela déjà créé beaucoup d’incompréhensions de part et d’autre. Tout le monde gagnerait à ouvrir ces silos et les rendre poreux. Mais cela demande du temps aussi. Ce n’est pas toujours évident de créer des passerelles entre deux mondes. Leur temporalité n’est souvent pas la même, mais les objectifs sont la plupart du temps communs et il y a bien plus de sujets qui nous rassemblent que de sujets qui nous divisent si on sait se mettre à la place de l’autre.

C’est pour cela que j’aime la coopération en prenant soin de réunir toutes les parties prenantes d’un projet. Comme c’est le cas pour TriOMix ou pour InterCycles où nous avons voulu avoir des parents d’élèves, des élèves et des enseignants pour qu’il y ait un continuum dans la démarche de sensibilisation.

En réalité, il existe déjà naturellement plusieurs fils rouges qui assurent cette rencontre. La notion d’éducation à la citoyenneté par exemple est transverse à tous les cycles. Elle est également partagée par des associations, des conseils municipaux de jeunes et d’enfants, mais aussi au sein des familles ; même si dans une société plurielle la vision de chacun est parfois différente. L’enjeu est de proposer aux élèves à chaque âge de leur vie d’aller à la rencontre de ces institutions et qu’ils puissent y jouer un rôle. Tous les pans de l’enseignement, du primaire au supérieur, peuvent jouer un rôle dans le renforcement du lien avec la société civile.

 Je parle aussi dans mes cours de Responsabilité Sociétale. Celle de l’entreprise la plus connue, mais aussi celle de l’Ecole ou de l’Ingénieur, ce qui permet de prendre conscience de son rôle et impact en tant qu’individus et en tant que groupe au sein d’une organisation.

Quoi de mieux sinon que lorsque les jeunes eux-mêmes parlent aux jeunes ? Dans les Cordées de la Réussite par exemple. L’an dernier, des élèves que j’encadrais ont invité les jeunes du centre social d’Ecully pour leur faire découvrir une école d’ingénieurs avec ses labos, mais aussi ses activités sportives et zéro déchet. L’initiative était la leur. Je l’ai juste encouragée. Les deux en ont tiré un bénéfice immense. Je sais que des enseignants de chaque secteur encouragent les rencontres de cette nature, chacun à sa façon. Cela peut prendre la forme de tutorat, de parrainage ou toute autre pédagogie avec laquelle l’enseignant se sent à l’aise.

Tu as vu passer un certain nombre d’étudiants sur les bancs de l’école, de quelles observations peux-tu nous faire part quant à l’évolution des mentalités des jeunes que tu encadres, leur engagement, leur regard sur les enjeux environnementaux ?

Depuis 2012, date à laquelle je suis arrivée à Centrale Lyon, j’ai vu se succéder 7 promotions de jeunes diplômés. En 2012 les « militants » étaient très engagés mais très peu nombreux, et allaient souvent finir leur cursus dans les pays d’Europe du Nord, plus avancés que nous sur les thématiques écologiques.

Aujourd’hui sur le thème de la transition écologique, on remplit les amphis et les étudiants sont véritablement engagés, non seulement demandeurs mais aussi forces de proposition. Ils ont un grand besoin d’être écoutés. Certains ont adopté une « slow life », roulent à vélo, mangent vegan. On peut croire que c’est un phénomène de mode, mais il n’en est rien. Il y a je crois un véritable alignement au quotidien avec leurs valeurs.

Les actions de formation ont, elles aussi, évoluées, intégrant davantage de contenus sur la transition écologique. Pendant longtemps les cours ont été axés uniquement sur le climat. Aujourd’hui d’autres thématiques comme l’éco-conception, l’analyse de cycle de vie, la transition écologique au sens large sont appréhendés dans les établissements d’enseignement supérieur ; même s’il existe, comme partout, une marge de progression.

On peut supposer aussi que toutes les actions accomplies en amont par les acteurs de l’éducation dans les différents niveaux de l’enseignement portent leurs fruits ; la continuité se traduit par cela aussi même si elle pèche parfois par manque de visibilité ou de projets récurrents.

Un mot pour la fin ?

J’aime l’idée d’une génération d’enseignants ouverts sur le monde, prêts à expérimenter d’autres façons de faire. C’est ce que j’ai apprécié dans la scolarité de mon fils. Pour moi, nous avons tous à apprendre les uns des autres. J’interviens dans 2 établissements d’enseignement supérieur (Ecole d’Art et Ecole d’ingénieurs), et je dis souvent à mes élèves qu’ils me nourrissent autant que je les nourris. A une ère où beaucoup de savoir est présent gratuitement en ligne, l’enseignant peut endosser un rôle un peu différent. Il est le garant de la justesse des disciplines, mais il peut aussi apprendre à apprendre et à poser un regard critique sur les informations qui sont proposées à l’enfant.

Il y a quelques années, nous avions organisé une animation avec un enseignant chercheur de Centrale Lyon et les médiateurs du musée gallo-romain de Lyon dans un centre commercial. L’objectif était de vulgariser des travaux de recherche en faisant expérimenter le processus que les Romains avaient utilisé pour la création de la Table Claudienne, une des pièces maîtresse du musée. De nombreux collégiens étaient venus et ont beaucoup appris. La preuve qu’on peut apprendre partout, qu’une continuité existe, et peut se pratiquer y compris à l’extérieur de l’enceinte de l’école.

S’emparer de l’espace public comme lieu d’apprentissage, s’entourer de personnes volontaires et n’en exclure aucune sous prétexte qu’elle n’est pas reconnue comme acteur de la sphère habituelle, aller à la rencontre des structures partageant les valeurs communes de la transition écologique et solidaire, sortir des sentiers battus et inviter les enfants à explorer d’autres horizons, c’est ça qui fait sens pour moi quand j’accompagne des jeunes, et je crois que nous sommes plus nombreux que l’on croit à partager cette vision.

Gardons notre esprit critique et sans compromettre nos valeurs, osons inventer, créer, imaginer des initiatives et fédérer au-delà de notre structure d’appartenance. Faisons émerger de nouvelles initiatives, et donnons leurs plus de chances d’aboutir en les propulsant au-delà de nos propres horizons.

A l’image de ce que fait Catherine et beaucoup d’autres acteurs de l’éducation dans leur quotidien, créer des partenariats et œuvrer de manière collaborative à toutes les échelles de la société permet de : ne pas rester isolé dans sa quête de la transition vers un monde sensibilisé, devenir acteur de son destin et œuvrer dans un monde où la dimension écologique est complètement intégrée à toutes les composantes de la société.

Ce témoignage vous inspire ? N’hésitez pas à consulter nos autres articles de la série Rencontres comme École du dehors : “je t’embarque avec moi” ainsi qu’à rejoindre la belle aventure des Profs en transition !

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