Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

Une initiative de l'Institut Mines-Télécom avec un réseau de partenaires

INFOX#1 : “Le e-learning et la formation à distance ne conviennent qu’à un type d’étudiant en particulier” ou… l’art de rejeter la faute sur les autres !

27 mars 2020 LIP, Fribourg 315 visites 0 commentaire

Un article de France Henri, ; Professeure honoraire , Télé-université du Québec (TÉLUQ) - france.henri@teluq.ca, publié par le Laboratoire d’Innovation Publique de l’université de Fribourg, une publication sous licence CC by nd

Une problématique douteuse : ce n’est pas nous, c’est les autres…

Que veut-on dire lorsqu’on affirme que le e-learning et la formation à distance ne conviennent qu’à un type d’étudiant en particulier ? Veut-on dire que le taux élevé d’abandons en formation à distance démontre de manière convaincante que seul un type d’étudiant privilégié est apte à étudier à distance et à réussir ? Sans en être conscients, ceux qui tiennent ce discours dressent un sévère constat d’échec. Ils reconnaissent de manière implicite leur incapacité à faire « à distance » ce qu’ils font « en présence », c’est-à-dire offrir un enseignement de qualité à tous les types d’étudiants et obtenir un taux de réussite qui soit satisfaisant, voire élevé. L’échec en formation à distance n’est surtout pas généré par une formation lacunaire. Elle ne met pas en cause l’enseignant. Elle relève de l’étudiant qui est mis au banc. C’est sa faute, il n’a pas le bon profil. Il n’est pas le type d’apprenant à qui la formation à distance convient.

Poser ainsi la problématique de l’échec ou de l’abandon en formation à distance témoigne du désir, voire d’un empressement à gommer la réalité, à éviter de poser la véritable question et à s’attaquer au véritable problème. Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’offrir, à distance, des formations dont le taux de réussite est comparable à celui de la formation offerte en présence ?

Le réel problème : ce n’est pas les autres, c’est nous…

En enseignement présentiel, lorsqu’un nombre important d’étudiants échouent ou abandonnent un cours, vers qui se tourne-t-on d’abord ? Vers ces malheureux étudiants ? Pas du tout ! On cherchera où est la faille dans le système ; ce qui a manqué à l’étudiant pour réussir. L’établissement se sent interpelé. On s’intéressera à la performance du professeur, premier responsable de l’enseignement. On s’interrogera sur la qualité de son enseignement, sa disponibilité, son ouverture, ses relations avec les étudiants, etc. On questionnera également le programme d’études, son contenu, sa structure, le besoin auquel il répond, les prérequis pour être admis, etc. On vérifiera aussi les conditions dans lesquelles l’enseignement est donné : le nombre d’étudiants inscrits au cours, l’horaire du cours, la configuration du local dans lequel le cours est donné, la disponibilité des ressources requises pour répondre aux exigences du cours, etc. On évaluera tout autre aspect qui peut avoir un impact sur la réussite. Fort des résultats de cette enquête, on verra à corriger la situation et à lever les obstacles afin d’assurer une formation de qualité et faire en sorte que la réussite des étudiants soit au rendez-vous.

Lorsqu’un établissement de formation présentielle expérimente la formation à distance et qu’un nombre important d’étudiants échouent ou abandonnent, vers qui le regard se tourne-t-il ? Vers ces malheureux étudiants ? Oui ! Ce sont eux qui seront pointés du doigt. On dira qu’ils ne sont pas du type d’étudiant pour réussir une formation à distance comme le propose le titre de ce billet. On leur rejettera trop facilement la faute, ce qui est absolument désolant, sans s’interroger sur la part de responsabilité de l’établissement face aux abandons.

Dans les établissements présentiels qui s’aventurent dans l’univers inconnu de la distance et en constatent l’échec, dans de nombreux cas, le questionnement et le retour réflexif à mener font le plus souvent terriblement défaut. Les règles de l’art ont-elles été appliquées lors de la conception, de la médiatisation et de la diffusion du cours ? Des spécialistes de la formation à distance ont-ils participé au projet ou ont-ils au moins été consultés ? Lors de la diffusion du cours, les étudiants ont-ils eu accès à des ressources pédagogiques adaptées à l’apprentissage à distance ? Ont-ils pu évoluer dans un environnement technopédagogique ergonomique et convivial ? Ont-ils bénéficié d’un accompagnement personnalisé comme l’exige une saine pratique de la formation à distance ?

L’établissement d’enseignement présentiel qui s’engage à offrir des cours à distance sans en connaître les exigences et les pratiques, sans mettre en place la structure organisationnelle et les ressources technopédagogiques requises pour supporter ce genre de formation, se dirigera tel un apprenti sorcier droit vers l’échec.

À la demande de leur établissement, on a vu trop souvent des enseignants « mettre leur cours à distance » sans expérience en la matière, sans préparation, sans réaliser que la formation à distance ne s’improvise pas et, surtout, qu’elle n’est pas un calque de l’enseignement présentiel.

La formation à distance n’est pas un calque de la formation présentielle

La formation à distance ne s’improvise pas. Elle opère selon un système qui repose sur une organisation rationnelle fondée sur le travail d’équipe. Elle requiert la collaboration étroite de divers spécialistes regroupés essentiellement au sein de deux équipes.

  • L’équipe de conception rassemble un spécialiste du contenu (le professeur), un spécialiste de la pédagogie à distance (technologue de l’éducation), un spécialiste de l’accompagnement des apprenants (tuteur), des spécialistes de la médiatisation (réviseur linguistique, graphiste, créateur audiovisuel, informaticien).
  • L’équipe de diffusion assure le suivi du cours dès lors qu’il est accessible aux étudiants qui s’y seront inscrits. Sous la supervision de l’enseignant, ultime responsable de son cours, l’équipe s’emploie à résoudre prestement les problèmes d’ordre didactique, pédagogique, technologique et d’accompagnement de l’étudiant.

La vraie faute est celle qu’on ne corrige pas

Google nous dit que, dans l’expression e-learning, « e » signifie web, numérique, ou cyber et « learning » renvoie à apprentissage. En réfléchissant à cette interprétation de Google, peut-on concevoir qu’un apprentissage soit « numérique, web ou cyber » ? Certainement pas. L’apprentissage est quelque chose de « personnel » ; un processus propre à chacun. Nous avons tous notre propre manière d’apprendre, laquelle peut être très efficace, efficace, peu efficace, très peu efficace ou pas efficace du tout ! Tous ces profils ou « types d’étudiant » sont présents en formation présentielle comme en formation à distance. Tous ces étudiants ont droit à une formation de qualité. Ceci étant dit, il importe d’accorder à chacun le soutien et l’accompagnement dont il a besoin. Si la qualité et la personnalisation de la formation est lacunaire, la vraie faute serait de ne pas la corriger.

Licence : CC by-nc

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom