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Modélisation : des cadres d’analyses du numérique en éducation

8 août 2018 par admin Bruno Devauchelle 461 visites 0 commentaire

Un article repris de http://www.brunodevauchelle.com/blo...

Un article repris du blog de Bruno Devauchelle, une publication sous licnece CC by sa nc

Il existe plusieurs modélisations du développement du numérique en éducation qui aident à analyser ce qui est en train de se produire dans les systèmes éducatifs contemporains. SAMR, et ASPID (T Karsenty) sa prolongation, sont souvent évoqués. De même le modèle TPACK. On dispose aussi d’outils d’analyse comme le TAM (Technologie Acceptance Model) moins centré sur l’éducation. D’aucuns reconnaissent aussi au triangle d’Engeström, et à la théorie de l’activité, une valeur de synthèse et un outil souple d’analyse. Tous ont mis l’accent sur des dimensions de dynamique et de système. Pour le dire autrement analyser l’introduction de l’informatique et du numérique dans l’école et dans la société nécessite une approche systémique et s’inscrivant dans une dimension temporelle ou historique.

Ce qui caractérise l’objet d’étude « le développement du numérique en éducation », c’est que c’est un objet complexe d’une modélisation analytique ne peut suffire à éclairer. Il faut donc se tourner vers des modèles non seulement systémiques, mais surtout approches de la complexité.

Si l’on en juge par ce qu’en écrit Edgar Morin, « Donc la complexité s’impose d’abord par une impossibilité à simplifier ; […]La complexité n’est pas la complication : ce qui est compliqué peut se réduire à un principe simple comme un écheveau embrouillé ou un nœud de marin… ». On comprend dès lors que les chercheurs qui se penchent sur la question du développement du numérique en éducation sont fortement tentés d’aller vers une approche analytique, mais qu’ils en rencontrent vite les limites et qu’ils s’intéressent alors à des approches « complexes ». C’est pourquoi toute modélisation du phénomène doit être interrogée et critiquée afin d’en montrer les limites. Monique Linard aussi (Des machines et des hommes, L’Harmattan 1990) avait bien mis en évidence cette complexité en abordant le problème par un autre aspect, celui de la conception (le modèle Hélices)

Nous proposons ici de nous intéresser à une autre modélisation des situations complexes pour tenter de l’utiliser pour notre objet de travail. C’est Jacques Ardoino, qui fut proche d’Edgar Morin, qui a développé une grille d’analyse des situations conflictuelles complexes. Si l’on considère l’irruption d’un objet nouveau (l’informatique) dans un contexte social donné (l’enseignement, l’éducation), on peut aussi l’étudier en termes de situation conflictuelle complexe. Six niveaux d’analyse sont envisageables dans cette approche. Pour chaque niveau une lecture différente et différenciée peut être faite, et il est intéressant de passer par les six niveaux si l’on veut que l’analyse soit au moins complète au mieux pertinente.

Ici nous reprenons cette présentation issue de la page : http://apprenons.apaap.be/outils-de-formation/47-la-grille-dardoino.html

1 – Personnel  : moi – Solutions dans le comportement

Chacun de nous est confronté à la réalité du numérique dans son quotidien personnel et professionnel. C’est d’abord dans le rapport personnel que j’entretiens avec ces technologies que je peux lire le degré de conflit qu’elles provoquent en moi et la manière de le dépasser.

2 – Interpersonnel  : les relations entre les personnes et moi – Solutions dans le système de relation, de communication par ex en prenant les acteurs individuellement

Les possibilités relationnelles fournies par le numérique et ses usages transforment mon rapport à l’autre. La construction identitaire passe par cette relation privilégiée à l’autre et les retours qui sont proposés par l’autre. Se construit un système relationnel qui se transforme progressivement (immédiateté, multimodalité, absence de distance physique etc.…)

3 – Groupal  : les relations à l’intérieur d’une unité plus grande (dynamique de groupe) -la classe – Solution dans la gestion de la dynamique de groupe

Au-delà des relations à l’autre, il y a la dimension sociale et collective. Groupes d’appartenance, communautés d’intérêts ou de pratique, des dynamiques de réseaux viennent enrichir les dynamiques interpersonnelles. De simples groupes d’étudiants ou d’élèves à des revendications collectives, la dimension groupale est très présente en particulier depuis les années 2005 à partir du moment où le web devient plus « interactif » et de manière possiblement collective. Pour l’enseignement et l’apprentissage des possibles nouveaux émergent, même si l’expérience des Moocs connectivistes n’a pas vraiment connu de succès…

4 – Organisationnel  : fonctionnement de l’organisation-l’école (PO)- Les relations de pouvoirs (coopération, conflits), enjeux, stratégie et les modalités de fonctionnement (rôles, procédures, structures) Solution dans les rôles sociaux, les règles du jeu du système

Le développement du numérique dans les établissements a d’abord marqué leur organisation : administrative d’abord, vie scolaire ensuite, pédagogique enfin. Toutefois l’observation et l’analyse de nombreux établissements permet de penser qu’il y a là un élément d’analyse et de solutions potentielles important.

5 – Institutionnel  : la société, la politique de subsides- Groupes de pression, partis politiques, les institutions étatiques qui élaborent les lois, les règles de fonctionnement – Solution dans l’action politique de revendication, groupes de pression pour modifier des législations

Les dirigeants de nos sociétés ont fait de l’informatique puis du numérique un enjeu majeur et planétaire dès le début des années 1980 voire avant. A l’instar des actions groupales possibles, il y a au niveau des institutions des clés de lecture très intéressantes : il suffit de faire une analyse socio-historique du domaine pour s’en convaincre.

6 – Historicité/idéologique : Les valeurs fondamentales qui guident les actions menées et leur histoire

Ce niveau est transversal au cinq autres. Chacun des cinq niveaux est traversé par une histoire et des idéologies. Il convient donc, dans les analyses d’interroger ces deux dimensions pour chacun d’eux. Dans de nombreuses situations, l’histoire prise au sens de dynamique historique, pas seulement ce qui s’est passé, mais surtout comment cela s’est enchaîné. De même le cadre idéologique, souvent passé sous silence parce qu’impliquant, est aussi à prendre en considération

En synthèse, nous proposons de tenter, chaque fois que cela est pertinent d’utiliser cette grille pour analyser ces situations dans lesquelles le numérique s’est immiscé dans le quotidien de chacun. Pour chacun des niveaux il fait tenter de renseigner ce qui peut l’être de manière suffisamment précise. ON évitera en particulier de n’utiliser qu’un seul ou deux niveaux : cela supprimerait l’idée même de complexité propre à cette grille.

Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de l’utiliser dans notre domaine du numérique éducatif, que ce soit pour analyser une pratique individuelle ou le déploiement dans un établissement, voire dans un pays ou une collectivité territoriale. Quelque soit le niveau d’entrée dans la problématique étudier les autres niveaux fournis quasi systématiquement des éléments de compréhension complémentaires. Au-delà de l’instrument, il s’agit aussi d’une posture scientifique face à une situation. Développer l’utilisation d’une grille quelle qu’elle soit est toujours un plus car elle permet la prise de distance face au réel.

A suivre et à débattre

La liste des entrées similaires est établie par le module d’extension YARPP.

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