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Ce qui menace notre identité personnelle !

Un article repris de http://theconversation.com/ce-qui-m...

Arnold Dogelis/Unsplash

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.


Dans un monde où les données personnelles d’un individu ne cessent d’être enregistrées, transférées, manipulées, se pose évidemment la question d’actualité, celle de la confidentialité des données personnelles, mais d’autres questions peuvent aussi être soulevées.

Par exemple, jusqu’à quel point nos données personnelles sont-elles périssables ? Quelle est leur date de péremption ? Parmi tout cet amas de données, quelles sont celles qui sont pérennes ? Quelles sont celles qui définissent véritablement notre identité ?

En d’autres mots, et pour pousser la réflexion plus avant, que veut-on dire par identité personnelle ?

  • S’agit-il de mon corps ?

  • S’agit-il de ma personnalité ?

  • S’agit-il de mes mouvements ?

  • L’identité personnelle est-elle un récit, le récit de soi, c’est-à-dire l’histoire que nous construisons sur notre propre vie, celle que nous racontons aux autres ?

  • Ou sommes-nous, plus prosaïquement, le produit du tissu social auquel nous appartenons, sommes-nous la somme de nos relations professionnelles, interpersonnelles et politiques ?

  • Plus encore, notre identité est-elle, en partie du moins, le produit de tout ce que nous aimons et auquel nous tenons (nos animaux de compagnie, nos vêtements, notre maison, les rituels auxquels nous nous adonnons avec régularité…) ?

Tous les changements que nous subissons au cours de notre vie modifient notre identité physique et psychologique

Nick Charter, dans un livre à paraître prochainement propose un modèle audacieux de l’identité. Selon lui, nous inventons notre identité et celles des autres en interprétant nos pensées, nos faits et nos gestes, et ceux des autres, au fur et à mesure de nos expériences, de nos rencontres.

Nous serions en quelque sorte, par la pensée du moins, des scénaristes ou des écrivains. Après tout, souligne Charter, notre vie ne ressemble-t-elle pas à un roman ? Nous créons nos croyances, nous développons nos valeurs et nous inventons notre vie au fur et à mesure de nos actions.

Mais qu’en est-il de nos convictions, de nos désirs, de tout ce qui est censé traditionnellement constitué les assises d’une vie, et nous servir de point d’ancrage. Nick Charter n’en fait pas un cas. L’esprit serait un vaste espace plat qui en constitue l’essence. Nous restructurons peu ou prou nos pensées et nos actions en fonction de nos interactions avec notre environnement. Nous dessinons de nouveaux motifs sur les anciens, nous les adaptons, et nous réécrivons constamment notre propre histoire. Charter considère son modèle comme étant libérateur, car nous ne serions pas esclave de notre passé, nous ne serions pas prisonnier non plus de nos pensées, car celles-ci changent continuellement.

Qu’arriverait-il si vous deviez subir une transplantation de la tête ?

Nous sommes en constante évolution, mais il arrive qu’un événement dramatique vienne bouleverser le cours de notre vie. Qu’arriverait-il, pour prendre un exemple extrême, si vous deviez subir une transplantation de la tête ? Une équipe de chercheurs bulgares en bioéthique s’est penchée sur la question. Il s’agit, pour l’instant, d’une expérience de pensée, mais à moyen terme il se peut que de telles opérations soient rendues possibles.

L’identité, sur le plan statique, prend racine à la fois dans notre cerveau et dans notre corps. Par conséquent, selon les chercheurs, à la suite d’une transplantation de la tête, une continuité continuera d’exister entre le cerveau (la mémoire, les réseaux de neurones existants) et le corps du donneur (les apports sensoriels du système nerveux central ainsi que l’image de soi découlant de cette nouvelle incarnation). Ce qui résultera de cette greffe sera un nouvel individu.

Cet individu devra inévitablement opérer une réconciliation autant sur le plan personnel que sur le plan social. De nombreuses questions surgiront concernant la famille, son histoire personnelle, son récit autobiographique, ainsi que la façon dont il sera perçu socialement.

Chacun est responsable de son identité

Ce sera à l’individu lui-même, rappellent les chercheurs, qu’il incombera la tâche de reconstruire son identité, selon ses propres termes et à son rythme. Nous sommes d’abord et avant tout des êtres sociaux. L’identité que le patient se construira progressivement sera autant le résultat de ses efforts de reconstruction que des interactions avec sa famille, ses proches ainsi que les proches du donneur.

Pour nous aider à mieux cerner ce qu’est l’identité personnelle, on peut se demander ce qui la menace. Le recours à la stimulation cérébrale profonde pour le traitement de la maladie de Parkinson provoque chez les patients des phénomènes de dissociation. Les détracteurs d’un tel type de traitement considèrent que cette technique constitue une véritable menace pour l’identité personnelle.

Un médecin canadien, Françoise Baylis, s’inscrit en faux contre ces critiques et rappelle (elle aussi) que l’identité personnelle est une création dynamique en constante évolution. S’il existe une menace, elle proviendrait non pas de la stimulation cérébrale profonde, mais de l’attitude discriminatoire d’autrui à l’égard de ceux qui sont aux prises avec la maladie de Parkinson.

La stimulation cérébrale profonde provoque d’importantes modifications de comportement, d’humeur, de cognition. Elle peut modifier en profondeur la personnalité et avoir un impact majeur sur l’identité, mais puisque celle-ci est dynamique et malléable, le patient profitera des avantages du traitement sur sa maladie, et s’ajustera. La stimulation cérébrale profonde ne constituerait pas une véritable menace que si elle venait à empêcher le patient à reconstruire son identité, si, en d’autres mots, elle venait à altérer de manière significative le processus itératif et cyclique qui consiste à réviser le récit de soi pour construire son identité.

Prendre la pleine mesure de notre liberté, lorsqu’il s’agit de construire notre identité, n’est pas d’espérer vainement une transformation subite qui de toute façon ne risque pas de se produire, mais de franchir une étape à la fois, de façonner notre intellect à chaque pensée, à chaque geste posé. Ce n’est qu’à ce prix que nous serons en mesure de nous transformer.

Ces sujets sont au cœur des cours que je développe. Ne devrions-nous pas tous apprendre les codes pour nous réinventer plus consciemment ? D’ailleurs, l’intelligence artificielle accélérera les transformations humaines autant s’y préparer au plus tôt.

Et vous, chers lecteurs, qu’en pensez-vous ? Êtes-vous partants pour prendre votre identité en main ? Dans l’exercice de cette semaine, je vous propose un petit jeu à ce sujet !

The Conversation

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