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Extravertis, intravertis, ambivertis, qui sont les plus créatifs ?

Un article repris de http://theconversation.com/extraver...

Tony Detroit

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.


À l’époque du tout social, les extravertis ont la cote, les introvertis, eux, sont relégués au second plan

Mais les préjugés à l’égard des introvertis ne datent pas d’aujourd’hui. Pendant plus de 30 ans, la Société Américaine de Psychiatrie, a fait de l’introversion une maladie, jugeant que l’introversion freinait la capacité de l’individu à s’intégrer à la société et à réussir dans un monde de plus en plus concurrentiel.

Pourtant, en ce qui concerne la créativité, l’extraversion n’est pas toujours un atout. Paul Dannar rappelle que les tâches que l’on associe habituellement à la créativité sont du domaine de la solitude et de l’introversion : observer, réfléchir, méditer, écrire, dessiner, chercher, se projeter.

En réalité, tant les introvertis que les extravertis ont leur place lorsqu’il s’agit de faire preuve de créativité. Créer, selon Dannar, se fait autant en adaptant qu’en innovant.

Ceux qui déploient leur créativité en tentant de régler un problème à partir de structures existantes préféreront un contact sensoriel direct, ils se fieront à leurs émotions et auront recours à un mode de création adaptatif. Ce sera le champ de prédilection des extravertis qui ont besoin d’être en contact direct avec leur environnement.

Alors que les innovateurs préfèrent définir de nouveaux cadres de référence. Les innovateurs sont souvent des introvertis dotés d’une personnalité originale, individualiste, perspicace. Ils préfèrent les idées aux sensations.

Introvertis et extravertis sur un pied d’égalité !

Les potentiels créatifs des introvertis et des extravertis sont ainsi, en quelque sorte, sur un pied d’égalité, puisqu’il faut reconnaître l’importance équivalente de ceux qui innovent et de ceux qui améliorent pour mieux répondre aux besoins des personnes et du marché dans le monde d’aujourd’hui.

Susan Cain, dans son livre Quiet : The power of introverts in a world that can’t stop talking, La force des discrets en français, qui a connu énormément de succès, réaffirme le fait que l’introversion est souvent considérée comme une maladie qu’il faut traiter comme elle l’explique dans sa conférence TED.

The power of introverts | Susan Cain.

Elle rappelle que la société actuelle est aménagée pour les extravertis. Qu’il s’agisse des lieux de travail ou des écoles, tout est fait pour favoriser le travail de groupe dans des open spaces. Cain souligne que 70 % des travailleurs américains occupent des espaces ouverts. De 1970 à 2000, aux États-Unis, la superficie moyenne de l’espace de travail a décru de manière spectaculaire, passant de 500 pieds carrés (46 mètres carrés) à 200 pieds carrés (19 mètres carrés).

Certains des réflexes que l’on attribue aux introvertis ne sont pas sans fondement. Le fait, par exemple, de vouloir s’isoler pour rechercher le silence et travailler plus efficacement s’avère juste d’un point de vue neurologique. Une étude menée par des chercheurs britanniques auprès de 38 000 travailleurs du savoir démontre qu’une stimulation excessive est un frein à la performance.

Le simple fait d’être interrompu dans l’exécution d’une tâche est l’une des principales barrières à la productivité et augmente de 50 % le risque d’erreurs.

De plus, après une interruption, le retour à la tâche initiale, qu’il s’agisse de la rédaction d’un rapport ou de codes informatiques, exige une quinzaine de minutes environ.

La solitude, celle que recherchent les introvertis, favoriserait l’acquisition de nouvelles connaissances. Une simple promenade dans un milieu naturel, une forêt ou un parc par exemple, apaise le cerveau et facilite ensuite l’apprentissage.

Patrick Hendry/Unsplash.

La solitude, que l’on fuit de plus en plus et qui est vitale pour les introvertis, profiterait tout autant aux adultes qu’aux enfants. Ceux-ci sont constamment bombardés de messages par leurs téléphones intelligents et leurs tablettes qui ne leur laissent aucun répit. Or le cerveau d’un enfant a besoin de moments de calme pour développer ses fonctions exécutives ainsi que la concentration nécessaire pour effectuer diverses fonctions cognitives telles que la planification, l’élaboration de stratégies et la gestion du temps.

Chacun d’entre nous, que nous soyons introvertis, extravertis ou ambivertis, est déjà créatif, ou apte à l’être encore davantage. Toutefois, certains programmes d’apprentissage à la créativité seront plus efficaces, selon notre type de personnalité.

Une étude australienne menée auprès de 163 participants a mis à l’épreuve deux approches différentes :

  • Une approche basée sur la génération de nouvelles idées : un didacticiel explique aux participants différentes techniques telles que le brainstorming, la recherche de relations, les listes de vérification pour élargir l’arborescence conceptuelle d’une idée.

  • Une approche basée sur la relaxation : un didacticiel présente aux participants différentes méthodes visant à réduire les contraintes qui souvent bloquent la pensée créatrice : relaxation, méditation, exercices de respiration, prise de conscience des différents paramètres pouvant contraindre la performance créatrice (anxiété, stress).

Les résultats mettent en évidence le fait que l’approche basée sur la génération de nouvelles idées est particulièrement efficace pour les extravertis, alors que l’approche basée sur la relaxation s’avère plus efficace auprès des introvertis.

Arne Dietrich souligne le fait que la créativité est une activité complexe qui sollicite de multiples régions de notre cerveau.

Modulée selon les aptitudes de chacun et les impératifs dictés par la nécessité de trouver une solution à un problème donné, la créativité est l’apanage de tout être humain, quel qu’il soit.

Il est possible de distinguer trois types de créativité :

  • La créativité à haut débit et à forte intensité : l’individu est à ce point concentré sur l’exécution d’une tâche que tout ce qui l’entoure disparaît, le temps n’existe plus.

  • La créativité réfléchie et systématique : la solution à un problème est trouvée en testant systématiquement toute une série d’hypothèses.

  • La créativité spontanée : il s’agit du service minimum où peu d’efforts sont déployés. L’inconscient prend la relève et suggère instinctivement une solution.

Le recours à l’une des trois approches dépend du contexte. L’écrivain, face à la page blanche, choisira de faire une promenade pour s’aérer l’esprit. Il quittera alors l’approche réfléchie pour s’en remettre à l’approche spontanée et retrouvera l’inspiration à son retour.

Les approches se recoupent et se fondent les unes dans les autres. Ainsi, l’extraverti, à l’occasion, abandonnera l’approche basée sur la génération de nouvelles idées pour relaxer et chasser de sa conscience un problème obsédant pour lequel il peine à trouver une solution.

Tout n’est pas perdu pour les introvertis. Dans les années à venir, les environnements collaboratifs seront de plus en plus virtuels. Les collaborateurs échangeront entre eux sur le mode ‹seul et tous ensemble›. Faut-il voir là, souligne Susan Cain, la revanche des introvertis ou une façon de fuir la cacophonie intrusive des open spaces ?

Chose certaine, un travail sur soi pour mieux se connaître est fort utile pour faire bouger les lignes. Pourquoi rester enfermé·e dans un cadre qui nous limite ? L’introverti gagnera à devenir un peu plus extraverti, et l’extraverti à devenir un peu plus introverti.

D’ailleurs, nous comprenons mieux ce qu’est l’introversion depuis les travaux du psychiatre, Carl Gustav Jung, 1921, qui explique très bien que cela n’existe pas d’être un pur introverti ou extraverti. Nous avons besoin des deux pour survivre en société.

Et ce n’est pas parce qu’on est introverti qu’on ne peut pas être un personnage public : Gandhi, Steve Jobs et Barak Obama en sont un bel exemple. Ce qui caractérise, entre autres, les introvertis, c’est qu’ils sont des hypersensibles, sachant faire preuve d’empathie, des qualités faisant partie des compétences du XXIe siècle.

Bien sûr, si nous avons la chance de nous situer à mi-chemin entre les deux, ce que nous appelons les ambivertis, nous profitons du meilleur des deux mondes.

Et si vous doutez que nous puissions nous transformer en prenant simplement la décision de changer, je vous invite à découvrir l’histoire incroyable du mathématicien anglais, John Horton Conway, qui a décidé un jour, dans un train entre Liverpool et Cambridge qu’il était temps de quitter son introversion après avoir reçu une bourse universitaire. Et cela a fonctionné dans l’instant.

Donc intro, extra ou ambiverti, à vous de choisir !

The Conversation

Licence : CC by-nd

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