Innovation Pédagogique
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Avant l’idée

Un article repris de http://theconversation.com/avant-li...

Quand on rêve...

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.


Au cours des prochaines semaines, nous explorons le thème du rêve. Deux façons de l’observer, le regard du scientifique et celui de l’artiste. L’esprit créatif aime les interstices. Il vit souvent aux abords du chaos. Sur le fil. Entre le visible et l’invisible. Il cherche à voir au point de se faire mal aux yeux. Il scrute le ciel et la lumière. Il en va de même du rêveur. Il cherche à voir ce que les autres ne voient pas. Les plus doués y arrivent. Le jour, ils inventent. La nuit, ils apprennent. Les surdoués contrôlent même leurs rêves. Les plus grands créateurs sont souvent de fabuleux rêveurs comme les célèbres scientifiques Albert Eintein et Niels Borh. Tentons d’apprendre à voir ce qu’ils voient.

De fabuleux rêveurs

« Cette exposition s’attache à ce qui se situe en bordure de nos sens et de notre connaissance, de notre imagination et de nos attentes. je m’intéresse à l’horizon, qui pour chacun de nous sépare le connu de l’inconnu », Olafur Eliasson.

Olafur Eliasson compte parmi mes artistes préférés tant par sa démarche profondément humaniste que par ses œuvres et ses propos qui ajoutent de la profondeur à nos réflexions. Ses origines nordiques ont inscrit en lui des gènes d’intelligence collective comme on en rencontre encore trop rarement. Dans son studio à Berlin, 85 personnes dont des artisans, des techniciens spécialisés, des architectes, des archivistes, des administrateurs, des historiens d’art, des web designers, des graphistes, des réalisateurs et des cuisiniers collaborent. Les différents travaux d’Eliasson, qu’il s’agit de sculpture, de peinture, de photographie, de cinéma ou d’installation, ont été largement exposés à travers le monde : Chaque matin je me sens différent, chaque soir je me sens le même au MAM, Paris (2002), The Weather Project (2003) à la Tate Modern de Londres, The New York City Waterfalls, Take your time au MOMA de New York (2008), Riverbed au Louisiana Museum de Copenhague (2014). Ce qui me plaît, c’est que sa pratique de l’art n’est pas limitée aux musées et aux galeries, elle touche une communauté beaucoup plus large à travers des projets architecturaux et des interventions dans l’espace public.

En bordure du visible et de l’invisible

En nous déstabilisant « juste assez » l’artiste nous fait faire de petits sauts de conscience. Où sommes-nous ? Dans quelle réalité ? Ces moments privilégiés avant qu’une idée naisse, quand nous n’avons ni la forme, ni le mot, mais seulement le ressenti, l’émotion de l’avant… sont des territoires précieux que nous devons chérir. Ces territoires en bordure du visible et de l’invisible, il nous les rappelle avec chacune de ses œuvres. En 2015, avec l’exposition « Contact », l’expérience était encore plus audacieuse puisqu’il « a fait exploser les frontières dans une tentative de faire entrer l’univers à travers une œuvre d’art totale » comme l’a expliquée la commissaire générale de l’exposition présentée à l’occasion de la deuxième phase inaugurale de la Fondation Louis Vuitton.

« Portant une attention renouvelée à la situation de l’homme dans son milieu, Olafur Eliasson aime s’appuyer sur les avancés les plus récentes de la pensée. Jouant sur la capacité d’empathie du visiteur l’artiste s’attache à le rendre partie prenante et à l’amener à vivre une expérience multisensorielle complexe remettant en cause sa perception visuelle et, à travers elle, ses certitudes, dans une oscillation|lumière, présence|absence, affirmation|doute », analyse Suzanne Pagé, directrice de la Fondation Louis Vuitton.

C’est grâce au Musée d’art moderne de la ville de Paris en 1998, que les œuvres d’Olafur Eliasson ont été découvertes en France lors de l’exposition collective, « Nuit blanche, scènes nordiques : les années 1990 ». Pour Eliasson, Paris présentait un mélange fécond d’aménagement formel et informel qui a toujours attiré son attention. Pour cette exposition, les artistes s’étaient demandé quelle serait la prochaine étape pour la ville ?

« Nous avions conclu que cela se passerait à l’ouest de Paris, à Nanterre, juste à côté de la Défense. À l’époque, ce quartier était une sorte d’extension utopique de Paris, pensée pour préparer le siècle à venir, ce qu’il a plus ou moins réussi à faire. J’ai conçu le projet en lien avec ce contexte de réussite et d’échec urbain. Les blocs de glace étaient placés à Nanterre sans indication aucune de leur nature artistique, même si nous les avions photographiés. En parallèle, j’avais exposé des blocs de glace au MAM, qui étaient remplacés une fois fondus. Cet aspect éphémère et ludique de la glace lui confère toute sa beauté. De façon générale, je pense que le succès d’une œuvre d’art ne dépend pas de sa situation, du fait qu’elle soit placée en intérieur ou en extérieur, dans un musée ou dans la rue. L’art peut être partout. Le contexte est toujours une composante de l’œuvre plutôt qu’une limite. »

Design thinking et contribution à une œuvre en cours

En septembre dernier, j’ai invité mes étudiants au Musée d’Art Contemporain de Montréal. Les doctorants de Polytechnique, en atelier de créativité, avaient travaillé à identifier un problème et à trouver une idée originale pour le résoudre en découvrant la méthode du design thinking. À la fin de l’atelier, les équipes devaient présenter leur problème et solution au cœur de l’œuvre d’Olafur Eliasson, La Maison des ombres multiples. Une expérience qui a provoqué plaisir et rire, mais surtout l’étonnement de pouvoir communiquer l’essentiel avec quelques gestes. Au moment de deviner quelle innovation était proposée par l’équipe, les étudiants ont été surpris de la clareté des messages. Pour les plus curieux parmi vous, je vous laisse découvrir le résultat.

Une super intelligence.
La vie au-delà de la Terre.
En finir avec la pollution causée par les voitures.
En finir avec la pollution causée par les voitures.

Dans tous ses projets, Eliasson demande toujours aux spectateurs de contribuer à l’œuvre d’une manière ou d’une autre, d’en être une partie constituante. Pour lui, une œuvre d’art ne se termine jamais. Elle a un début, mais jamais une fin. C’est un flux. Comme de la pré-naissance de l’idée à l’idée. Comme du rêve à la pensée.

En s’intéressant à ce qu’il y a avant l’idée, les expériences et la pensée d’Olafur Eliasson nous passionnent d’autant plus. Cela rejoint notre réflexion sur la créativité et le mouvement.

Que le rêveur dorme ou qu’il soit éveillé, les moments vécus ou imaginés se produisent dans un flux. Il n’y a ni limite, ni frontière. Le territoire est fertile et mérite une réflexion. Plusieurs questions se posent. Quelles portes permettent d’y accéder ? Comment entre-t-on dans un rêve ? Comment l’interpréter ? Comment entre-t-on dans une œuvre d’art ? Pistes à suivre et à venir dans mes prochaines chroniques.

Et peut-être avez-vous des pistes à me proposer ?

The Conversation

Licence : CC by-nd

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