Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

Une initiative de l'Institut Mines-Télécom avec un réseau de partenaires

Faut-il être intelligent pour apprendre ?

Un article repris de http://theconversation.com/faut-il-...

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Ou pour être plus précis, faut-il être très intelligent ou juste un peu ?

Existe-t-il un degré, une limite en deçà de laquelle il est impossible d’apprendre ?

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.

Des recherches récentes tendent à démontrer que des organismes totalement dénués de neurones ont la capacité d’apprendre.

Un exemple parmi d’autres : les myxomycètes. Il s’agit de petites masses gélatineuses que l’on confond souvent avec des champignons. En réalité, ce ne sont ni des plantes ni des animaux, mais plutôt des collectivités d’amibes.

Des expériences ont été menées par Audrey Dussutour de l’Université de Toulouse.

Un plat d’avoine a été placé hors de portée d’un myxomycète de laboratoire. Les myxomycètes raffolent de l’avoine. Pour satisfaire son appétit, le myxomycète devait ramper (les myxomycètes se déplacent très lentement) et emprunter un pont saupoudré de caféine (une substance que, contrairement aux humains, les myxomycètes détestent).

Dans un premier temps, la créature jugea le parcours trop difficile. Puis, petit à petit, elle accéléra son déplacement lorsqu’elle se trouvait sur le pont. Après quelques jours de cette gymnastique, le myxomycète apprit à se déplacer plus rapidement lorsqu’il se trouvait sur le pont jusqu’à ce que le contact avec la caféine ne l’incommode plus.

Que peut-on conclure ? Une explication possible est que le myxomycète a stocké des données d’information au niveau même des cellules dont elle est constituée (puisqu’il ne possède pas de neurones). Comment ? Pour l’instant les chercheurs l’ignorent, mais ils mettent de l’avant une hypothèse. L’apprentissage des myxomycètes se ferait par une modification de l’ADN de ses cellules. Il s’agirait en quelque sorte d’un apprentissage épigénétique sans qu’à aucun moment n’intervienne un système nerveux.

Plus étonnant encore, non seulement les myxomycètes peuvent apprendre, ils savent aussi transmettre leur savoir à leurs confrères. C’est ce que laisse à penser une deuxième série d’expériences menées par Audrey Dussutour. La chercheuse a fusionné (les myxomycètes sont des colonies d’amibes et peuvent donc être regroupées ou sectionnées) des myxomycètes habitués au sel avec d’autres pour lesquels le sel est une substance redoutable et non maîtrisée. Les myxomycètes fusionnés se sont fort bien tirés d’affaire pour franchir un pont saupoudré de sel. Et, une fois la fusion inversée, les myxomycètes néophytes ont à leur tour franchi le pont sans encombre, comme s’ils avaient tiré la leçon apprise par leurs confrères avec lesquels ils venaient tout juste d’être fusionnés.

De telles expériences nous rappellent que pour nous, humains, tout apprentissage est coordonné de manière centrale, au niveau du cerveau. Mais elles nous indiquent aussi que d’autres mécanismes sont à l’œuvre dans la nature.

Va pour la leçon que nous donnent les myxomycètes. D’autres êtres vivants nous renseignent aussi sur les mécanismes de l’apprentissage.

Les singes, nos proches cousins, et les corbeaux, sont eux aussi capables d’apprentissages parfois complexes. Nous oublions parfois que des apprentissages complexes résultent souvent d’une série d’associations simples.

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Comme en témoigne la déconstruction de l’apprentissage chez les singes. Il s’agit d’une illustration de ce que l’on appelle en intelligence artificielle, le chaînage arrière.

Comment un singe, nommons-le Fred, a-t-il appris à fabriquer tout un arsenal d’outils en pierre pour décortiquer des noix ?

  1. Fred raffole des noix. C’est un élément-clé de l’apprentissage : la motivation intrinsèque. Si nous sommes motivés, nous persévérerons.

  2. Fred vole une noix (non décortiquée) à sa mère. Cette noix (non décortiquée) est associée au plaisir de manger son contenu.

  3. Fred n’est évidemment pas intéressé par la coquille, mais par son contenu. Il sait qu’il lui faut se débarrasser de la coquille, mais il ne sait pas comment il doit s’y prendre.

  4. Il observe sa mère. Elle sait comment casser des noix avec des roches. Pour Fred, casser des noix est, depuis un certain temps déjà, associé au fait d’en manger.

  5. Fred commence son apprentissage. Il manipule des outils de pierre. Progressivement, la manipulation des roches est associée à la gratification de manger des noix.

  6. De fil en aiguille, Fred devient un habile technicien dans l’utilisation des roches pour décortiquer des noix.

Les recherches sur l’apprentissage nous en apprennent autant sur les stratégies d’apprentissage adoptées par les autres formes du vivant que sur les nôtres. Elles nous forcent à élucider les approches que nous utilisons, consciemment ou non, pour acquérir de nouvelles connaissances, de nouveaux comportements.

La créativité s’apprend-elle ?

Ces expériences me font penser à l’apprentissage de la créativité. Il ne nous viendrait pas à l’idée de ridiculiser un enfant qui ne marche pas encore. Au contraire, on s’exclame à chaque petit effort, bravo… tu as réussi (et ce même si on l’aide) jusqu’au moment où il aura suffisamment confiance en lui pour faire ses premiers pas sans notre aide. Au même titre qu’on ne devrait jamais ridiculiser des tentatives d’expressions créatives, mais plutôt reconnaître chaque effort comme un signe d’avancement. Une grande aventure commence toujours par un premier pas si incertain et malhabile soit-il. Nous devons constituer des environnements stimulants qui encouragent plutôt que de miner et de ridiculiser.

Vous avez peut-être lu la chronique hilarante dans le New York Times d’Amy Sutherland, qui est devenue ensuite le best-seller : « What Shamu Taught Me about a Happy Marriage ».

Pour les recherches de son livre intitulé Kicked Bitten and Scratched, Amy Sutherland est allée au Moorpark Community College dans le sud de la Californie, une école pour les entraîneurs d’animaux exotiques. Elle a fréquenté des babouins, des cougars et un loup nommé Legend. Cette expérience lui a appris plusieurs choses qui lui ont été, semble-t-il, très utiles. D’où cette chronique dans le New York Times sur la façon dont elle a amélioré sa vie et son mariage en ayant recours aux techniques de formation animale qu’elle a apprises à cette école spécialisée.

Le cœur de cet enseignement repose sur le renforcement positif. Chaque petit effort est reconnu, le premier, puis le deuxième, puis le troisième jusqu’à la réalisation de prouesses étonnantes. Plutôt que de critiquer ce qui ne va pas, encourageons ce qui fonctionne. Le psychologue Alan Kazdin conseille aux parents de chercher les comportements qu’ils souhaitent voir se développer chez leur enfant. Dès que ce dernier fait un geste en ce sens, il faut l’encourager. Une première fois, puis une deuxième, une troisième… jusqu’à la centième fois. Miser sur les forces plutôt que de s’acharner sur les faiblesses. Une technique qui est aussi utilisée en entreprise, ce sera le sujet d’une autre chronique.

C’est en développant son muscle créatif chaque jour qu’on devient plus habile à jongler avec de nouvelles idées et de nouveaux concepts. Une microréussite doit être encouragée, puis une autre et une autre… apprendre à apprendre, c’est apprendre à développer des environnements où se manifestent ces soutiens mutuels plutôt que des milieux où les critiques fusent continuellement et découragent toutes initiatives.

Boucliers contre les casse-pieds !

Et si jamais, il y a des personnes négatives dans votre entourage qui vous minent le moral et découragent votre créativité, je vous recommande de lire l’essai de Frédéric Joignot, « L’art de la ruse pour vivre en paix avec les autres », un savoir-faire bien utile par les temps qui courent ! L’auteur ne manque pas de créativité pour partager les meilleures astuces conseillées par les philosophes et stratèges au cours de l’histoire.

Si vous avez des anecdotes à partager, ce serait extra. Avez-vous déjà tenté le renforcement positif et obtenu des résultats inespérés ? J’aimerais lire vos commentaires. Que pensez-vous de ces approches pour encourager l’apprentissage et la créativité ?

The Conversation

Licence : CC by-nd

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