Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

Une initiative de l'Institut Mines-Télécom avec un réseau de partenaires

Retrait volontaire versus échec académique dans les MOOC : propositions de définitions opératoires

20 octobre 2016 par Matthieu Cisel MOOC 266 visites 0 commentaire

Un article repris de http://www.matthieucisel.fr/retrait...

un article repris du blog de Mathieu Cisel

J’ai parlé il y a quelques mois dans le blog Educpros des différences qui existaient entre formes d’attrition, et notamment de celle qui distingue le retrait volontaire, le participant se retire de la formation suite à une décision positive, et l’échec académique, où il se rate méchamment. Sauf que voilà, si vous voulez appliquer de tels concepts dans les MOOC, vous êtes obligés de faire un petit travail de définition opératoire. Dans le billet d’aujourd’hui, je vous propose la définition opératoire de ces deux concepts. Vous allez comprendre en lisant ce billet pourquoi il peut être complexe de quantifier le retrait volontaire dans un MOOC.

1. Retrait volontaire

Le retrait volontaire est dans le contexte de ma thèse doublement défini, sur la base de l’intention déclarée du participant d’une part, et sur la base de traces d’activité d’autre part. Tout d’abord, l’individu doit cesser sa participation au cours avant d’avoir rempli les conditions requises pour obtenir le certificat. On peut dire d’un individu qu’il cesse de participer, ou qu’il se désengage de la formation, à partir du moment où, bien que n’ayant pas rempli les conditions d’obtention du certificat, il cesse toute action au sein du dispositif. S’il cesse de réaliser les activités prescrites dès lors qu’il remplit les conditions d’obtention du certificat, nous ne pouvons parler de retrait volontaire, ni de désengagement. En termes de comportement observable, nous ne parlerons de retrait volontaire que si le participant s’est connecté au cours et a réalisé au moins une action au sein de la plate-forme : visionné une vidéo, visité une page de cours, réalisé un quiz, etc. Ceci exclut donc les cas de non-connexion. Un participant qui décide de ne pas suivre une formation après n’avoir vu qu’une seule vidéo du cours tombe donc sous notre définition du retrait volontaire.

Le retrait volontaire est défini sur la base d’un comportement observable, mais aussi d’une intention déclarée. Si, en début de formation, le participant déclare ne pas avoir l’intention de terminer la formation en obtenant le certificat nous ne pouvons pas parler de retrait volontaire. Si le participant s’inscrit en n’étant pas certain de vouloir s’engager dans la formation, un cas mis en évidence par une enquête de Reich (2014), il tombe sous la définition. Il en va de même s’il se dit déterminé à terminer la formation pour obtenir le certificat. Le principal point d’achoppement réside dans le caractère volontaire ou involontaire du retrait, un débat qui prend son origine dans les années 1970 (Pantages & Creedon, 1978). Nous considérerons que, pour tomber sous la définition, l’impossibilité de répondre aux conditions d’obtention du certificat ne doit pas résulter d’un oubli involontaire de dates limites, ou de l’obtention de notes éliminatoires pour l’obtention du certificat. Si les notes sont éliminatoires, nous considérerons qu’il n’y a pas retrait volontaire si le participant n’a pas la possibilité de refaire la ou les activités évaluées auxquelles il aurait échoué. La possibilité de refaire plusieurs fois une même activité évaluée est fréquemment offerte dans les MOOC, comme nous le verrons, et cet élément doit être pris en considération dans la définition de retrait volontaire. Au vu de cette définition, il faudrait pour quantifier rigoureusement le retrait volontaire disposer des traces d’activité, des notes obtenues par le participant, de la structure du cours, des données sur les intentions autodéclarées et sur les circonstances ayant conduit à l’impossibilité de remplir les conditions d’obtention du certificat. On comprend aisément que ces conditions sont rarement réunies.

2. Échec académique

Nous ne nous intéresserons pas aux participants qui sont exclus du cours pour un écart de conduite, notamment sur les forums de discussion. Si ce dernier cas existe, nous y avons d’ailleurs été confrontés en tant que membre d’une équipe pédagogique, il n’est en revanche que peu ou pas documenté. Dans le contexte de ce manuscrit, répondront à la définition de l’échec académique les participants qui obtiennent une note insuffisante pour obtenir le certificat, et ce bien qu’ils aient participé à un nombre suffisant d’activités pour obtenir en principe ce certificat, eussent-ils obtenu des notes suffisantes à ces activités. On considère que le participant a réalisé un nombre « suffisant » d’activités dès lors que le nombre total de points que peuvent apporter en principe ces activités excède le nombre de points à accumuler pour obtenir le certificat, et qu’il obtient une note « suffisante » dès lors que le seuil de passage est dépassé. Nous avons également rangé dans cette catégorie les participants qui échouent pour avoir oublié involontairement une date limite, lorsque cet échec empêche l’obtention du certificat. Pour identifier rigoureusement ce qui relève de l’oubli involontaire d’une date limite pour la réalisation d’une activité évaluée, le participant doit déclarer avoir involontairement oublié cette date, et qu’il eut réalisé l’activité évaluée en question s’il n’y avait pas eu d’oubli. Concrètement, cette catégorie est très difficile à identifier.

Je me demande si je me suis pas un peu compliqué la vie en basant ma définition du retrait volontaire sur deux types de données aussi disparates que les comportements observables (et observés à partir des traces d’activité) et sur les intentions du participant (si difficiles à appréhender au vu de la multiplicité des biais). Mais bon, sur le coup cela me semblait nécessaire de procéder ainsi pour être rigoureux …

Licence : CC by-sa

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom