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Questionner le rapport à l’autre dans le projet de développement selon D.Ming d’Engineers Without Borders South Africa

21 octobre 2016 par Jérémy Billon Retours d’expériences 105 visites 1 commentaire

Un article repris de https://isf-france.org/node/994

Un article repris du site d’ingénieurs sans frontières, publié le 12 avril 2016.

Extraits d’entretien avec David Ming, co-fondateur d’Engineers Without Borders South Africa (EWB-SA) réalisée lors du Forum Mondial d’EWB-International à Denver le 16 mars 2016. Ce forum regroupait une dizaine d’associations ingénieures partageant le nom d’"Ingénieurs sans frontières" dans le but d’apprendre à mieux se connaître et apprendre ensemble les uns des autres.

https://isf-france.org/node/994

Ingénieurs sans frontières : Dans la plupart des groupes Ingénieurs sans frontières du Nord ayant des projets de développement au Sud, nous sommes confrontés en permanence aux différences de perceptions entre la réalité des bénévoles qui partent sur le terrain et les acteurs locaux, car cette tension est toujours au cœur de la réussite d’un projet. Dans un pays où il suffit parfois de traverser la rue pour passer d’un quartier privilégié à un township (=bidonville), avez-vous besoin de vous poser ces mêmes questions ?

David Ming : Je pense que si l’on prend le français typique et que tu lui demandes de parler de l’“Afrique”, il va en avoir une certaine perception stéréotypée comme les photos clichés de village africains très pauvres que l’on voit un peu partout. Si tu fais la même chose à un Sud-Africain moyen, je peux t’assurer qu’il aurait exactement la même perception. L’Afrique du Sud est vraiment différente car c’est la nation la plus prospère d’Afrique. Notre mentalité est plus européenne que d’autres pays du continent et notre perception de l’Afrique assez similaire. Nos bénévoles, certes, ont déjà vu de la pauvreté parce qu’elle est littéralement sous leur nez. Mais si tu sors d’un milieu aisé, tu ne l’as pas vécu donc tu gardes une certaine distance et tu peux y devenir presque aveugle. On a certains de nos bénévoles qui ne le comprennent pas, mais d’autres qui sortent de milieux défavorisés, le comprennent mieux, bien plus que moi.

Ce que je remarque est que plus l’Afrique du Sud prospère, plus ton point de vue sur ce qui est important dans ta vie devient plus capitaliste : on achète un portable, on a de l’argent, on regarde Youtube et tout d’un coup tu te retrouves à penser comme un Occidental et tu deviens plus comme un Européen typique ou un Américain qui veut à tout prix gagner de l’argent et réussir. Il y a une expression pour désigner un jeune noir qui a réussi, un « Black Diamond ». Il y a une grande aspiration à devenir un « Black Diamond » dans la société. Et quelque part, ce n’est pas grave, mais cela change comment on devrait faire les choses en tant que volontaire à EWB-SA, car on essaie d’être très réfléchi et d’aider au mieux les gens mais finalement, le reste de la société veut juste "gagner sa croûte". On veut d’une autre sorte de développement mais ce n’est pas facile de convaincre les bénéficiaires de nos actions de la vision que l’on porte pour la société.

Cependant, je pense que nos réflexions ont avancé incroyablement vite à EWB-SA du fait que nous n’avons pas besoin de voyager très loin pour se confronter à des regards totalement différents. Les présentations de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Australie, du Canada se questionnaient toutes sur leur propre société en s’efforçant de tourner aussi le regard sur eux-mêmes, ce qui pose la question de savoir pourquoi voyager ? Est-ce nécessaire ? On veut faire du développement car c’est devenu une valeur en soi mais on ne se questionne pas nécessairement sur notre rôle et si l’on est pertinent. Les personnes ont des perceptions différentes et il faut savoir le reconnaître lorsque l’on veut faire un projet : nos rapports au temps, au travail, au succès social n’ont rien à voir. On définit la pauvreté comme un manque de ressources économiques, mais je peux vous assurer qu’un bon nombre d’Africains ne se sentent pas pauvres, ni ne ressentent le besoin d’être aidés. Et quand on aide, le risque est de le faire selon ses propres critères de société (argent, bonheur, progrès technique) qui n’ont pas nécessairement de sens sur place. Je pense que beaucoup d’organisations d’ingénieures autour du monde font de très bonnes choses et il faut en être reconnaissant mais je pense que ce n’est pas si facile que ça d’intégrer une communauté sur des temps aussi courts. Tu dois faire beaucoup d’hypothèses en avance sur comment faire les choses ou comment les acteurs sur place vont réagir. Et ça n’est pas bon parce que tu crées une situation ou une vision dans ta tête qui n’est fondée sur rien car tu n’as aucune idée de la réalité sur place…

C’est intéressant de voir combien d’argent et de temps sont dépensés sur ces projets. Certaines organisations ingénieures ont énormément de ressources, $25 000 par projet environ, donc c’est une tonne d’argent. Et à la fin, les ingénieurs diront “on a fait du bon boulot.”, les bailleurs diront “vous avez fait du bon boulot.”, et probablement même la communauté le dira aussi mais ça ne veut pas nécessairement dire que c’est bien, ni que c’est la meilleure façon d’agir.

Je ne sais pas si notre façon de faire maintenant est ce qu’il faut faire. Je suis toujours intéressé par EWB-SA parce que j’ai commencé en tant qu’étudiant. Ça m’a toujours intéressé de voir grandir cette structure. Mais plus j’approfondis, plus je me rends compte qu’en fait c’est bien plus intéressant quand on sort de cette idée de juste vouloir aider et que l’on commence à se poser à soi-même la question “Qu’est ce que ça veut dire d’aider  ?” Je pense qu’on est chanceux, ou malchanceux, d’avoir tant de problèmes car ça en fait une bonne opportunité d’apprendre. J’aimerais vraiment que d’autres personnes aient ces prises de conscience. Je pense que nous avons besoin de plus d’éducation sur ces thématiques de développement à EWB-SA. C’est moins un problème d’argent et de projets qu’un problème de savoir comment aider.

ISF : Finalement, ces disparités culturelles qui posent parfois problème dans les projets de développement seraient peut-être presque plus sociales qu’autre chose ? Les bénévoles issus de communautés défavorisés ont-ils eux aussi parfois du mal à rentrer de nouveau en contact avec leur communauté d’origine ? Leur parcours universitaire ne provoque-t-il pas une perte de légitimité qui ferait d’eux des personnes d’un "autre monde" pour la communauté ?

DM : Je pense que nous n’avons pas assez de recul pour connaître vraiment la perception qu’ont les communautés de ces personnes qui sortent de milieux défavorisés et qui y retournent en tant que bénévoles. Durant les projets, je demande souvent à ces bénévoles “Alors, ça fait quoi de rentrer  ?” et la réponse qu’ils me donnent généralement, est que c’est difficile. Le fait d’avoir surmonté toutes ces difficultés pour en arriver là te fais devenir une autre personne. Ils ont passé pas mal de temps dans la partie prospère du pays ce qui a pu changer leur façon de penser, leur façon de percevoir leur propre communauté. Ils n’ont pas radicalement changé, mais ils se trouvent désormais dans un entre-deux où ils ne collent plus tout à fait à la réalité des deux sphères.

Ça pourrait être intéressant d’avoir un retour de certains de ces membres. Actuellement, dans notre Conseil d’Administration, il y a une femme qui a fait tout le cheminement de sortir d’un milieu défavorisé, d’avoir brillé dans ces études en suivant un peu un chemin de "Black Diamond" et a finalement créé sa propre ONG. Ce serait intéressant d’avoir son point de vue par exemple. Est-elle toujours acceptée dans sa communauté  ? Je me le demande...

Cette question de légitimité à agir est très épineuse. Durant des émeutes récentes, il y avait beaucoup de tensions entre les noirs défavorisés et les blancs de milieux riches. À un moment donné, les noirs ont rejeté l’empathie ou la compassion des blancs en disant que les blancs ne pourraient jamais comprendre le problème car ils n’ont pas vécu ces difficultés eux-mêmes. Ça crée énormément de frustration de la part de ceux qui veulent comprendre et aider. Une fille blanche qui manifestait avec les noirs était acceptée par le mouvement. Mais au moment où elle a voulu partir, certains lui ont immédiatement servi des propos racistes et misogynes. Le racisme va dans les deux sens et je te garantis qu’il y a des noirs en Afrique du Sud qui sont aussi racistes que certains blancs.

Si tu ne viens pas exactement du même milieu c’est comme si tu ne pouvais pas aider. Il y a beaucoup de paranoïa, de colère et fausses idées de part et d’autre. C’est intéressant et frustrant à la fois...

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Vos commentaires

  • Le 28 janvier à 12:13, par Maître En réponse à : Questionner le rapport à l’autre dans le projet de développement selon D.Ming d’Engineers Without Borders South Africa

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