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Les organismes de formation face au défi du confinement dans les Alpes du Sud

10 septembre 2020 par Michel Briand Coopérer 440 visites 0 commentaire

Confinement et FOAD,

un texte repris du Compte-rendu – 28/05/2020 du Cycle de visioconférences organisé dans le cadre du projet « Lieux apprenants & FOAD » entre fin avril et début mai 2020 : https://wiki-adrets.fr/wikis/LieuxFOAD par l’ Association ADRETS et publié sous licence CC by sa

De nombreux témoignages sont associés à ce texte, ils ne sont pas repris ici pour ne pas allonger l’article, les retrouver sur le document original-en pièce jointe

En 2019, l’ADRETS a déposé un projet auprès de la Région (dispositif FIF) pour travailler sur des leviers permettant une plus grande offre de formation à distance et améliorer le suivi des stagiaires inscrits dans cette formation. Les territoires choisis pour l’expérimentation sont les départements alpins : 04, 05 et 06.

L’un des axes de travail porte sur la mise en place d’espaces de co-learning dans des points d’accueil de proximité (MSAP, France Services, Sud Labs, etc.) mais également la mise en place d’un espace ressources et d’appui à destination des formateurs et organismes de formation, ainsi que l’expérimentation de modules d’appropriation des outils de la FOAD pour les usagers.

Le projet a été validé début mars et devait démarrer durant l’été. Nous sommes cependant entrés dans une période unique de crise sanitaire et de confinement, suscitant des réorganisations via le travail à distance pour tou.te.s et les organismes de formation ont été particulièrement impactés.

L’ADRETS et les services régionaux ont souhaité adapter le contenu du projet afin de proposer un espace d’échange et de retour d’expérience sur les difficultés des organismes de formation et des formateurs. Ce cycle de rencontres a permis de repérer les besoins pour transformer les modules de formation présentiel en des modules à distance, lever les freins inhérents à l’accessibilité pour tous, la logistique à réinventer et l’accompagnement des publics.

A terme, cela permettra de proposer des interventions de professionnels pour répondre aux questions, de partager des outils déjà réalisés par l’ADRETS et d’autres.

Merci à tou.te.s les participant.e.s d’avoir jouer le jeu de l’échange de pratique, de la transparence dans leurs difficultés et de la solidarité dans le retour d’expérience.

Un confinement qui a mis en exergue de nombreuses difficultés

Une continuité pédagogique impactée

La distance peut renforcer les difficultés du rapport à la formation : sentiment d’échec, isolement, etc.

Le constat a été fait de difficultés vécues par les stagiaires qui ont retrouvé le sentiment d’échec scolaire avec le travail à distance (seuls face à un ordinateur, apprentissage accru via la lecture de documents, isolement face à leurs difficultés), un d’un manque de "vécu" du contenu des formations.

Au delà du contenu de la formation en tant que tel, le confinement a révélé l’importance du groupe, de sa dynamique interne avec ce que cela entraîne de motivation de sens. La distance s’est révélée lassante pour nombre d’entre eux.

Cette période spéciale a ainsi du demander aux formateurs un accompagnement accru, de manière plus individualisée pour les rassurer et maintenir le lien.

Des formations non adaptées à la distance

Malgré le maintien à distance (en faisant d’abord travailler les contenus théoriques par exemple), cela reste compliqué pour les travaux pratiques des formations spécifiques.

Notamment pour les métiers de bouche, où la distance est compliquée à intégrer dans le programme pédagogique : ce sont des métiers passion qui nécessitent de pratiquer.

Pour les formations qui nécessitent des stages en entreprise, ce passage est essentiel dans l’apprentissage du métier, intégré dans le cycle de formation (hôtellerie / restauration, animation, etc.).

Par exemple, dans le cadre du BPJEPS, les stagiaires doivent diriger une équipe d’animation et organiser une activité accessoire (mini camp), or le retour en centre de loisirs cet été ne semble contenir pour l’instant qu’un principe de "vacances apprenantes", ce qui ne relève pas des compétences du Directeur et/ou de l’animateur. L’obtention du diplôme sera difficile sur la session en cours.

Une transformation dans l’urgence et sans moyen

La transformation face à la contrainte a demandé un temps conséquent de création d’outils interactifs, et le temps est synonyme d’argent.

Cela a fait exploser les coûts des structures, ce qui n’était pas anticipé sur les budgets de formation (pas de subvention sur la partie ingénierie). Le suivi pédagogique en lui-même, n’étant pas le même qu’en présentiel, a entraîné plus de travail pour le formateur (adaptation des contenus pour des formats à distance, animation à distance, individualisation des parcours, suivi individuel des stagiaires..), qui n’est pour l’instant pas pris en compte dans les coûts pédagogiques. Cette nécessaire réadaptation des façons de faire, des imaginaires sans toujours
savoir comment a provoqué beaucoup de fatigue dans les équipes pédagogiques.

Un manque de culture numérique des formateurs

Les formateurs ont du évoluer vers le partage de leurs contenus ("ils n’ont pas eu le choix !"), mais cela se fait progressivement et reste une angoisse.

Une clause de "confidentialité" peut être établie auprès des stagiaires. Par exemple la formation Animacoop, portée par le Centre de ressources de Veynes a réaliser ses contenus sous licence libre (CC by SA) qui protège le contenu (nécessité de citer la "paternité") mais contenu qui peut circuler librement, avec une philosophie axée sur la compétence du formateur et sa pédagogie active et non ses contenus. C’est toute une transformation de la notion de « propriété intellectuelle » qui est à revoir et l’obligation d’évolution posée dans le cadre du confinement n’a pas forcément été vécue comme positive. Il y a nécessité de prendre du temps et de l’accompagnement.

Surtout que le vécu de certains formateurs tend parfois plutôt sur un "retour en arrière pédagogique" face à des modalités de transmission redevenues plus classiques (cours descendant, théorie sans pratique, théorie avant la pratique, etc.).

Un problème d’équipement et de connexion à internet pour les stagiaires

La transformation des formations à la distance et de travail à domicile n’a pas été sans lever des problématiques de fonds, notamment l’équipement des stagiaires et l’accès à internet. Quelle équité dans l’accès aux formations ? Comment garder le lien ?

C’est un vrai problème, notamment pour certaines typologie de formations, où peu de stagiaires ont un smartphone.

Des solutions ad hoc ont pu être trouvées comme du prêt en interne mais l’effet d’urgence n’a pas permis de sécuriser le cadre de ces prêts (problématique de "convention", de cadre juridique du prêt de matériel). A l’avenir, il pourrait être intéressant de penser ces modalités de prêts, soit en interne, soir en partenariat avec d’autres structures (comme les EPN par exemple).

Un confinement vécu comme une opportunité de se « ré-inventer »

Une phase de remise à plat des modes de fonctionnement

Trois modes opératoires ont été privilégiés pour cette période de confinement : le report de formations, l’annulation de certaines, l’adaptation de celles qui le permettaient. Mais cela a aussi permis de mettre à jour la capacité de résilience des organisme des formation.

Les participant.e.s ont globalement partagé un même constat : Il a fallu se ré-inventer et faire preuve de curiosité pour imaginer de nouveaux formats, notamment pour des formateurs qui ont du parfois repasser par une approche plus "scolaire" alors que pas/plus forcément l’habitude, ce qui a donnée un grand volume de production pédagogique en fonction des outils.

C’est une expérience qui a permis de transformer les formations en formation mixte mais également de repenser tout le processus : ajout d’autres modules sur de la reprise d’activité, modification des fiches entretiens de manière à bien cerner les compétences informatiques, appel aux dons de matériel pour permettre du prêt aux stagiaires, etc.

En définitif, une période très riche d’enseignement qui incite à faire des formations mixtes pour plus tard. Constat clair : éviter le pdf à lire !

Des opportunités pour les stagiaires

Outre une montée en compétence sur l’usage des outils numériques, les participant.e.s aux visioconférences ont parfois noté une plus grande mixité des profils et un absentéisme mieux régulé par l’absence de déplacement.

Les stagiaires ont en effet pu travailler sur leurs postures professionnelles grâce à l’usage de différents outils (écrit, films, enregistrements, etc.) et ont globalement souvent trouvé des solutions s’ils étaient confronté à un problème de connexion (solidarité avec les voisins par exemple).

Pour certaines sessions, aucun désistement n’a été à déplorer, avec au contraire plus de présent.e.s. A été constaté également une baisse des excuses pour garde d’enfant, ou des problèmes de réveil, de trajet, etc. Il y a eu une vraie demande des stagiaires de continuer la formation durant cette période (par besoin d’une activité).

Cela a également permis une plus grande mixité de profil dans les stagiaires avec la récupération de personnes qui ne se déplaçaient pas. Il arrivait parfois que les formations puissent être délocalisées sur le département, mais la formation à distance permet d’éviter de se déplacer. Pourquoi ne pas plus mixer formation à distance et présentiel pour limiter l’absentéisme ?

Une implication nécessaire et renforcée de la part des formateurs et des équipes pédagogiques

Les formateurs ne sont pas forcément habitués ou même formés à des pédagogies alliant la distance.

Le confinement a été une mise en situation intensive où ils ont été obligés de s’adapter, relevant le défi qui se présentait à eux.

Globalement, les formateurs n’étaient pas forcément réfractaires à l’idée de transformer leurs modules à la nécessaire distance mais le manque de formation, l’appréhension de « mal faire » (levée par les petites formations ad hoc mises en place) et le manque d’expérience des stagiaires n’a pas été pour les aider.

Comme tout autre « travailleur » qui a du ramener son bureau à la maison, le confinement a également parfois été mal vécu (problème d’équipement adapté et de "mise à distance" avec le travail). Gestion du télétravail, de l’équilibre de l’investissement a demandé plus de travail et de disponibilité des formateurs.

Même pour les organismes de formation les plus aguerris à l’usage des outils numériques et à la mise en place de formations à distance ou mixées, comme le CNAM PACA, a été repéré une difficulté de mise en place pour les formateurs, alors que c’est pourtant un axe de travail déjà important.

A noter également un retour assez commun de difficultés à gérer un accompagnement "à distance" notamment sur tout le volet communication non verbale. Cela a remis en exergue que la constitution, animation, dynamique de groupe fait partie intégrante de la formation.

Une transformation nécessaire des modalités pédagogiques

Adapter les contenus aux outils et inversement

Il n’y a pas de recettes toutes faites, les modalités sont à différencier selon les formations : de la présentation « classique » à l’échange de pratiques interactives et en binôme en passant par le visionnage de vidéo, tout est possible mais le « bon » dosage est essentiel.

Les séances à contenu "descendant" doivent rester courtes (2 à 3h maximum) et pourquoi pas enregistrées et proposées en replay pour permettre aux stagiaires de s’organiser mieux dans leur journée avec leurs autres contraintes.

C’est un avantage quand on peut adapter des contenus distanciels déjà réalisés (exemple vidéos, quizz, etc.), le Ministère du travail a d’ailleurs mis en partage des contenus créés par des organisations prêtes à les mettre à disposition. Le suivi des stagiaires est aussi plus marqué pour mieux évaluer leurs difficultés et les lever le cas échéant, c’est une personnalisation des parcours.

(Re)créer une dynamique de groupe et un lien avec les stagiaires

Conserver la convivialité et la dynamique de groupe à distance semble avoir été l’un des enjeux les plus marquants de l’expérience vécue par les formateurs.

Et un espace de créativité pour beaucoup d’entre eux ! Plusieurs objets ludiques ont été cités, créés dans le but d’amener de la convivialité et créer le sentiment d’appartenance à un groupe : challenge vidéo / créativité sur des sujets , modules "surprises" comme un atelier Chi Kong / méditation, etc.

Exemples d’outils utilisés

Les plateformes de formation en ligne (ou LMS, pour Learning Management System) servent à organiser et mettre en ligne les formation à distance, mais on souvent un coût. Certains outils de travail à distance « gratuits » ont permis de s’exercer avant de sauter le pas.

Les plateformes ont pour elles l’attraction de « l’outil idéal » regroupant tout sur la même plateforme (gestion des contacts/inscrits, intégration de vidéos, espace de stockage des documents, forum de discussion, chat dédié, etc.). Elles offrent également le plus souvent des outils de suivis de la progression des stagiaires, voire d’évaluation de leur apprentissage ainsi que des systèmes de « surveillance » des temps de connexion qui peuvent être utilisés comme « preuve » de leur assiduité.

Globalement les trois outils complémentaires (et facile d’accès) ont été : la visioconférence (Teams, Zoom, MeetJitsi, etc.), l’espace de stockage accessible à distance (Drive, Cloud, serveur dédié, etc.) et l’espace de discussion. Via un système de forum ou chat, celui-ci est apparu indispensable pour créer la communauté d’apprenants et le sentiment d’appartenance (Discord, What’s App, Slack, etc.). >>
- Ressource utile : Guide LMS&MOOC, comment choisir sa plateforme ? Edition 2020 du FFFOD

Propositions et besoins cités par les participant.e.s

Travailler sur des formations à distance hybride

La formation à distance a plus de sens si elle est faite dans l’hybridation, il faut aussi de l’expérience, éprouver sur le terrain pour intégrer les notions théoriques.

Les participant.e.s au cycle de visioconférence ont constaté que la période a conduit les organismes de formation à mettre en place les conditions de la continuité pédagogique mais sans pouvoir réellement parler de transformation en FOAD, au sens strict de la DGEFP (par exemple, une plateforme doit pouvoir compter les temps de connexion sur plateforme, ce qui demande le déploiement de solutions spécifiques).

Cette période a néanmoins renforcé, pour beaucoup d’entre eux, un réel intérêt pour la FOAD, notamment pour permettre de couvrir les enseignements théoriques en s’appuyant sur le principe de classe inversée et vivre, incorporer ces notions en présentiel par du "faire".

Elle peut être également une opportunité de mettre plus de moyens sur le développement des contenus pédagogiques adaptés à la distance, sur des déclinaisons numériques comme outils au service de la formation.

Des besoins d’apports et de formation

Les participant.e.s ont fait remonter des besoins spécifiques, et non exhaustifs, suite à leur expérience de terrain liée au confinement :

-  Comment transformer une session en présentiel à distance ? Et notamment :

  • Méthodologie sur la fabrication de contenus en e-learning
  • Connaissance du panel d’outils possibles pour numériser les formations (type plateforme d’apprentissage, etc.)
  • Connaissance des méthodes d’animation des groupes à distance (comment les garder impliqués, volontaires ?)

-  Formation action pour expliquer les possibilités qu’offre le numérique aux formateurs et ainsi démystifier le rapport aux outils

A noter que ces apports sont souhaités à distance pour correspondre au rythme des formateurs mais également pour mettre en situation les apports.

Enfin, a été remonté le besoin d’équipement de qualité pour la formation, notamment pour des prêts aux stagiaires.

Association ADRETS Qui sommes-nous

L’ADRETS - Association pour le Développement en Réseau des Territoires et des Services a été créée il y a 20 ans par des acteurs territoriaux et points d’accueil polyvalents, l’ADRETS a pour objet le développement des services au public dans les territoires ruraux et de montagne. Notre expertise sur la question des services au public nous permet d’animer des réseaux d’acteurs, d’accompagner les initiatives individuelles ou collectives, d’appuyer les innovations numériques et d’expérimenter des réponses nouvelles face aux problématiques rencontrées (Accompagnement de SDAASAP, stratégies inclusion numérique, de mise en place de FOAD, de conventionnement pour le logements saisonniers...).

Nos méthodes se veulent participatives, transversales (décloisonnement des acteurs et des services) et basées sur des outils collaboratifs et ressources numériques en libre accès. Nous travaillons en lien étroit avec les services de l’Etat (CGET national et massif, préfectures) les collectivités locales (Régions, Départements, EPCI), les points d’accueil polyvalents (MSAP, espaces saisonniers…), les territoires de projet (LEADER), et les réseaux de la médiation numérique et de l’ESS. Nous intervenons sur l’ensemble du massif alpin, à travers nos deux antennes (Gap et Chambéry).

Rédaction et contacts Sandrine Percheval | spercheval@adrets-asso.fr

Licence : CC by-sa

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