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Apprendre à faire des films à l’université

Un article repris de http://theconversation.com/apprendr...

La démocratisation des outils de prise de vue est trompeuse. Un bon film demande plus qu’un savoir-faire technique. Shutterstock

De la même manière que toute personne sachant lire et écrire ne devient pas automatiquement écrivain, la capacité à manier caméra numérique ou smartphone ne fait pas de vous un cinéaste. La démocratisation de l’accès aux appareils de prise de vue est trompeuse. Sur les réseaux sociaux, nous sommes face à un océan d’images et de sons, sans pour autant que tous ces « bouts de films » ne dépassent le cadre anecdotique d’une prise sur le vif, d’un selfie, d’une approche potache ou égotique.

S’il ne suffit pas d’un savoir-faire technique pour passer d’une simple tentative de communication à un travail artistique, comment former alors de futurs réalisateurs ? Quel cursus envisager pour transmettre le sens de la narration et les enjeux de la mise en scène à des cinéastes en herbe ?

Sur le modèle de ce qui se fait en littérature dans les facs américaines, on pourrait penser que la formule idéale consiste à ajouter aux cours d’analyse théorique un ensemble d’ateliers d’écriture. Avec la précaution suivante : si l’on accompagne les étudiants à toutes les étapes de la conception d’un film – scénario, tournage, montage – il ne s’agit pas de leur dicter quoi que ce soit.

Travail d’équipe

De nombreuses universités permettent aux étudiants, dans le cadre de leur cursus, de suivre des ateliers de scénario et de réalisation, le plus souvent au niveau de la licence. L’idée n’est pas de se substituer à leurs approches créatives mais de les pousser dans leurs retranchements, pour qu’ils découvrent et affirment leurs propres voies. Dans le master Scénario, réalisation, production de la Sorbonne, nous avons choisi pour ce faire une approche croisant économie et création.

Chaque promotion d’élèves doit développer des projets autour d’une thématique imposée (cette année, des portraits d’artistes : acteurs, danseurs, musiciens et même DJ), définie avec des partenaires institutionnels – en 2019, l’ADAMI, une société de gestion de droits des artistes-interprètes.

Car il y a une différence forte entre la « praxis » de l’écrivain et celle du cinéaste : celle du travail d’équipe et d’un certain nombre de contraintes matérielles dont les étudiants doivent prendre conscience au plus vite. Ces questions de budget et de format accompagneront toutes les décisions qu’ils seront amenés à prendre plus tard en tant que professionnels. Voilà qui correspond à la maxime affichée par Robert Bresson dans Notes sur le cinématographe : « Connaître mes moyens, m’assurer d’eux ».

Enjeux de production

Un cinéaste n’existe pas sans producteur, et il faut initier les étudiants à ce dialogue. Car, sans production, il n’y a pas de film. Un producteur n’est pas – loin s’en faut – uniquement celui qui trouve le financement pour un film. Il est d’abord et avant tout un partenaire de création, un accoucheur. Il y a une dimension propédeutique dans la production, comme dans l’enseignement.

Même dans le cas où l’on conjugue les deux rôles (par exemple Georges Méliès, Jean‑Pierre Melville, Eric Rohmer), l’histoire du cinéma montre que le cinéaste-producteur aura, dans la très grande majorité des cas, un complice, un compagnon ou une compagne avec qui échanger sur le processus de conception et de fabrication du film.

Aborder les questions de production, c’est aussi se poser les questions de diffusion des films, les deux étant liées. D’un point de vue pédagogique, les étudiants doivent avoir conscience qu’ils ne font pas des films pour eux-mêmes, mais qu’il s’agit de les présenter à un public, et pas seulement à un public étudiant.

Avec France 2 et le service communication des Ministères des Solidarités, nous avons par exemple permis aux étudiants de réaliser des films sur des thèmes de société, comme l’emploi des jeunes ou encore les violences faites aux femmes ». On voit bien ici à quel point ces démarches créatives peuvent s’insérer dans des services de « mission publique » et combien des synergies utiles peuvent se mettre en place, entre l’université, une institution culturelle, un producteur et un diffuseur.

« Elle était son jouet », film d’Emmanuelle Moreau réalisé dans le cadre du master Cinéma de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La création comme recherche

Reste la question des enjeux des cours de pratique et du statut de la création au sein des universités. Mener une recherche par le biais de la création filmique est une idée déjà largement adoptée aux États-Unis ou au Canada. Mais cette approche divise davantage les cénacles académiques en France. C’est pourtant bien en France que l’un des cinéastes les plus importants de sa génération, Jean Rouch, introduisit l’idée de pouvoir soutenir une thèse à partir d’un film.

Plus largement, se pose la question : qui peut enseigner le cinéma et transmettre la création filmique sinon les créateurs eux-mêmes ? Mais cette question en amène une autre : celle de la différence dans les cursus tels qu’ils peuvent exister au sein des universités enseignant le cinéma et au sein des écoles de cinéma, qu’elles soient privées ou publique, comme la Fémis.

En réalité, la problématique est beaucoup plus large et dépasse le cinéma : est-ce que l’enseignement doit être uniquement « professionnalisant » ou amener à « penser », à avoir une capacité d’analyse et développer un esprit critique ? Peut-on, à partir de pratiques, théoriser ? Et mettre la théorie à l’épreuve de la pratique.

The Conversation

Frédéric Sojcher does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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