Les 12 travaux du numérique collaboratif

1-3 PHILOSOPHIE DE L'OUTIL
1. Outil convivial (Illitch)
Quelques critères pour des outils conviviaux selon Ivan Illitch
- être générateur d'efficience sans dégrader l'autonomie personnelle (son utilisation n'enferme pas dans un usage spécialiste)
- ni maître, ni esclave (je ne peux réparer mon ordi sans perdre la garantie , je ne peux effectuer telle tâche sans l'intervention du webmaster....
- élargir le rayon d'action personnel
- être maîtrisé par l'utilisatrice·teur
- permettre de façonner son monde (intention, imagination, créativité)
- rendre autonome
2. Faire le deuil de l'outil qui collabore
L'outil n'a qu'une potentialité collaborative, il n'est pas intrinsèquement collaboratif.
Une fois que le groupe a travaillé en profondeur sa raison d'être, ses buts et motivations, son fonctionnement interne, l'interconnaissance de ses membres.... , alors les outils numériques permettent de démultiplier les collaborations.
(voir les 12 travaux de l'implication pour toutes ces étapes préalables :)
3. Pharmakon : l'outil poison ET remède
Ambiguïté du grec ancien, où pharmakon pouvait signifier aussi bien « remède », « drogue », « philtre », que « poison » ou « venin »
Pharmakon, en philosophie et en théorie critique, recoupe trois sens distincts : remède, poison et bouc émissaire. Les premier et deuxième sens font référence au sens quotidien de la pharmacologie, tandis que le troisième sens fait référence au rituel de sacrifice humain. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pharmakos).
=> Remède ou poison, l'outil numérique peut devenir un bouc émissaire qui camoufle les causes réelles de dysfonctionnements du groupe.
4-6 LES INCONTOURNABLES
4. Une gare centrale
Pour quoi ? Rendre accessible les infos-clés (sans mot de passe), faciliter l'implication, montrer à voir.
Pour qui ? Observateur, réactifs, proactifs.
Aller plus loin sur la gare centrale
5. Un outil de flux
Pour quoi ? Echanger, discuter, contribuer
Pour qui ? Réactifs, proactifs
6. Un outil de stock
Pour quoi ? Ranger, classer, conserver
Pour qui ? Proactifs, qui s'en servent fréquemment. Mais doit être accessible aux réactifs également.
Et un flux sortant pour informer (newsletter, réseaux sociaux...)
Aller plus loin avec les ressources dédiées aux outils numériques sur Interpôle.
7-9 PRENDRE SOIN DE MOI
Le numérique permet de partager des informations très facilement, et en grosse quantité. Ce partage d'infos facilite évidemment les projets collectifs, mais il a aussi des "côtés obscurs" : infobésité & surcharge informationnelle, temps d'écran en hausse constante, phénomène de burn-out etc.
7. Prendre conscience de l'accélération
Avant le numérique : 10 lettres = 2 heures de travail
Avec le numérique : 10 mails = 15 minutes (et avec l'IA ?)
Que faire des 105 minutes "gagnées" ? Option 1 : cultiver nos relations d'équipe, s'autoriser à penser hors de la boite, voire même profiter du temps libre. Option 2 : garder la cadence et écrire 70 mails supplémentaires... Malgré nous, on prend souvent cette 2de option.
Travail d'Harmut Rosa sur l'accélération, quelques éléments (parmi beaucoup d'autres !)
Avènement de l'homo temporis :
-nous sommes pressés tout le temps : actions guidés par des deadlines, agenda qui pilote notre temps plus que nous-même
- Devant ce rythme effréné, nous avons tendance à privilégier des tâches faciles et rapides qui engendrent une satisfaction immédiate (checker ses mails, ses notif, faire du shopping
- Selon Eloi Laurent : absence de temps libre ET absence de temps long ! Injonction à la collaboration opérationnelle en collectif de travail, mais pas d'espace pour la coopération et l'émergence de réponses réellement autres.
Emboitement des sphères privées et professionnelles : ordi, smartphone sont présent au travail, à la maison, dans les transports, pendant les vacances... (nous consultons nos smartphones plus de 200 fois / jour, et y passons environ 4 heures / jour. Syndrome Nomophobie)
Le désir d'autonomie : impératif de liberté individuelle : n'être engagé à rien, contraint par rien, pour rester disponible et ne rien rater (FOMO)
> "Ne pas vraiment vouloir faire ce que l'on fait, bien que l'on agisse librement" > C'est la définition de l'aliénation
8.Contrôler et réduire le flux
Un concept essentiel : se mettre hors-flux (s'y mettre et le faire savoir en équipe), c'est à dire se ménager des temps de travail, en étant protégé·e de toute perturbations ou sollicitations extérieures, pour travailler sur ses "gros cailloux" (les tâches les plus structurantes, importantes, avec de la vraie plus-value)
Identifier et réduire ses points de perturbations : en moyenne, 20 points de perturbations
- Exemples : onglets firefox, post-it bureau, mail non-lu, notification réseau social, notif de nouveau mail, notif d'agenda, collègue qui déboule dans le bureau, téléphone qui sonne...
Le mail c'est mal 😁 :
- ne pas commencer sa journée par ouvrir ses mails + explications. Choisir ses créneaux réguliers pour consulter ses mails (fin de demi-journée par ex)
- prendre soin de réduire le nombre de mails reçus : se désinscrire des mails inappropriés, envoyer soi-même moins de mails, rendre visible votre rapport au mail
- Etre à l'écoute de son corps, de son rythme : marcher (notamment visio = tête+cerveau), respirer, siester, méditer, faire du sport, modérer les excitants,
- Détox numérique : en vacances, les WE, voire sur des jours de travail "100% hors-flux numérique"
9. Organiser et choisir ses tâches
Exercice des cailloux (voir infographie des EcoloHumanistes)
Délesteur : un outil (téléphone ou carnet papier) pour déposer toutes les idées qui surgissent brusquement et qui peuvent "tourner en boucle" tant que je ne les ai pas posée quelque part. Ca permet d'amoindrir l'effet Zeigarnik.
Todo liste : quotienne, hebdomadaire...(fréquence à adapter). L'outil où je liste et organise toutes mes tâches.
Agenda : L'outil où je mets mes RDV bien sûr, mais parfois aussi mes "gros cailloux" pour y être sûr d'y consacrer du temps.
Plein de méthodes à tester et à remixer : Pomodoro, matrice d'Eisenhower, méthode GTD, Time blocking, 3 priorités du jour...
10-12 PRENDRE SOIN DU GROUPE
10. Nos critères pour choisir nos outils numériques
Quelques critères possibles :
- gratuit
- libre (c'est pas pareil !)
- éthique sur l'utilisation des données
- facile à utiliser
- sans login / mot de passe
- possibilité d'en exporter les données
- qui fonctionnent sous tous les systèmes : Ordi (windows, linux, mac), smartphone...
- sobre au niveau énergétique
Aller plus loin avec les métacartes "Numérique éthique".
11. Nos règles d'usages
Quelques questions à se poser en groupe. Pour l'outil X, > métacartes numérique éthique
- Qui l'utilise ?
- Pour quels usages ?
- A quelle fréquence ?
- Y at-il un retour attendu ? Deadline oui/non
- Est-ce un outil en cas d'urgence ?
- Peut-on prendre des décisions via cet outil ? Lesquelles ? Jusqu'où ?
- Ce qu'il faudrait faire pour l'améliorer / le rendre opérationnel ?
Aller plus loin avec les métacartes "Numérique éthique".
12. Hygiène numérique, pour le soin du collectif
Prendre conscience collectivement du niveau d'information et d'échange dont on a besoin, qu'on est en capacité d'absorber :
- clarification collective des niveaux d'information selon les types de membres
- adaptation des outils selon les types de membres
- règles d'usage
Se donner un cadre d'usage du numérique en termes de temporalité
- droit à la déconnexion (soirs et we, exceptions...)
- droit au temps pour la réponse - mon urgence n'est pas forcément la tienne
- priorisation des canaux en termes d'urgence (tel, mail, texto, messageries...)
Présence - échange physique vs distance - échange numérique
- Idéalement présenter / tester les outils en présence avant de les utiliser à distance
- Le numérique ne remplace pas l'échange physique sur certains aspects (bof bof les apéro Skype du covid...)
- Animation de réunions à distance
- Prise de décision
- L'outil au service du projet
- Organisation et gestion du temps
- Non



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