Le thème de la Fête de la Science 2025 était « intelligences ». Quand j’ai été contacté par des collègues à l’Université de Nouvelle Calédonie pour être l’ambassadeur de la Fête de la Science 2025 sur tout le territoire, j’ai dit oui.
Remerciements
Le voyage a été possible grâce à la collaboration entre Karine Buard à l’INSPE de Nouvelle Calédonie et le CRESICA : merci en particulier à Florent Olivier et Soanile Moal. Merci aussi au Vice Recteur Didier Vin-Datiche qui a réussi à mettre en place des rencontres passionnantes.
Pour faire quoi ?
J’ai pu rencontrer…
- En collèges, lycées et à l’Université, des élèves et des étudiant·es,
- Dans les mêmes endroits, les enseignant·es,
- A plusieurs reprises, le grand public,
- Des journalistes.

Nouméa
Après un très long voyage (escales à Paris, Doha et Brisbane…), j’arrive à Nouméa la veille du premier événement : l’inauguration de la fête de la Science 2025 qui a lieu au Lycée Escoffier de Nouméa. Mon exposé « IA et Science : ce qui se joue » part du constat que l’IA joue déjà un rôle majeur dans la recherche scientifique, mais qu’il est important de ne pas chercher à accélérer le temps à tout prix.
J’ai auparavant le plaisir de rencontrer Catherine Ris, la Présidente de l’Université de la Nouvelle-Calédonie (UNC) ainsi que l’ancien Président Gaël Lagadec. Ceux-ci m’informent donc de la situation particulière de l’Université. En échange, j’explique comment Nantes Université mène une politique d’ouverture et les avantages de l’éducation ouverte.
Le lendemain (3 octobre), je rencontre chercheur·es de la Chaire UNESCO Handicap, Éducation et Numérique (HEN), puis je donne un séminaire en direction des membres de l’école doctorale du Pacifique. Le titre de la conférence : Intelligence artificielle et recherche scientifique : une révolution ?
Je poursuis les idées introduites la veille… Il faut donc parler éthique de la recherche, chartes, mais aussi des règles implicites et explicites de la recherche aujourd’hui.
Le samedi 4 octobre, le week-end commence par la participation au village des sciences du Lycée du Mont-Dore. Je suis épaté par l’enthousiasme des jeunes.
Des stands partout, tenus par des chercheur·es, les lycéen·nes, des collégien·nes et même des élèves de primaire. Quel enthousiasme ! Les thèmes abordés sont souvent très localisés : le lagon, sauver le dugong, la leptospirose.
J’anime l’atelier que nous avions conçu à la Chaire pour le 19 septembre. J’ai une douzaine d’élèves et j’utilise un quiz pour les faire parler de leurs usages avec les IAs génératives. Des petites différences avec ce que j’ai pu entendre dans l’hexagone (j’ai compris vite que le choix des mots était crucial et que je ne pouvais pas dire « en France », voire « en Métropole ») : ainsi, en Nouvelle-Calédonie l’accès à l’internet est plus compliqué : on profite donc plutôt du wifi du lycée pour interroger les IAs génératives…

Lundi 6 octobre
Une nouvelle journée qui commence tôt. En soi, pas un problème pour moi qui n’aurai jamais réussi à me caler. Le long voyage et les 9 heures de décalage horaire étaient vraiment douloureuses.
A 8 heures, une réunion à huis clos avec quelques collègues de l’UNC. Je suis souvent surpris que les informaticiens me connaissent non pour ces questions d’IA et d’éducation, mais pour mon travail antérieur de chercheur : j’ai ainsi des questions de Teodor Knapik sur le machine learning et même l’inférence grammaticale.
Mais cette réunion est semblable à celles que j’ai en France : certain·es enseignant·es n’ont même pas testé ChatGPT, d’autres l’incluent, d’une façon ou une autre dans leurs enseignements. Mais pas (encore) beaucoup de politique concertée. Je note une particularité que je retrouverai dans d’autres discussions : certain·es enseignant·es se lamentent d’avoir des étudiant·es particulièrement fragiles, faibles, démotivé·es ou tout simplement paresseux [notons qu’il est plus facile d’être paresseux dans un pays paradisiaque…]. D’autres au contraire vont mettre en avant la réussite de leurs étudiant·es.
A 10 heures, c’est avec les inspecteurs que j’ai rendez-vous. Une trentaine de personnels du rectorat sont présents ; c’est le vice-recteur Didier Vin-Datiche qui anime la séance. Je commence par un tour de table où chacun·e exprime une question. A moi d’essayer de répondre à leurs interrogations. Je présente quand même -comme je le fais systématiquement- la Chaire UNESCO, l’intelligence artificielle et ses caractéristiques scientifiques, historiques, économique. Puis nous parlons éducation.

Je n’ai pas le temps de manger et me voilà dans un autre amphithéâtre avec les étudiant.es de MIAGE. Cette fois-ci mon support est une histoire de l’IA et de certaines de ses idées à travers la machine de Turing et les jeux : les échecs, le go, le poker.
Dès l’exposé terminé c’est la route avec une pause à Poé pour retrouver l’équipe des enseignants d’IUT qui, chaque année, partent pendant une semaine avec leurs élèves de L1 pour y discuter. L’ambiance est sympathique… Comme en France, la notion d’équipe pédagogique fonctionne très bien à l’IUT.
Kone, Poé, Baco
Mardi 7 octobre…
Le jour se lève à l’hôtel Sheraton de Deva… Il est 5h30… le temps d’une baignade dans le lagon avant le petit déjeuner. Si tôt parce que la journée promet d’être rude et qu’il vaut mieux prendre les petits plaisirs quand on peut. Et oui, c’est frustrant d’être dans un Sheraton et d’y passer si peu de temps !
Nous avons rendez-vous au village des Sciences, au Lycée Michel Rocard. C’est passionnant et je débats avec les enseignants et un élève… qui leur tient la dragée haute !
Nous avons un moment pour nous approcher du cœur de Voh : il s’agit d’une clairière dans la mangrove en forme de cœur immortalisée par Yann Arthus-Bertrand.

Mais il faut rentrer pour participer en soirée à une conférence grand public à l’antenne de Baco de l’Université de Nouvelle Calédonie. J’en profite pour prendre quelques photos à la demande d’un wikipédiste qui trouvait que celles du site étaient un peu vieillottes.
Voici le programme de l’événement du soir :
« Non, le moustique n’est pas une seringue vivante » (Olivia O’Connor, Institut Pasteur)
« Les récifs coraliens » (Sandrine Job, association Pala Dalik)
« Leptospirose : l’ennemi invisible de notre environnement » (Grégoire Davignon, Institut Pasteur)
« Une brève histoire de l’IA : vers une intelligence collective ? » (Gilles Enee, UNC)
Et enfin « IA et recherche scientifique » (moi)
Les moustiques, la santé des récifs coraliens, la Leptospirose… donc des sujets très ancrés sur le territoire
Le mercredi 8 il faut se lever tôt et quitter Kone à 7h30 pour retrouver les étudiants de l’IUT à Poé. Plus de 50 élèves et il s’agit de faire fonctionner un atelier conçu pour 16 ! Il a fallu adapter un peu mais ça se passe très bien et j’ai à réagir à de nombreuses interrogations.
Retour sur Nouméa
Nous rentrons ensuite à Nouméa. Juste à temps pour une intervention de deux heures à l’INSPE. En face de moi une quarantaine d’étudiants, futur·es enseignant·es. Je leur parle d’IA et d’éducation, bien entendu.
J’ai droit à un peu de repos avant de rejoindre un autre événement de la fête de la science : on diffuse le film Blade Runner et nous sommes 4 à discuter avec le public.
J’ai le temps de m’organiser un peu avant de rejoindre Florent Olivier, du CRESICA, pour aller à la radio. Interview à la RRB. Nous avons ensuite le temps de visiter la foire de la Polynésie, un événement des jeudis de la place des cocotiers. Et de me rendre compte qu’en matière de poissons crus il n’y a pas que les Japonais.
Puémo, Touho, Hienghène
La route de Nouméa à Puémo est splendide. Nous longeons la côte ouest jusqu’à Kone avant de prendre la transversale « Koné-Tiwaka ». Cette route qui permet d’arriver sur la côte Est est belle. Végétation luxuriante, peu d’habitations, un cochon sauvage et l’impression d’être loin de tout. Puis nous longeons la côte nord. Ce qui surprend (ou continue à surprendre) est l’extrême propreté : pas de déchets sur les bas-côtés. En Nouvelle Calédonie, les espaces communs extérieurs sont très respectés.

Nous partons (le Vice Recteur, Karine Buard et moi) visiter le Lycée technique Augustin Ty de Touho. 350 élèves environ qui se préparent à des métiers dans la maintenance marine ou l’électricité. L’ensemble des élèves est kanak et vit dans des tribus locales [Il est important d’indiquer que le terme « tribu » n’est absolument pas péjoratif : le peule Kanak s’organise ainsi] ou à plusieurs heures de route. Nous sommes vendredi, veille de vacances… Les élèves ont tous et toutes un sac, prêt.es à prendre le bus pour rentrer chez eux.
J’interviens devant un groupe d’élèves. Les garçons ne diront pas un mot. Les filles, elles, raconteront leurs pratiques, exprimeront leurs doutes, montrerons des connaissances. Étonné, j’ai interrogé les enseignant.es qui m’ont indiqué que c’était assez normal d’observer ce silence chez les garçons.
Dans mes exposés, j’explique régulièrement que l’IA met en exergue la capacité à poser des questions. Sur la base limitée de cette discussion, j’ai l’impression que les différences culturelles vont s’avérer essentielles.
Une dernière journée à Nouméa
Une dernière journée très complète (à l’image du séjour !).

Je rencontre tout d’abord les enseignant·es sur la question des ressources éducatives libres. Les débats sont passionnants !
Je dois ensuite filer à la télévision locale pour deux interventions sur NC1.
Une interview longue d’une durée 19 minutes (le 13/10/2025). C’était filmé mais seul l’audio est en replay. C’est Jeruscha Waïa qui mène l’interview. Elle est journaliste et animatrice sur NC.
Mais je suis aussi invité du journal de midi sur la même chaîne (à partir de la minute 25)
J’ai un peu de temps pour ranger mes affaires avant la conférence de clôture devant une salle bien garnie. Celle-ci est filmée et sera sans doute accessible. Le thème : l’IA et l’éducation. Le titre : IA et éducation : des enjeux, des questions, des solutions.
J’ai aussi le temps de répondre à une interview par Julien Mazzoni, des Nouvelles Calédoniennes, un média web :
Avant de filer vers l’aéroport de la Tontouna et un vol de nuit en direction de Singapour…

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