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Fausses nouvelles : un remède humain contre les mots incendiaires ?

Un article repris de http://theconversation.com/fausses-...

Photo by Elijah O Donell on Unsplash

Aux États-Unis, les plates-formes les plus souvent consultées sont, sans surprise, Google, YouTube et Facebook. Elles occupent respectivement les première, deuxième et troisième places.

Mais qui retrouve-t-on à la quatrième place ? Reddit. Un nom peu connu, en dépit de sa fréquentation.

De quoi s’agit-il ? Reddit est une plate-forme communautaire de partage de liens. Les usagers de Reddit votent pour les liens qu’ils préfèrent et ces liens sont alors affichés sur la page d’accueil. Reddit regroupe une impressionnante constellation de communautés, certaines microscopiques, d’autres regroupant des millions d’usagers. Ces communautés ou subreddits traitent des sujets les plus divers. Sur Reddit la liberté d’expression s’exerce au sens le plus libre du terme et les administrateurs ne suppriment des subreddits que dans des cas extrêmes.

Kayla Velasquez /Unsplash.

Au printemps dernier, un problème de taille a secoué Reddit. Au lendemain des élections présidentielles de 2016, Reddit décida de supprimer le forum intitulé Pizzagate. Ce forum pendant la campagne électorale avait véhiculé de fausses nouvelles affirmant que les proches collaborateurs de Hillary Clinton et Hillary Clinton elle-même étaient impliqués dans un réseau de prostitution juvénile. Les fausses nouvelles faisaient mention de rituels sataniques ainsi que d’un code imprimé sur un mouchoir de poche sur lequel on retrouvait les mots cheese et pizza.

Après deux semaines seulement d’existence, le forum comptait 20 000 abonnés. Reddit décida de le supprimer, invoquant non pas le contenu véhiculé par les abonnés du subreddit Pizzagate, mais leurs comportements en ligne jugés répréhensibles. Les abonnés outrés prétendirent que Reddit elle-même faisait partie de la conspiration qu’ils avaient inventée de toute pièce. Deux semaines seulement après la suppression du forum, un homme déchargea son arme semi-automatique dans une pizzeria du district de Colombia croyant qu’on séquestrait des enfants dans le sous-sol de l’établissement.

Peu de temps après la fermeture de Pizzagate, les usagers bannis se regroupèrent rapidement et créèrent une nouvelle plate-forme : Voat. Qu’est-ce que Voat ? Tout comme Reddit, Voat est un agrégateur et une plate-forme de réseaux sociaux particulièrement appréciés par le mouvement Alt-right. Les usagers peuvent soumettre des messages et des hyperliens. Et bien sûr, la liberté d’expression y est pratiquée sans aucune contrainte.

Un exemple choisi parmi d’autres, et qui en date du 28 mars 2018 donne une idée d’information qui est propagée en page d’accueil. Ce qui est considéré par Voat comme étant selon sa propre appellation une « Top Submission » se présente comme suit. : L’intitulé fait référence à une fausse nouvelle du Columbia Post affirmant que David Hogg n’était pas présent sur les lieux de la tuerie du Marjory Stoneman Douglas High School.

Vous connaissez David Hogg. Il s’agit d’un jeune activiste américain. Hogg a survécu à la tuerie du Stoneman Douglass High School en février 2018 et est devenu depuis un défenseur du contrôle des armes aux États-Unis.

Voat donne ainsi libre cours à la duperie en se faisant écho d’une fausse nouvelle (le Columbia Post n’est pas reconnu pour sa probité journalistique) et amplifie sa propagation par le biais de la centaine de commentaires en ligne qui tentent de crédibiliser la fausse nouvelle.

On oublie trop souvent qu’une querelle de mots dégénère souvent en conflits réels et que le recours à la fausse nouvelle estompe souvent la ligne de démarcation entre ce qui est vrai et de ce qui est faux.

Mais qu’est-ce qu’une fausse nouvelle ? Sheldon Burshstein propose la définition suivante :

« Une fausse nouvelle est le compte-rendu d’un événement fictif délibérément fabriqué afin de tromper le lecteur et l’inciter à disséminer ce compte-rendu à un large public. »

Les fausses nouvelles sont souvent propagées par des plates-formes calquées sur des plates-formes légitimes. Leurs noms de domaines ressemblent étrangement à ceux des plates-formes qu’elles tentent de copier.

Toutefois, le succès des fausses nouvelles ne s’explique pas uniquement par le développement récent des blogues et des réseaux sociaux. Selon une enquête menée aux États-Unis en 2016, 62 % des adultes puisent leur information par le biais des réseaux sociaux et de Facebook en particulier. Et surtout, une autre étude (une enquête Ipsos menée pour le compte de BuzzFeed News) révèle que 75 % des adultes américains croient aux titres des fausses nouvelles.

Comment contrer les fausses nouvelles ?

Et surtout, fondamentalement, qu’advient-il de nos compétences cognitives lorsque nous sommes confrontés à des fausses nouvelles ?

Deux chercheurs belges, Jonas De Keersmaecker et Arne Roets se sont penché sur cette question. D’entrée de jeu, les chercheurs soulignent ce que les spécialistes en psychologie comportementale savent depuis longtemps : les premières impressions perdurent. Même lorsqu’un individu apprend qu’une information est erronée, il demeure difficile à convaincre, car sa première impression a déjà créé, en lui, un effet de distorsion qui fausse l’interprétation de nouvelles données.

Pour s’en convaincre, les chercheurs ont mené une enquête menée en ligne auprès de 390 participants. Deux groupes furent formés : un groupe expérimental et un groupe de contrôle.

On a remis aux participants du groupe expérimental une photo et une fiche descriptive d’une jeune femme. Nathalie est mariée. Elle est infirmière dans un hôpital. Au terme de la description écrite, un paragraphe est rajouté et il se lit comme suit :

« Nathalie a été arrêtée pour avoir volé des médicaments. Les vols se sont produits pendant deux ans. Nathalie revendait les médicaments volés pour s’acheter des vêtements griffés. »

Les participants ont ensuite rempli un questionnaire afin d’évaluer Nathalie. Ils se sont ensuite prêtés à des tests de mesure de leur habileté cognitive. Enfin, un message est apparu à l’écran leur indiquant que l’information relative à la revente de médicaments s’avère fausse et qu’en conséquence ils doivent réévaluer Nathalie. Les mêmes documents leur sont à nouveau soumis, mais cette fois-ci avec le paragraphe barré.

Le groupe de contrôle s’est vu présenter la même information sur Nathalie, mais sans le paragraphe relatif à son arrestation.

Dans un premier temps, comme il fallait s’y attendre, les résultats des deux groupes diffèrent grandement. L’information concernant l’arrestation de Nathalie a nettement joué en sa défaveur.

Une fois que la nouvelle de l’arrestation de Nathalie a été démentie, la deuxième évaluation s’est avérée plus positive.

Mais les résultats démontrent que le démenti de la fausse nouvelle ne parvient pas à rectifier complètement le jugement des individus ayant de plus faibles habiletés cognitives. L’écart est significatif.

Comment mesure-t-on les habiletés ou les aptitudes cognitives ?

Afin de mesure l’habileté cognitive, les chercheurs ont utilisé dix termes du vocabulaire, une procédure issue de l’échelle WAIS (Wechsler Adult Intelligence Scale), une échelle qui est fréquemment utilisée pour mesurer l’intelligence. Le participant doit associer à chaque terme cinq mots qui se rapprochent le plus selon lui de la signification du terme en question. Cette méthode est souvent employée lorsqu’il n’est pas possible d’avoir recours à un test complet du quotient intellectuel.

Les résultats de l’étude jettent un éclairage nouveau sur les solutions les plus souvent mises de l’avant pour tenter de contrer les fausses nouvelles. Certains souhaitent une réglementation plus sévère. D’autres préfèrent s’en remettre à l’intelligence des lecteurs et à leur capacité d’analyse et de discernement.

Dans un cas comme dans l’autre, le débat est loin d’être tranché. En effet comme le démontre la lecture de l’article étoffé de Sheldon Burshtein, que ce soit aux États-Unis, en Europe, au Canada ou en Australie, de nombreuses lois existent pour contrer les fausses nouvelles. Elles peuvent bien sûr être améliorées, mais il faut reconnaître qu’en pratique, celles qui sont déjà en place sont rarement appliquées.

Il faut peut-être revenir à l’essentiel de la communication humaine et à des valeurs toutes simples comme le respect, par exemple. L’éducation a un rôle important à jouer. L’exemple de cet enseignant spécialisé en Floride, Chris Ulmer, qui a eu la bonne idée de transformer le rébarbatif appel du matin en un moment spécial pour valoriser chacun de ses élèves avec un compliment devant tout le monde. Ce petit rituel, contribuant à augmenter l’estime de soi et la confiance des élèves, a permis non seulement d’augmenter la performance scolaire, mais aussi d’améliorer les relations interpersonnelles entre les élèves qui ont commencé à se complimenter les uns les autres. Il faut parfois si peu pour changer la culture d’une organisation.

Comme nous le rappelle Dale Carnegie, c’est Abraham Lincoln qui avait l’habitude de dire : « Une goutte de miel attire plus de mouches qu’un gallon (3,8 litres) de fiel. » Il savait de quoi il parlait. Ses propos incendiaires au début de sa carrière l’avaient mené jusqu’à un duel auquel il ne voulait absolument pas participer. Il a été sauvé in extremis. À partir de ce moment, il a compris le poids des mots et a changé son comportement du tout au tout, faisant preuve de beaucoup plus de sagesse au point où il est devenu un modèle pour plusieurs. Lorsque Franklin Roosevelt avait une décision importante à prendre, il se demandait toujours ce que Lincoln aurait fait à sa place.

Dans le monde d’aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser à Didier Pourquery, le directeur de la rédaction The Conversation France qui connaît aussi l’importance des mots comme il nous l’a enseigné dans ses chroniques et ses livres.

Comme nous venons de le voir dans ces deux exemples, quelques mots lancés sans réfléchir et une réputation peut être détruite. Quelques compliments et la culture d’une école peut se transformer.

Je vous lance un défi !

Lors d’un récent échange avec une de mes libraires préférées à Montréal, elle me disait qu’il y a un livre qui est toujours aussi populaire, c’est le célèbre best-seller de Dale Carnegie, écrit en 1936, How to Win Friends and Influence People ou Comment se faire des amis et influencer les autres.

Sammie Vasquez/Unsplash.

Qu’est-ce qui fait qu’un livre a encore un tel succès aujourd’hui ? Les conseils de Dale Carnegie sont simples, mais de les mettre en pratique est une autre histoire ! Cela m’a donné l’idée d’en faire l’exercice de la semaine. Son dernier conseil consiste à lancer un défi. Je propose donc aux audacieux qui partageront leurs expériences en participant au #DÉFI – LA NOUVELLE ÉCOLE DE CRÉATIVITÉ – COMMENT SE FAIRE DES AMIS ? de courir la chance de gagner un cours gratuit d’une valeur de plus de 500 euros de la Nouvelle École de Créativité pour développer leurs soft skills.

L’intelligence artificielle peut nous aider à réduire les fausses nouvelles, mais nous ne devons pas sous-estimer notre rôle pour prévenir les mots incendiaires, dans certains contextes, qui détruisent tout sur leur passage.

Si vous êtes partants pour participer, j’écrirai une autre chronique résumant vos initiatives heureuses afin que nous nous inspirions les uns les autres pour être plus attentifs à nos faits et gestes pour lutter contre les fausses nouvelles et les erreurs de jugement qui en découlent, mais aussi apprendre à communiquer de manière non violente pour apaiser nos relations.

The Conversation

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