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La résilience de l’économie finlandaise vient de son modèle éducatif

Un article repris de http://theconversation.com/la-resil...

Dans un lycée de Kaarina (sud-ouest de la Finlande). rosipaw/Flickr, CC BY-NC-SA

Tous les indicateurs laissent penser que l’économie finlandaise est en bonne santé. L’an dernier, la croissance du PIB a atteint 2,6 % dépassant confortablement celle de la France, ainsi que la moyenne des pays de l’OCDE. L’utilisation des capacités de production est au plus haut, ce qui explique que les investissements aient retrouvé leur meilleur niveau d’avant la crise financière de 2008. Les salaires augmentent également à un rythme soutenu. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que l’indice de confiance des ménages atteigne des sommets.

Une économie face à de nombreux défis…

Cela n’a pourtant pas toujours été le cas. Au cours de ces dernières années, la Finlande a subi de nombreux chocs. Le plus sévère est venu de la désintégration de l’Union soviétique avec qui le pays entretenait des liens commerciaux étroits compte tenu de son histoire. L’économie avait alors souffert d’une récession aussi longue que profonde qui avait propulsé le taux de chômage au-dessus des 20 %. Plus récemment, la Finlande a pris de plein fouet la déroute de son champion de la téléphonie mobile, l’emblématique Nokia, dont les ventes sont passées de plus de 51 milliards d’euros en 2007 à moins de 12 milliards d’euros en 2012.

Après ce terrible coup du sort, on pouvait se demander si ce pays de 5,5 millions d’habitants arriverait une nouvelle fois à s’en sortir. La réponse est désormais connue. Malgré les épreuves, l’économie finlandaise trouve toujours la force de se relever. D’où vient cette résilience ?

Pour permettre à un pays frappé par la crise de se redresser, les économistes recommandent habituellement une baisse du coût du travail et des mesures favorisant la flexibilité de l’emploi. Si ces remèdes peuvent donner des résultats, ce n’est pas la solution que la Finlande a choisie. De fait, le coût du travail figure toujours parmi les plus élevés au monde tandis que les salariés bénéficient d’une protection sociale incomparable.

… qui investit dans l’éducation

À vrai dire, la Finlande a fait le choix de miser sur l’éducation. La différence est que celle-ci n’a pas été conçue pour servir les élèves les plus brillants. Au contraire, elle a été pensée pour profiter à tous quel que soit leur niveau. Pour cela, l’État a dû employer les grands moyens. Les professeurs des écoles ont été mieux sélectionnés et, bien entendu, mieux formés. Des carrières plus attractives leur ont été proposées afin d’attirer les meilleurs jeunes diplômés vers l’enseignement.

Le coût par élève a aussi nettement progressé. À titre de comparaison, il est à présent supérieur de moitié à ce que la France dépense pour chaque collégien. Mais surtout, il a fallu reconnaître que chaque élève a des besoins différents. Tous n’apprennent pas à la même vitesse. Ni de la même manière. Le rôle de l’enseignant s’est ainsi profondément transformé. Il ne consiste plus à délivrer un programme uniforme.

L’enjeu est désormais de s’adapter à chaque élève afin de l’aider à développer son potentiel. L’utilisation extensive des technologies aide beaucoup en ce sens. Les élèves moins doués reçoivent un soutien proportionnel aux difficultés qu’ils rencontrent. Pas question de s’en débarrasser et de faire d’eux des parias en les orientant vers des voies de garage. Et encore moins de les faire passer de classe sachant qu’ils n’ont pas le niveau. Les objectifs d’apprentissage doivent être atteints par tous, si possible, et par le plus grand nombre, en pratique.

Un modèle qui a fait ses preuves

Il fait croire que le modèle a fait ses preuves. Les jeunes finlandais obtiennent d’excellents résultats dans les évaluations internationales. Dans les tests PISA, la Finlande se classe régulièrement dans le peloton de tête. Le secret de cette performance vient du fait que les élèves les moins bons décrochent de très bonnes notes alors que le classement de la France est tiré vers le bas par ses élèves les moins performants.

L’acquisition des bases du raisonnement et du langage, mais aussi de l’autonomie dans leur apprentissage, permet aux jeunes finlandais de poursuivre avec succès des études supérieures. Le taux de réussite à l’université tranche avec le taux d’échec qui caractérise le premier cycle universitaire en France. Il est vrai que l’objectif dans le premier cas est de former, souvent sans trop se soucier de fournir des évaluations formelles, alors que dans le deuxième, il est avant tout de sélectionner dans la mesure où le système éducatif français conduit à une forte hétérogénéité au niveau des jeunes bacheliers.

Apprendre tout au long de la vie

Au final, l’économie dispose d’une base plus large de travailleurs bien formés qui gardent par-dessus tout l’envie de continuer d’apprendre tout au long de leur vie professionnelle. Car le système éducatif ne les a pas conditionnés à penser qu’ils étaient déjà les meilleurs ou dégoûtés en leur faisant croire qu’ils n’arriveraient à rien.

Or la capacité de continuer d’apprendre est devenue un atout fondamental dans un monde où les changements se succèdent à un rythme effréné. Le World Economic Forum place d’ailleurs la Finlande au deuxième rang sur son échelle du développement humain en raison de la qualité de la formation initiale mais aussi du fait que les Finlandais continuent de renforcer significativement leurs compétences une fois qu’ils ont rejoint le marché du travail.

Ces résultats ont une traduction concrète sur le plan économique. D’une part, la Finlande a montré une capacité à surmonter des chocs particulièrement rudes sans avoir à dépendre de la dépense publique qui reste contenue. D’autre part, l’économie a été en mesure de s’adapter à des évolutions de fond comme la digitalisation croissante de quasiment toutes les activités. Elle devrait ainsi en bénéficier de façon disproportionnée dans les années à venir.

Que faut-il de plus pour être convaincu par les bienfaits de ce modèle éducatif ? D’autant plus que, et ce n’est pas la moindre des choses, la Finlande arrive aussi en tête des pays où les gens se disent les plus satisfaits de leur situation.

The Conversation

Pascal Nguyen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

Licence : CC by-nd

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