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La bienveillance au service du tuteur à distance

6 février 2018 par Jacques Rodet Retours d’expériences 266 visites 0 commentaire

Un article repris de http://blogdetad.blogspot.com/2018/...

Un article repris du blog de Jacques Rodet, un blog sous licence cc by nc nd

Introduction

Bien des personnes sont bienveillantes envers autrui mais ne le sont que modérément dans certaines situations. Entassé dans un wagon de métro, il est plus difficile de faire preuve de bienveillance envers ceux qui vous écrasent ;-) Ceci nous renseigne sur le fait que la bienveillance n’est pas hors sol mais se manifeste toujours dans une situation donnée et que cette dernière éprouve notre capacité à la manifester.

Ici, ce qui nous intéresse, c’est avant tout la situation tutorale dans les digital learning. Subséquemment, c’est donc les attitudes de bienveillance que les tuteurs peuvent adopter vis-à-vis des apprenants que j’aborderai à travers l’évocation de quelques pratiques tutorales.

Définition

Avant d’aborder ces quelques situations tutorales où la bienveillance se révèle non seulement souhaitable mais également constructive de la relation, il n’est pas inutile d’essayer de mieux la définir.

Une rapide recherche étymologique nous indique que la bienveillance nous vient du latin « benevolentia » qui apparaît dès 1175 sous la forme « bienvoillance » qui dérive au XVIe siècle en « bienveuillance » soit vouloir le bien de quelqu’un.

Le Larousse nous indique que la bienveillance est la « disposition d’esprit inclinant à la compréhension, l’indulgence envers autrui. Ses synonymes les plus courants sont les suivants : affabilité, aide, altruisme, amabilité, aménité, bienfaisance, bon accueil, bonne volonté, bonté, bon vouloir, clémence, commisération, compassion, complaisance, compréhension, cordialité débonnaireté, dévouement, douceur, faveur, générosité, gentillesse, honnêteté, indulgence, intérêt magnanimité, mansuétude, obligeance, prévenance, sympathie. Certains d’entre eux me semblent bien peu pertinents comme par exemple la complaisance que je trouve à l’opposé de la bienveillance tant celle-ci ne peut être une absence d’exigence.

Le contraire de la bienveillance est la malveillance, c’est-à-dire la réalisation d’actions qui nuisent directement ou indirectement à autrui. Etre bienveillant, c’est d’abord s’abstenir de toute malveillance bien que cela ne soit qu’un point de départ.

Il ressort que la bienveillance suppose une volonté, une relation, l’envie de comprendre l’autre, un refus de la condescendance et suppose une certaine propension au bénévolat comme l’indique une de ses premières dénominations « benovolens ». La bienveillance s’inscrit dans une relation égalitaire et se révèle utile pour comprendre autrui, c’est-à-dire adopter une posture d’écoute active, utiliser les techniques de reformulation, avoir recours au questionnement ouvert, etc. Ma définition serait donc la suivante : La bienveillance est l’empathie en action.

La bienveillance dans la relation tutorale

Une des difficultés rencontrées pour mettre en œuvre la bienveillance dans la relation tutorale, difficulté qu’il ne faut pas sous-estimer, est que la relation n’est pas égalitaire entre le tuteur et les apprenants. Ceci est davantage réel dans le cas où le tuteur est également le formateur, voire le concepteur du dispositif. Toutefois, la relation d’aide qu’est le tutorat suppose l’établissement d’un climat de confiance qui oblige les tuteurs à descendre de l’estrade, à amoindrir la distance entre eux et les apprenants, à aller au-devant des apprenants et non pas attendre que ceux-ci les rejoignent. Lutter contre sa condescendance, est un premier exercice que le tuteur à distance doit mener pour rendre la relation horizontale, qui le sera d’autant plus s’il considère son rôle avec humilité. (cf. Le tuteur à distance, compagnon de route)

La bienveillance peut donc être considérée comme une des qualités professionnelles que le tuteur doit développer. Il apparaît que la bienveillance sera plus facilement exprimable par les tuteurs qui se questionnent sur leur place, leurs rôles, la manière de les exercer (cf. Places et mobilité des tuteurs dans un digital learning). Ce questionnement est largement facilité par la pratique de la métacognition pouvant être initiée par cette simple question : Quel tuteur suis-je ?

Quelques situations tutorales où la bienveillance se révèle utile

Le premier contact
Je ne reviens pas ici sur l’importance du premier contact entre le tuteur et l’apprenant sinon pour rappeler qu’il se révèle souvent décisif pour dresser le cadre de la relation tutorale future (cf. Le premier contact entre le tuteur à distance et son tutoré). Si lors d’un premier contact, le tuteur a souvent beaucoup d’informations à transmettre à l’apprenant, il serait nécessaire de prévoir un temps d’expression de l’apprenant sur ses attentes, ses objectifs, la manière dont il appréhende son apprentissage, les difficultés qu’il entrevoit… Une attitude bienveillante consiste à accueillir cette expression pour ce qu’elle est et ne pas chercher à toute force à la normaliser ou la faire entrer dans un cadre prédéfini. L’utilisation des techniques de l’écoute active par le tuteur est ici, en elle-même, une manifestation de sa bienveillance (cf. L’écoute active, une stratégie au service du tuteur à distance).

Les interventions proactives

Celles-ci permettent d’offrir du soutien à l’apprentissage des apprenants sans que ceux-ci l’aient sollicité. Par la circulation des signes de présence qu’elles constituent, elles deviennent une manifestation de bienveillance, pour peu qu’elles soient formulées en respectant quelques caractéristiques : rédigées dans un style adapté, davantage constructif que positif, qu’elles n’oublient pas d’encourager et de féliciter, même lors de réussites partielles, qu’elles rappellent la disponibilité du tuteur à s’engager dans la relation tutorale.

Les interventions réactives

La première manifestation de la bienveillance envers l’apprenant qui le sollicite est, pour le tuteur, de s’assurer d’avoir compris la demande de l’apprenant. La formulation des réponses doit éviter les jugements de valeurs, s’attacher aux faits, ne pas infantiliser mais au contraire permettre à l’apprenant d’exercer son autonomie, questionner ou, dans une démarche maïeutique, amener l’apprenant à se questionner pour trouver ses réponses (cf. Inciter les apprenants à trouver leurs propres réponses). Ne pas hésiter à conseiller mais établir une réelle frontière entre le conseil et la consigne. S’il est attendu que la seconde soit suivie par l’apprenant, le conseil n’est qu’une proposition qui peut être retenue ou non par l’apprenant (cf. La consigne et le conseil : de leurs usages par le tuteur à distance). Mettre à jour sa propre subjectivité, afin d’en montrer les biais, est également une attitude bienveillante dans la mesure où elle manifeste le respect que l’on accorde à l’apprenant.

Les rétroactions aux travaux

C’est certainement lors des rétroactions aux travaux (cf. La rétroaction aux travaux des étudiants : regard métacognitif sur mes pratiques) que la bienveillance peut être davantage efficace pour la poursuite et l’approfondissement de son apprentissage par l’apprenant. Je ne reviens pas ici sur les éléments descriptifs que j’ai déjà formulés pour réaliser des rétroactions signifiantes mais souhaite simplement attirer l’attention sur la technique du sandwich. Tout travail d’apprenant possède en quantité variable des choses bien réalisées et d’autre moins, voire beaucoup moins bien. La technique du sandwich consiste à débuter les différentes parties de sa rétroaction par des mentions positives-encourageantes-constructives, suivies d’autres plus critiques, elles-mêmes suivies de nouvelles mentions de même nature que les premières. Le style de rédaction se révèle aussi essentiel et l’utilisation du conditionnel présent et passé offre une bonne solution. Il permet d’attirer l’attention sur tel ou tel point sans la charge affirmative du présent ou de l’imparfait.

Ces quelques techniques et pratiques sont loin d’épuiser le champ de la bienveillance et bien d’autres peuvent être mobilisées comme celles de la communication non violente dont les principes de base sont : i) Toute situation doit pouvoir être observée sans juger les autres. ii) Chacun doit apprendre à exprimer son propre ressenti ; iii) à exprimer ses besoins ; iv) à formuler ce qu’il attend de l’autre.

Si ces techniques permettent une manifestation de la bienveillance, celle-ci est davantage une disposition à être et à devenir qu’un savoir-faire que l’on pourrait convoquer à souhait. Il est également probable qu’elle ne puisse être mise en œuvre pour autrui sans la pratiquer pour soi-même dans un souci de compréhension et de perfectionnement mais non de complaisance. Les tuteurs à distance, comme tout autre pédagogue, ne réussissent pas toujours, presque jamais, à être bienveillant envers tous les apprenants qu’ils accompagnent. Ceci ne devrait pas tant les décourager que les inciter à s’améliorer tant la bienveillance est un chemin qu’il faut oser parcourir.

Pour aller plus loin, plus directement à l’attention des enseignants lecteurs de ce blog, j’insère ci-dessous, une vidéo d’une conférence de Christophe Marsolier, Inspecteur général de l’éducation nationale, intitulée « La bienveillance active, levier pour un accompagnement efficace de l’élève ». Le diaporamaest téléchargeable au format PDF. Il est réconfortant de constater que la bienveillance soit aussi un sujet de réflexion dans cette institution.

Licence : CC by-nc-nd

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