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Méthodes de formations innovantes à l’ENIB. Jacques Tisseau parle de l’EniBook … mais pas que !

10 janvier 2017 par Michel Briand Retours d’expériences 217 visites 0 commentaire

Un articlede Murièle Couchevellou, chargée de communication au Technopôle Brest-Iroise repris avce son autorisation

Une rencontre passionnante avec Jacques Tisseau, enseignant-chercheur à l’ENIB.

Son leitmotiv depuis ses 11 ans « l’autonomie » ! Une quête qui le guide dans toutes ses expériences de vie et qui lui permet aujourd’hui de pouvoir clamer haut et fort : « Je ne fais plus rien en cours. » Enfin, presque... Dispensé de donner le cours, il est ainsi complètement disponible pour aider ceux qui en ont besoin.

L’homme a également une devise, que ses étudiants connaissent bien, « expliciter l’implicite ». Pour lui c’est une histoire de modèle à mettre en œuvre et une nouvelle quête, celle de l’autonomie de l’apprentissage.

A 11 ans, le déclencheur de sa soif d’autonomie

A 11 ans de graves problèmes de santé le rendent totalement dépendant des autres pour tous les gestes quotidiens. Fort heureusement il récupère toutes ses facultés. « Je suis passé du mode passif au mode hyper actif ! A travailler dans un théâtre pour payer un voyage dans Les Rocheuses, puis dans une ferme. » Il sera d’ailleurs ouvrier agricole pendant deux années en parallèle de ses études post bac. Il a également travaillé à l’hôpital de Garches, Centre de référence pour la prise en charge d’handicaps neuro-locomoteurs lourds, auprès d’un chercheur de l’INSERM. « Je voulais « redresser » les grands accidentés. Nous procédions à des mesures dans l’objectif d’établir les différents repères de la ligne barycentrique du corps. »

Jacques Tisseau, les jeunes années, avant la Réalité Virtuelle

C’est un parisien. Enfin, banlieusard d’Antony. Il a fait une thèse en géophysique marine au sein de l’Institut Physique du Globe. Sa thèse – 1976 à 1978 - avait pour objet la modélisation de l’Océan Indien Occidental. Pour obtenir ses données il a séjourné 6 mois sur le Marion Dufresne et le Suroît. Il se souvient en souriant des sorties sur papier millimétré qui étaient effectuées, contre monnaie sonnante et trébuchante. « Nous n’avions pas d’écran pour vérifier le rendu de nos calculs et il fallait payer même si le résultat était mauvais ! ». Son agrégation de Physique en poche en 1979 il effectue son Service National en tant que volontaire au Cameroun comme enseignant chercheur entre 1979-1981. Quand il rentre en France sa femme est nommée à Ifremer Brest et lui à Cambrai…. En collège. Il y monte le premier réseau informatique en collège. Une expérimentation inaugurée par deux ministres de l’époque, Pierre Mauroy et Jean Le Garrec. Il n’hésite pas à demander à ce dernier, en charge de la Fonction Publique, une mutation sur Brest. Qui reste lettre morte. Il se met donc en « disponibilité pour rapprochement de conjoint » pendant deux années, au cours desquelles il est vacataire en Physique à l’ENIB, alors située sur le campus de l’Université de Bretagne Occidentale, au Bouguen. Il est enfin muté en 1985 dans l’Académie de Rennes et peut compter sur le soutien de François Ropars, Directeur de l’Enib, pour le rapatrier sur Brest.

De l’informatique à la Réalité Virtuelle, 20 ans de passion

« Jusqu’en 1987 il n’y avait pas d’enseignement de l’informatique à l’ENIB. Je me suis proposé, mais ça n’a pas été bien reçu. Nous avons quand même tenté l’aventure avec François Ropars et nous avons proposé un enseignement à coefficient 0 à quelques élèves volontaires, en dehors de leurs heures de cours. Ils devaient nous faire un retour sur l’intérêt d’un tel cours.

En 1989, François Ropars a la mission de monter la recherche à l’ENIB. 2 laboratoires sont créés, celui d’Informatique Industrielle (L2I) dirigé par Jacques Tisseau et celui d’Electronique, dirigé par Jean Le Bihan.

« Nous travaillions sur la 3D Temps Réel Interactive. Notre première publication avait pour objet la machine-outil à commande numérique. C’était en 1994, il n’y avait pas de revue dans lesquelles publier. Les termes de Réalité Virtuelle étaient quasiment inconnus à l’époque. »

L’autonomisation des « trucs » 3D (tout objet créé en 3D dans un ordinateur) devient sa marque. « Si l’on veut rendre un objet autonome il faut qu’il ait la capacité de percevoir et d’agir. Mais l’autonomie ne vaut que s’il y a d’autres gens, dont on dépend. La science a séparé l’objet de l’observateur, mais la modélisation passe par le modélisateur qui a un projet. J’ai actuellement deux thésards dont le travail de recherche est « comment aider les modélisateurs à expliciter leurs implicites ». Quand nous avons besoin de mettre en modèle la connaissance d’un spécialiste, il est nécessaire de l’aider à expliciter ce qu’il connaît si bien. »

« ça perturbe ! » s’esclaffe t’il.

Sa satisfaction c’est la création du CERV (Centre européen de réalité virtuelle) en 2004. Il en sera le directeur de 2004 à 2008. « J’ai pu obtenir des moyens que je n’avais pas jusqu’alors pour une meilleure qualité de vie de chaque individu de l’équipe ».

Les années "direction". « Faire bouger les lignes de la pédagogie et de la recherche

Jacques Tisseau a été directeur de l’ENIB de 2008 à 2014. Il n’a cependant pas renoncé à enseigner et encadrer des thésards.

Il veut « donner un coup de pied dans la fourmilière. Cela n’est pas raisonnable et anti-productif de traiter les étudiants comme il y a 20 ans ! »

Son révélateur ? « Le jour où je me suis em---dé devant 140 élèves bac +1 ».

Que faire ? Et bien 1/ arrêter les cours magistraux 2/ travailler en petits groupes de 36, pas plus, 3/ Passer à la semestrialisation réelle 4/ contrôler en continu, intégral. Exit les sessions d’examens.

La semestrialisation réelle permet aux 1ères années de faire plus rapidement leur choix, soit de quitter l’école, soit de redoubler. Avant ils devaient attendre juin, maintenant ils peuvent prendre leur décision fin décembre.

« Nous avons un inter-semestre de 1 mois. Ça permet aux jurys de se réunir, aux professeurs de corriger les copies … Par contre les élèves continuent à apprendre. Mais autre chose. C’est le volet « Ingénieur honnête homme ». Ils peuvent également faire du théâtre au Quartz, une initiative mise en place en 2005 du temps de François Ropars avec Matthieu Banvillet, pour les Bac +5. « C’est la troupe en résidence au Quartz qui s’occupe des 140 élèves. Je suis à chaque fois impressionné de voir comment ils arrivent à les faire tous passer sur scène lors de la représentation fin janvier ».

Il reste cependant sur sa faim. Tout ne roulait pas comme il pensait que cela était possible. Au bout de 2 mandats en tant que directeur de l’ENIB, et bien qu’il pouvait en briguer un 3ème, il tranche et décide de retourner à l’enseignement.

Aujourd’hui, autonomiser et responsabiliser les élèves.

Comment faire pour que les élèves qui ne sont pas intéressés par un sujet l’apprennent quand même ? On en revient encore et toujours à l’autonomie.

Il met en place en 2015 un projet sur lequel il travaillait « à ses heures perdues » depuis 2012, un EniBook sur l’algorithmique. « L’informatique c’est ma passion. L’EniBook c’est un document numérique interactif sur le web à vocation pédagogique. Il propose différentes méthodes d’acquisition de connaissances qui vont des exercices interactifs au manuel de cours interactif. On peut travailler en mode hors connexion. »

La démarche, dite MRV, comme Méthode-Résultat-Vérification, est mise en place dans le cadre de cet apprentissage. L’étudiant doit comprendre ce qu’il fait et être capable de l’expliquer et de le reproduire.

L’EniBook propose 250 exercices interactifs pour lesquels la bonne réponse est donnée. Mais bien sûr l’élève ne voit pas s’il fait des erreurs. Le Professeur apporte ses commentaires à la copie. Le système permet une certaine modularité laissée à l’appréciation du Professeur. Mais si le système a décidé que la réponse était correcte, il n’est pas possible de le contredire.

Cette autonomisation de l’apprentissage est couplée à un calendrier individuel, dans lequel chaque élève décide du jour et du sujet sur lequel il sera évalué. Ils ont une date indicative préconisée pour l’acquisition d’une connaissance. Le système de notation est celui de la distance à l’objectif. 0 étant la note d’acquisition de la connaissance. La note 7 indique que l’on est loin de l’objectif.

C’est grâce à la mise en place de ces outils que Jacques Tisseau peut consacrer son temps aux élèves en difficultés pendant les cours.

Pour les spécialistes, le projet EniBook repose sur l’environnement Sphinx/Docutils/reStructuredText et reprend toutes les possibilités offertes par cet environnement de développement de documentation multi-format. Il est ouvert à toute personne intéressée.


Demain : la co-construction pour faire émerger une nouvelle connaissance, un nouveau modèle

« J’ai écrit les premières lignes, mais à partir du moment où vous aurez ajouté vos paragraphes cela deviendra votre Book. »

« Le modélisateur fait partie du modèle ».

La page est vierge. Vous êtes invité à vous y introduire.

Licence : CC by-sa

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