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L’Université de Rouen Normandie et la contribution de ses unités de recherche à l’atteinte des ODD : du diagnostic à l’émergence d’un outil de pilotage pour inciter et développer la pluridisciplinarité sur les enjeux de transition socio-écologique

29 octobre 2022 par Alexandre Geffroy ESResponsable 134 visites 0 commentaire

Un article repris de https://www.esresponsable.org/artic...

Depuis l’obtention du label Développement Durable & Responsabilité Sociétale (DD&RS) en septembre 2020, l’Université de Rouen Normandie (URN) engage des réflexions et actions structurantes pour orienter sa stratégie de recherche vers l’atteinte des objectifs de l’Agenda 2030. Cette démarche ambitieuse et inédite est rendue possible par la labellisation qui consacre l’engagement de l’Université et fédère ses équipes autour d’une démarche d’amélioration continue plus ou moins balisée par le référentiel DDRS. Ce référentiel est, en effet, un appui d’une grande importance puisqu’il propose, pour chaque grande mission de l’ESR, un guide d’actions à suivre pour s’emparer, de façon pleine et entière, des enjeux de la transition socio-écologique.

Ainsi, le point de départ de cette nouvelle orientation de la stratégie « Recherche » de l’URN repose sur la réalisation d’une « cartographie » des projets de recherche menés au sein de l’établissement et contribuant à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD), telle que demandée par la variable opérationnelle 3.1.5. (Développer, ou contribuer à, des projets de recherche et d’innovation en réponse aux enjeux sociétaux sur les périmètres d’action pertinents (territoriaux, nationaux et internationaux)) du référentiel. La réalisation de cette cartographie peut être assimilable à un diagnostic, un état des lieux, une évaluation préalable de l’implication des laboratoires de l’URN sur ces enjeux. Si l’établissement, au sens de l’équipe de direction, s’empare désormais de cette question, il n’est pas aberrant de penser que de nombreuses équipes de recherche ont, à leur initiative propre, déjà engagé des projets de recherche sur ces enjeux. Il apparaît donc primordial d’avoir une visibilité de ces engagements et de connaître les thèmes forts et récurrents abordés. Des unités de recherche de disciplines différentes travaillent sans doute sur des thématiques analogues sans le savoir. Les principaux buts de cette cartographie sont ainsi, premièrement, de disposer d’indicateurs pour mesurer la part des projets de recherche qui contribuent à l’atteinte des ODD pour, ensuite, engager un pilotage stratégique et des objectifs en phase avec des thématiques d’ores et déjà largement partagées par les unités de recherche.

Les objectifs généraux étant exprimés, la tâche peut dès lors sembler relativement aisée, les ODD proposant une grille de lecture considérée comme universelle, ou tout du moins, vendue comme telle par l’ONU et l’Agenda 2030. Cette perception d’un travail relativement guidé est d’ailleurs confortée par différentes publications (voir notamment le rapport d’Elsevier de 2020 intitulé Mapping research to advance the SDGs) qui effectuent ce type de cartographie via des analyses lexicales automatisées de publications scientifiques hébergées sur Scopus et/ou Web of Science. Or, la question préalable à cette cartographie doit être la suivante : en quoi ce travail peut-il être utile pour l’établissement ? Poursuivons-nous uniquement des objectifs de communication et de remontée d’indicateurs pour le label ou cherchons-nous à aller plus loin ? à se servir de ce travail pour (i) sensibiliser nos équipes de recherche aux enjeux de la transition socio-écologique ? (ii) créer du lien entre nos unités de recherche en proposant un outil favorisant les rencontres disciplinaires ?

D’un point de vue méthodologique et conceptuel, ce travail pose, dès lors, de nombreuses questions. Quand bien même le recours au machine learning sur des publications puisse se révéler séduisant, facile et rapide, toutes les Universités n’ont pas obligatoirement d’abonnement à des plateformes comme Scopus ou Web of Science tandis que les plateformes gratuites comme HAL interrogent quant à l’exhaustivité des références archivées. Pour donner un exemple, le Service Commun de Documentation (SCD) de l’URN estime que seules 20 % des publications de l’URN sont présentes sur HAL et aucun abonnement aux bases de données payantes n’est en place actuellement. Cette cartographie, construite comme un travail de recherche sur la recherche de l’établissement, se doit d’avoir un corpus d’étude homogène et le plus exhaustif possible par laboratoire afin d’analyser leur contribution sur un pied d’égalité. L’autre point d’achoppement relève de la granulométrie que nous souhaitons donner à ce travail : nous arrêtons-nous à la mise en lumière de la contribution d’un projet de recherche à un ou plusieurs ODD ou décidons-nous de descendre aux sous-cibles des ODD ? Se contenter uniquement des titres des ODD a la vertu de faciliter le travail en s’arrêtant à de larges « étiquettes » englobantes mais trop larges pour créer de l’information pertinente sur les domaines précis que recouvrent les projets. Descendre au plus fin nécessite alors un long travail intellectuel d’acculturation aux ODD par la mise en lumière de ce que recouvrent vraiment ces grands objectifs sans tomber dans des hypothèses simplificatrices couramment entendues du type : « tout rentre dans les ODD ».

L’URN, dans le cas présent, a fait le choix de mener un travail intellectuel non automatisé basé, d’un côté, sur l’analyse des projets de recherche conventionnés et, de l’autre, sur les sous-cibles des ODD. Il s’avère, d’ailleurs, une fois ce travail d’exploration des 169 sous-cibles des ODD effectué, que ces dernières sont loin de proposer une grille de lecture universelle des enjeux de la transition socio- écologique. Elles sont, en effet, encore fortement teintées d’une lecture Nord-Sud comme l’illustre particulièrement l’ODD 3 Bonne santé et bien-être. Celui-ci ne traite pas, ou du moins pas de façon explicite, de problématiques sanitaires liées au vieillissement des populations, aux cancers ou encore du diabète, problématiques pourtant majeures pour de nombreux États et largement investiguées par des unités de recherche françaises notamment. En revanche, l’ODD 3 accorde une attention particulière à des afflictions extrêmement prégnantes dans les pays des Suds telles que le sida, la tuberculose, le paludisme et autres maladies tropicales. Bien évidemment, ces maladies, en particulier tropicales, ne sont pas totalement exogènes au pays du Nord comme en atteste la propagation de plus en plus forte d’Aedes aegypti et aedes albopictus en France, favorisée par la mondialisation et le réchauffement climatique. Néanmoins, cet exemple témoigne bien de l’orientation des problématiques onusiennes. Cela souligne ainsi la nécessité d’adapter la grille des ODD au contexte, d’une part, d’un pays du Nord et, d’autre part, d’une université pluridisciplinaire.

Face à cette difficulté, l’URN, par l’intermédiaire de son service DD&RS, a coconstruit, en partenariat avec l’équipe de direction, les unités de recherche, la Direction de la Recherche et de la Valorisation (DRV) et le SCD, un protocole de recherche singulier se basant sur l’analyse des projets de recherche conventionnés et sur une liste de mots-clefs rendant compte des thématiques précises qu’abordent ces projets [1]. Cette liste de mots-clefs repose sur les 169 sous-cibles des ODD et est complétée progressivement par des propositions des unités de recherche afin d’englober l’ensemble des problématiques qu’elles analysent. C’est pourquoi nous parlons désormais à l’URN d’une cartographie DD&RS, entendue comme une acception plus large et mieux adaptée à la diversité des thématiques liées aux enjeux de la transition socio-écologique que le seul cadre proposé par les ODD.

Ce travail, co-construit et co-validé entre tous les acteurs de la recherche de l’URN, est actuellement en cours de réalisation avec un tiers des laboratoires analysés. La méthodologie et l’outil de visualisation déployé permettent aujourd’hui à l’établissement :

  • (i) de disposer de statistiques sur la part, aussi bien à l’échelle de chaque unité de recherche que de l’établissement, de projets de recherche centrés sur le DD&RS ;
  • (ii) de valoriser par des infographies la richesse thématique et disciplinaire de ses unités de recherche aussi bien en interne qu’à l’externe ;
  • (iii) de visualiser sa sphère d’influence par la réalisation en parallèle d’une cartographie de ses partenaires (privés, publics, universitaires, associatifs, français ou étrangers) ;
  • (iv) de promouvoir un dispositif de réflexion éthique des pratiques et de l’utilisation des résultats de la recherche ;
  • (v) de préparer des réponses coordonnées à l’échelle de l’établissement à des appels à projets structurants centrés DD&RS et transdisciplinaires.

Il est important de souligner en conclusion de ce billet que ce travail, extrêmement long, est rendu possible par l’investissement significatif de l’URN dans des ressources humaines dédiées et par l’établissement d’un dialogue constant entre le service DD&RS et les unités de recherche. Cette cartographie, véritable pierre angulaire de la stratégie « Recherche DD&RS » de l’URN, est aujourd’hui diffusée, appropriée et acceptée par les unités de recherche, facilitant vraisemblablement à termes la construction de dynamiques structurantes en cohérence avec l’expertise scientifique locale.


[1] Ce travail exploratoire sera par la suite complété par une analyse analogue sur les publications et les contrats doctoraux afin d’avoir une visualisation la plus exhaustive possible de notre recherche

Licence : CC by-sa

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