Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

Une initiative de l'Institut Mines-Télécom avec un réseau de partenaires

Booster ses activités pédagogiques !

Qui n’a pas envie de dynamiser sa formation ou son cours afin d’instaurer un environnement propice à l’apprentissage ? Y a-t-il des recettes pour empêcher la démotivation des participant·e·s à nos formations ?
Le principe de variété d’activités pédagogiques est fondamental pour éviter le décrochage ou la baisse d’attention. Nous l’évoquerons tout au long de cet article.
Après avoir animé et facilité de nombreuses formations et manifestations dans les deux modalités, présentielle et distancielle, je vous partage une réflexion fondée sur l’expérience.
Je prends le parti de chercher d’autres méthodes que celle traditionnelle qui se veut souvent transmissive de savoir avec parfois un schéma “questions-réponses”. Néanmoins, elle s’avère généralement insuffisante.
De la pédagogie active à la variété des activités

Nous entendons fréquemment l’expression “la pédagogie active”. Comme s’il existait une recette pour pratiquer une méthode bien définie. Dans ce cas, il existerait “une pédagogie passive” ?
Marcel Lebrun, dans son blogue, parle de “pédagogie active… une tautologie ?”. C’est vrai, de base, une pédagogie doit être active !
En tant que contributeur Wikipédia, j’ai relancé le débat au sujet du titre de la page “Pédagogie active” en le proposant au pluriel “Pédagogies actives”. Cette pluralité permet d’imaginer de nombreuses combinaisons d’activités et une liberté pédagogique implicite.
Dans le cadre de mes formations de formateurs, nous abordons régulièrement cette problématique de “comment rendre son cours plus interactif ?” Sous-entendu, “comment puis-je intéresser mes apprenant·e·s afin de les mettre dans une situation d’apprentissage profond ?”. Il en ressort que chaque contexte est différent. Le dénominateur commun demeure la nécessité de multiplier et diversifier les activités.
La variété pédagogique, pourquoi et comment ?
Les activités pédagogiques doivent être scénarisées de façon à respecter les objectifs avec une certaine cohérence et un alignement pédagogique (voir mon dernier article sur “la théorie d’abord ?”).
Comment peut-on expliquer le principe de variété pédagogique ? Il est évident que si je reste sur la même activité un long moment, le risque de me lasser ou de baisser d’attention est grand. Ainsi, il deviendrait pertinent d’alterner les temps de transmissivité avec les temps d’interactivité comme : les brainstormings, la co-construction d’une production collaborative, le tutorat entre pairs…
L’implication de l’apprenant·e dans des tâches de créativité, de communication ou d’esprit critique devient cruciale pour donner du sens à son apprentissage.
Parfois, nous manquons d’inspiration sur le type d’activités à créer en tant que concepteur·ices de dispositifs d’apprentissage. Passer plus de temps à décliner les objectifs pédagogiques opérationnels est une solution à cette difficulté. Ceci permet d’explorer un champ d’idées en relation avec les objectifs. En effet, leur fine formalisation aboutira naturellement à une activité et notamment grâce aux verbes de Bloom et aux éléments SMART*. Notre imagination et notre créativité pourront être au diapason.
Le modèle ICAP pour diversifier les séquences d’apprentissage
Prenons l’exemple de l’activité “regarder une vidéo”. Même si ce média est recommandé par les pédagogues, son usage chez les apprenant·e·s les transforme parfois en étudiant·e·s passif·ve·s. Ce n’est pas en regardant une capsule vidéo que l’apprentissage sera de meilleure qualité. Tout dépend de la manière dont est intégrée cette activité “vidéo” et de quelle façon on va se l’approprier. Le modèle ICAP explique parfaitement les postures quand on apprend en les classant en 4 catégories, et ce, quelque soit le support :
P comme passif, à savoir, l’apprenant·e regarde, par exemple, une vidéo de façon apathique ou lit un passage de texte silencieusement sans rien faire d’autre.
A comme actif, cette fois-ci, l’élève interagit avec la vidéo en prenant des notes, en faisant des pauses, pour mieux ancrer ses apprentissages. L’élève surligne des mots clés ou des passages intéressants d’un paragraphe lu.
C comme constructif, l’apprenant·e va être encore plus actif en expliquant les concepts déduits d’une vidéo et en les déposant sur une carte mentale par exemple.
I comme interactif. C’est le dernier mode d’engagement dans lequel il y aura des débats avec les pairs et des échanges en se posant mutuellement des questions.
Le modèle ICAP est parlant. Il existe une vidéo de 7 minutes qui traite ceci de manière pédagogique. Je l’ai reprise avec le I de ICAP et je vous partage mon résumé ici.
Il va de soi que tenir compte de ce modèle aboutit à une diversification des séquences.
L’évaluation et les cours en ligne : vers une multiplication des activités
N’oublions pas la place de l’évaluation formative dans l’arsenal des activités apportées. Elle est primordiale, car elle permet, à un certain moment du parcours, de tester ses connaissances et de s’autoévaluer. Dans cette activité d’évaluation, l’erreur apporte une valeur ajoutée dans le processus d’apprentissage.
Toutes ces activités, dont l’évaluation, vont constituer le cœur d’un dispositif pédagogique bien scénarisé. Elles sont le lien entre les ressources déployées et les productions réalisées par les apprenant·e·s.
De plus, nous devons différencier les activités données en ligne de celles données en présentiel. Les interactions y sont différentes et les émotions dégagées par les apprenant·e·s sont plus visibles dans un espace physique.
Mais, si nous sommes contraint·e·s à dispenser une formation en ligne, notre créativité doit être plus grande. Derrière leur écran, les apprenant·e·s risquent de décrocher rapidement si l’on ne prévoit pas de quoi les stimuler. Il existe de nombreuses idées comme instaurer des “Icebreakers” pour les faire lever de leur chaise et les faire bouger. Ainsi, j’ai vu un enseignant universitaire de Lyon demander à ses étudiants d’aller apporter un objet d’une couleur jaune et de le présenter aux autres. Cette activité, même si elle n’est pas liée au sujet du cours, peut s’avérer extrêmement fructueuse en termes de cohésion et d’”humanisation” du dispositif.
Un formateur m’explique également qu’il parvient à garder en éveil ses apprenants en ligne lors de séquences de pur apprentissage. Non seulement il varie ses activités constamment, mais encore, il alterne les travaux en sous-groupes avec des mises en commun, des concours et des jeux-cadres. Selon lui, en ligne, les sollicitations externes sont si diverses que nous devons raccourcir le temps des activités. Puisqu’il ne veut pas perdre de temps de formation, il organise au moins deux séquences différentes par plage de cours.
Le numérique nous aide à condition de l’utiliser à bon escient et dans un esprit critique solidement bâti au service des activités imaginées.
En conclusion, il est certes difficile de rendre un dispositif riche en activités diverses et variées, mais le résultat peut s’avérer positif pour les élèves. Ces activités doivent vraiment découler des objectifs définis dans le but de scénariser sa formation de façon intelligente et cohérente.
Le modèle ICAP nous incite à approfondir le sens de la tâche en engageant les apprenant·e·s dans une dynamique motivationnelle.
L’environnement distanciel exige une contextualisation de ces activités qui ne sont pas forcément transférables du présentiel.
Trouvons le moyen de créer chez les apprenant·e·s une appétence à travers ces activités. Aristophane a bien dit « Former les hommes ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu »
* "Objectifs et indicateurs SMART - Wikipédia." https://fr.wikipedia.org/wiki/Objectifs_et_indicateurs_SMART. Date de consultation : 21 mars. 2022.

Licence : CC by-sa

Vos commentaires

  • Le 20 avril à 08:48, par djalo En réponse à : Booster ses activités pédagogiques !

    Il me semble qu’il ne faut pas confondre les techniques pédagogiques participatives qui ont effectivement la vertu de motiver l’apprenant, de le rendre dynamique et les méthodes actives qui s’appuient sur le constructivisme et sociio-constructivisme qui veut que l’apprenant construise ses savoirs avec des techniques qui seront celle de la pédagogie par problème, par projet ...La posture du sachant est, dans le cas, relativement différente. Cordialement

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?
[Se connecter]
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom