La validation des acquis de l’expérience permet d’obtenir un diplôme en valorisant les compétences acquises sur le terrain professionnel, sans nécessairement reprendre des études. Ce dispositif reste encore peu mobilisé, bien qu’il présente de nombreux atouts.
Dans un monde marqué par la mondialisation et un marché de l’emploi en tension, le diplôme demeure incontournable pour accéder à l’emploi, sécuriser son parcours et améliorer son employabilité. Cependant les trajectoires professionnelles ne sont plus longilignes. Le diplôme obtenu par formation initiale – lorsqu’il existe – ne peut répondre à lui seul aux enjeux économiques et sociaux.
En effet, l’accélération des évolutions technologiques rend nécessaire l’apprentissage constant pour innover et pour rester compétitif. Or la formation professionnelle continue présente encore des lacunes : elle bénéficie surtout aux personnes déjà diplômées et répond avec un temps de retard aux besoins du marché du travail.
Pour penser l’apprentissage tout au long de la vie, il s’agit aujourd’hui de reconnaître la dimension formatrice de l’expérience, au travail ou dans la vie quotidienne. Créée en 2002, la validation des acquis de l’expérience (VAE) répond à ces besoins de certification. Plus de 250 000 diplômes ont été délivrés par cette voie. De quoi s’agit-il ?
Le déroulement de la VAE
La VAE est ouverte à toute personne justifiant d’une expérience de terrain, qu’elle soit professionnelle, bénévole, syndicale ou même personnelle. Elle permet d’obtenir un diplôme, titre ou certificat national, identique à celui délivré par formation initiale ou continue. Il est ainsi possible d’obtenir tout diplôme référencé au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), qu’il s’agisse d’un CAP, d’un baccalauréat professionnel, d’une licence, d’un master ou même d’un doctorat.
La démarche se déroule en moyenne sur une année, indépendamment du calendrier scolaire ou universitaire. Elle est principalement mobilisée hors temps de travail.
La démarche de VAE consiste à « mettre au travail » l’expérience pour démontrer la maîtrise des connaissances et des compétences inscrites au référentiel du diplôme visé. Pour ce faire, le candidat ou la candidate traverse quatre grandes étapes. Il ou elle :
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identifie le diplôme en lien avec son expérience et son projet ;
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constitue un dossier de recevabilité-faisabilité (aussi appelé « livret 1 ») pour autoriser son entrée dans le dispositif et sécuriser son parcours ;
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constitue un dossier VAE (aussi appelé « livret 2 ») qui est un écrit spécifique, à la fois professionnel et académique, nécessitant la maîtrise de compétences transversales (écriture, synthèse…), d’autant plus exigeantes que le niveau du diplôme visé est élevé ;
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présente le dossier VAE à un jury qui décide d’une validation totale, partielle ou d’un refus.
Plus qu’un diplôme, un processus apprenant
La VAE n’est pas à proprement parlé un dispositif de formation. Sa finalité est d’abord certifiante. Cependant, elle apparaît profondément apprenante, au sens où elle développe les dispositions à apprendre des candidats. Elle répond ainsi aux enjeux de l’apprenance, en encourageant à apprendre en tout lieu et en toute situation. Selon Philippe Carré, auteur du concept, « On apprend toujours seul, mais jamais sans les autres. » Aussi, la plupart des candidats et candidates bénéficient d’un accompagnement, ce qui favorise la dynamique d’apprentissage.
Notre recherche (menée dans l’enseignement supérieur) a mis en exergue cette dynamique générée par la mise au travail de l’expérience.
Celle-ci débute par une mise au jour des connaissances et compétences. Mettre des mots sur son expérience, c’est prendre conscience de ce que l’on sait, de ce que l’on sait faire, de ce que l’on aime ou non faire. C’est mieux se connaître, identifier ses forces et ses zones de progrès.
Cette mise au jour permet ainsi, par comparaison, de mesurer les écarts entre ses acquis et ce qui est requis pour le diplôme, ou pour évoluer professionnellement.
La mise au jour des connaissances et compétences engage leur mise à jour, pour combler les écarts. Les candidats peuvent bénéficier de temps formatifs dans le cadre de l’accompagnement et en dehors, mais ils peuvent aussi apprendre de leurs lectures et de leurs échanges avec leur entourage professionnel et personnel, et avec d’autres candidats.
Ces nouvelles connaissances et compétences mises en œuvre facilitent l’élaboration de leur dossier, et contribuent plus largement au développement professionnel et personnel des candidats. Ainsi ce sont leur rapport au savoir et leur rapport au travail qui évoluent.
Reconnaître le dispositif de VAE
Malgré ses atouts, la diplomation par VAE reste marginale si on la compare aux autres voies d’accès aux diplômes. Elle peine à atteindre pleinement les publics qui en auraient le plus besoin. Si elle est principalement mobilisée par des personnes peu qualifiées, ce sont majoritairement des personnes en situation d’emploi qui se portent candidates.
Le dispositif a donc connu plusieurs ajustements législatifs et réglementaires, plus ou moins conséquents, au gré des réformes de l’éducation et de l’emploi. La loi du 21 décembre 2022 portant mesures d’urgence relatives au fonctionnement du marché du travail en vue du plein emploi marque un tournant pour la VAE. Cette loi entend simplifier les démarches et se focalise principalement sur les freins administratifs pour élargir les publics concernés.
Que la VAE soit davantage connue est une chose, mais est-elle reconnue à sa juste valeur ? Pour ses bénéficiaires comme pour les employeurs, la VAE offre certes des avantages « productifs » en termes logistiques et financiers, elle atteste officiellement de compétences « métiers ».
Mais la VAE peut aussi se révéler « constructive » : elle mobilise et développe des capacités à organiser le travail, à faire preuve d’autonomie et de persévérance ; et surtout elle mobilise et développe les dispositions à apprendre. Ceci apparaît aujourd’hui essentiel dans un monde en pleine accélération.
Céline Hoffert est membre du réseau UnivPro (https://www.univpro.fr). Elle a été Chargée d’ingénierie et d’accompagnement VAE puis Responsable de la Cellule VAE de l’Université de Strasbourg de 2010 à 2024.
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