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Conter et compter les communs.

29 août 2023 Communs 142 visites 0 commentaire

Comment parler des communs et convaincre de leur utilité dans les quartiers en renouvellement urbain ? Quels indicateurs mobiliser pour rendre visible les effets de ces approches ? Comment raconter les transformations à l’oeuvre, les rendre désirables, mobiliser les élu.e.s, agents, partenaires, habitants ? Le dernier atelier du groupe de travail de Club ANRU+ « Communs dans le renouvellement urbain » portait sur la mise en récit et l’évaluation.

un articlepublié par la 27ème région par Par Roddy Laroche

Quelles narrations pour les communs ?

Comment rendre compte de la spécificité des expériences sociales, politiques et des solidarités qui se tissent dans les projets de communs ? Quels modes de narration pour valoriser sans normaliser de telles expériences collectives ? Quelles seraient les qualités d’un récit qui rendent compte de la pluralité des voix et des chemins qui les construisent ?

Benjamin Roux, éditeur et associé aux éditions du commun, part de l’approche des cultural studies, de l’éducation populaire, ou encore de son expérience d’habitant d’un quartier en renouvellement urbain pour expliciter sa pratique : en s’écartant d’un enjeu d’objectivité, il s’agit pour lui plus d’élaborer le récit à partir des « traces » produites depuis l’intérieur des communautés. Il y a autant de manière de raconter la vie que de vécus et d’individu.es, ce qui suggère également, dans de telles démarches, de chercher à produire ou à accompagner la révélation de ces récits de vie. « Les traces côte à côte ne font pas un récit, c’est là que s’opère un travail narratif » Il demeure important que ces matériaux de départ intègrent les réussites comme les écueils et les difficultés afin que cette pratique révèle la complexité des situations.

On peut voir le récit comme une mise en mouvement performative et apprenante d’une pluralité d’acteurs, qui contribue à produire de l’engagement, de l’enthousiasme . C’est là ou l’on s’écarte du storytelling, qui oublie souvent que le récit explicite ses intentions et s’adresse avant tout à celleux qui le produisent, participe d’une ré-appropriation des enjeux qui les traversent.. « La collectivité va aussi apprendre de ce qui est raconté »

Benjamin Roux identifie ainsi trois typologies d’intention et de récit :

. Faire bilan : conclure par un récit final

. Faire un pas de côté : produire un récit intermédiaire

. Faire acte de puissance : rédiger le récit initial

Ceci amène des questionnements des rapports individus/collectif quant à la production d’un récit mais également des sujets de modes de production et de valorisation, pour favoriser la production inclusive de ces récits : espace de parole et ateliers d’écriture, carnet de bord écrits à plusieurs mains, récits de vie, fanzines,. etc. En plus de faire l’objet d’une recherche-action (2012-2016) sur la place des traces et récits dans les expériences collectives, la mise en récit est une pratique quotidienne pour Benjamin Roux : il accompagne la création d’un fanzine dans un quartier prioritaire. « Pour les habitants, l’idée est de se ré-approprier la question de la sécurité, la relation avec les bailleurs sociaux, etc. ».

Comment révéler la valeur des projets de communs ?

Si l’évaluation est souvent un passage obligé dans les projets soutenus par les acteurs publics, quels rôles et formes doit-elle prendre dans les projets de communs ? Comment peut-elle contribuer à juger de la valeur crée, de ce à quoi les projets ont contribué, du point de vue de l’intérêt général, contribuer à muscler les projets, à favoriser l’engagement ? Comment faciliter une pratique la plus pluraliste et agile possible, à l’image des projets de communs ?

Karine Sage, spécialiste de l’évaluation des politiques publiques à Quadrant Conseil, pose les jalons d’une réflexion nuancée sur l’évaluation : cette pratique ne peut être réduit à un point de vu unique et organisationnel, mais doit « être prononcé depuis l’intérêt général », c’est à dire de manière rétrospective et selon un jugement pluraliste. Dès lors, l’accent méthodologique est mis sur la recherche d’éléments de preuve tangible : points de vue subjectifs et expériences – bonnes ou mauvaises, échecs comme réussites – des parties prenantes. Ils sont récoltées avec des outils issus des sciences sociales, des approches statistiques, des analyses documentaires, des observations ou encore des études de cas. « Le plus souvent c’est un exercice ponctuel, mais on pousse pour le faire de manière plus régulière, à l’intégrer dans la conception du projet » Cette collecte de connaissances est une mine d’or pour nourrir le pilotage de projets et réajuster ses mécanismes. En effet, cela permet de :

. Rendre visibles les mécanismes de transformation à l’oeuvre, repositionner chaque contributions dans un projet collectif, qui agit d’où : Il s’agit, au regard de l’enjeu initial, d’examiner les indices à charge et à décharge, les dynamiques de transformation : qui agit ou, ce à quoi l’on a contribué de manière directe ou indirecte, etc. L’évaluation participe ainsi d’une dynamique d’explicitation du projet, de ses qualités propres, mais peut aussi contribuer à des démarches de plaidoyer par exemple

. Mettre en lumière les acteurs et les actions qui convergent : il s’agit de donner à voir les réussites comme les échecs, de valoriser capacité apprenante des collectifs d’acteurs, plutôt que la capacité à ‘bien faire ‘

. Embarquer les acteurs du territoire : l’évaluation de la stratégie de conduite du changement de la ville de Loos en gohelle a ainsi contribué à mettre en mouvement et renforcer l’adhésion sur le territoire et inspiré d’autres collectivités, permettant dès lors de changer durablement les pratiques localement et dans d’autre communes.
Evaluation et mise en récit : quelques enseignements pour les projets de communs dans les quartiers en renouvellement urbain

Donner à voir le commun qui se constitue : La mise en récit comme l’évaluation rendre visible la manière dont un collectif s’est constitué et ce qui fait commun dans un projet. « Une ensemble de personnes au sein d’un espace ne fait pas forcément collectif ; une classe, le premier jour de la rentrée scolaire, ne fait pas collectif, elle fait groupe ».

Faire plaidoyer pour ce qui a de la valeur, définir ce à quoi on tient : les deux pratiques permettent également de faire émerger les valeurs du projet, mobilisatrices pour rassembler une diversité de parties prenantes (habitant.e.s, associations locales, maisons de quartier, structures institutionnelles …), de mettre des mots sur ce qui rassemble une diversité d’acteurs dans une même dynamique.

Des liens et ressources sur l’évaluation et la mise en récit :

 Comment faire le récit de nos expériences collectives, Benjamin roux / L’école du terrain

 Les ateliers de l’Antémonde, fabriquer des imaginaires enthousiastes et critiques

 Le site de Quadrant conseil, et l’étude de cas sur la contribution de la stratégie de conduite du changement de Loos en Gohelle à la protection de la biodiversité

 Evalphobia, un jeu pour dépasser toutes les bonnes raisons à ne pas faire de l’évaluation

Licence : CC by-sa

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