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La Malterie, un lieu de savoir ?

Un article repris de https://ahl.hypotheses.org/778

Par Jules Mathan Vanhove, M1 Métier d’Historien

La Malterie est un espace artistique implanté au cœur de Lille. Ce lieu géré par des artistes est à la fois un lieu d’accueil, d’écoute et de conseil (notamment pour les questions juridiques et administratives) mais surtout un endroit où les artistes peuvent créer et performer. Cette salle se trouve rue Kulhman à Lille, au milieu de Wazemmes, Moulins et Porte des Postes qui sont trois quartiers qui sont assez animés. En effet, on trouve beaucoup de bars et de cafés qui, une fois la nuit tombée, ouvrent leurs portes aux musicien·ne·s : ainsi, en marchant 15 minutes, on peut aisément trouver des concerts de rock, de jazz, de techno, de reggae ou de pop.

La façade de la Malterie, vue du boulevard Victor Hugo. Crédit : Velvet, Wikimedia Commons

Comme spectateur, les trois avantages principaux de la Malterie, sont la fréquence des événements, leur diversité ainsi que leur accessibilité (l’entrée ne coûte, en général, pas plus de dix euros et tourne plutôt autour de cinq euros). En ce sens, il est assez facile d’y aller sans forcément connaître la programmation et de ne pas ressortir déçu·e. L’exemple que je trouve le plus parlant pour illustrer ce qu’on peut y voir est celui des « LUN19h ». En effet, tous les lundis à dix-neuf heures, et pour seulement trois euros, on peut assister à des concerts expérimentaux, souvent improvisés et organisés par des musiciens de la Malterie. Ainsi, tout·e musicien·ne est libre d’organiser une soirée pour partager avec le public sa création et sa créativité. Souvent, ces concerts se terminent en rencontres avec les artistes où il est possible d’échanger avec elleux et avec les autres membres du public.

La salle où se déroulent tous les concerts. Crédit : Terekhova, Flickr

Il me semble donc que la Malterie est un lieu de savoir musical. En effet, en plus de créer et de diffuser du savoir, cette salle regroupe des spectatrices et des spectateurs de tous les horizons artistiques : quand on y va, on n’est pas en présence d’un entresoi fermé mais plutôt de personnes ouvertes avec des goûts artistiques très éclectiques. De plus, la Malterie met à disposition pour les artistes en résidence (le plus souvent, ce sont des musiciens et des plasticiens) des espaces de travail ainsi que des studios de répétition. On trouve notamment dans ces espaces des bibliothèques et des équipements sonores, visuels et lumineux. Par exemple, au dernier étage se trouve un grand espace modulable appelé le « plateau » où l’on trouve un plancher de danse. Ainsi, cette structure aide les artistes de manière pratique et matérielle et rassemble et permet l’accès à un ensemble d’outils nécessaires pour créer, ce qui est une première étape dans la création du savoir. De plus, la Malterie organise très souvent des concerts et des expositions. Pour le public, cela permet de découvrir la scène locale et indépendante et les échanges sont donc favorisés. Ces échanges, qui sont aussi une étape cruciale dans la création du savoir, se décomposent en deux niveaux. Il y a d’abord les échanges entre les membres du public mais également les échanges avec les artistes. En effet, les lieux sont petits et les événements qui s’y déroulent ne sont pas grand-public : j’ai l’impression que peu de monde connaît ce lieu et que les événements qui s’y déroulent ne sont pas considérés comme fun ni sexy à première vue, ce qui explique que le lieu est surtout fréquenté par les personnes qui y sont habituées. De ce fait, un certain rapprochement est permis ; de plus, les échanges et les interactions sont parfois expressément voulus avec des organisations de débats ou des rencontres avec les artistes et les performeurs·euses. En fait, la Malterie organise parfois des discussions et des débats après les performances, mais dans tous les cas des discussions naissent entre le public et les artistes. 

La Malterie s’impose à la fois comme un lieu de fabrication d’art et de culture, et donc de savoir, et à la fois comme le vecteur de sa transmission. Par ailleurs la Malterie est un espace artistique au cœur d’un réseau culturel indépendant lillois très ouvert, représenté notamment avec l’Hybride et l’Univers, qui sont des lieux similaires où le cinéma indépendant est valorisé par des projections régulières de films et de courts-métrages indépendants. En somme, ces trois lieux se ressemblent assez. On trouve dans chacune de ces trois salles des bars et des salles d’exposition, qui sont des lieux essentiels pour la création des sociabilités et des savoirs. De plus à l’Hybride comme à la Malterie, on trouve des vieux canapés confortables qui ajoutent une ambiance intime à ces lieux. Ce sont des espaces accessibles et ouverts à la fois à la nouveauté et à la discussion. En somme, ces lieux sont des incubateurs de savoir qui sont bouillonnants et qui encouragent les rencontres, la transversalité et les échanges. Il me semble intéressant de considérer la Malterie comme un lieu de savoir car accepter que les lieux de savoirs ne sont pas qu’universitaires ou institutionnels, c’est pouvoir envisager les circulations des savoirs à l’intérieur de la société de façon plus large.

Licence : CC by-nc-nd

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