Innovation Pédagogique
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Let’s conf’… exploration d’un écosystème académique en pleine saison des conférences (1)

Un article repris de http://theconversation.com/lets-con...

Pixabay

L’idée à l’origine de cette contribution est de présenter, assez simplement et sans (trop) jargonner, l’écosystème institutionnel et académique d’une des plus jeunes disciplines de l’enseignement supérieur connue sous la dénomination de « sciences de gestion ».

Un préambule sur l’intitulé sciences de gestion/management

Nous soulignons, en préambule, qu’un débat sur le libellé de la discipline lui-même existe avec, face au standard de jure (les « sciences de gestion » renvoyant à une allocation acceptable des ressources), un standard de facto qui semble peu à peu s’imposer dans les publications (le « management » renvoyant au pilotage des activités). Ce débat n’est pas tranché mais tend à médiatiser les termes génériques de management et de sciences du management notamment pour ce qui concerne les mentions de master les plus diffusées.

De plus, concernant la terminologie, nous nous sommes inspirés à la fois du titre et du vocabulaire d’un original essai paru en 2008, rédigé par notre collègue Dov Te’Eni et relatant son expérience lors des massives et incontournables conférences ICIS et de quelques communications et publications sur des sujets connexes. Notons enfin à titre anecdotique, mais complémentaire, la pépite qu’est le récit très personnel du quotidien hors normes de Cédric Villani

Nous emploierons souvent, dans les lignes qui suivent, le « nous » car, bien évidemment, nous sommes partie prenante de cet écosystème accompagnant les nouvelles fondations des sciences de gestion !

Un fil rouge et une double question

Le fil rouge de cette contribution peut donc être introduit au travers de la double question suivante ciblant d’une part la biocénose « Qui sont les enseignants chercheurs en sciences de gestion ? » et d’autre part leur biotope « Où sont les enseignants chercheurs en sciences de gestion ? ».

Cette double question, probablement saugrenue, appelle des éléments de réponse qui sont destinés à la fois aux nouveaux arrivants (les doctorants ou futurs doctorants en management par exemple) mais aussi aux déjà anciens arrivants (les professeurs dont la visibilité hors de leur zone de confort reste modeste et, en tous cas, très en deçà de la diversité de la production scientifique de la communauté !)

Nous présenterons cet écosystème dans les quelques lignes qui suivent…

Une démarche et une opportunité

Nous utiliserons pour cela une approche descriptive et cartographique largement mobilisée dans les publications des collègues enseignants-chercheurs en sciences de gestion – notamment dans des approches qualitatives type études de cas concernant les groupes, conglomérats, clusters et autres écosystèmes d’activité ou d’innovation – mais assez rarement centrée sur leur propre entité institutionnelle et académique. Certes ce type de démarche auto centrée peut paraître inopportune par certains égards mais elle reste efficace et aisément transposable.

Il peut sembler cocasse que les chercheurs en charge de réfléchir, de documenter et de produire des connaissances autour des sciences de l’action collective que sont les sciences de gestion et du management sont finalement assez peu prolixes – exceptées certaines approches ethnographiques consacrées aux consultants – s’agissant de leur propre biotope et de son organisation. Cela doit relever du syndrome du cordonnier ! Ce jeune écosystème apparu dans les années 1970 montre la cohabitation d’acteurs aux parcours très variés, la plupart étant toutefois recrutés pendant ou à l’issue d’un doctorat en sciences de gestion, et qui interagissent au sein d’entités elles-mêmes très hétérogènes.

À ce propos, la saison qui approche – celles des grandes migrations pour rejoindre les conférences annuelles des associations académiques référencées par la Fnege (Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises) qui justement fêtera ses 50 ans l’an prochain – semble tout à fait opportune pour faire le point sur une discipline quinquagénaire et sur ses mécanismes de coordinations opérationnels.

En effet, juste avant les grands rendez-vous annuels de l’AFM à Tours, de l’AIMS à Lyon, de l’AIM à Paris, de l’AFC à Poitiers, de l’AFFI à Grenoble, de l’ACFAS à Montréal, de Prolog à La Rochelle, de l’ADERSE à Bordeaux, de l’AGRH à Aix, etc.… une question demeure. Comment s’organise cette jeune discipline pour survivre et essaimer dans la jungle des pré carrés scientifiques et de leur zone d’influence ?

Un écosystème et une double approche

En France, où elle a une existence propre, nous pouvons notamment aborder l’écosystème de cette discipline sous les angles académique et institutionnel.

Le premier angle d’attaque renvoie à ce qu’est la discipline, à son corpus théorique, à ses positionnements et débats – notamment consacrés à certaines épistémologies – ainsi qu’à ses outils et approches méthodologiques. L’académisme s’appuie ainsi sur des standards afin d’asseoir la légitimité scientifique et la zone de confort de la discipline. Il peut néanmoins parfois remettre en cause et questionner… notamment sur le dilemme rigueur/pertinence via le provocateur mais pertinent : « À quoi sert la recherche en management ? ».

Il s’agit aussi de pouvoir faire le point à l’occasion de dates anniversaires clés comme dans le cas des 20 ans de SIM ou des 50 ans de la RFG. Finalement, comme pour toutes espèces, l’objectif est avant tout de survivre. Il faut ainsi assurer la pérennité des sciences de gestion notamment face aux disciplines connexes avec lesquelles nous cohabitons sur un territoire mouvant et avec lesquelles nous partageons à la fois des inputs (champs, terrains, budgets, data, plates-formes et technologies, temps de travail, projet…) et output (conférences, revues, livrables…). Notons simplement les plus immédiates comme le droit, l’économie, la sociologie, la psychologie, les sciences politiques, l’informatique, la recherche opérationnelle, le génie industriel, etc.

Le second angle d’attaque renvoie aux diverses institutions (ministère, universités , business schools, Écoles d’Ingénieurs, etc.) et autres entités organisationnelles (Fnege, Sociétés savantes, ANR, etc.) gravitant autour de la discipline et ayant peu ou prou pour objectif de la faire vivre, d’en améliorer la visibilité, la gouvernance voire d’en assurer la promotion. Il s’agit aussi pour ces institutions de l’accompagner face aux opportunités et menaces de son environnement et de réfléchir à son avenir. Quid des sciences de gestion en 2050 ?

La thèse de doctorat en sciences de gestion comme ticket d’entrée

Dans les deux cas, il s’agit ici de proposer un guide de lecture à double entrée afin que cet écosystème soit plus lisible et plus intelligible notamment pour les étudiants en fin de second cycle désirant s’engager dans le véritable parcours initiatique qu’est une thèse de doctorat.

Paradoxalement ce cheminement vers la thèse – en sciences de gestion comme partout (excepté en médecine) – est beaucoup plus qu’une simple production de 350 pages impeccablement documentées, correctement écrites et joliment argumentées avec, dans la plupart des cas, le triptyque « une question bien formulée, un support théorique pertinent, une méthodologie alignée » et agrémentée (pourquoi pas ?) de résultats, de contributions et d’apports !

Ce parcours est depuis 2016 étoffé de nouvelles modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat dont, bien sûr, la production et la soutenance d’un mémoire de thèse devant un jury idoine. Il faudra également être à l’origine de productions scientifiques variées (communications, articles, cas, book chapter, blog, MOOC, Spoc…) et afficher quelques jalons institutionnels (école doctorale, mandat électif, administrateurs de sociétés savantes…) et académiques (consortium doctoraux, workshop, colloques…) qui apparaissent bienvenus pour intégrer la famille ou plus prosaïquement le réseau afin d’y être identifié et coopté.

Cette double béquille – réseautage et essaimage – est devenue essentielle pour aborder sereinement la carrière d’enseignant chercheur en sciences de gestion. En effet, les carrières isolées et non connectées sont en effet difficilement (mais pas impossiblement) concevables en 2017.

Nous allons les mettre en scène sous l’angle académique puis institutionnel dans les deux parties ci-après !

Une approche sous l’angle académique (CNU)…

Sous l’angle académique, nous aborderons à la fois les académiques – c’est-à-dire les membres composant l’académie et respectant peu ou prou l’académisme – et les lieux, places ou territoires – c’est-à-dire là où se réunissent physiquement ou virtuellement les membres ou leur représentants dits « académiciens ».

À ce propos, la discipline des SG est relativement jeune. Elle apparaît en 1968 avec la création de la Fnege. Elle est historiquement issue de partitions – ou scissions selon les écoles et perceptions – au sein des sciences juridiques (actuel groupe 1 du CNU) puis, ouvrant la black box de l’organisation, au sein des sciences économiques. Les sciences de gestion (06) demeurent cependant proches des sciences économiques (05) avec lesquelles elles composent le groupe 2 du CNU. Ainsi, les sciences de gestion sont listées dans le haut du tableau qui présente les différentes sections du Conseil national des universités (CNU).

Les missions principales des 87 sections du CNU sont de qualifier (ou non) aux fonctions de Maître de Conférences (MCF) et de Professeur des Universités (PU) mais également de récompenser (ou non) et/ou de promouvoir (ou non) les collègues candidats. Les 36 membres du CNU 06 sont également un relais entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et l’ensemble des quelques 1 900 collègues de la section 06 exerçant comme titulaires dans les universités françaises (environ un quart de professeurs et trois quarts de maîtres de conférences). Cette dimension académico-politique explique les candidatures portées par des listes syndicales (Supautonome FO, Snesup-FSU et autres collectifs spécifiques à la section comme variance.

Le CNU est de facto la seule entité académique exclusivement disciplinaire exerçant au niveau national. À ce titre, il se doit de travailler (participation aux missions) et d’avancer de concert avec les entités transversales impactant les SG. Citons par exemple l’HCERES sur les évaluations des laboratoires et/ou des formations.

Citons aussi le CNRS et en particulier sa section 37 composée de 21 membres (en majorité économistes) abordant l’évaluation et la catégorisation des revues scientifiques sous le double ancrage « économie et gestion » et cohabitant avec celle de la Fnege sous l’ancrage plus spécifiquement “gestion”.

Fin de chantier(s) ?

Vastes sont les chantiers et les défis ! De fait, la Fnege et les (ses) associations académiques ont, outre un impératif événementiel et communicationnel, une double mission opérationnelle et stratégique dans la performance de l’écosystème. Ce sera l’objet de la seconde partie de cet article !

The Conversation

Marc Bidan est membre du Conseil National des Universités (section 06), membre de l’Association for Information Systems (AIS), ancien vice président et président (2009-2011 et 2011-2015) de l’Association Information et Management (AIM) et ancien membre du conseil scientifique de la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (2013-2015)

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