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Pédagogie numérique : des enseignants enthousiastes mais esseulés

14 septembre 2015 par André Guyomar Retours d’expériences 361 visites 0 commentaire

Un article intéressant de Morgane Taquet, publié sur Educpros.fr et synthétisant les retours et les attentes d’enseignants vis-à-vis de l’insertion des technologies dans les enseignements.

Le titre de l’article résume bien la situation : "Pédagogie numérique : des enseignants enthousiastes mais esseulés".

Outre le fait que les enseignants soulignent le caractère chronophage du numérique, qui peut s’expliquer par l’absence de formation et d’accompagnement de ces acteurs qui ont souvent recours au système D. Mais il est plus inquiétant de remarquer que les schémas d’enseignement n’évoluent pas ou peu - ils restent trop souvent calqués sur le traditionnel - et que le manque de soutien des établissements ainsi que l’absence de reconnaissance des efforts fournis par les enseignants persistent.
Ce constat rejoint les conclusions que j’avais dressées, il y a déjà quelques années, lors de mon travail de thèse de doctorat sur l’insertion des TICE dans l’enseignement.

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Motivés, les 25 enseignants qui ont répondu à l’appel à témoignages d’Educpros en juillet 2015 voient dans les outils numériques une manière d’améliorer leurs enseignements. Ils demandent cependant davantage de temps et plus de reconnaissance de l’institution pour sortir du système D en vigueur.

Incontournable", "formidable outil", "nouvelle dynamique"…

Interrogés sur leur usage du numérique dans leur pédagogie, les enseignants qui ont répondu à l’appel à témoignages d’Educpros en juillet 2015 sont unanimes. Faire le choix du numérique apparaît d’abord comme une nécessité pour maintenir des enseignements performants et aider ses étudiants à mieux réussir.

Plus flexibles, plus motivants, les outils numériques donnent l’opportunité d’un enseignement à la demande, qui prolonge le temps d’apprentissage. "Ils permettent de capter l’attention des étudiants, en individualisant les séances, le rythme d’assimilation et en rendant l’étudiant plus autonome : il devient un acteur de sa propre formation, et acquiert des compétences qu’il n’aurait pas obtenues, ou bien beaucoup plus tard dans sa formation", écrit un maître de conférences de l’Upec.

Plusieurs enseignants relèvent d’ailleurs une meilleure qualité des travaux rendus, et une amélioration des notes des étudiants utilisant les outils numériques. Un enseignant de l’université Reims Champagne-Ardenne pointe ainsi une augmentation de la moyenne de ses élèves de 3 points. "Dans certains cours, les étudiants qui n’utilisent pas les outils pédagogiques ont un taux de réussite de 0%, alors qu’il est de 50% pour ceux qui travaillent au minimum 10 heures le cours en utilisant des outils numériques."

Une pédagogie chronophage

Principal inconvénient relevé par les répondants : le caractère chronophage du numérique. "On pense souvent que le numérique peut se faire rapidement, mais il nécessite une vraie réflexion pédagogique, une reconstruction des cours, tant sur le fond que sur la forme. Cela implique beaucoup de travail en amont", explique un professeur de l’Iéseg.

Le suivi également doit être plus soutenu, comme l’explique ce professeur de l’université Reims Champagne-Ardenne : "la motivation des étudiants est au rendez-vous, car les logiciels utilisés en TD et TP favorisent la démarche d’investigation. En revanche, il est nécessaire de bien contrôler leur utilisation". En effet, "la capacité de concentration induite par la multiplication des stimuli peut être diminuée...", avance un professeur de l’Essec.

On pense souvent que le numérique peut se faire rapidement, mais il nécessite une vraie réflexion pédagogique, une reconstruction des cours, tant sur le fond que sur la forme.

Très peu de décharges de services sont prévues : " créer une interaction différente avec les étudiants, qui cocréent leur enseignement, requiert du temps. Ces besoins cruciaux ne sont pas toujours pris en compte par les établissements, qui restent sur des schémas de classe très traditionnels ", écrit une professeure.

Un sentiment renforcé par ce qu’un enseignant appelle " l’ère du bricolage ". "Les infrastructures ne suivent pas toujours : le Wifi n’est pas forcément dimensionné pour une moyenne de deux connexions simultanées par étudiant et enseignant [ordinateur et smartphone/tablette]", regrette un maître de conférences de l’université de Lorraine. Un problème de dimensionnement des réseaux qui nuit à l’enseignement. "Gare aux bugs et crashs qui font perdre du temps et démobilisent rapidement les apprenants", prévient une professeure.

Un soutien variable de l’institution

Alors même que la pédagogie numérique est vécue comme un engagement, le soutien des établissements reste exceptionnel, excepté pour ceux qui ont fait de l’utilisation du numérique une priorité stratégique. "La prise de risque, en faisant notamment face à de mauvaises évaluations par les étudiants, n’est pas forcément récompensée ou encouragée. Pourtant, elle est inévitable pour l’enseignant qui doit passer par une phase prototype", estime une professeure.

La majorité des répondants n’ont pas reçu de formation à l’innovation pédagogique, et le regrette. Pour se former, le système D semble être la règle. Certains évoquent une participation à des colloques ou à des conférences. D’autres ont fait appel à des collègues plus au fait des outils, et la plupart indiquent s’être formés seuls, "par des lectures", "des expérimentations" ou grâce à des "formations courtes sur la base du volontariat". Les enseignants formés dans leur établissement l’ont été par des ingénieurs pédagogiques.

Cet engagement peut toutefois être parfois reconnu de façon plus informelle. Comme pour ce professeur de Skema qui vit son investissement comme un outil de notoriété pour lui et pour son école, ou un maître de conférences de l’université de Lorraine qui signale que son établissement reconnaît son investissement en le sollicitant pour former d’autres collègues.

Une reconnaissance financière inexistante

Quant à une éventuelle reconnaissance financière, elle est quasi-inexistante, à l’exception des enseignants ayant pris la responsabilité d’un service d’ingénierie pédagogique. "Certains appels à projets d’innovation pédagogique pour le financement nécessitent la ’redistribution’ de quelques heures complémentaires. Mais cela ne va pas chercher bien loin", explique un maître de conférences de l’Upec, qui évoque également les moyens financiers réduits des établissements : " lorsque l’innovation nécessite un financement de matériel, les demandes, les discussions ont tendance à n’en plus finir... "

" Il serait peut-être plus judicieux de reconnaître l’implication des enseignants dans les pédagogies innovantes pour leur évolution de carrière, au même titre que la recherche , estime-t-il. Après tout, en testant ces innovations pédagogiques, ne faisons-nous pas de la recherche sur les méthodes d’apprentissages les plus adaptées à notre discipline pour notre population étudiante ?" Vaste chantier...

Le lien vers l’article de Morgane Taquet sur educpros.fr

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