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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>L'autonomie : un concept central pour le d&#233;veloppement de l'activit&#233; de travail des agriculteurs &#224; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne</title>
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		<dc:creator>Xavier Coquil</dc:creator>


		<dc:subject>Octet</dc:subject>

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&lt;p&gt;Un article de la revue Activit&#233;s, une publication sous licence Creative Commons by nc nd &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Introduction : l'agriculture, un secteur face &#224; une transition existentielle &lt;br class='autobr' /&gt;
L'anthropoc&#232;ne est un concept polys&#233;mique et paradoxal qui entend globalement montrer que la p&#233;rennit&#233; de l'aventure humaine est compromise (Wallenhorst, Robin, &amp; Boutinnet, 2019). Ce concept r&#233;v&#232;le le caract&#232;re non durable et destructeur de la fa&#231;on dont l'humanit&#233; vit et habite la plan&#232;te Terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les sciences (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique69.html" rel="directory"&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/mot57.html" rel="tag"&gt;Octet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/activites/8194&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; de la revue &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/activites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;, une publication sous licence Creative Commons by nc nd&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;1. Introduction : l'agriculture, un secteur face &#224; une transition existentielle&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'anthropoc&#232;ne est un concept polys&#233;mique et paradoxal qui entend globalement montrer que la p&#233;rennit&#233; de l'aventure humaine est compromise (Wallenhorst, Robin, &amp; Boutinnet, 2019). Ce concept r&#233;v&#232;le le caract&#232;re non durable et destructeur de la fa&#231;on dont l'humanit&#233; vit et habite la plan&#232;te Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences sociales travaillant cette question mettent en &#233;vidence les clivages socio-historiques touchant aux responsabilit&#233;s des humains dans l'entr&#233;e dans l'anthropoc&#232;ne et les r&#233;organisations soci&#233;tales n&#233;cessaires pour garantir la p&#233;rennit&#233; de l'aventure humaine. Cette nouvelle &#232;re g&#233;ologique caract&#233;ris&#233;e par les catastrophes plan&#233;taires pr&#233;visibles (r&#233;chauffement climatique, &#233;rosion de la biodiversit&#233;&#8230;) est aussi l'objet d'approches paradoxales quant &#224; ses projections : en effet, loin de penser la fin de cette &#232;re via de n&#233;cessaires transitions (&#233;cologiques, &#233;conomiques, existentielles&#8230;) des chercheurs estiment n&#233;cessaire de poursuivre notre entr&#233;e dans l'anthopoc&#232;ne en continuant de lib&#233;raliser notre &#233;conomie et en d&#233;fendant le concept d'&#233;co-modernisme (Manifeste &#233;comoderniste, 2015). Selon eux, le lib&#233;ralisme nous fait entrer de plain-pied dans cette &#232;re et nous permettra d'y vivre via un progr&#232;s technologique nous permettant de dompter et maitriser &#171; la machine plan&#233;taire &#187; (Steffen, Leinfelder, Zalasiewicz, Waters, Williams, et al., 2016). Ainsi, comme le soulignent Wallenhorst, Robin et Boutinnet (2019), le paradoxe de l'anthropoc&#232;ne devient tr&#232;s fort lorsqu'il devient l'argument de d&#233;fense d'un syst&#232;me lib&#233;ral s'opposant aux militants d&#233;fendant une transition &#233;cologique comme une condition existentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est particuli&#232;rement int&#233;ressant dans l'anthropoc&#232;ne, c'est la lecture qu'il nous conduit &#224; r&#233;aliser sur la condition humaine, c'est-&#224;-dire sur la fa&#231;on de vivre et d'habiter la plan&#232;te. En effet, selon Wallenhorst, Robin et Boutinnet (2019), les stratigraphes et les g&#233;ologues qui s'int&#233;ressent aux marqueurs de cette &#232;re post holoc&#232;ne &#233;voquent des hypoth&#232;ses afin de marquer la date et le lieu de son d&#233;marrage. Ces diff&#233;rentes hypoth&#232;ses questionnent les impacts des activit&#233;s humaines et plus particuli&#232;rement durant les &#233;poques moderne et post-moderne. Ainsi, ces marqueurs portent des significations sociales et culturelles fortes de la condition humaine : (i) les difficult&#233;s de cohabitation des humains avec certaines autres esp&#232;ces, (ii) le d&#233;veloppement de l'agriculture via la recherche de ma&#238;trise des &#233;cosyst&#232;mes, qui s'accompagne d'une posture d'ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; la nature, (iii) la domination qui surgit dans la relation &#224; l'autre et les difficult&#233;s que nous rencontrons &#224; vivre le cosmopolitisme, (iv) la redoutable puissance de ce nouveau venu qu'est l'homo oeconomicus qui semble pouvoir tout fabriquer, acheter et vendre avec une volont&#233; d'optimisation et de maximisation des int&#233;r&#234;ts individuels &#224; court terme, (v) la fragilit&#233; de la composante politique de l'aventure humaine quand elle s'associe avec le pouvoir technoscientifique dans une entreprise de destruction massive (arme nucl&#233;aire) et en m&#234;me temps l'impact du politique lorsqu'il se donne les moyens d'&#233;viter cette destruction (arr&#234;t des essais nucl&#233;aires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ces marqueurs de l'anthropoc&#232;ne, viennent questionner nos fa&#231;ons de vivre, d'habiter la plan&#232;te Terre ? Plus sp&#233;cifiquement comment ces marqueurs de l'anthropoc&#232;ne viennent questionner le secteur agricole, ses &#233;volutions et, plus particuli&#232;rement, l'activit&#233; de travail des agriculteurs ? En France et en Europe, l'activit&#233; de travail des agriculteurs a &#233;t&#233; particuli&#232;rement marqu&#233;e par l'&#233;poque moderne, durant laquelle convergeaient progr&#232;s technique et progr&#232;s social soutenus par un projet politique, et par l'&#233;poque post-moderne, marqu&#233;e par la cassure de cette convergence des progr&#232;s technique et social et du projet politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie de la Seconde Guerre mondiale d&#233;marre en France et en Europe une p&#233;riode de convergence politique et technique au service de la modernisation de l'agriculture. Une vision politique du progr&#232;s social prend le pas : la sortie de la condition paysanne soit par l'acc&#232;s &#224; une activit&#233; de production agricole plus moderne (d&#233;mocratisation des concepts d'agriculteur et d'exploitant agricole), soit par un changement de m&#233;tier, en dehors de l'activit&#233; de production agricole qui cherche de la main d'&#339;uvre (secteur amont ou aval de l'agriculture, ou autre secteur d'activit&#233;) (Pisani, 2004). La m&#233;canisation de l'agriculture permet une sortie du labeur physique via la traction motoris&#233;e et l'usage de l'hydraulique pour limiter la manutention de charges lourdes. Un v&#233;ritable progr&#232;s social est alors &#224; l'&#339;uvre lib&#233;rant les agriculteurs de la condition paysanne. Cette &#233;poque moderne porte rapidement ses fruits en permettant simultan&#233;ment la r&#233;duction de la p&#233;nibilit&#233; physique du travail agricole, l'augmentation de sa productivit&#233;, et la s&#233;curisation de la production alimentaire sur le continent europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le post-modernisme fait son apparition d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 80. En effet, l'industrialisation des secteurs amont et aval de l'agriculture conduit les agriculteurs &#224; restreindre leur activit&#233; &#224; la production de mati&#232;res premi&#232;res agricoles. Les industries les incitent &#224; la production de volumes croissants et exigent des produits de plus en plus norm&#233;s r&#233;pondant &#224; des logiques de transformation via des process industriels qu'il convient d'optimiser. La production de gros volumes engage les agriculteurs dans des formes de sp&#233;cialisation de production au d&#233;triment des logiques biologiques et agronomiques : les productions d&#233;-saisonn&#233;es (ex. : tomates et lait de ch&#232;vres en hiver&#8230;), l'&#233;levage hors-sol, les grandes cultures sp&#233;cialis&#233;es et sans animaux&#8230; en sont des exemples. Des externalit&#233;s n&#233;gatives sur l'environnement font leurs apparitions d&#232;s la fin des ann&#233;es 70 (ex. : algues vertes en Bretagne) et cette logique poursuit son d&#233;veloppement en mobilisant de plus en plus de transports carbon&#233;s dans un commerce mondialis&#233;. L'augmentation des volumes produits par travailleur se poursuit en mobilisant les technologies modernes de mani&#232;re croissante : augmentation des puissances de traction puis apparition et d&#233;mocratisation de la robotisation dans les processus de production &#224; partir des ann&#233;es 2000. Les politiques publiques &#339;uvrent &#224; la lib&#233;ralisation des march&#233;s agricoles : la suppression des accords cadre sur le prix du lait pay&#233; aux producteurs et sur la limitation de la production laiti&#232;re nationale via des quotas depuis le 1er avril 2015 est l'un des exemples r&#233;v&#233;lant le d&#233;sengagement progressif de la puissance publique dans la r&#233;gulation des march&#233;s agricoles (Chatellier, 2015). Ainsi, une augmentation, apparemment sans limite, des volumes de production est &#224; l'&#339;uvre chez la majorit&#233; des agriculteurs, mobilisant plus de technologies au service de plus de productivit&#233; de la main-d'&#339;uvre : appara&#238;t fr&#233;quemment une confusion entre les fins et les moyens &#224; savoir &#171; s'outiller pour produire plus ou produire plus pour acc&#233;der &#224; des capitaux qui permettent de s'outiller ? &#187; (Coquil, &amp; Pailleux, 2021 ; Veysset, Lherm, Boussemart, &amp; Natier, 2019). Cette logique conduit des agriculteurs &#224; des politiques d'investissement et de modernisation risqu&#233;es, sans garantie et sans capacit&#233; d'action sur les prix de vente de leurs produits agricoles, les conduisant &#224; de l'ins&#233;curit&#233; et nuisant &#224; la p&#233;rennit&#233; de leur activit&#233; de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture et, au premier plan de celle-ci, l'activit&#233; de travail des agriculteurs ont &#233;t&#233; tr&#232;s marqu&#233;es par la posture naturaliste (Cayre, 2013) qui a &#233;t&#233; accentu&#233;e par les d&#233;veloppements techniques et technologiques des p&#233;riodes modernes et post-modernes. Cette posture se traduit, dans l'activit&#233; agricole, par une mise &#224; distance de la nature en mobilisant des techniques et des technologies pour tenter de la guider, de la conduire, de la ma&#238;triser ou de la dominer au service d'un projet de production. La posture naturaliste s'apparente alors aux th&#233;ories &#233;co-modernistes, dans le champ de l'agriculture, que nous traduisons en ces termes &#171; la ma&#238;trise virile de la nature &#187; (Manifeste &#233;co-moderniste, 2015). La m&#233;canisation, le d&#233;veloppement des engrais et des pesticides, le d&#233;veloppement d'artefacts permettant l'artificialisation des ambiances d'&#233;levage (b&#226;timents climatis&#233;s) et des climats de mise en culture (serre) sont autant d'artefacts techniques et technologiques pour s'approcher d'une maitrise de l'environnement physique, biologique, sanitaire et climatique des productions agricoles&#8230; Les impacts sont forts sur les &#233;cosyst&#232;mes : un appauvrissement de la biodiversit&#233; par la mise en culture de quelques esp&#232;ces sur les surfaces cultiv&#233;es alors qu'elles h&#233;bergeaient des espaces naturelles bien plus vari&#233;es avant l'arriv&#233;e de l'agriculture, une forte contribution aux &#233;missions de gaz &#224; effet de serre par l'industrialisation des process amont et aval de l'agriculture et la mondialisation des &#233;changes de produits agricoles (IPCC, 2021). Ainsi, la tendance dominante du d&#233;veloppement de l'agriculture, dans les pays industrialis&#233;s, rel&#232;ve de l'&#233;co-modernisme. Pourtant les probl&#233;matiques du changement climatique, de l'&#233;rosion de la biodiversit&#233;, de la perte de fertilit&#233; des sols et de la perte de potabilit&#233; des eaux, fortes cons&#233;quences de l'anthropoc&#232;ne, mettent en p&#233;ril la p&#233;rennit&#233; et l'existence m&#234;me de l'activit&#233; de travail d'une majorit&#233; des agriculteurs &#224; un horizon temporel proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des minorit&#233;s d'agriculteurs ont op&#233;r&#233; des transitions &#233;cologiques de leur activit&#233; de travail : ils mettent en &#339;uvre des formes d'agriculture en rupture avec ces postures naturalistes et &#233;comodernistes. Ainsi, la majorit&#233; des agriculteurs biologiques et des agriculteurs &#233;conomes et autonomes &#233;changeant au sein des groupes CIVAM (Centre d'initiatives et de valorisation de l'agriculture et du monde rural), par exemple, travaillent selon une recherche de compagnonnage avec la nature (Del&#233;age, 2004). Ils travaillent alors selon un rapport renouvel&#233; avec les &#233;l&#233;ments naturels : ils composent avec le vivant et ses variabilit&#233;s, ce qui n&#233;cessite de d&#233;velopper des sens et des sensibilit&#233;s permettant de les appr&#233;hender. Ce mouvement est minoritaire et n&#233;cessite, pour ces agriculteurs, de s'&#233;manciper de la tendance majoritaire fortement prescrite par les syst&#232;mes sociotechniques et politiques majoritairement en place dans le secteur agricole (Meynard, Messean, Charlier, Fares, Le Bail, et al., 2013 ; Stassart, Mormont, &amp; Jamar, 2008). En effet, les agricultures alternatives et durables qui &#233;mergent sont le fait de transitions professionnelles d'agriculteurs ayant &#233;t&#233; contraints &#224; un double mouvement (Coquil, B&#233;guin, &amp; Dedieu, 2017) : s'&#233;manciper vis-&#224;-vis du contexte sociotechnique et politique majoritaire qui les entoure, et mener une transition professionnelle afin de transformer en profondeur leur activit&#233; de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte nous pr&#233;sentons l'autonomie comme un concept central du d&#233;veloppement de l'activit&#233; de travail des agriculteurs. Ce texte est une synth&#232;se de travaux en ergonomie r&#233;alis&#233;s sur l'activit&#233; de travail d'agriculteurs. Ces travaux ont &#233;t&#233; essentiellement conduits dans le cadre de 4 programmes de recherche intervention pass&#233;s (Praiface, TRANSAE) ou en cours (Pinsmoi et Accordae) : ces projets s'int&#233;ressent aux transformations du travail des agriculteurs alors qu'ils se dirigent vers une agriculture plus durable pour l'environnement et le travailleur, mais aussi aux transformations du travail des personnes qui accompagnent ces transformations. Sur la base de ces recherches-interventions, nous postulons que ce d&#233;veloppement de l'activit&#233; des agriculteurs est incontournable pour penser et vivre une transition &#233;cologique et sociale du secteur d'activit&#233; agricole et que cette transition est d'ordre existentiel pour l'agriculture &#224; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne. Ainsi, tout d'abord nous posons le contexte sociotechnique du secteur agricole en argumentant la n&#233;cessit&#233; pour les agriculteurs de s'en &#233;manciper pour permettre un d&#233;veloppement de leur activit&#233; de travail. Nous d&#233;veloppons et illustrons ensuite 3 dimensions de l'autonomie qui facilitent ces transitions professionnelles des agriculteurs et qui en font un concept central &#224; outiller dans les actions d'accompagnement professionnel de ces sujets au travail. Enfin, nous discutons les fa&#231;ons d'envisager le d&#233;veloppement de l'autonomie dans le secteur agricole.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;2. Les transitions professionnelles des agriculteurs : changer de fa&#231;ons de faire et de penser dans un contexte socio&#8209;professionnel normatif&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs b&#233;n&#233;ficient d'un statut d'entrepreneur ind&#233;pendant &#224; l'image des chefs de petites et de moyennes entreprises. Ainsi, ils exercent leur activit&#233; quotidienne au sein de structures juridiques comptant fr&#233;quemment peu d'actifs : en 2020, 759 000 personnes (659 000 &#233;quivalents temps pleins) occupent un emploi permanent dans les 389 000 fermes fran&#231;aises (Barry &amp; Polv&#234;che, 2021). Le statut d'exploitant individuel repr&#233;sente 58,4 % de ces actifs et les autres actifs travaillent en tant que co-exploitants (diff&#233;rentes formes juridiques d'association) ou en tant que salari&#233;s agricoles. Ainsi, les agriculteurs ont des activit&#233;s vari&#233;es et contribuent au quotidien &#224; la gestion de l'entreprise, aux activit&#233;s de travail productif seul ou avec des collaborateurs familiaux ou tiers. Ces collaborateurs ont des statuts de b&#233;n&#233;voles, d'associ&#233;s ou de salari&#233;s. Pourtant, les activit&#233;s de travail des agriculteurs sont fortement prescrites par leur entourage socio-professionnel et par le syst&#232;me sociotechnique auquel ils contribuent : leurs choix et leurs marges de man&#339;uvre en mati&#232;re de conception de leur propre activit&#233; de travail apparaissent alors plus restreints. Nous abordons cette question de la prescription diffuse de l'activit&#233; de travail des agriculteurs et de la normativit&#233; des syst&#232;mes sociotechniques au sein desquels ils &#233;voluent, comme des obstacles &#224; leur libert&#233; d'action. Nous abordons ensuite la question du d&#233;veloppement professionnel de ces agriculteurs, comme une n&#233;cessit&#233; &#224; leur transition professionnelle vers des horizons plus &#233;cologiques, l'autonomie des agriculteurs &#233;tant un moyen central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1. L'activit&#233; de travail des agriculteurs : normes socio&#8209;professionnelles et prescription diffuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation de Leplat et Cuny (1977) conceptualise l'activit&#233; de travail comme la r&#233;sultante de la rencontre entre les t&#226;ches prescrites par l'entreprise et le travailleur avec ses caract&#233;ristiques propres. R&#233;sulte de cette rencontre des performances et des impacts sur l'entreprise et des performances et impacts sur le travailleur. Leplat et Cuny (1977) formalisent &#233;galement des super-d&#233;terminants, &#224; savoir des &#233;l&#233;ments du contexte socio-professionnel, qui ont un impact direct sur les caract&#233;ristiques de l'entreprise et sur lesquels le travailleur n'a pas la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les verrouillages des syst&#232;mes sociotechniques en agriculture sont des exemples de super-d&#233;terminants de l'activit&#233; de travail des agriculteurs. Stassart et al. (2008) et Meynard et al. (2013) d&#233;crivent respectivement les verrouillages des syst&#232;mes sociotechniques qui se sont cristallis&#233;s autour de la race bovine belge &#171; le blanc bleu belge &#187; et autour de la sp&#233;cialisation des fili&#232;res de grandes cultures en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;tude Stassart, Mormont et Jamar (2008) analysent et d&#233;crivent la fa&#231;on dont les pratiques d'une grande diversit&#233; d'acteurs ont &#233;t&#233; modifi&#233;es et sp&#233;cialis&#233;es &#224; partir d'une anomalie g&#233;n&#233;tique d'int&#233;r&#234;t apparue sur la race blanc bleu belge et ayant retenu l'int&#233;r&#234;t de la fili&#232;re viande bovine belge : le g&#232;ne culard. Le g&#232;ne culard est une anomalie g&#233;n&#233;tique qui se caract&#233;rise par une hypertrophie musculaire chez les bovins. Cette hypertrophie musculaire est particuli&#232;rement visible sur les parties arri&#232;re de l'animal (cuisses et fessiers), qui sont &#233;galement les parties les mieux valoris&#233;es sur le plan commercial. Ainsi, cette anomalie g&#233;n&#233;tique a retenu l'attention des acteurs de la fili&#232;re viande bovine. Les g&#233;n&#233;ticiens ont isol&#233; cette anomalie puis l'ont s&#233;lectionn&#233; afin que tous les individus de cette race blanc bleu belge l'expriment. Ainsi, les chercheurs en sciences de l'&#233;levage ont d&#233;velopp&#233; des mod&#232;les animaux permettant d'optimiser les performances de croissance de ces individus. Les &#233;leveurs d'animaux de cette race blanc bleu belge ont d&#233;velopp&#233; des pratiques d'&#233;levage intensives afin que le potentiel de croissance musculaire de cette race s'exprime pleinement, les bouchers ont d&#233;velopp&#233; des techniques de d&#233;coupe sp&#233;cifiques (d&#233;coupe anatomique), les consommateurs se sont habitu&#233;s &#224; la tendret&#233; de la viande issue de ces animaux&#8230; Les v&#233;t&#233;rinaires ont &#233;galement d&#251; sp&#233;cifier des interventions vis-&#224;-vis de cette race : la c&#233;sarienne et la couverture pharmaceutique qui l'accompagne. En effet, les veaux blanc bleu belge ont une musculature trop d&#233;velopp&#233;e pour permettre une naissance naturelle et rend la c&#233;sarienne incontournable. Ainsi, lorsqu'une transition vers une agriculture plus &#233;cologique et mobilisant moins d'intrants (moins d'aliments du b&#233;tail, moins d'engrais et moins d'antibiotiques&#8230;) est envisag&#233;e, la race blanc bleu belge apparait comme un &#233;l&#233;ment incontournable &#224; reconsid&#233;rer. Toutefois, changer de race revient &#224; modifier l'activit&#233; de travail des agriculteurs, mais &#233;galement les activit&#233;s de travail de l'ensemble des acteurs du syst&#232;me sociotechnique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;tude conduite sur les freins &#224; la diversification des grandes cultures dans les r&#233;gions c&#233;r&#233;ali&#232;res de France, Meynard et al. (2013) analysent et d&#233;crivent &#233;galement les verrouillages sociotechniques de la sp&#233;cialisation des r&#233;gions c&#233;r&#233;ali&#232;res dans la mise en culture d'un tr&#232;s petit nombre d'esp&#232;ces (colza, bl&#233;, orge, ma&#239;s). Ce faible nombre d'esp&#232;ces dans les espaces cultiv&#233;s pose de gros probl&#232;mes &#233;cologiques : tout d'abord il indique un appauvrissement de la biodiversit&#233; cultiv&#233;e, de plus il g&#233;n&#232;re l'apparition d'adventices et de ravageurs sp&#233;cialistes de ces cultures et n&#233;cessite donc l'usage de pesticides en plus grosses quantit&#233;s afin de pr&#233;server les performances productives des parcelles. La diversification des cultures, c'est-&#224;-dire l'augmentation du nombre d'esp&#232;ces cultiv&#233;es en rotation sur les parcelles et dans les territoires, apparait comme une solution combinant int&#233;r&#234;ts agronomiques et &#233;cologiques. Toutefois, cette diversification se heurte &#224; de nombreux freins cristallis&#233;s dans l'activit&#233; de travail de nombreux acteurs de ce syst&#232;me sociotechnique : la recherche agronomique et g&#233;n&#233;tique s'est concentr&#233;e sur un faible nombre d'esp&#232;ces cultiv&#233;es, la production de semences &#233;galement, la collecte des r&#233;coltes par l'industrie agro-alimentaire est organis&#233;e pour prendre en charge une faible diversit&#233; de cultures, les agriculteurs ont sp&#233;cialis&#233; leurs savoir-faire, leurs &#233;quipements et leurs calendriers de travail sur un faible nombre d'esp&#232;ces cultiv&#233;es&#8230; La diversification des cultures n&#233;cessite des transformations profondes de l'activit&#233; de travail de nombreux acteurs de ce syst&#232;me sociotechnique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au quotidien, l'activit&#233; de travail des agriculteurs fait l'objet de prescriptions plus ou moins nombreuses selon les orientations qu'ils ont choisies (Coquil, Cerf, Auricoste, Joannon, Barcellini, et al., 2018). En effet, l'entourage familial et professionnel, les attentes citoyennes, l'enseignement agricole, l'encadrement agricole (conseil, accompagnement), l'approvisionnement (machinisme, engrais&#8230;) et les circuits de commercialisation (circuit court, coop&#233;rative, industrie-agroalimentaire), les politiques de d&#233;veloppement agricole, les r&#233;glementations, la fixation des prix et des crit&#232;res de qualit&#233; des produits agricoles et la lecture des potentiels &#171; naturels &#187; que font les agriculteurs eux-m&#234;mes, et qu'ils consid&#232;rent mobilisables, apportent leur pierre &#224; la prescription de leur activit&#233; de travail. Ainsi, les choix et les orientations prises, mais aussi les modalit&#233;s d'acc&#232;s &#224; l'activit&#233; agricole (reprise d'une exploitation familiale, installation dans une ferme d&#233;j&#224; existante&#8230;) font partie des nombreux facteurs qui influent la conception de l'activit&#233; des agriculteurs et entament les capacit&#233;s des agriculteurs &#224; d&#233;terminer leur activit&#233; par eux&#8209;m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. Les transitions professionnelles des agriculteurs : d&#233;veloppement de monde professionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'autonomie des agriculteurs est central pour les n&#233;cessaires transitions professionnelles des agriculteurs, car les prescriptions diffuses conduisent majoritairement les agriculteurs &#224; d&#233;velopper des activit&#233;s de travail peu durables (Prost, &amp; Coquil, 2022) : la reprise en main de l'activit&#233; de conception de leur activit&#233; par les agriculteurs eux-m&#234;mes devient centrale. Plusieurs auteurs de sciences humaines et sociales ont conceptualis&#233; les transformations &#224; l'&#339;uvre chez les agriculteurs lorsqu'ils cheminent d'une agriculture mobilisant des intrants chimiques vers des formes d'agriculture &#233;cologis&#233;es (Chantre, Cerf, &amp; Le Bail, 2015 ; Chizallet, Barcellini, &amp; Prost, 2018 ; Coquil, 2014 ; Lamine, &amp; Perrot, 2007). Ils &#233;voquent un changement des pratiques agricoles, mais &#233;galement un changement des fa&#231;ons de penser l'agriculture. Les sociologues (Hellec, &amp; Blouet, 2014 ; Lamine, &amp; Bellon, 2009 ; Van Dam, Streith, &amp; Nizet, 2011) introduisent l'id&#233;e de changements d'ordres identitaires et moraux et formalisent &#233;galement la transformation des groupes d'&#233;changes et de dialogues professionnels environnant ces agriculteurs en transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs travaux, Coquil, B&#233;guin et Dedieu (2017) formalisent les transitions des agriculteurs r&#233;duisant l'usage d'intrants de synth&#232;se et cherchant plus d'autonomie selon un d&#233;veloppement de monde professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;guin (2004) propose le concept de monde professionnel afin d'appr&#233;hender le caract&#232;re syst&#233;mique du travail : ce sont les arri&#232;re-plans conceptuels, praxiques et axiologiques qui forment syst&#232;me avec l'objet de l'action. La r&#233;alit&#233; est toujours trop large et trop complexe pour &#234;tre saisie dans son enti&#232;ret&#233; par le sujet au travail. Ainsi, pour d&#233;velopper une activit&#233; efficace, le travailleur se focalise sur certaines dimensions de la r&#233;alit&#233; qu'il cherche &#224; comprendre et sur lesquelles il agit. Ainsi l'objet de l'action est diff&#233;rent pour chaque sujet, et le sujet et l'objet sont indissociables dans l'action. L'objet de l'action, qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'image op&#233;rative d'Ochanine (1978), sera associ&#233; &#224; des concepts pragmatiques et des actions sp&#233;cifiques, mobilisant diff&#233;rents instruments et r&#233;f&#233;rant &#224; des syst&#232;mes de valeurs singuliers. Le monde professionnel formalise une organisation syst&#233;mique, coh&#233;rente et stable de l'activit&#233; du travailleur dans son environnement. Cette organisation syst&#233;mique de l'activit&#233; chez le sujet ainsi que sa coh&#233;rence syst&#233;mique sont inspir&#233;es des travaux de Dewey (1967) : l'exp&#233;rience du sujet, le &#171; trouble &#187;, se voit r&#233;solu lorsque le sujet parvient &#224; passer d'un ensemble de donn&#233;es disjointes et &#233;miett&#233;es &#224; un objet sur lequel il agit. Selon Dewey (1967), face &#224; un environnement incoh&#233;rent et opaque le sujet doit retrouver une voie en tentant de r&#233;tablir la coh&#233;rence entre lui et son environnement. Cette notion de discordance et de coh&#233;rence &#233;largit le syst&#232;me sujet/objet &#224; son environnement. Nous parlons ici d'une coh&#233;rence d'ordre pragmatique qui ne r&#233;f&#232;re pas &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, mais &#224; la recherche de la r&#233;ussite pratique. La composante axiologique, ou part invisible de l'activit&#233;, qui fait syst&#232;me avec l'objet de l'action intervient, dans la singularisation de l'activit&#233; des sujets, mais aussi dans son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coquil, B&#233;guin et Dedieu (2017) ont formalis&#233; le d&#233;veloppement des mondes professionnels des agriculteurs au cours de leur transition, quittant une agriculture intensive et mettant en place une agriculture plus &#233;conome en intrants et plus autonome. Benoit s'est install&#233; seul en 1994 sur une ferme laiti&#232;re intensive en poursuivant l'activit&#233; de travail qui avait &#233;t&#233; mise en place par son pr&#233;d&#233;cesseur : il &#233;l&#232;ve 25 vaches laiti&#232;res tr&#232;s fortes productrices (plus de 9 000 litres de lait par vache et par an) sur une petite surface (24 ha) conduite de mani&#232;re intensive (ma&#239;s ensilage et prairies artificielles) afin de produire 200 000 l de lait par an. Benoit alimente alors ses animaux en b&#226;timent, sans les sortir, et mobilise beaucoup d'achats ext&#233;rieurs (engrais, produits phytosanitaires et aliments du b&#233;tail). Beno&#238;t est tr&#232;s encadr&#233; par des techniciens sur ses productions animales et v&#233;g&#233;tales. Il &#233;change aussi avec des amis agriculteurs impliqu&#233;s dans des groupes d'&#233;changes de pratiques sur la conduite des vaches au p&#226;turage. Dans la fin des ann&#233;es 90, il se questionne sur les achats d'aliment du b&#233;tail alors que la crise de la vache folle bat son plein. Un jour il accepte l'invitation d'un ami &#224; un groupe de discussion sur le p&#226;turage qui faisait intervenir un agriculteur exp&#233;riment&#233; sur la conduite des syst&#232;mes agricoles &#233;conomes et autonomes : Andr&#233; Pochon. Par ses questions et ses remarques, l'intervenant ouvre un nouveau champ des possibles &#224; Beno&#238;t &#171; il m'a dit que j'avais une jolie ferme, mais que je produisais 2 fois trop de lait&#8230; pour moi, produire seulement 100 000 l de lait, ce n'&#233;tait pas pensable, mais avant &#231;a, je n'avais jamais pens&#233; que je pouvais vivre de mon activit&#233; sans produire tout mon droit &#224; produire &#187;. Beno&#238;t s'autorise alors &#224; faire &#233;voluer son travail : il commence &#224; faire p&#226;turer ses vaches, il int&#232;gre et participe aux groupes d'&#233;changes entre pairs sur la conduite des vaches au p&#226;turage, sur l'observation des signes ext&#233;rieurs des animaux permettant d'ajuster leur alimentation. Progressivement l'objet de son travail, ses activit&#233;s quotidiennes, ses normes professionnelles se d&#233;placent pour se centrer sur l'autonomie et l'&#233;quilibre alimentaire de ses animaux tout en maintenant des animaux assez productifs (6 000 litres de lait par vache et par an). Benoit exp&#233;rimente et d&#233;s intensifie sa ferme en produisant moins de lait et en doublant sa surface via la reprise de terres voisines qui se sont lib&#233;r&#233;es. Il conduit ses animaux au p&#226;turage et d&#233;couvre alors une activit&#233; de travail bien moins anticipable qu'auparavant, qui n&#233;cessite des ajustements permanents, car la ressource ne peut &#234;tre consomm&#233;e que lorsqu'elle pousse contrairement &#224; l'alimentation en b&#226;timent qui est bas&#233;e sur la distribution de stocks. Ces d&#233;couvertes, recherches et ajustements deviennent centraux et sources de plaisir individuel et collectif par la participation &#224; des groupes d'&#233;changes entre pairs. En se basant sur l'analyse diachronique des histoires de vie de 16 agriculteurs, Coquil, B&#233;guin et Dedieu (2017) formalisent le d&#233;veloppement des mondes professionnels des agriculteurs selon un processus non t&#233;l&#233;ologique et non incr&#233;mental, r&#233;pondant &#224; des dynamiques autonomes et &#224; des dynamiques sociales. Selon Coquil (2014), les dynamiques autonomes du d&#233;veloppement sont la recherche d'une coh&#233;rence pragmatique au sein du monde professionnel de l'agriculteur : le d&#233;veloppement serait alors initi&#233; par une mise en tension du monde professionnel, qui se manifeste comme un inconfort pour le travailleur. Quatre sources de mise en tension sont identifi&#233;es chez les &#233;leveurs laitiers ayant v&#233;cu cette transition professionnelle : la d&#233;couverte de l'impensable pour le sujet, l'&#233;cart entre ce qu'il fait et ce qu'il pense, les difficult&#233;s pratiques qui s'expriment au sein de son activit&#233; de travail, et l'obligation externe. Les dynamiques sociales s'expriment via des gen&#232;ses instrumentales et via les &#233;changes entre pairs autour de la constitution de normes professionnelles d&#233;finissant les bonnes et les mauvaises pratiques. Le processus de d&#233;veloppement est alors formalis&#233; comme un processus dialogique entre ce que le sujet souhaite et ce qui s'av&#232;re possible, entre l'apparition de probl&#232;mes et leur r&#233;solution dans l'activit&#233; de travail, mais aussi entre le virtuel et le r&#233;el. Cette formalisation du d&#233;veloppement est dans la filiation de l'approche historico-culturelle du d&#233;veloppement formalis&#233;e par Vygotski (1930/1985) : le d&#233;veloppement de l'individu se r&#233;alise par des d&#233;placements de la capacit&#233; d'action de l'individu au fil des exp&#233;riences qu'il se forge dans la confrontation aux r&#233;alisations d'autrui et leur conceptualisation interne. Coquil, B&#233;guin et Dedieu (2017) ont propos&#233; une formalisation des dimensions axiologiques en les distinguant selon leur proximit&#233; de l'activit&#233; de travail du sujet : en mobilisant les travaux de la sociologie rurale (Nicourt, 2009 ; Lemery, 2011) ils ont distingu&#233; les normes professionnelles, et les valeurs. Ainsi, les normes professionnelles sont d&#233;finies par le sujet, dans le cadre de son activit&#233; de travail et de sa mise en discussion avec ses pairs sur ce qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre un travail bien fait : les normes professionnelles sont alors en lien direct avec l'action du sujet et l'&#233;volution de la composition de son groupe de pairs. Les valeurs renvoient &#224; des prises de position du sujet dans des d&#233;bats de soci&#233;t&#233;s. Leur impact sur l'activit&#233; de travail des sujets existe, mais il est moins direct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le d&#233;veloppement professionnel des agriculteurs rel&#232;ve d'une dynamique autonome et une dynamique sociale. Il est question d'un changement de fa&#231;ons d'agir et de penser son activit&#233; de travail en construisant de nouvelles coh&#233;rences pragmatiques. Il est aussi question d'une &#233;mancipation vis-&#224;-vis d'un entourage socio-professionnel et d'un syst&#232;me socio-technique tr&#232;s normatifs, selon des modalit&#233;s et des niveaux de prescription tr&#232;s vari&#233;s. Cette dynamique sociale passe aussi par la construction de nouvelles normes professionnelles au contact d'un r&#233;seau renouvel&#233; de pairs vu comme des ressources sur les plans techniques, sociaux et psychologiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;3. L'autonomie : confiance, jugement critique et autonomie politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous abordons le concept d'autonomie selon 3 dimensions issues de la litt&#233;rature : la confiance, le jugement critique et l'autonomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1. L'autonomie au prisme de l'alt&#233;rit&#233; et de la confiance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'engager dans une transformation de leur activit&#233; de travail n&#233;cessite, chez les agriculteurs, une grande confiance en eux-m&#234;mes et en un entourage socio-professionnel aidant et confortant les nouvelles orientations choisies. Cette confiance est d'autant plus importante lorsqu'ils &#233;voluent vers des formes d'agriculture plus &#233;cologiques et plus durables, car celles-ci sont tr&#232;s minoritaires dans les campagnes. L'autonomie peut se r&#233;v&#233;ler un moyen pour gagner en confiance. La confiance renforce l'autonomie des sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maillard (2011) propose une lecture historique et philosophique de l'&#233;mergence du concept d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'autonomie est n&#233; de l'av&#232;nement de l'humanisme avec le Si&#232;cle des Lumi&#232;res : l'homme s'&#233;mancipe alors des agents religieux et politiques qui lui dictaient la bonne et sage conduite &#224; tenir. La dimension singuli&#232;re de l'&#234;tre humain devient pr&#233;gnante : on parle alors d'une forme d'autod&#233;termination des individus sur le plan des normes, des valeurs et du sens renvoyant &#224; la raison universelle et au pouvoir d'agir des individus. La singularit&#233; des individus devient alors une finalit&#233;, une forme de reconnaissance de la capacit&#233; &#224; s'autogouverner d&#233;terminant le droit de chacun &#224; un espace int&#233;rieur : le pouvoir collectif n'est pas autoris&#233; &#224; p&#233;n&#233;trer et l'individu est son propre ma&#238;tre dot&#233; de raison : se d&#233;couvrir et s'auto-d&#233;terminer pour &#234;tre en capacit&#233; de s'autod&#233;terminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meyer, Paunonen, Gellatly, Goffin, et Jackson (1989) questionnent la place &#224; accorder &#224; l'alt&#233;rit&#233; lorsqu'origine et finalit&#233; se confondent dans l'autonomie : peut-on consid&#233;rer l'autonomie comme finalit&#233;, comme stade ultime du d&#233;veloppement et de la dignit&#233; humaine, comme marque d'une maturit&#233; morale, ce qui, de mani&#232;re r&#233;ciproque, d&#233;valorise d'autres vies que l'on qualifierait d'affaiblies ? Selon Winnicott (1969) et Erikson (1972), l'autonomie ne peut se poser sans relation &#224; autrui : nous ne pouvons &#234;tre sans &#234;tre li&#233; &#224;, le concept de solitude renvoyant irr&#233;m&#233;diablement &#224; l'autre. Ainsi, Erikson (1972) fait de la confiance la pierre angulaire du d&#233;veloppement humain, l'autonomie venant dans un second temps : les sujets ne peuvent prendre la consistance d'eux-m&#234;mes sans des personnes bienveillantes qui r&#233;pondent &#224; leurs besoins, &#224; un moment de leur vie, pour &#234;tre solide et se lancer dans l'exp&#233;rimentation par et pour eux-m&#234;mes. Erikson (1972) tente alors de pr&#233;ciser la place de l'alt&#233;rit&#233; dans le concept d'autonomie &#224; travers la notion d'intimit&#233; : c'est la capacit&#233; du sujet de d&#233;cider de partager de soi avec l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces notions d'alt&#233;rit&#233;, d'intimit&#233; et de confiance dans la construction de l'autonomie sont centrales chez les agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux agriculteurs sont en situation difficile sur les plans &#233;conomiques, social, et environnemental. Depuis plus de 30 ans, les revenus moyens agricoles stagnent voire diminuent de mani&#232;re tendancielle pour les agriculteurs fran&#231;ais (Chassard et Chevalier, 2007). Ces agriculteurs assimilent, pour leur grande majorit&#233;, l'environnement &#224; un empilement de r&#233;glementations, de contr&#244;les et de normes co&#251;teuses et oppressantes. La profession agricole, devenue minoritaire au sein d'une soci&#233;t&#233; de plus en plus urbanis&#233;e et tertiaris&#233;e, s'isole progressivement : ces agriculteurs s'estiment, pour bon nombre d'entre eux, incompris par une soci&#233;t&#233; qui vit loin de leurs r&#233;alit&#233;s quotidiennes. Ces agriculteurs se tiennent &#224; l'&#233;cart des mouvements alternatifs de d&#233;veloppement de l'agriculture, port&#233;s par des minorit&#233;s d'agriculteurs (ex. : agriculture biologique, agriculture &#233;conome et autonome&#8230;). Ils se trouvent alors stigmatis&#233;s, car certaines de leurs pratiques agricoles visibles, comme les traitements phytosanitaires, sont devenues intol&#233;rables au regard de la soci&#233;t&#233;. Ainsi, l'&#233;cart se creuse entre un &#171; immobilisme &#187;, d&#233;fendu par les courants de pens&#233;e majoritaire d'une profession, tenant une ligne de d&#233;fense de l'ordre de &#171; l'agribashing &#187;, et les r&#233;alit&#233;s sociales, &#233;conomiques et environnementales qui entourent les agriculteurs. Cet &#233;cart g&#233;n&#232;re des pertes de sens progressifs dans le travail des agriculteurs : les cons&#233;quences sont les difficult&#233;s du travail quotidien des agriculteurs aux fins trop souvent tragiques (Deffontaines, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des auteurs en psychologie et en psychodynamique du travail travaillent ces difficult&#233;s des agriculteurs via le concept de la sant&#233; (Spoljar, 2018) : ils d&#233;fendent l'id&#233;e d'une construction syst&#233;mique des difficult&#233;s des agriculteurs au travail. Marc et Sophie sont un couple install&#233; &#224; la suite de la m&#232;re de Marc &#224; la fin des ann&#233;es 1970 : ils &#233;l&#232;vent des vaches laiti&#232;res. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1980, les probl&#232;mes s'enchainent : Marc se casse le bras, de gros soucis de sant&#233; apparaissent sur le troupeau, le couple doit limiter sa production laiti&#232;re en raison de la mise en place des quotas laitiers en 1984. Le couple fait le dos rond et surmonte tous ces impr&#233;vus en augmentant la taille de la ferme via des emprunts bancaires et un volume d'activit&#233; toujours plus &#233;lev&#233; : ils s'engagent notamment dans un &#233;levage suppl&#233;mentaire de vaches allaitantes, ce qui n&#233;cessite de construire des b&#226;timents d'&#233;levage. L'activit&#233; agricole use Marc et Sophie et r&#233;mun&#232;re tr&#232;s peu, mais elle se poursuit autour d'un objet commun : &#171; g&#233;rer une exploitation productive, selon le mod&#232;le dominant dans la r&#233;gion &#187;. En 1999, Marc et Sophie investissent &#224; nouveau 200 000 &#8364; pour mettre en place un atelier d'engraissement de taurillons et cette m&#234;me ann&#233;e un nouveau souci de sant&#233; atteint le troupeau laitier. Sophie d&#233;cide d'aller travailler &#224; l'ext&#233;rieur pour faire vivre la famille. Marc et Sophie ne font plus confiance &#224; leur entourage professionnel qui les incite depuis 20 ans &#224; produire et investir toujours plus pour s'en sortir et qui ne les fait pas vivre. Ils refusent la proposition de leur comptable qui leur propose de contracter un emprunt de consolidation : &#171; vers qui se tourner ? &#187; alors que l'activit&#233; agricole, la famille et Marc et Sophie sont en r&#233;elles difficult&#233;s. Dans cette m&#234;me ligne, sur la base d'&#233;tudes de cas et de leur implication dans l'accompagnement d'agriculteurs en difficult&#233;, Coquil, Rolland et Pailleux (2021) proposent une formalisation du processus de construction et de renforcement des difficult&#233;s chez les agriculteurs en 3 phases interd&#233;pendantes : (i) l'&#233;mergence de probl&#232;mes (professionnels, priv&#233;s&#8230;) dans l'activit&#233; de travail des agriculteurs qui conduisent &#224; leur moindre mobilisation ou &#224; leur d&#233;mobilisation et &#224; une discordance au sein de leur monde professionnel, (ii) la d&#233;gradation des performances de la ferme (pertes techniques et &#233;conomiques, augmentation de la dette), (iii) la perte de confiance de l'agriculteur en lui-m&#234;me (doutes sur sa capacit&#233; &#224; surmonter les difficult&#233;s) et la rupture avec le monde socio-professionnel qui l'entoure du fait d'une responsabilit&#233; au moins partielle, de son environnement socio-professionnel dans les difficult&#233;s v&#233;cues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louazel (2018) &#233;tudie les trajectoires d'accompagnement mises en &#339;uvre par l'association Solidarit&#233; Paysan aupr&#232;s de ces agriculteurs en difficult&#233;s. Ainsi la premi&#232;re &#233;tape de l'accompagnement vise &#224; &#171; remettre les hommes et les femmes debout &#187;, c'est-&#224;-dire accompagner une remise en confiance en eux-m&#234;mes et en autrui en dialoguant avec des personnes bienveillantes et &#224; l'&#233;coute de leurs difficult&#233;s : l'intime est au c&#339;ur de cette confiance &#224; nouer entre accompagnants et accompagn&#233;s &#224; travers les &#233;changes portant sur les difficult&#233;s qu'ils vivent. Cette premi&#232;re &#233;tape, incontournable, doit ensuite permettre d'acc&#233;der &#224; un accompagnement de la transformation de l'activit&#233; de travail des agriculteurs afin de la rendre plus durable. Cet accompagnement de la transformation de l'activit&#233; de travail des agriculteurs en difficult&#233;s vers des formes d'activit&#233; plus durable n'est pas simple et les accompagnements fructueux permettant un d&#233;veloppement de monde professionnel des agriculteurs sont relativement rares m&#234;me s'ils existent (Bigeon, Bouchevreau, Dumez, &amp; &#201;tienne, 2021). Des programmes de recherche-action portant sur ces accompagnements sont &#224; l'&#339;uvre : les autres dimensions de l'autonomie peuvent alors &#234;tre des ressources pr&#233;cieuses afin de penser cet accompagnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.2. L'autonomie au prisme du sens critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements d'agriculture alternatives et durables travaillent des pratiques agricoles, des normes professionnelles et des valeurs fr&#233;quemment en rupture avec les pratiques agricoles &#224; l'&#339;uvre au sein de l'agriculture consommatrice d'intrants et industrielle. Ces mouvements alternatifs se sont notamment fond&#233;s sur une analyse critique des pratiques, normes et valeurs &#224; l'&#339;uvre dans cette agriculture (Del&#233;age, 2004 ; Pochon, 2008). En effet, les formes d'agriculture alternatives se d&#233;veloppent en France essentiellement sur la base de groupes d'agriculteurs &#233;changeant entre pairs sur leurs fa&#231;ons de pratiquer, de penser, de vivre et de revendiquer leurs choix alternatifs. Ces groupes d'agriculteurs innovants font l'objet de nombreuses &#233;tudes visant &#224; comprendre le r&#244;le des groupes dans la mise en place de ces alternatives (Hellec, &amp; Blouet, 2014) et les processus d'apprentissages &#224; l'&#339;uvre au sein de ces groupes (Slimi, 2022). Barbier, Cerf, &amp; Lusson (2015) attribuent &#224; ces groupes un effet catalyseur des changements chez les agriculteurs, car ils sont des cercles de confiance et d'&#233;changes stimulant l'enthousiasme des agriculteurs &#224; la d&#233;couverte et au changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illich (1973) fonde sa th&#233;orie de l'autonomie sur une vis&#233;e alternative du d&#233;veloppement. Cet autre d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; passe par la convivialit&#233; et l'autonomie. Il part du constat que la g&#233;n&#233;ralisation de l'usage d'une innovation &#233;ducative, technologique&#8230;, rend les populations d&#233;pendantes de cette innovation cr&#233;ant de nouveaux probl&#232;mes. Illich formalise l'autonomie comme un travail sur le local afin de travailler &#224; partir des ressources qu'une communaut&#233; ma&#238;trise, ce qui lui permet de limiter les d&#233;pendances g&#233;n&#233;rant de la complexit&#233;. Illich (1973) distingue alors les institutions autonomes et h&#233;t&#233;ronomes : ces derni&#232;res se rep&#232;rent du fait qu'elles viennent de l'ext&#233;rieur d'une communaut&#233; locale et qu'elles lui sont impos&#233;es. Illich s'&#233;rige contre ce mod&#232;le de d&#233;veloppement des communaut&#233;s qui prennent progressivement le pas sur les savoirs originels de la communaut&#233; et lui &#244;te son autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension de l'autonomie questionne l'implication des agriculteurs dans la conception de leur propre activit&#233; de travail : alors que les techniques (cultures et &#233;levages hors-sol, monoculture avec usage de pesticides, production de produits calibr&#233;s pour les besoins de l'industrie agro-alimentaire) et les technologies (guidage satellites des tracteurs, syst&#232;me de traite et d'alimentation robotis&#233;&#8230;) semblent s'imposer &#224; eux et sont positionn&#233;s dans la conception du travail comme des &#233;vidences, un questionnement s'impose en invitant le sens critique, le jugement selon Arendt (2009) : qu'est-ce que ces techniques et technologies m'apportent ? puis-je faire autrement pour me rendre moins d&#233;pendant d'elles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a &#233;t&#233; la base du questionnement d'Andr&#233; Pochon, agriculteur pionnier et fondateur de l'association des agriculteurs &#233;conomes et autonomes au sein du R&#233;seau Agriculture Durable (RAD) et aujourd'hui f&#233;d&#233;r&#233;s au sein des CIVAM. Il questionne les apports de l'intensification de l'&#233;levage des ruminants qui s'impose par les 2 r&#233;volutions fourrag&#232;res dans les campagnes fran&#231;aises dans les ann&#233;es 60 et 70 (B&#233;ranger, 2009 ; B&#233;ranger &amp; Lacombe, 2014). Il s'agissait alors de labourer les prairies permanentes auto-fertiles pour les remplacer, dans un premier temps, par des ray-grass monosp&#233;cifiques plus productifs &#224; condition de les fertiliser par des engrais chimiques, puis remplacer les prairies par des ma&#239;s fourrages plus productifs &#224; condition de les fertiliser par des engrais chimiques et de compl&#233;menter les animaux avec des prot&#233;ines import&#233;es (essentiellement du soja en provenance d'Am&#233;rique du Sud). Andr&#233; Pochon calcule alors que la mise en &#339;uvre de ces nouvelles pratiques permet certes de produire plus sur sa ferme, mais g&#233;n&#232;re une augmentation des d&#233;penses sup&#233;rieure &#224; l'augmentation des ventes. Ainsi, il conclut que ces r&#233;volutions fourrag&#232;res sont &#224; la d&#233;faveur des agriculteurs sur le plan &#233;conomique. Il d&#233;cide alors de travailler sur sa ferme en utilisant peu d'intrant et en alimentant ses vaches avec un p&#226;turage de prairies auto-fertiles contenant des gramin&#233;es et des l&#233;gumineuses. Des minorit&#233;s d'agriculteurs se f&#233;d&#232;rent progressivement autour de ce questionnement, autour de ces fa&#231;ons de faire et de penser les syst&#232;mes herbagers &#233;conomes et autonomes. &#192; partir des ann&#233;es 1990, des &#233;tudes scientifiques viennent documenter la pertinence de ces syst&#232;mes sur le plan &#233;cologique, &#233;conomique et social (Alard, B&#233;ranger, &amp; Journet, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement cette posture critique des agriculteurs autonomes vis-&#224;-vis des artefacts qui leur sont propos&#233;s par leur environnement socio-professionnel se traduit par un fort investissement dans la conception de leurs propres ressources pour le travail (Prost et Coquil, 2022) et par une mise &#224; distance des propositions d'artefacts les &#233;cartant de leur projet d'&#233;conomie en intrant et leur imposant insidieusement des fa&#231;ons de penser et d'agir sur leur ferme. Ainsi, Coquil, B&#233;guin, Dedieu et Lusson (2014) listent les artefacts-clefs qui ont permis le d&#233;veloppement des mondes professionnels vers l'&#233;conomie et l'autonomie des agriculteurs impliqu&#233;s dans leur &#233;tude. Ces agriculteurs ont instrumentalis&#233; ces artefacts-clefs au service de leur exp&#233;rience permettant des d&#233;placements de 2 natures : leurs fa&#231;ons de faire et leurs fa&#231;ons de penser leur travail &#233;voluent. Par exemple, un agriculteur &#233;voque &#171; le p&#226;turage tournant &#187; comme un artefact-clef : il l'a instrumentalis&#233; dans sa pratique en pr&#234;tant une attention particuli&#232;re au stade de l'herbe lorsque ses vaches entrent dans les parcelles d'herbe, afin de pr&#233;server la qualit&#233; de l'alimentation des animaux, mais &#233;galement lorsqu'elles en sortent, afin de pr&#233;server le potentiel de repousse de la prairie. Ce p&#226;turage tournant dynamique l'a aussi conduit &#224; modifier ses fa&#231;ons de semer des praires : il &#233;voque alors le pr&#233;cepte d'Andr&#233; Pochon pour juger la pr&#233;paration de son sol permettant d'assurer un bon semis de prairies &#171; il faut pouvoir rouler &#224; v&#233;lo dessus &#187;, l'agriculteur recherche ainsi un sol bien rappuy&#233; permettant une bonne lev&#233;e des graines. Sur le plan de l'analyse critique, l'agriculteur dit &#171; auparavant, je travaillais avec de l'ensilage de ma&#239;s : ainsi je pouvais planifier mon travail &#224; l'avance ; avec le p&#226;turage tournant, il faut &#234;tre sans cesse en remise en cause, il n'y a pas de recette qui fonctionne clef en main (&#8230;) &#231;a m'a conduit &#224; faire le tour des parcelles de prairies le lundi matin avec mon salari&#233; afin que l'on discute les ajustements de la conduite &#187;. Ainsi, il &#233;voque un changement radical de raisonnement en passant de la gestion de stocks &#224; la conduite d'une ressource qui pousse et perd de la qualit&#233; lorsque l'on attend trop pour la consommer. Dans le cadre de l'&#233;tude de ces transitions professionnelles vers les syst&#232;mes &#233;conomes, les agriculteurs &#233;voquent &#233;galement des prises de distance vis-&#224;-vis d'artefacts techniques qu'ils mobilisaient par le pass&#233; et &#224; propos desquels ils &#233;mettent un avis critique : &#171; en apprenant nous m&#234;me &#224; reconnaitre les maladies sur nos c&#233;r&#233;ales, nous avons pu discuter les seuils de d&#233;clenchement des traitements (pesticides) et m&#234;me faire l'impasse alors que les techniciens de cultures de la coop&#233;rative nous disaient de les appliquer&#8230; &#187;. Des agriculteurs du r&#233;seau CIVAM ont exprim&#233; de fortes difficult&#233;s &#224; assumer cette posture critique vis-&#224;-vis des artefacts diffus&#233;s par leur entourage socio-professionnel alors qu'ils tentaient de limiter leurs achats d'intrants. En effet, en optant pour des fa&#231;ons de faire et de penser plus minoritaires, ils se trouvaient engag&#233;s dans un dialogue avec leur entourage socio-professionnel afin de leur signifier qu'ils ne souhaitaient plus faire comme par le pass&#233; et qu'ils ne souhaitaient plus acheter leurs produits : ainsi, ces agriculteurs, en s'engageant dans un d&#233;veloppement professionnel, devaient &#234;tre en mesure de trouver la confiance suffisante pour s'opposer aux prescriptions et aux prescripteurs de leur travail qui valaient jusqu'alors et qui &#233;taient, pour certains d'entre eux, des proches (amis, famille&#8230;). Ceci a conduit des groupes d'agriculteurs &#233;conomes et autonomes f&#233;d&#233;r&#233;s au sein de l'association CIVAM &#224; suivre des formations qui s'intitulaient &#171; apprendre &#224; dire non &#187; : ces formations leur permettaient de se rassurer dans leurs choix alternatifs et d'&#233;toffer leur argumentaire pour faire face aux critiques et aux pressions. Pour ces agriculteurs, la n&#233;cessit&#233; de renouveler leur entourage socio-professionnel pour se rassurer est centrale, nous y viendrons dans le chapitre suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre plus particulier de la transition agro-&#233;cologique, les apports d'Illich (1973) nous invitent &#224; aller au-del&#224; du sens critique sur l'utilit&#233; des ressources que l'agriculteur peut mobiliser au service de son activit&#233; de travail. Ils nous invitent aussi &#224; penser l'origine des ressources via une r&#233;flexion sur le local &#224; travers une mise en avant des savoirs autochtones. Des auteurs en sciences sociales attirent notre attention sur la nature et les origines des savoirs et exp&#233;riences en mesure de renouveler le rapport que les agriculteurs entretiennent avec la nature (Anglade, Godfroy, &amp; Coquil, 2018 ; Cayre, 2013). Ces auteurs postulent que la transition vers une agriculture plus &#233;cologis&#233;e passe n&#233;cessairement par un fort renouvellement de ce rapport au vivant. Sur la base d'une analyse de l'enseignement &#224; l'&#339;uvre dans les lyc&#233;es agricoles travaillant la question de la r&#233;duction d'usage des intrants, Cayre (2013) met en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; de d&#233;battre sur ce qui vaut, pour les &#233;tudiants, tout autant que sur ce que nous enseignent les m&#233;triques usuelles qui rendent compte des performances techniques, &#233;conomiques et environnementales des diff&#233;rentes options techniques. En effet, selon Cayre (2013), les normes professionnelles des apprenants sont au c&#339;ur de leurs choix : il convient donc de les expliciter et de les mettre en discussion afin de travailler les rapports implicites avec le vivant que ces normes r&#233;v&#232;lent. Anglade, Godfroy et Coquil (2018) testent un dispositif d'&#233;change d'exp&#233;riences prenant place sur une ferme exp&#233;rimentale dans laquelle les techniciens travaillent dans des syst&#232;mes de production agricoles &#233;conomes : sur la base de ce dispositif, ils invitent des &#233;l&#232;ves de formation agricole et des agriculteurs &#224; venir d&#233;couvrir ces syst&#232;mes et &#224; &#233;changer avec les techniciens sur ce qui a du sens dans leur activit&#233; quotidienne pour pouvoir agir dans cette ferme exp&#233;rimentale. Les d&#233;bats se focalisent alors sur des concepts pragmatiques et des objets de travail qui renouent avec les &#233;l&#233;ments naturels, et qui se distancient des objets et m&#233;triques usuelles qui circulent dans les milieux de la recherche et du conseil agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse critique, le jugement sur les ressources de l'action et les d&#233;bats de valeurs sur les normes professionnelles qui font sens chez les agriculteurs sont centraux dans leur capacit&#233; &#224; vivre une transition professionnelle au profit d'une activit&#233; plus durable. Ils sont constitutifs de l'autonomie au sens d'Illich (1973). Ils permettent d'expliciter et de discuter les rapports homme-nature dans l'exercice de l'activit&#233; agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.3. L'autonomie au prisme du pouvoir politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis (1975) fonde sa th&#233;orie de l'autonomie au prisme du pouvoir politique : ainsi l'autonomie rel&#232;ve d'une volont&#233; collective de r&#233;flexion d'une auto-institution de la soci&#233;t&#233;. La question centrale est celle de la remise en cause des repr&#233;sentations et des &#233;vidences institu&#233;es et qui semblent s'imposer au travailleur. Sur le plan de l'activit&#233; de travail des agriculteurs, cette recherche d'autonomie engage au-del&#224; d'une implication des agriculteurs dans la conception de leurs propres situations de travail : elle engage &#233;galement dans la conception de leurs propres institutions, comme une condition pour regagner en pouvoir d'agir et reprendre partiellement la main sur ce que Leplat et Cuny (1977) nomment les super-d&#233;terminants qui s'imposaient &#224; eux jusqu'alors. L'autonomie politique est donc un moyen au service de l'&#233;mancipation des agriculteurs vis-&#224;-vis de leurs environnements sociotechnique et socio&#8209;professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomie politique est centrale pour une implication continue des agriculteurs dans les formes d'agricultures alternatives. Des chercheurs fran&#231;ais et br&#233;siliens ont men&#233; une &#233;tude comparative sur la constitution et la vie de 2 r&#233;seaux d'agriculteurs travaillant selon des formes &#233;cologis&#233;es de l'agriculture : Centro de Apoio e Promoc&#807;a&#771;o da Agroecologia (Capa) et le r&#233;seau agriculture durable (RAD) (Coquil, Soares Junior, Lusson, &amp; Miranda, 2019). Capa est un r&#233;seau d'agriculteurs pratiquant l'agro-&#233;cologie sur des petites fermes familiales dans l'&#233;tat du Parana. Le RAD est un r&#233;seau d'agriculteurs pratiquant une agriculture &#233;conome et autonome sur des fermes, essentiellement herbag&#232;res, de l'ouest de la France. Ces 2 r&#233;seaux visent &#224; maintenir et d&#233;velopper des agricultures alternatives dans des paysages professionnels dans lesquels les incitations &#224; l'industrialisation et &#224; la marchandisation de l'agriculture sont fortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les agriculteurs du RAD, le groupe de pairs est un lieu d'&#233;changes d'id&#233;es, de questionnement, de perspectives qui viennent nourrir le jugement critique, mais aussi la cr&#233;ativit&#233; des agriculteurs : le groupe apporte des r&#233;flexions qui se cristallisent ensuite plus ou moins dans l'activit&#233; de travail productive des agriculteurs. Le groupe de pairs est aussi un lieu de r&#233;assurance, car il permet aux agriculteurs d'&#233;changer et de construire de nouvelles normes professionnelles. Le groupe de pairs est un lieu de co-conception : par exemple, les agriculteurs du RAD r&#233;alisent des &#171; rallys herbe &#187;. Ils font le tour des prairies entre agriculteurs du groupe afin de discuter et d'&#233;changer sur la conduite de ces praires. Cet effet miroir permet une prise de recul de l'agriculteur qui re&#231;oit via la multiplication des regards sur sa situation. Du c&#244;t&#233; de CAPA, les agriculteurs se r&#233;unissent selon l'impulsion des leaders du groupe : les journ&#233;es portent alors sur la d&#233;monstration et la communication sur le bienfond&#233; de l'agro&#233;cologie dans les fermes familiales afin de convaincre les agriculteurs de la communaut&#233; de poursuivre dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux r&#233;seaux, au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, ont prouv&#233; leur capacit&#233; &#224; d&#233;velopper des syst&#232;mes de production agro&#233;cologiques dans leurs territoires respectifs. Toutefois, la prise en charge de l'association par les agriculteurs, au RAD, et l'autonomie politique dont elle est constitutive, permet de fid&#233;liser les agriculteurs engag&#233;s et de d&#233;multiplier les forces afin d'argumenter sur les vertus de ces syst&#232;mes de production dans le milieu rural, elle permet &#233;galement une prise de distance des agriculteurs vis-&#224;-vis de la prescription. La prise d'autonomie politique se cristallise par l'int&#233;gration de la participation au groupe comme une activit&#233; de travail pour les agriculteurs du RAD.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;4. Comment accompagner le d&#233;veloppement professionnel des agriculteurs vers l'autonomie ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie est un moyen incontournable au d&#233;veloppement professionnel des agriculteurs vers une activit&#233; de travail plus durable. En effet, l'autonomie permet aux agriculteurs de s'&#233;manciper des courants de pens&#233;e dominants de la profession. Comment accompagner ces d&#233;veloppements professionnels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42Accompagner les transitions professionnelles des agriculteurs n&#233;cessite d'accompagner le d&#233;veloppement de leur monde professionnel : l'accompagnement doit alors questionner les changements d'objet de travail, les changements de connaissances et de pratiques de travail, mais aussi les changements d'ordres axiologiques, c'est-&#224;-dire les changements de normes et de valeurs &#224; l'&#339;uvre chez l'agriculteur. Cet accompagnement ne peut s'inscrire que dans une d&#233;marche volontaire de l'agriculteur : l'initiation de cette d&#233;marche passe par la mise en tension du monde professionnel, qui se manifeste par un inconfort &#224; d&#233;passer dans l'activit&#233; de travail, et la proposition de pistes de travail afin d'en sortir. L'autonomie est un moyen central dans cet accompagnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux de recherche intervention men&#233;s avec les CIVAM au cours des 11 derni&#232;res ann&#233;es &#224; travers les projets Praiface (Lusson, Coquil, Frappat, &amp; Falaise, 2014) et TRANSAE (Coquil, Pailleux, &amp; Lusson, 2022) nous ont conduit &#224; porter un regard sur les modalit&#233;s d'accompagnement des agriculteurs en transition vers des syst&#232;mes &#233;conomes et autonomes par les animateurs et animatrices du r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communaut&#233;s de formation et de d&#233;veloppement travaillant selon les principes de l'&#233;conomie et de l'autonomie accompagnent les agriculteurs suivant de grands principes relatifs &#224; la posture d'accompagnement. L'accompagnement passe par l'instauration d'une attitude de questionnement et de r&#233;flexivit&#233; chez l'accompagn&#233; et l'accompagnateur. Cette posture r&#233;flexive vise &#224; faire &#233;merger les questions, les pr&#233;occupations de l'agriculteur dans son quotidien et plus globalement dans sa ferme et dans sa vie. Cette posture vise aussi &#224; le faire prendre conscience et formuler ses savoirs, savoir-faire et exp&#233;riences. Ces explicitations ont lieu en vis-&#224;-vis avec l'accompagnateur ou par un questionnement et des &#233;changes entre pairs. Dans ces 2 situations, la posture d'accompagnateur responsabilise l'accompagn&#233; sur l'orientation des &#233;changes, tout en questionnant les zones d'ombre et en pr&#233;servant l'intime selon les souhaits et les besoins de ce dernier. L'orientation d&#233;veloppementale de l'agriculteur accompagn&#233; &#233;merge via ces diff&#233;rentes interactions qui lui ouvrent le champ du &#171; pensable &#187; ou du &#171; possible &#187;. L'accompagnement des agriculteurs initiant une transition vers l'&#233;conomie et l'autonomie d&#233;marre le plus souvent par un questionnement sur les fa&#231;ons de faire, d'agir de l'agriculteur : l'&#233;conomie de moyens est au c&#339;ur selon des motivations d'ordres vari&#233;es. Ces agriculteurs sont, le plus souvent, venus &#224; la rencontre de ces r&#233;seaux &#233;conomes et autonomes, t&#233;moignant ainsi d'une &#233;mancipation enclench&#233;e vis-&#224;-vis des r&#233;seaux socio-professionnels dominants. La pens&#233;e autonome ne fait pas l'objet d'un travail d'accompagnement : elle est sugg&#233;r&#233;e via les modalit&#233;s d'accompagnement et via la participation &#224; la vie du groupe de pairs. L'agriculteur d&#233;couvre l'autonomie par le questionnement, impliquant un jugement critique, mais aussi par les normes professionnelles et les valeurs que &#231;a met en mouvement. Ces modalit&#233;s fonctionnent le plus souvent, mais une minorit&#233; d'agriculteurs ne parvient pas &#224; r&#233;aliser une transition professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coquil et Pailleux (2021) ont conduit une &#233;tude aupr&#232;s des 14 agriculteurs et agricultrices de 6 fermes ayant particip&#233; temporairement &#224; des groupes de pairs des CIVAM, r&#233;duit l'usage des intrants sur leur ferme puis, r&#233;-augment&#233; cet usage. Dans cette &#233;tude, 2 agriculteurs d'une des 6 fermes ont v&#233;cu deux d&#233;veloppements de monde professionnel durant leur carri&#232;re : un premier d&#233;veloppement professionnel se concr&#233;tise par de nouvelles fa&#231;ons de faire et de penser leur activit&#233; de travail dans un syst&#232;me &#233;conome et autonome ; puis un second d&#233;veloppement professionnel les conduit &#224; de nouvelles fa&#231;ons de faire et de penser leur activit&#233; de travail dans un syst&#232;me laitier plus intensif leur permettant de rationaliser leur production de fromages &#224; partir d'un volume important de lait &#224; chaque traite. Les 12 autres agriculteurs impliqu&#233;s dans les 5 autres fermes n'ont pas v&#233;cu de d&#233;veloppement de leur monde professionnel malgr&#233; leur implication dans les groupes de pairs des CIVAM. En effet, chez ces 12 agriculteurs, les fa&#231;ons de faire leur travail ont &#233;volu&#233; temporairement en limitant l'achat et l'usage d'intrants, mais leurs normes professionnelles sont rest&#233;es ancr&#233;es dans une agriculture intensifi&#233;e par l'utilisation d'intrants. Ces normes professionnelles s'expriment chez ces 12 agriculteurs par un plaisir et un accomplissement professionnel lorsque leurs animaux, leurs parcelles et plus g&#233;n&#233;ralement leur activit&#233; de travail permettent d'atteindre des niveaux de productivit&#233;s &#233;lev&#233;s, mais ceci n&#233;cessite de travailler en mobilisant des intrants. Ces agriculteurs et agricultrices expriment unanimement que la p&#233;riode durant laquelle ils utilisaient moins d'intrants et qu'ils mobilisaient plus de p&#226;turage pour leurs animaux &#233;tait une p&#233;riode durant laquelle ils gagnaient mieux leur vie. Toutefois, ils ressentaient un inconfort et des tensions entre ce qu'ils faisaient et ce qu'ils visaient pour se r&#233;aliser dans leur travail. Ces tensions les ont conduits &#224; r&#233;-intensifier leur production, &#224; remobiliser des intrants, &#224; agrandir leur ferme et, pour les agriculteurs de 3 fermes, &#224; investir dans des moyens de productions modernes et tr&#232;s couteux. Ces choix de retour vers une agriculture plus mobilisatrice d'intrants et plus moderne sur le plan technologique a entrain&#233; une perte de rentabilit&#233; et, pour les agriculteurs des 3 fermes ayant choisi la modernisation technologique, une prise de risque financier les mettant dans des situations d'ins&#233;curit&#233; sur le plan &#233;conomique. Sur le plan axiologique, les trajectoires professionnelles de ces 12 agriculteurs t&#233;moignent de la difficult&#233; &#224; s'&#233;manciper de leurs normes professionnelles et &#224; anticiper les transformations de leur propre activit&#233; de travail que provoquaient leurs choix : ainsi, ces agriculteurs et agricultrices ont fait le choix de revenir &#224; des pratiques plus consommatrices d'intrants (i) pour atteindre des objectifs de productivit&#233;s agricoles de leur ferme qu'ils jugeaient plus respectables, (ii) pour accroitre la taille de leur ferme et atteindre une taille qu'ils pensaient plus l&#233;gitime selon les normes de la profession agricole dans laquelle ils se reconnaissaient, (iii) pour investir dans les promesses de la modernit&#233; technologique, et (iv) pour obtenir des prescriptions techniques, qu'ils jugeaient rassurantes, de la part de l'agro&#8209;industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces transitions professionnelles non abouties mettent en &#233;vidence que sans changer les fa&#231;ons de penser son travail, les changements des fa&#231;ons de faire sont fragiles. Ces transitions mettent aussi en &#233;vidence l'importance de penser l'accompagnement des transformations des arri&#232;res plans axiologiques de l'activit&#233; : il est ici question d'accompagner les agriculteurs dans l'anticipation des transformations de leur travail r&#233;el afin qu'ils puissent se projeter dans leur travail quotidien dans le futur. Les projets de recherche intervention et des formations adress&#233;s aux accompagnateurs CIVAM les invitent &#224; accompagner les transformations de l'activit&#233; de travail des agriculteurs et agricultrices en se d&#233;centrant des dimensions praxiques de l'activit&#233;. Ce changement d'objet de l'accompagnement constitue une transformation de l'activit&#233; de travail des accompagnateurs.trices, nous y viendrons ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois prismes &#224; travers lesquels nous avons analys&#233; l'autonomie nous fournissent des pistes d'action &#224; questionner, &#224; tester, afin de mobiliser l'autonomie comme un moyen d'accompagner le d&#233;veloppement professionnel des agriculteurs vers une activit&#233; de travail plus durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les apports des philosophes nous invitent &#224; placer l'intime au c&#339;ur de l'accompagnement afin de d&#233;finir, de mani&#232;re &#233;volutive, l'espace de confiance qui se dessine dans les interactions entre accompagnateurs/accompagn&#233;s, mais aussi entre agriculteurs accompagn&#233;s dans un groupe de pairs. Ainsi, l'intime peut &#234;tre d&#233;fini, explicit&#233;, pens&#233; durant l'accompagnement. Ce travail sur la confiance peut &#234;tre un moyen de d&#233;finir les espaces et les cercles les plus appropri&#233;s pour discuter les dimensions praxiques et les dimensions axiologiques de l'activit&#233; de travail. Ce cercle de confiance est d'autant plus important pour aborder l'activit&#233; de travail des agriculteurs et des agricultrices : l'activit&#233; de travail se d&#233;roule fr&#233;quemment dans un contexte familial, voir elle implique des couples. Le contenu de l'activit&#233;, son d&#233;roulement, son organisation m&#234;lent fr&#233;quemment les activit&#233;s de travail, les activit&#233;s domestiques et les r&#233;partitions conjugales de ces activit&#233;s. L'accompagnement sur le travail n&#233;cessite un cercle de confiance suffisant pour aborder l'ensemble de ces activit&#233;s qui forme syst&#232;me de travail pour les agriculteurs et agricultrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illich (1973) nous invite &#224; d&#233;battre de l'origine des ressources afin d'accompagner les agriculteurs &#224; expliciter, discuter, r&#233;fl&#233;chir la pertinence, l'utilit&#233;, le niveau de maitrise sur les objets externes mobilis&#233;s au quotidien dans leur travail. Ce regard critique vise &#233;galement &#224; les faire r&#233;fl&#233;chir aux logiques d'action auxquelles la mobilisation de ces ressources les renvoie et les oblige. Comment faire sans ou avec moins&#8230; (engrais, pesticides) ? Quelles ressources internes ai-je &#224; ma disposition (ressources naturelles, savoir-faire, exp&#233;riences, sensations&#8230;) ? Existe-t-il d'autres fa&#231;ons de penser l'activit&#233; afin de se passer de ces ressources ? Le questionnement sur les ressources est particuli&#232;rement important dans le cadre des transitions &#233;cologiques : le rapport &#224; la nature et les logiques d'action disponibles pour le penser sont alors invit&#233;s dans la r&#233;flexion. L'apparition de ces dimensions est d&#233;terminante pour l'orientation du d&#233;veloppement professionnel, comme en t&#233;moigne le d&#233;veloppement professionnel d'Andr&#233; Pochon pr&#233;c&#233;demment abord&#233; dans ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie politique, propos&#233;e par Castoriadis, invite &#224; l&#233;gitimer la participation des agriculteurs &#224; l'orientation du groupe de pairs puis &#224; les responsabiliser sur cette orientation afin qu'ils reprennent la main sur une partie de la prescription qui leur &#233;tait adress&#233;e : qu'est-ce que je souhaite faire avec ce groupe ? Quelles sont mes envies ? Quels sont mes besoins ? Comment faire en sorte que personne ne perde son temps en participant &#224; ce groupe ? L'activit&#233; de travail des agriculteurs se trouve alors enrichie de nouvelles t&#226;ches, fr&#233;quemment r&#233;alis&#233;es dans des collectifs de travail red&#233;finissant leurs r&#233;seaux socio-professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'autonomie comme un moyen nous conduit &#224; penser un accompagnement travaillant la confiance, le jugement critique et le pouvoir d'agir individuellement et collectivement de mani&#232;re synchrone dans l'espoir d'initier une dynamique vertueuse chez les agriculteurs. Cet accompagnement &#224; l'&#233;mancipation de l'autonomie est particuli&#232;rement important chez les agriculteurs faisant face &#224; des difficult&#233;s : retrouver de la confiance en eux-m&#234;mes, en leur entourage et reprendre la main sur les &#233;l&#233;ments qui d&#233;finissent leur activit&#233; de travail sont des axes de travail centraux pour redonner du sens et de la vivabilit&#233; &#224; leur activit&#233; de travail.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;5. Conclusion : l'autonomie des agriculteurs, une n&#233;cessit&#233; pour le secteur agricole ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'activit&#233; de travail des agriculteurs est incontournable et d'ordre existentiel pour faire face aux d&#233;fis de l'anthropoc&#232;ne. L'activit&#233; de travail des agriculteurs devra profond&#233;ment se transformer dans un horizon temporel tr&#232;s proche, afin de faire face aux d&#233;fis &#233;cologiques et climatiques qui sont unanimement annonc&#233;s (IPCC, 2021). Au-del&#224; de la responsabilit&#233; de l'agriculture industrielle dans la d&#233;gradation des &#233;cosyst&#232;mes, ce sont les cons&#233;quences de nos fa&#231;ons de vivre et d'habiter la plan&#232;te qui remettent en cause l'existence de l'activit&#233; agricole. Un changement urgent est &#224; op&#233;rer et les transformations &#224; l'&#339;uvre sont insuffisantes, car port&#233;es par des groupes d'acteurs trop minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux auteurs insistent sur la n&#233;cessit&#233; d'actions convergentes entre acteurs &#233;conomiques et politiques pour une r&#233;orientation des modes de d&#233;veloppement de l'humanit&#233;. Geels et Schott (2007), mais aussi Godard et Hubert (2002) mettent en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; d'apporter un appui politique aux initiatives minoritaires, mais d'int&#233;r&#234;t en termes de perspectives d&#233;veloppementales, afin de r&#233;orienter les d&#233;veloppements de nos soci&#233;t&#233;s vers plus de durabilit&#233;. En effet, ces initiatives ont des r&#233;alit&#233;s concr&#232;tes qui les rendent cr&#233;dibles sur le plan de la faisabilit&#233; : il s'agirait alors de questionner les orientations et les instruments politiques ad&#233;quats pour assoir et d&#233;velopper ces initiatives. Pourtant, les sph&#232;res politiques nationales et internationales font preuve d'immobilisme en mati&#232;re d'environnement et de climat, ce qui conduit &#224; s'interroger sur les fa&#231;ons d'agir en dehors de leurs champs. De plus, les minorit&#233;s d'agriculteurs travaillant selon des formes d'agriculture plus &#233;cologiques mobilisent des logiques d'action renvoyant &#224; une d&#233;croissance des moyens et des fins de leur activit&#233; sur le plan mat&#233;riel, qui sont loin de faire l'unanimit&#233; au sein des soci&#233;t&#233;s humaines &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cet immobilisme et aux urgences plan&#233;taires annonc&#233;es, les agriculteurs, travailleurs de la nature en grande transformation, sont les premiers concern&#233;s : dans l'impossibilit&#233; concr&#232;te de faire perdurer leur activit&#233; de travail telle qu'elle existe, ils sont contraints au changement. L'autonomie est alors un moyen d&#233;terminant pour travailler l'avenir et retravailler le rapport qu'ils entretiennent avec la nature : &#233;mancipation des normes professionnelles dominantes, rapport critique aux modernit&#233;s technologiques et capacit&#233; d'organisation collective pour chercher des voies de d&#233;veloppement plus appropri&#233;es deviennent des n&#233;cessit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation de l'autonomie des agriculteurs met en &#233;vidence la centralit&#233; de la transformation de l'activit&#233; des agriculteurs comme moteur des transformations du secteur d'activit&#233; agricole. Elle met aussi en &#233;vidence le poids qui p&#232;se sur leurs &#233;paules &#224; savoir s'&#233;manciper et faire &#233;voluer le syst&#232;me socio-technique qui les encadre afin de provoquer un effet d'entrainement au sein du secteur agricole. Les agriculteurs font l'objet de prescriptions diffuses : il convient &#233;galement de consid&#233;rer l'activit&#233; de travail des acteurs qui contribuent &#224; cette prescription (Coquil et al., 2018) afin d'identifier en quoi elle est questionn&#233;e pour accompagner le d&#233;veloppement professionnel des agriculteurs. L'autonomie, comme un moyen au service du d&#233;veloppement professionnel, invite &#224; l'implication des agriculteurs dans la production des concepts pragmatiques, des connaissances et des exp&#233;riences en actes dans leur travail : les objets du travail des chercheurs, des enseignants et des acteurs de l'accompagnement changent alors. Il n'est plus uniquement question d'outiller le travail des agriculteurs par des connaissances techniques : il est question d'un outillage m&#233;thodologique permettant de travailler cette activit&#233; constructive des agriculteurs et permettant de renouveler les modalit&#233;s de fonctionnement entre recherche, d&#233;veloppement, enseignement et agriculteurs via des collaborations plus sym&#233;triques. Ces transformations du travail des acteurs de la recherche, de l'enseignement et du conseil agricoles font face &#224; de nombreuses r&#233;sistances qui ne semblent pouvoir &#234;tre lev&#233;es que par l'&#233;mancipation des agriculteurs eux-m&#234;mes. Cette n&#233;cessaire &#233;mancipation ajoute encore de l'attente sur une prise d'autonomie des agriculteurs qui sont les seuls travailleurs du secteur agricole en prise directe avec les d&#233;r&#232;glements climatiques et &#233;cosyst&#233;miques qui ont d&#233;marr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des DOI sont automatiquement ajout&#233;s aux r&#233;f&#233;rences par Bilbo, l'outil d'annotation bibliographique d'OpenEdition.&lt;br class='autobr' /&gt;
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DOI : 10.4000/activites.1081&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Coquil, X., Pailleux, J. Y., &amp; Lusson, J.M. (2022). TRANSAE : Accompagner le d&#233;veloppement de l'activit&#233; de travail des agriculteurs via la communaut&#233; d'apprentissage. Innovations Agronomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coquil, X., Rolland, E., &amp; Pailleux, JY. (2021). Support the emancipation of autonomy to get out of the difficulty in agriculture. International Symposium about Work in Agriculture, Clermont-Ferrand, 2021. &lt;a href=&#034;https://symposium.inrae.fr/workinagriculture-iswa/content/download/4958/70280/version/1/file/WS3_S2_Coquil_Long%20paper.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://symposium.inrae.fr/workinagriculture-iswa/content/download/4958/70280/version/1/file/WS3_S2_Coquil_Long%20paper.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coquil, X., Soares Junior, D., Lusson, JM., &amp; Miranda, M. (2019). Perspectives franco-br&#233;siliennes autour de l'agro&#233;cologie &#8211; Les r&#233;seaux Rad et Rede Capa : la technique au service du projet politique d'un autre mod&#232;le agricole ? Nat. Sci. Soc., 27, 53&#8209;62.&lt;/p&gt;
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DOI : 10.1037/0021-9010.74.1.152&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meynard, J. M., Messean, A., Charlier, A., Charrier, F., Fares, M., Le Bail, M., Magrini, M. B., &amp; Savini, I. (2013). Freins et leviers &#224; la diversification des cultures : &#233;tude au niveau des exploitations agricoles et des fili&#232;res. OCL Ol&#233;agineux Corps Gras Lipides, 20.&lt;br class='autobr' /&gt;
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DOI : 10.4000/activites.7764&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spoljar, P. (2018). De l'op&#233;rationnel &#224; l'op&#233;ratoire : enjeux de la d&#233;conflictualisation dans les pratiques de sant&#233; au travail. Nouvelle revue de psychosociologie, 25(1), 253&#8209;268.&lt;br class='autobr' /&gt;
DOI : 10.3917/nrp.025.0253&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stassart, P., Mormont, M., &amp; Jamar, D. (2008). La recherche-intervention pour une transition vers le d&#233;veloppement durable. &#201;conomie Rurale, 306, 8&#8209;22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steffen, W., Leinfelder, R., Zalasiewicz, J., N.Waters, C., Williams, M., Summerhayes, C., D.Barnosky, A., Cearreta, A., Crutzen, P., Edgeworth, M., C.Ellis, E., J.Fairchild, I., Galuszka, A., Grnevald, J., Haywood, A., Ivar do Sul, J., Jeandel, C., McNeill, J.R., Odada, E., Oreskes, N., Revkin, A., de B.Richter, D., Syvitski, J., Vidas, D., Wagreich, M., L.Wing, S., P.Wolfe, A., &amp; Schellnhuber, H.J. (2016). Stratigraphic and Earth system approaches to defining the Anthropocene. Earth's Future, 4, 1&#8209;22.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Veysset, P., Lherm, M., Boussemart, JP., &amp; Natier, P. (2019). Generation and distribution of productivity gains in beef cattle farming : Who are the winners and losers between 1980 and 2015 ? Animal, 13(5), 1063&#8209;1073.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vygotski, L.S. (1930/1985). La m&#233;thode instrumentale en psychologie. In B. Schneuwly, V.P. Bronckart (Eds.), Vygotski aujourd'hui. Paris : Delachaux et Niestl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wallenhorst, N., Robin, J.Y., &amp; Boutinnet, J.P. (2019). L'&#233;mergence de l'Anthropoc&#232;ne, une r&#233;v&#233;lation &#233;tonnante de la condition humaine. In N. Wallenhorst, J.P. Pierron (Eds.), Eduquer en Anthropoc&#232;ne (pp. 23&#8209;36). Le bord de l'eau en Antropoc&#232;ne.&lt;/p&gt;
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		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'autonomie au syst&#232;me d'autorit&#233; la favorisant</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article14888.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.innovation-pedagogique.fr/article14888.html</guid>
		<dc:date>2023-04-20T05:56:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>In&#232;s Haeffner, Jean-Christophe Michel, Laurent Van Belleghem</dc:creator>


		<dc:subject>Octet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un article de la revue Activit&#233;s, une publication sous licence Creative Commons by nc nd &lt;br class='autobr' /&gt;
Des appels r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; une plus grande autonomie au travail se font de plus en plus entendre. Pour autant, ces appels ne disent pas toujours &#224; quoi (ni &#224; qui) l'autonomie est suppos&#233;e servir, concr&#232;tement. Cet article, &#224; travers les r&#233;sultats d'une intervention participative ayant conduit &#224; la transformation profonde de l'organisation d'une agence de logement social, tente d'apporter quelques r&#233;ponses &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique69.html" rel="directory"&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/mot57.html" rel="tag"&gt;Octet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/activites/8311&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; de la revue &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/activites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;, une publication sous licence Creative Commons by nc nd&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des appels r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; une plus grande autonomie au travail se font de plus en plus entendre. Pour autant, ces appels ne disent pas toujours &#224; quoi (ni &#224; qui) l'autonomie est suppos&#233;e servir, concr&#232;tement. Cet article, &#224; travers les r&#233;sultats d'une intervention participative ayant conduit &#224; la transformation profonde de l'organisation d'une agence de logement social, tente d'apporter quelques r&#233;ponses &#224; ces interrogations. Il prend pour point de d&#233;part la notion d'autorit&#233;, qui y est pr&#233;sent&#233;e non &#224; travers son acception classique (rattach&#233;e au pouvoir l&#233;gitime exerc&#233; par quelqu'un sur autrui), mais &#224; travers l'objet qu'un ensemble d'acteurs est en capacit&#233; d'identifier comme &#171; ce qui fait autorit&#233; &#187; dans leur activit&#233; commune, guidant cette derni&#232;re. Nous faisons l'hypoth&#232;se que l'&#233;conomie servicielle a contribu&#233; &#224; d&#233;placer cet &#171; objet commun du travail &#187; vers un enjeu de relation de service que la prescription ne sait jamais enti&#232;rement pr&#233;voir. Pourtant, les organisations des entreprises sont rest&#233;es majoritairement attach&#233;es &#224; une structure h&#233;rit&#233;e de l'industrie visant le respect strict de r&#232;gles prescrites. D&#232;s lors, un hiatus s'est install&#233; entre le syst&#232;me d'autorit&#233; formelle et &#171; l'objet commun du travail &#187; suppos&#233; faire autorit&#233; pour les acteurs du syst&#232;me. Accompagner les entreprises dans leur transformation organisationnelle consiste alors &#224; savoir &#171; r&#233;-ajuster &#187; le syst&#232;me d'autorit&#233; &#224; &#171; ce qui fait d&#233;sormais autorit&#233; &#187;. Dans l'agence de logement social, l'&#233;mergence d'un mod&#232;le d'organisation &#171; en &#233;quipes semi-autonomes &#187; pour mieux r&#233;pondre &#224; l'enjeu de service aux locataires peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une r&#233;ponse &#224; cet enjeu d'ajustement. Que l'autonomie soit convoqu&#233;e &#224; cette occasion n'est s&#251;rement pas un hasard. Cependant, elle n'apparait pas ici comme la r&#233;ponse &#224; une volont&#233; d'autonomie individuelle ni comme une finalit&#233; en soi (comme y invite souvent la litt&#233;rature manag&#233;riale), mais plut&#244;t comme une autonomie collective d'une part, comme moyen d'une plus grande coop&#233;ration d'autre part, dans l'objectif de favoriser la pertinence des r&#233;ponses toujours singuli&#232;res &#224; apporter aux b&#233;n&#233;ficiaires. Cet &#171; usage &#187; de l'autonomie permet de mieux comprendre, dans ce cas de figure, &#224; quoi et &#224; qui elle sert. Concr&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lire l'&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/activites/8311&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt;sur la revue activit&#233;s&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le paradoxe du marionnettiste. Jeu et apprentissage ; analyse d'ouvrage par Xavier R&#233;taux</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article14871.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.innovation-pedagogique.fr/article14871.html</guid>
		<dc:date>2023-04-18T05:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Xavier R&#233;taux</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un article de la revue Activit&#233;s, une publication sous licence Creative Commons by nc nd &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ric Sanchez est directeur du laboratoire d'innovation p&#233;dagogique de l'Universit&#233; de Gen&#232;ve. Il travaille sur le jeu et l'apprentissage depuis plus de 10 ans. Dans un article de 2011, il posait dans le titre cette question : &#171; Jeux s&#233;rieux, r&#233;volution p&#233;dagogique ou effet de mode ? &#187;. Onze ans plus tard, dans un entretien au Caf&#233; P&#233;dagogique, il fait part de ces doutes : &#171; Je ne suis pas certain que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique69.html" rel="directory"&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/activites/8450&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; de la revue &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/activites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;, une publication sous licence Creative Commons by nc nd&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric Sanchez est directeur du laboratoire d'innovation p&#233;dagogique de l'Universit&#233; de Gen&#232;ve. Il travaille sur le jeu et l'apprentissage depuis plus de 10 ans. Dans un article de 2011, il posait dans le titre cette question : &#171; Jeux s&#233;rieux, r&#233;volution p&#233;dagogique ou effet de mode ? &#187;. Onze ans plus tard, dans un entretien au Caf&#233; P&#233;dagogique, il fait part de ces doutes : &#171; Je ne suis pas certain que cela modifie fondamentalement les pratiques enseignantes. &#187;. Avec ce livre, &#201;ric Sanchez nous explique pourquoi ce n'est ni une r&#233;volution, ni une mode : qu'est-ce que le jeu peut apporter et n'apportera jamais &#224; l'enseignant ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, l'auteur fera r&#233;f&#233;rence &#224; de nombreux domaines : p&#233;dagogie, psychologie cognitive, psychologie d&#233;veloppementale, psychanalyse, philosophie, litt&#233;rature, gamedesign (conception de jeu), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre poss&#232;de un fil rouge port&#233; par le titre : le paradoxe du marionnettiste. Ce fil rouge trouve sa conclusion au dernier chapitre. Cette m&#233;taphore vise &#224; expliquer que le joueur va agir dans une situation de jeu, manipuler les &#233;l&#233;ments du jeu, mais que son action sera autant dict&#233;e par les objectifs qu'il poursuit que par le cadre qui s'impose &#224; lui. Comment un apprentissage peut-il se d&#233;velopper alors que le joueur ne sait jamais vraiment ce qui vient de lui (le marionnettiste) et ce qui vient du jeu (la marionnette) ? Pour &#201;ric Sanchez, le joueur d&#233;veloppe son activit&#233; cr&#233;atrice dans le jeu, lui permettant d'apprendre de fa&#231;on exp&#233;rientielle. Pour que les connaissances situ&#233;es qu'il acquiert dans le jeu deviennent des savoirs en lien avec les apprentissages vis&#233;s, il convient, au-del&#224; du jeu, de concevoir une situation d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre est construit comme des poup&#233;es russes dont le lecteur commencerait l'assemblage par la plus petite. &#201;ric Sanchez va ainsi d&#233;velopper un mod&#232;le, emboitant les niveaux les uns dans les autres. Car c'est bien l'objet de ce livre que de nous d&#233;livrer une mod&#233;lisation &#224; plusieurs niveaux d'une situation d'apprentissage par le jeu. Le mod&#232;le compte 6 niveaux : culture organisationnelle de l'institution, conception, d&#233;briefing, orchestration, jeu-play 2 et jeu-play 1. &#192; la mani&#232;re de Christopher Nolan dans le film Memento, je vais partir de la fin du livre, la plus grosse poup&#233;e, la culture organisationnelle de l'institution, pour remonter au d&#233;but du livre, la plus petite poup&#233;e, le jeu&#8209;play&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;1. Culture organisationnelle de l'institution&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mod&#232;le, la plus haute couche est la culture organisationnelle de l'institution. Cette derni&#232;re est-elle favorable &#224; la conception d'une situation d'apprentissage par le jeu ? S'appuyant sur son exp&#233;rience, &#201;ric Sanchez nous explique en quoi il est n&#233;cessaire que la structure soit favorable &#224; ce type de p&#233;dagogie au risque de l'emp&#234;cher. Ce niveau repr&#233;sente donc le contexte dans lequel l'enseignant ou le formateur exercent. Il est &#224; l'interface entre la situation d'apprentissage et le reste de la soci&#233;t&#233;. Ce niveau est peu d&#233;taill&#233; par l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Conception&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La couche suivante concerne la conception. Dans une structure qui voit d'un &#339;il positif l'apprentissage par le jeu, la conception de ces situations va pouvoir se r&#233;aliser. Comment passe-t-on d'une situation cible de l'apprentissage &#224; une situation source, celle du jeu ? C'est tout l'enjeu du chapitre 7 qui d&#233;crit trois dimensions de la conception de ces situations d'apprentissage par le jeu :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; conception du sc&#233;nario p&#233;dagogique,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; conception et d&#233;veloppement du jeu,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; conception du dispositif d'&#233;valuation.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, concevoir un jeu p&#233;dagogique fait appel &#224; de nombreuses comp&#233;tences qu'il conviendra de faire travailler ensemble. L'auteur donne plusieurs pistes pour permettre &#224; une &#233;quipe pluridisciplinaire de concevoir un jeu. L'objectif de l'&#233;quipe de conception sera de ludiciser par un travail de m&#233;taphorisation. En d'autres mots, il s'agira de traduire les savoirs en jeu avec un enjeu fort de fid&#233;lit&#233;. Mais il faudra &#233;galement fournir tous les outils n&#233;cessaires &#224; l'enseignant pour le d&#233;briefing ; c'est ce que nous allons voir maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;D&#233;briefing&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le jeu est une m&#233;taphore qu'il convient de d&#233;construire pour parvenir &#224; un apprentissage : c'est tout l'objet du d&#233;briefing et donc du chapitre 6. L'auteur est alors tr&#232;s clair : &#171; on n'apprend pas en jouant &#187;. Si on apprend &#233;videmment &#224; jouer et &#233;ventuellement &#224; gagner dans la situation de jeu, ce n'est pas pour cela que l'on acquiert les savoirs cibles de l'apprentissage. L'enseignant va devoir aider l'apprenant &#224; d&#233;couvrir le sens de la m&#233;taphore ludique, mais aussi &#224; la compl&#233;ter ou la corriger. Le d&#233;briefing doit donc &#234;tre pens&#233; d&#232;s la conception : l'id&#233;e est de fournir &#224; l'enseignant les outils pour revenir sur l'activit&#233; r&#233;elle de jeu de chaque apprenant afin de la traduire en savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#201;ric Sanchez, le d&#233;briefing doit d&#233;buter par un retour sur les &#233;motions v&#233;cues par l'apprenant. Il se poursuivra par plusieurs &#233;tapes : la d&#233;contextualisation des connaissances, leur conscientisation, leur d&#233;syncr&#233;tisation (faire le lien entre ce qui a &#233;t&#233; fait en jeu et les succ&#232;s ou &#233;checs qui en a d&#233;coul&#233;, afin d'&#233;liminer d'&#233;ventuelles proc&#233;dures inad&#233;quates qui produiraient des r&#233;sultats positifs et de consolider ce qui peut &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;) et finalement la validation (en r&#233;alisant des liens vers d'autres concepts).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;briefing peut interroger : s'il faut d&#233;briefer avec l'apprenant, ne revient-on pas &#224; la situation initiale de formation ? Si le d&#233;briefing est refus&#233; par l'apprenant comme il aurait pu refuser de suivre un cours classique, qu'apporte vraiment la situation de jeu ? C'est l'objet des chapitres initiaux de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Orchestration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 5 est consacr&#233; &#224; la couche suivante du mod&#232;le, &#224; savoir l'orchestration. Durant le jeu, l'enseignant va transitoirement changer de r&#244;le : avant le d&#233;briefing, il jouera le r&#244;le de maitre de jeu. Le maitre du jeu a pour mission de porter la narration du jeu tout en maintenant le cadre, &#224; savoir les r&#232;gles du jeu. Pour &#201;ric Sanchez, le but est de maintenir le contrat ludique (concept de Colas Duflo, un philosophe du jeu, 1997) et de cr&#233;er le &#171; cercle magique &#187; (concept de Johan Huizinga, un autre penseur du jeu, 1951). Le cercle magique est un espace s&#233;par&#233; du monde ordinaire, dans lequel on accepte les r&#232;gles arbitraires et de coop&#233;rer avec les autres pour que le jeu puisse prendre place. Le contrat ludique consiste &#224; accepter un syst&#232;me de r&#232;gles en &#233;change des libert&#233;s que le syst&#232;me permet. C'est ce cadre particulier d'exp&#233;rience, sans risque r&#233;el, qui va faciliter l'engagement de l'apprenant devenu pour un temps joueur : quelqu'un qui est libre d'exp&#233;rimenter et de perdre&#8230; et si possible avec d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Jeu-play 2&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'auteur appelle &#171; jeu-play 2 &#187; est l'activit&#233; de jeu qui a recourt aux collaborations et coop&#233;rations entre joueurs et la couche suivante du mod&#232;le. Elle est l'objet du chapitre 4. Cette activit&#233; est d&#233;cisive pour les situations d'apprentissage par le jeu, car elle permet aux joueurs de d&#233;velopper leurs connaissances et de les confronter &#224; l'exp&#233;rience d'autres joueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mod&#232;le d'&#201;ric Sanchez, le jeu-play 2 est une couche sup&#233;rieure situ&#233;e juste au-dessus du jeu-play 1, &#224; savoir l'activit&#233; du joueur qui joue.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Jeu-play 1&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si je suis malheureusement peu &#224; m&#234;me de me prononcer sur le versant didactique de la proposition de l'auteur, je peux affirmer qu'il sait de quoi il parle sur le plan ludique. Le jeu-play 1 est la plus petite poup&#233;e russe et la premi&#232;re couche du mod&#232;le. &#201;ric Sanchez y consacre les premiers chapitres de son livre. Il a, pour ce que je peux en juger, parfaitement compris ce qu'est un jeu et ce n'est pas si courant. Il a construit l'ensemble de son mod&#232;le sur cette compr&#233;hension. Un jeu n'est pas un artefact, mais une situation qui se d&#233;veloppe dans un cadre particulier du fait d'une attitude particuli&#232;re du joueur, l'attitude ludique (concept de Jacques Henriot, 1969).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi un petit d&#233;tour par ma disciple, l'ergonomie, pour dire autrement la distinction bien connue des penseurs du jeu entre le jeu-artefact (ou game en anglais) et le jeu-activit&#233; (ou play en anglais). Le jeu-activit&#233;, c'est ce que le joueur fait, son activit&#233; r&#233;elle. Le jeu-artefact, c'est un d&#233;terminant de l'activit&#233; du joueur qui va former une partie du prescrit. L'attitude ludique, dont je parle plus haut, est un autre d&#233;terminant, personnel celui-ci, de l'activit&#233; du joueur. Un jeu pourra se d&#233;ployer sans jeu-artefact, mais ce dernier facilitera l'attitude ludique en proposant un cadre pr&#233;cis pour agir et exp&#233;rimenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric Sanchez d&#233;veloppe sur cette base une autre notion : le jeu &#233;pist&#233;mique, terme qu'il pr&#233;f&#232;re &#224; &#171; jeu-s&#233;rieux &#187;. Le jeu &#233;pist&#233;mique est un jeu employ&#233; &#171; &#224; des fins utilitaires ou de formation &#187;. Nous avons vu qu'il n&#233;cessite bien plus qu'un simple jeu-artefact pour atteindre cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'auteur d&#233;veloppe le concept de situations adidatactiques d'actions (concept de Guy Brousseau, 1986) o&#249; la connaissance du sujet se manifeste par des d&#233;cisions, par des actions r&#233;guli&#232;res et efficaces sur le milieu (sans forc&#233;ment identifier les connaissances). Dans cette situation, l'&#233;l&#232;ve peut raisonner sans se pr&#233;occuper des attentes/objectifs de l'enseignant. Il y a ainsi un transfert de responsabilit&#233; de l'&#233;l&#232;ve &#224; l'enseignant : la d&#233;volution (selon Guy Brousseau, &#171; l'ensemble des actions de l'enseignant visant &#224; rendre l'&#233;l&#232;ve responsable de la r&#233;solution d'un probl&#232;me ou d'une question en suspens &#187;). Ce transfert est le principal apport du jeu et la source d'engagement de l'apprenant.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup aim&#233; l'exemple introductif de l'ouvrage, certainement du fait de mon regard d'ergonome. Il est une parfaite illustration de ce que sont l'activit&#233; r&#233;elle et l'activit&#233; ludique. &#201;ric Sanchez nous narre la pratique ludique d'une &#233;l&#232;ve agr&#233;gative sur le jeu Tamagocours. Ce dernier est destin&#233; &#224; la formation d'enseignants et, plus sp&#233;cifiquement, &#224; leur formation sur le cadre l&#233;gal de l'usage des ressources num&#233;riques. La mission, l'activit&#233; prescrite, donn&#233;e par le jeu est de prendre soin d'un personnage, sur le principe des jeux de tamagochi, en le nourrissant des bons aliments, les ressources licites. Les ressources illicites font d&#233;p&#233;rir le personnage, voire le font mourir. L'activit&#233; de l'&#233;l&#232;ve en question consistait &#224; essayer de tuer le personnage en le nourrissant de ressources illicites. Elle a d&#233;ploy&#233; une activit&#233; r&#233;elle diff&#233;rente de l'activit&#233; prescrite. L'auteur nous dit que &#171; ce qui l'amuse, c'est de tuer le tamagocours &#187;. Ainsi, il apparait qu'elle a jou&#233;, puisqu'elle s'est amus&#233;e. L'activit&#233; qui a fait jeu pour cette &#233;l&#232;ve &#233;tait pourtant diff&#233;rente de celle attendue. Par chance, pour parvenir &#224; ses fins, elle devait tout autant que les autres comprendre quelles ressources &#233;taient illicites. N&#233;anmoins, cela aurait pu ne pas &#234;tre le cas si elle s'&#233;tait donn&#233;e un objectif diff&#233;rent pour s'amuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma lecture de cet exemple est que l'activit&#233; ludique ne poursuit pas les m&#234;mes objectifs que l'activit&#233; de formation, que le joueur n'est pas un apprenant. Selon Duflo (1997), l'activit&#233; des joueurs est une &#171; &#233;conomie du risque &#187;. Le joueur fait ainsi tout pour se mettre dans une situation o&#249; il peut subir un &#233;chec afin de tout faire pour l'&#233;viter. Quand il n'y a plus de risque, il n'y a plus de jeu. L'activit&#233; de cette &#233;l&#232;ve fut guid&#233;e par le fait qu'il lui a &#233;t&#233; demand&#233; de s'amuser, mais que la proposition ludique &#233;tait par trop &#233;vidente, sans risque ; une sorte d'injonction contradictoire. Elle a certainement cherch&#233; des voies pour corser un peu l'enjeu. Ainsi, elle a finalement parfaitement r&#233;pondu &#224; la prescription globale puisqu'il lui avait &#233;t&#233; demand&#233; de jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le voyons, le jeu ne se suffira jamais &#224; lui-m&#234;me pour transmettre des savoirs. L'ouvrage est parfaitement clair sur ce point. N&#233;anmoins, il peut contribuer &#224; assurer l'engagement de l'apprenant. Avec son ouvrage, &#201;ric Sanchez d&#233;veloppe un mod&#232;le complet, soutenu et outill&#233; pour concevoir des situations d'apprentissage par le jeu afin de faire concilier ces deux activit&#233;s. La proposition d'&#201;ric Sanchez est fortement appuy&#233;e par de nombreuses sources : de la psychologie d&#233;veloppementale (Piaget, Vigotsky) au Game Design (Salen &amp; Zimmerman) en passant par la philosophie (Duflo, Henriot). Mais, plus que cela, il a d&#233;velopp&#233; son mod&#232;le sur la base de plusieurs travaux et donc plusieurs jeux &#233;pist&#233;miques. Il a lui-m&#234;me construit ses savoirs par l'exp&#233;rience. Tamagocours, Classcraft, Chronocoupe, Mission T&#233;lom&#232;re, Homo Novus, G&#233;ome, Clim@ction et Insectophagia sont tous des jeux &#224; viser d'apprentissage et autant d'exemples qui viennent nourrir les diff&#233;rents chapitres, renfor&#231;ant la d&#233;monstration et le mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mi-chemin entre l'essai et le manuel, au fil des chapitres, Le paradoxe du marionnettiste &#8211; Jeu et apprentissage donne ainsi toutes les cl&#233;s pour comprendre et concevoir des situations d'apprentissage par le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Brousseau, G. (1986). La th&#233;orie des situations didactiques. Cours donn&#233; &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al. In &lt;a href=&#034;https://guy-brousseau.com/1694/la-theorie-des-situations-didactiques-le-cours-de-montreal-1997/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://guy-brousseau.com/1694/la-theorie-des-situations-didactiques-le-cours-de-montreal-1997/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duflo, C. (1997). Jouer et philosopher. Paris, France : PUF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henriot, J. (1969). Le jeu. Paris, France : PUF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huizinga, (1951). Homo ludens : essai sur la fonction sociale du jeu. Paris, France : Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#201;motions, affects et institutions. Dialogue entre historiens et psychologues, analyse d'ouvrage par Louis Qu&#233;r&#233;</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article14870.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.innovation-pedagogique.fr/article14870.html</guid>
		<dc:date>2023-04-18T05:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Qu&#233;r&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un article de la revue Activit&#233;s, une publication sous licence Creative Commons by nc nd &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet ouvrage est issu d'un s&#233;minaire du Groupe de recherche et d'&#233;tude sur l'histoire du travail et de l'orientation (GRESHTO), au CNAM. Pendant deux ans, ce s&#233;minaire, consacr&#233; au th&#232;me &#171; &#201;motions, affects et institutions &#187;, a r&#233;uni des chercheurs et des chercheuses en histoire (J. Martin, M. Saraceno, &amp; S. Wahnich) et en psychologie (A. Bonnemain, Y. Clot, R. Ouvrier-Bonnaz, B. Prot, &amp; J.-L. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique69.html" rel="directory"&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/activites/8434&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; de la revue &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/activites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;, une publication sous licence Creative Commons by nc nd&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage est issu d'un s&#233;minaire du Groupe de recherche et d'&#233;tude sur l'histoire du travail et de l'orientation (GRESHTO), au CNAM. Pendant deux ans, ce s&#233;minaire, consacr&#233; au th&#232;me &#171; &#201;motions, affects et institutions &#187;, a r&#233;uni des chercheurs et des chercheuses en histoire (J. Martin, M. Saraceno, &amp; S. Wahnich) et en psychologie (A. Bonnemain, Y. Clot, R. Ouvrier-Bonnaz, B. Prot, &amp; J.-L. Tom&#225;s). L'ouvrage publie leurs contributions, qu'il r&#233;partit en quatre parties. La premi&#232;re retrace l'histoire du dialogue entre histoire et psychologie en France. La deuxi&#232;me est consacr&#233;e &#224; la place des &#233;motions dans la compr&#233;hension des &#233;v&#233;nements, qu'il s'agisse d'&#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires ou d'&#233;v&#233;nements dans le cadre du travail en entreprise. Une conceptualisation des &#233;motions y est aussi propos&#233;e, &#224; travers la distinction entre affects, sentiments et &#233;motions. La troisi&#232;me partie sugg&#232;re de rapprocher la notion de &#171; protagonisme &#187; (en histoire) et celle de &#171; personnalisation &#187; (en psychologie). Ces deux notions s'av&#232;rent pertinentes pour rendre compte de l'exp&#233;rience des femmes et des hommes engag&#233;s dans la r&#233;volution. La derni&#232;re partie est consacr&#233;e &#224; la &#171; psychologie industrielle &#187; d'Hugo M&#252;nsterberg, un psychologue prusso-am&#233;ricain (1863-1916), dont la distinction entre &#171; sciences objectivantes &#187; et &#171; sciences subjectivantes &#187;, ou entre &#171; sciences des intentions &#187; et &#171; sciences des ph&#233;nom&#232;nes &#187;, a inspir&#233; Max Weber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces neuf contributions sont pr&#233;c&#233;d&#233;es d'une introduction substantielle, dans laquelle les &#233;diteurs de l'ouvrage retracent les d&#233;bats qui ont accompagn&#233; la naissance et l'institutionnalisation de l'histoire, de la psychologie et de la sociologie au tournant des ann&#233;es 1900, et dans les ann&#233;es suivantes. Les auteurs soulignent notamment l'attrait des historiens de la premi&#232;re moiti&#233; du 20e si&#232;cle pour la psychologie. Cet attrait s'explique en partie par leur rejet des pr&#233;tentions quelque peu h&#233;g&#233;moniques du durkheimisme, qui a d&#233;tr&#244;n&#233; l'esprit et la conscience individuels au profit de la soci&#233;t&#233; et de la conscience collective, et fait de celles-ci des instances quasi transcendantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que les psychologues n'aient pas beaucoup appr&#233;ci&#233; ce genre de mise en cause de leurs principales convictions. Mais on est plus surpris de lire chez les historiens des appels &#224; faire place &#224; la psychologie. Quand Marc Bloch &#233;crit que &#171; toute histoire est psychologique &#187; ou que &#171; les faits historiques sont, par essence, des faits psychologiques &#187;, on ouvre de grands yeux. Est-ce l'influence de Durkheim et des durkheimiens ? Ceux-ci avaient en effet d&#233;j&#224; dit quelque chose de semblable au sujet des faits sociaux, parce qu'ils consid&#233;raient que l'on retrouve dans la vie sociale &#171; les attributs constitutifs de la vie psychique &#187;. Ils en concluaient que la sociologie est finalement une forme de psychologie. Mais de quelle psychologie s'agit-il au juste ? Le volume en pr&#233;sente plusieurs, accordant une place importante &#224; celle de Lev Vygotski et d'Ignace Meyerson. Parmi elles figure aussi celle, peu connue, d'Hugo M&#252;nsterberg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que pour que le mariage de l'histoire et de la psychologie r&#233;ussisse il e&#251;t fallu qu'&#233;merge une v&#233;ritable &#171; psychologie historique &#187;, comme l'appelait de ses v&#339;ux Lucien Febvre. Le projet d'une telle psychologie a exist&#233;, mais il a fait long feu. L'ouvrage &#233;voque &#224; plusieurs reprises les publications de Meyerson dans lesquelles un tel projet a &#233;t&#233; formul&#233;. Mais il semble n'avoir convaincu ni les psychologues, ni les historiens, vraisemblablement parce qu'il les obligeait &#224; remettre en cause leur m&#233;taphysique implicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet Meyerson remettait profond&#233;ment en cause le cadre conceptuel de la psychologie classique &#8211; et notamment sa m&#233;connaissance de l'historicit&#233; essentielle de l'homme. Il critiquait &#233;galement la psychologie exp&#233;rimentale de ses coll&#232;gues (qui se croyait bien plus scientifique qu'elle ne l'&#233;tait en r&#233;alit&#233;). En un sens, le projet de Meyerson &#233;tait un projet d'externalisation de l'esprit, incompr&#233;hensible pour les tenants de la psychologie classique. Un peu comme Wilhelm Dilthey, Meyerson localisait l'esprit non pas dans la t&#234;te de l'individu, mais dans les productions humaines (dans la conduite, le travail, l'exp&#233;rience), c'est-&#224;-dire dans les &#171; &#339;uvres &#187; individuelles et collectives, dans les op&#233;rations intellectuelles engag&#233;es dans les comportements et les activit&#233;s, ainsi que dans les mythes, la magie, les religions, le droit, les institutions, les sciences, etc. Il consid&#233;rait le monde humain comme &#171; un monde d'&#339;uvres &#187; : &#171; C'est ce monde des &#339;uvres qui est la mati&#232;re v&#233;ritable d'une exploration objective de la nature des hommes, il doit &#234;tre pour la psychologie humaine ce que le monde des ph&#233;nom&#232;nes de la nature est pour la physique &#187; (Meyerson). C'est pourquoi &#171; l'examen des &#339;uvres, loin d'&#234;tre d&#233;volu &#224; l'historien seulement, doit constituer la mati&#232;re principale de la recherche du psychologue &#187; (Ibid.). C'est &#224; travers cet examen, &#224; l'aide de la m&#233;thode comparative et de la m&#233;thode historique, que l'on peut atteindre le &#171; fonctionnement mental &#187; des &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet de psychologie historique rejoignait sous certains aspects celui de certains des h&#233;ritiers de Durkheim, que Meyerson consid&#233;rait in fine comme des psychologues. Mais il &#233;tait trop h&#233;t&#233;rodoxe pour les psychologues : &#171; Le travail de Meyerson soulevait des difficult&#233;s importantes (&#8230;) ; surtout, il mettait d'une certaine mani&#232;re en question le cadre conceptuel et m&#233;thodologique sur lequel la discipline &#233;tait fond&#233;e. &#192; contre-courant d'une psychologie qui s'appr&#234;tait &#224; naturaliser les vieilles facult&#233;s de l'esprit et restait, malgr&#233; tout, fid&#232;le &#224; son h&#233;ritage m&#233;taphysique, l'approche de Meyerson apparaissait comme une v&#233;ritable g&#233;n&#233;alogie de l'esprit. (&#8230;) Ce programme, aussi riche que complexe et difficile, n'a pas &#233;t&#233; discut&#233; publiquement &#187; (Pizarroso, 2008, p. 434). Il est possible aussi qu'il n'ait pas suffisamment &#233;lucid&#233; la condition d'une psychologie authentiquement historique : &#224; savoir que soit d&#233;velopp&#233;e une critique radicale de la philosophie de l'esprit et de la m&#233;taphysique qui servent de base &#224; la psychologie moderne, et m&#234;me &#224; la sociologie durkheimienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, Durkheim et les psychologues classiques (et sans doute les historiens) partageaient un m&#234;me cadre de pens&#233;e. Apr&#232;s tout, l'invention de la psychologie et de la sociologie &#224; l'&#233;poque moderne est avant tout une tentative d'application des m&#233;thodes de l'enqu&#234;te scientifique &#224; des probl&#232;mes d&#233;finis dans le cadre d'une philosophie d&#233;termin&#233;e de l'esprit, que l'on peut qualifier, &#224; la suite de Vincent Descombes (1995), de &#171; mentale &#187;. Il vaut la peine de s'interroger sur l'av&#232;nement, &#224; l'&#233;poque moderne, d'une telle philosophie, et sur la m&#233;taphysique qu'elle incarne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous assistons, avec la naissance et le d&#233;veloppement du cognitivisme et des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette philosophie propose une th&#233;orie &#171; m&#233;diationnelle &#187; de l'esprit : le sujet n'est pas en contact direct avec les choses, mais en relation avec des repr&#233;sentations internes des choses, en l'occurrence des id&#233;es dans son esprit (Dreyfus &amp; Taylor, 2015). Elle se caract&#233;rise par une substantialisation de l'esprit et par la position d'un ordre d'existence s&#233;par&#233;, le psychique. Elle identifie l'esprit &#224; la conscience et fait des &#233;tats et des processus psychiques la propri&#233;t&#233; d'un soi individuel. Ce soi dispose en effet d'un monde int&#233;rieur fait d'&#233;tats conscients, auxquels il a un acc&#232;s imm&#233;diat &#171; en premi&#232;re personne &#187;. L'esprit est aussi consid&#233;r&#233; comme l'agent exclusif de la connaissance. Cette philosophie mentale est en fait obnubil&#233;e par des questions de th&#233;orie de la connaissance et par le probl&#232;me de la v&#233;rit&#233;. C'est sans doute cette hypnotisation par les myst&#232;res de la connaissance qui l'a conduite &#224; faire de l'esprit individuel, et des &#233;tats et processus qui y sont suppos&#233;s log&#233;s, le si&#232;ge de la connaissance et, plus largement, de la vie mentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la m&#233;taphysique qui sous-tend cette philosophie mentale, on peut la caract&#233;riser comme une &#171; m&#233;taphysique des &#233;tats d'esprit &#187; (Descombes, 1995). Cette m&#233;taphysique est une mani&#232;re de concevoir l'esprit ou le mental &#171; calqu&#233;e sur la philosophie naturelle des proc&#232;s physiques et des choses qui sont dans tel ou tel &#233;tat &#187; (Ibid., p. 273). La psychologie et la philosophie mentales modernes ont ainsi &#233;t&#233; enclines &#224; consid&#233;rer les verbes psychologiques (croire, penser, vouloir, projeter, avoir l'intention de, sentir, et les verbes d'&#233;motions) comme des &#171; verbes d'&#233;tat &#187;, c'est-&#224;-dire comme attribuant &#224; un sujet un &#233;tat d&#233;termin&#233;, et plus pr&#233;cis&#233;ment un &#233;tat actuel, isolable de par sa structure et son r&#244;le. Mais &#171; les &#233;tats psychiques ne deviennent des &#233;tats internes qu'&#224; la condition de traiter le psychisme comme un syst&#232;me clos &#187; (Ibid., p. 286).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second geste de la m&#233;taphysique des &#233;tats d'esprit consiste &#224; occulter la diff&#233;rence entre les attributions psychologiques et les attributions physiques : &#171; L'attribution physique passe par la d&#233;termination d'un &#233;tat, ce qui veut dire d'un &#233;tat actuel (d&#233;terminable &#224; tel instant) &#187; (Ibid., p. 282). Mais s'agissant du psychisme, il ne consiste pas en &#233;tats d&#233;terminables &#224; chaque instant, sauf s'il est identifi&#233; au cerveau. &#192; la source de cette diff&#233;rence entre les deux types d'attribution, il y a le fait que le langage ne s'applique pas &#224; nos &#233;tats mentaux &#171; de la m&#234;me mani&#232;re qu'aux &#233;tats de choses du monde qui nous entoure &#187; (Rosat, 2006, pp. 223-224). C'est un point sur lequel a insist&#233; Ludwig Wittgenstein. La psychologie mentale est encline &#224; appliquer &#224; son domaine d'objet les modes de description et d'explication pratiqu&#233;s dans les sciences de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin la &#171; m&#233;taphysique des &#233;tats d'esprit &#187; se double souvent aussi d'un &#171; mythe des processus mentaux &#187; (Wittgenstein), qui consiste &#224; consid&#233;rer qu'aux ph&#233;nom&#232;nes mentaux correspondent des processus internes, des processus &#224; d&#233;couvrir, car ils n'apparaissent pas en surface, bref, des processus semblables &#224; ceux qu'&#233;tudient les sciences physiques. Certains ph&#233;nom&#232;nes mentaux sont incontestablement des processus, mais &#224; tous les concepts psychologiques ne correspondent pas n&#233;cessairement des processus internes. En outre, en parlant de processus on d&#233;termine implicitement les questions qu'il est pertinent de poser &#224; partir de ce terme, et on fait comme si on savait d&#233;j&#224; ce qu'il d&#233;signe, ou comme si on s'&#233;tait d&#233;j&#224; accord&#233; sur la fa&#231;on d'en r&#233;v&#233;ler la nature. Or cette modalit&#233; est souvent biais&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie mentale et la m&#233;taphysique des &#233;tats d'esprit ont profond&#233;ment marqu&#233; la compr&#233;hension que les individus modernes ont d'eux-m&#234;mes, de leurs comportements et de leurs affects. Ils con&#231;oivent leur Moi comme une int&#233;riorit&#233; psychique, comme le lieu de leurs pens&#233;es, de leurs sentiments et de leurs &#233;motions. Cette internalisation, qui donne une nouvelle signification &#224; la dualit&#233; int&#233;rieur/ext&#233;rieur, est all&#233;e de pair avec une d&#233;limitation nette du Soi (qui cesse d'&#234;tre &#171; poreux &#187; &#224; des forces externes &#8211; esprits mal&#233;fiques ou b&#233;n&#233;fiques, forces cosmiques, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre conception moderne de l'int&#233;riorit&#233; et de l'ext&#233;riorit&#233; para&#238;trait &#233;trange &#224; une autre culture et &#224; une autre &#233;poque. Pourtant c'est &#224; partir d'une telle conception que nous faisons l'exp&#233;rience de nos pens&#233;es, sentiments et &#233;motions. Cela a d&#233;sormais du sens pour nous de les localiser en nous et pas ailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ainsi nous en venons naturellement &#224; croire que nous avons un moi comme nous avons une t&#234;te ou des bras, que nous avons des profondeurs int&#233;rieures comme nous avons un c&#339;ur ou un foie, comme si c'&#233;tait un fait brut, ind&#233;pendant de toute interpr&#233;tation. Des distinctions de localisation, comme int&#233;rieur et ext&#233;rieur, semblent des faits que nous d&#233;couvrons sur nous-m&#234;mes plut&#244;t que des fa&#231;ons particuli&#232;res, parmi d'autres, de nous interpr&#233;ter nous-m&#234;mes (&#8230;). Qui d'entre nous peut croire que notre pens&#233;e se situe ailleurs qu'au-dedans, &#8220;dans l'esprit&#8221; ? Quelque chose dans la nature de notre exp&#233;rience de nous-m&#234;mes semble rendre presque irr&#233;sistible, incontestable, une telle localisation &#187; (Taylor, 1998, p. 152).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultent de cette localisation &#171; l'av&#232;nement de l'identit&#233; isol&#233;e &#187;, avec ses espaces et ses profondeurs int&#233;rieurs, une conception monologique de la conscience et l'&#233;mergence de nouvelles disciplines de ma&#238;trise de soi, &#233;tay&#233;es par &#171; une &#233;thique de l'ind&#233;pendance, de la ma&#238;trise de soi, de la responsabilit&#233; de soi, d'un d&#233;sengagement qui conf&#232;re de la ma&#238;trise ; une position qui requiert du courage, le refus de la soumission confortable &#224; l'autorit&#233;, des consolations du monde enchant&#233;, de l'abandon aux sollicitations des sens &#187; (Taylor, 2011, p. 951). En r&#233;sultent aussi une &#171; r&#233;flexivit&#233; radicale &#187;, consistant &#224; se concentrer sur soi-m&#234;me comme agent d'exp&#233;rience et &#224; prendre cette exp&#233;rience comme objet, ainsi qu'une conception subjectiviste de la rationalit&#233; et de la compr&#233;hension morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un comme Durkheim n'a jamais remis en cause les tenants et aboutissants de cette philosophie mentale. Sa m&#233;taphysique est un m&#233;lange de cart&#233;sianisme et de n&#233;o-kantisme. La pr&#233;sence de cet h&#233;ritage se voit notamment dans l'importance qu'il accordait au concept de repr&#233;sentation, allant jusqu'&#224; dire que &#171; tout ce qui est social consiste en repr&#233;sentations, par cons&#233;quent est un produit de repr&#233;sentations &#187; (Durkheim, 1896/97). Les repr&#233;sentations &#233;tant des ph&#233;nom&#232;nes psychiques, la soci&#233;t&#233; est elle-m&#234;me une r&#233;alit&#233; psychique, plus pr&#233;cis&#233;ment &#171; un r&#232;gne intellectuel &#187; surplombant les consciences priv&#233;es et formant une conscience collective. Les affects eux-m&#234;mes sont des repr&#233;sentations, en l'occurrence des &#171; repr&#233;sentations sensibles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce la reconduction de cette philosophie mentale et de sa m&#233;taphysique qui a provoqu&#233; les r&#233;ticences de certains historiens vis-&#224;-vis du durkheimisme ? Je ne suis pas s&#251;r qu'ils aient fait l'investissement n&#233;cessaire pour se donner un cadre conceptuel vraiment diff&#233;rent, malgr&#233; les innovations dont t&#233;moigne l'adoption d'un nouveau vocabulaire : &#171; mentalit&#233;s &#187; (Febvre) (attitudes, comportements, gestes) ; &#171; mat&#233;riel mental &#187; (Febvre) ; &#171; outillage mental &#187; (Le Goff). Sous &#171; outillage mental &#187;, Jacques Le Goff mettait des choses aussi h&#233;t&#233;rog&#232;nes que le vocabulaire, la syntaxe, les lieux communs, les conceptions de l'espace et du temps, les cadres logiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des psychologues, ils n'ont pas tous c&#233;d&#233; aux mirages de la philosophie mentale de l'esprit, comme l'atteste le cas Meyerson. J&#233;r&#244;me Martin rappelle aussi, dans sa riche contribution, la critique adress&#233;e par Henri Pi&#233;ron, au nom d'une conception exp&#233;rimentale de la psychologie, &#224; la &#171; psychologie subjectiviste &#187; d'Henri Bergson : &#171; En somme, il n'y a qu'une psychologie, qui n'est pas du tout l'&#233;tude des faits de conscience (&#8230;), mais qui est la science du comportement des &#234;tres vivants, science qui peut utiliser plusieurs m&#233;thodes, dont la m&#233;thode introspective n'est certes pas la plus satisfaisante. C'est une science biologique qui &#233;tudie la mani&#232;re dont un &#234;tre vivant re&#231;oit les influences du milieu et &#233;labore ses r&#233;actions &#187; (Pi&#233;ron, 1916).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce en faisant de la psychologie une science biologique que l'on sort de la philosophie mentale et de sa m&#233;taphysique implicite ? Les neurosciences contemporaines montrent que &#231;a n'est pas le cas. Il faut aussi en faire une science historique et sociale. Car le propre des processus biologiques impliqu&#233;s dans les ph&#233;nom&#232;nes consid&#233;r&#233;s comme psychiques est d'&#234;tre fa&#231;onn&#233;s par un contexte social-historique et culturel. Il faut donc d&#233;sencastrer l'esprit et le replonger dans un milieu social et culturel, lui redonner un &#171; &#233;tat civil &#187; (Descombes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est chez les pragmatistes am&#233;ricains (pour lesquels Durkheim &#233;prouvait autant d'attraits que de r&#233;pulsions) que l'on trouve la conscience la plus vive de cette imbrication du biologique et du culturel :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tout ce qui peut &#234;tre appel&#233; sp&#233;cifiquement psychologique (&#8230;) est une transformation des organes et des processus physiologiques effectu&#233;e par et dans des conditions socio-culturelles &#187; (Dewey, 2012, pp. 316&#8209;17).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il n'y a pas un ordre d'existence s&#233;par&#233; qui constituerait l'objet de la psychologie en raison d'une nature mentaliste ou psychique qui lui serait inh&#233;rente. (&#8230;) Les ph&#233;nom&#232;nes psychologiques sont des ph&#233;nom&#232;nes biologiques qui ont &#233;t&#233; si intimement color&#233;s, ou mieux teint&#233;s, par des conditions socio-culturelles qu'ils ont rev&#234;tu les propri&#233;t&#233;s qui sp&#233;cifient le comportement et l'exp&#233;rience des humains ; ceux-ci se trouvent ainsi si profond&#233;ment qualifi&#233;s qu'ils constituent les distinctions et les relations devenues famili&#232;res dans la litt&#233;rature psychologique &#187; (Ibid., pp. 320&#8209;21).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'homme est social en un autre sens que l'abeille ou la fourmi, puisque ses activit&#233;s sont comprises dans un environnement qui est transmis culturellement, de sorte que ce que l'homme fait et la fa&#231;on dont il agit, est d&#233;termin&#233; non par la seule structure organique et la seule h&#233;r&#233;dit&#233; physique, mais par l'influence de l'h&#233;r&#233;dit&#233; culturelle, enfouie dans les traditions, les institutions, les coutumes et les intentions et croyances que les unes et les autres &#224; la fois v&#233;hiculent et inspirent. M&#234;me les structures neuromusculaires des individus sont modifi&#233;es sous l'influence qu'exerce l'environnement culturel sur ces activit&#233;s. L'acquisition et la compr&#233;hension du langage, avec l'habilet&#233; dans les arts (&#8230;), repr&#233;sentent l'incorporation dans la structure des &#234;tres humains des effets des conditions culturelles, interp&#233;n&#233;tration si profonde que les activit&#233;s qui en r&#233;sultent sont directement et apparemment aussi &#8220;naturelles&#8221; que le sont les premi&#232;res r&#233;actions d'un b&#233;b&#233;. Parler, lire, exercer un art &#8211; art industriel, beaux-arts, art politique &#8211; sont des exemples de modifications pratiqu&#233;es au c&#339;ur de l'organisme biologique par l'environnement culturel &#187; (Dewey, 1993, p. 102).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On peut ajouter deux autres conditions &#224; satisfaire pour que la psychologie devienne v&#233;ritablement une science sociale et historique. La premi&#232;re est qu'elle abandonne la division d'un monde ext&#233;rieur et d'un monde int&#233;rieur, et cesse d'identifier int&#233;riorit&#233; psychologique et subjectivit&#233;. La seconde est qu'elle devienne &#233;cologique, qu'elle prenne en compte les interactivit&#233;s, qui ont lieu dans les activit&#233;s vitales, entre ce qui est organique et ce qui est socio-culturel, et qu'elle raisonne en termes d'int&#233;riorit&#233; mutuelle de l'organisme et de l'environnement : &#171; La psychologie est une science sociale, une science d'une conduite qui doit &#234;tre apprise, et qui le sera conform&#233;ment aux m&#339;urs et aux habitudes d'un groupe. (&#8230;) La psychologie des fonctions intellectuelles doit se poser le probl&#232;me des institutions proprement intellectuelles, du style culturel des pens&#233;es, des techniques de r&#233;flexion et de m&#233;diation. Elle sera une psychologie historique &#187; (Descombes, 1995, pp. 215&#8209;216). Mais la critique de Descombes oublie l'ancrage biologique de la pens&#233;e, de la r&#233;flexion et plus largement de la conduite. De ce point de vue, l'&#339;uvre de Vygotski, largement &#233;voqu&#233;e dans l'ouvrage, ne commet pas cette erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meyerson aurait-il d&#233;douan&#233; les historiens des &#233;motions des biais m&#233;thodologiques et m&#233;taphysiques qu'il attribue &#224; ses coll&#232;gues psychologues ? Rien n'est moins s&#251;r. La vitalit&#233; r&#233;cente de l'histoire des &#233;motions retient l'attention dans plusieurs textes du volume. C'est Lucien Febvre qui, dans les ann&#233;es 1930, a recommand&#233; aux historiens de s'int&#233;resser &#224; la &#171; sensibilit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; la &#171; vie affective et ses manifestations &#187;. Comme l'explique R&#233;gis Ouvrier-Bonnaz, aux yeux de Febvre, &#171; l'&#233;tude des &#233;motions comme mode d'acc&#232;s aux sentiments permet de revenir aux d&#233;terminations premi&#232;res des soci&#233;t&#233;s et donc de l'Homme en soci&#233;t&#233; &#187;. Ouvrier-Bonnaz rappelle aussi la recommandation d'Henri Wallon de distinguer affect et &#233;motion. Mais l'affect semble &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un &#233;tat interne, rendu visible et observable par l'&#233;motion, dont l'expression est soumise &#224; un contr&#244;le social. Mais est-ce l&#224; autre chose qu'une formulation de la psychologie ordinaire des &#233;motions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que la conceptualisation de l'affectivit&#233; et de l'&#233;motion par les historiens de la premi&#232;re moiti&#233; du 20e si&#232;cle est rest&#233;e &#224; un niveau assez sommaire ; leurs r&#233;f&#233;rences sont surtout franco-fran&#231;aises ; ils semblent peu prendre en ligne de compte les th&#233;ories des &#233;motions propos&#233;es par les psychologues et les philosophes depuis au moins la fin du 19e si&#232;cle (pour ne pas mentionner les classiques &#8211; Descartes, Hume, Spinoza, Smith, etc.). La lecture de la psychologie des foules de le Bon et Tarde, ou celle de Durkheim, semble &#224; l'arri&#232;re-plan de l'essentiel de leurs consid&#233;rations. Ainsi, la caract&#233;risation des &#233;motions par Lucien Febvre en 1941 para&#238;t-elle un m&#233;lange de Le Bon, de Tarde et de Durkheim. Le sch&#232;me explicatif est le m&#234;me : incitations r&#233;ciproques ; propagation par contagion et imitation ; hyst&#233;rie, etc. Ainsi, la principale caract&#233;ristique des &#233;motions est, &#233;crit Febvre, d'&#234;tre &#171; contagieuses &#187; ; il s'agit d'une &#171; contagion mim&#233;tique &#187; traduisant une fusion de &#171; sensibilit&#233;s diverses &#187;. Et comme Durkheim, Febvre souligne le fait qu'un partage d'&#233;motions non seulement soude un groupe, mais il lui conf&#232;re aussi &#171; une plus grande s&#233;curit&#233;, ou une plus grande puissance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence &#224; la philosophie de Baruch Spinoza est un trait majeur des r&#233;flexions contemporaines en mati&#232;re de th&#233;orie des &#233;motions (y compris en neurosciences &#8211; cf. les livres d'Antonio Damasio). Spinoza avait-il vraiment raison ? Oui, incontestablement sur certains points ; sur d'autres c'est beaucoup moins &#233;vident. Il avait sans doute raison sur deux points. Le premier concerne le lien de l'&#233;motion &#224; l'activit&#233;, fortement soulign&#233;, de fa&#231;on heureuse, par Yves Clot dans sa contribution : l'affect est une &#171; propri&#233;t&#233; de l'activit&#233; &#187;. En un sens, pour &#234;tre &#233;mu il faut agir. Et c'est parce que surgissent des tensions, des discordances, des perturbations et des conflits dans l'accomplissement continu des activit&#233;s, n&#233;cessitant de les r&#233;ajuster et de les rediriger en partie, que les &#233;motions &#233;mergent. En effet les interruptions, les chocs, les contrari&#233;t&#233;s, les ruptures d'&#233;quilibre et d'int&#233;gration dans le continuum des activit&#233;s donnent le plus souvent lieu &#224; des r&#233;ponses de type &#233;motionnel : &#171; L'&#233;motion est le signe conscient d'une rupture effective ou imminente &#187; (Dewey, 2005, p. 34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point concerne, d'une part, l'analyse des &#171; passions tristes &#187; comme diminuant la &#171; puissance d'agir &#187;, d'autre part, l'impuissance de la raison &#224; canaliser ou ordonner les &#233;motions (&#171; Un affect pour lequel nous p&#226;tissons ne peut &#234;tre r&#233;duit ni &#244;t&#233; sinon par un affect plus fort que lui et contraire &#224; lui, c'est-&#224;-dire par l'id&#233;e d'un affect du corps plus fort que celui dont nous p&#226;tissons et contraire &#224; lui &#187; (Spinoza). Antonio Damasio a pu voir en Spinoza un &#171; immunologiste de l'esprit, d&#233;veloppant un vaccin capable de cr&#233;er des anticorps contre les passions [tristes] &#187;. William James et John Dewey ont propos&#233; un point de vue similaire : pour contrer une impulsion ou une habitude &#233;motionnelle ind&#233;sirable, il faut la force d'une autre, plut&#244;t que le concours de la seule raison, qui n'a pas de force motivante suffisante. Ils ont cependant fait un pas de plus par rapport &#224; Spinoza en donnant un contenu pragmatique au concept abstrait de raison. La raison devient alors une affaire de coordination d'une multitude d'impulsions et de dispositions dans la r&#233;alisation d'actes et la production de comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la th&#233;orie des &#233;motions de Spinoza reconduit aussi une bonne partie des dualismes cart&#233;siens, dont celui du corps et de l'esprit, du corporel et de l'id&#233;el, du somatique et du psychique (que l'affect permettrait d'unifier), et, par-dessus tout, de l'interne et de l'externe (avec la conception de l'expression des &#233;motions qui va de pair avec cette dualit&#233;). Ainsi l'affect est-il con&#231;u comme un &#233;tat interne, un &#233;tat corporel doubl&#233; d'une id&#233;e de cet &#233;tat (on retrouvera quelque chose de similaire plus tard chez William James). C'est &#224; mes yeux la th&#233;orie des &#233;motions, d'inspiration darwinienne, de John Dewey qui permet de lib&#233;rer la psychologie, la philosophie et l'histoire des &#233;motions de ces vieux dualismes (cf. Qu&#233;r&#233;, 2021). Par ailleurs, il est peu courant aujourd'hui de distinguer, comme le fait Yves Clot, affect, sentiment et &#233;motion. On consid&#232;re plut&#244;t que sentiments et &#233;motions composent l'espace affectif avec un troisi&#232;me terme, les humeurs, les trois ayant n&#233;cessairement un ancrage biologique, caract&#233;risable par une t&#233;l&#233;ologie et pas seulement par une causalit&#233; efficiente (cf. Qu&#233;r&#233;, &#224; para&#238;tre).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des DOI sont automatiquement ajout&#233;s aux r&#233;f&#233;rences par Bilbo, l'outil d'annotation bibliographique d'OpenEdition.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;Dreyfus, H., &amp; Taylor, C. (2015). Retrieving Realism. Cambridge (MA) : Harvard University Press.&lt;br class='autobr' /&gt;
DOI : 10.4159/9780674287136&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Taylor, C. (1998). Les sources du moi. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taylor, C. (2011). L'&#226;ge s&#233;culier. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous assistons, avec la naissance et le d&#233;veloppement du cognitivisme et des neurosciences, &#224; l'av&#232;nement d'une nouvelle philosophie et d'une nouvelle psychologie mentales, selon lesquelles les comportements sont des ph&#233;nom&#232;nes dont il faut chercher la cause dans des processus mentaux de nature physique, plus pr&#233;cis&#233;ment dans des &#233;v&#233;nements, des &#233;tats et des m&#233;canismes localisables dans le cerveau (cf. Descombes, 1995).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Conception, Recherche, Activit&#233;, Formation, Travail, analyse d'ouvrage par Anne Bationo&#8209;Tillon</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article14851.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.innovation-pedagogique.fr/article14851.html</guid>
		<dc:date>2023-04-18T05:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Bationo-Tillon</dc:creator>


		<dc:subject>Octet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un article de la revue Activit&#233;s, une publication sous licence Creative Commons by nc nd &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet ouvrage collectif pr&#233;sente des recherches en formation et &#233;ducation des adultes centr&#233;es sur l'analyse de l'activit&#233; humaine et ses transformations. Les auteurs de l'ouvrage sont les membres de l'&#233;quipe CRAFT (Conception, Recherche, Activit&#233;, Formation, Travail) de l'universit&#233; de Gen&#232;ve. Cette &#233;quipe au nom &#233;ponyme de l'ouvrage d&#233;voile d'embl&#233;e l'ambition de cette publication qui s'attache &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique69.html" rel="directory"&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/mot57.html" rel="tag"&gt;Octet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/activites/8379&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; de la revue &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/activites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;, une publication sous licence Creative Commons by nc nd&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage collectif pr&#233;sente des recherches en formation et &#233;ducation des adultes centr&#233;es sur l'analyse de l'activit&#233; humaine et ses transformations. Les auteurs de l'ouvrage sont les membres de l'&#233;quipe CRAFT (Conception, Recherche, Activit&#233;, Formation, Travail) de l'universit&#233; de Gen&#232;ve. Cette &#233;quipe au nom &#233;ponyme de l'ouvrage d&#233;voile d'embl&#233;e l'ambition de cette publication qui s'attache &#224; expliciter un programme de recherche baptis&#233; CAFA (Cours d'Action Formation Adulte) compos&#233; de deux sous dimensions CAFA empirique et technologique. Il se d&#233;coupe en un pr&#233;ambule suivi de 7 chapitres le plus souvent &#233;crits &#224; plusieurs mains et s'attachant &#224; expliciter toutes les facettes &#233;pist&#233;mologiques, empiriques et technologiques du programme de recherche de cette &#233;quipe. Programme de recherche r&#233;solument ancr&#233; du c&#244;t&#233; des recherches-intervention d&#233;veloppementales, il prend la forme d'un manifeste qui dessine en filigrane une critique du mod&#232;le applicationniste des recherches dans le champ de la formation et de l'&#233;ducation et rappelle &#224; de multiples reprises le principe de n&#233;cessaire modestie du chercheur-formateur-concepteur qui ne peut qu'encourager les formes d'activit&#233; les plus prometteuses de d&#233;veloppement ainsi que l'importance de conduire ces recherches-interventions en prenant soin de l'activit&#233;. Cet ouvrage peut se lire, au gr&#233; des envies, d'un bloc comme un tout coh&#233;rent, ou par fragments pour un lecteur plut&#244;t anim&#233; par l'une ou l'autre des facettes de ce programme de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du premier chapitre, Deli Salini et Marc Durand pr&#233;sentent la filiation de ce programme de recherche qui s'inscrit dans les pas du cadre th&#233;orique et conceptuel du cours d'action en mobilisant une conception &#233;nactive de l'activit&#233;, en prenant en compte la dimension pr&#233;-r&#233;flexive de l'exp&#233;rience, ainsi qu'en recourant au cadre s&#233;miotique pierc&#233;en pour investiguer la dynamique de l'exp&#233;rience. Ce chapitre retrace &#233;galement les diff&#233;rentes focalisations des recherches men&#233;es au sein de ce programme de recherche qui se sont initialement port&#233;es sur les formes du travail enseignant puis sur l'activit&#233; enseignante d&#233;butante typique pour &#233;clairer ensuite progressivement l'activit&#233; des form&#233;s, notamment par l'entremise de formation par simulation. Les auteurs esquissent &#233;galement des lignes de recherche plus r&#233;centes relatives aux principes de conception de formation d&#233;veloppementale. Les auteurs insistent sur la n&#233;cessit&#233; d'inscrire les recherches en &#233;ducation dans une dimension prospective pour imaginer et pr&#233;voir ce qui pourrait arriver dans un monde changeant au sein desquelles les habitudes peuvent &#234;tre bouscul&#233;es par le d&#233;cloisonnement disciplinaire et la n&#233;cessit&#233; de d&#233;ployer diff&#233;rents niveaux d'analyse pour comprendre l'&#233;volution du monde. Ce premier chapitre se termine sur le rappel de 3 principes pour accompagner l'engagement &#233;thique du formateur : le principe d'incertitude et la n&#233;cessaire modestie du formateur qui ne peut qu'&#233;mettre des propositions, le principe de responsabilit&#233; qui implique de s'inqui&#233;ter de la mani&#232;re dont les propositions &#233;ducatives seront re&#231;ues et reprises, et le principe d'ouverture qui rappelle la r&#233;ciprocit&#233; de la transformation form&#233;&#8209;formateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 2 est co&#233;crit par quatre auteurs : Annie Goudeaux, Laurence Seferdjeli, Marie-Charrlotte Bailly et Kim Stroumza. Ce chapitre milite pour un abandon du sch&#232;me hyl&#233;morphique, que Simondon traduit comme une forme dominante qui formate une mati&#232;re passive au sein de sa th&#233;orie de l'individuation. Dans la lign&#233;e de Simondon, les auteurs r&#233;cusent ce sch&#232;me hyl&#233;morphique h&#233;rit&#233; de l'antiquit&#233; grecque et qui apparente la formation &#224; du formatage. Dans un premier temps, les auteurs reviennent sur un article passionnant de Simondon de 1959, au sein duquel il d&#233;crit une recherche sur l'emploi et le d&#233;veloppement des objets techniques employ&#233;s en milieu agricole dans un contexte d'explosion d&#233;mographique qui demande une production agricole plus importante. Simondon refuse d'essentialiser les professionnels et m&#232;ne des entretiens vari&#233;s aupr&#232;s des agriculteurs et des personnes de ce territoire mettant en &#233;vidence l'absence de refus syst&#233;matique ou de fascination syst&#233;matique des objets techniques pour r&#233;v&#233;ler de mani&#232;re fine les aspects locaux d'ordre &#233;conomique, culturel, en lien avec les tailles d'exploitation et les modes de vie. Simondon souligne la n&#233;cessit&#233; d'une analyse ajust&#233;e &#224; une situation, posant des probl&#232;mes singuliers pour lesquels l'application d'un mod&#232;le g&#233;n&#233;ral applicatif ne convient pas. Il montre que des solutions sont envisag&#233;es puis mises de c&#244;t&#233; comme la coop&#233;rative afin de favoriser les exploitations familiales ainsi que les machines construites par les constructeurs industriels pour favoriser des machines suffisamment polyvalentes et ouvertes qui correspondent &#224; l'activit&#233; r&#233;elle des agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description de cette recherche men&#233;e par Simondon est choisie par les auteurs de ce chapitre en raison de la proximit&#233; conceptuelle et m&#233;thodologique avec une approche ergonomique de la formation. Tout comme Simondon, et dans la lign&#233;e de l'ergonomie de langue fran&#231;aise, ils refusent d'essentialiser les professionnels, et proposent de d&#233;placer l'analyse sur le d&#233;veloppement de l'activit&#233; des professionnels, en s'int&#233;ressant aux d&#233;terminants qui influencent le d&#233;veloppement de cette activit&#233;. Ce profond respect pour les groupes professionnels avec lesquels un chercheur travaille s'inscrit donc pour ces auteurs dans une mise &#224; l'&#233;cart du sch&#232;me hyl&#233;morphique, pour laisser toute la place &#224; la question de la transformation entendue comme &#233;mergence d'une forme nouvelle qui n'existait pas auparavant. Ils pr&#233;cisent que tout comme en ergonomie de langue fran&#231;aise, le travail n'est jamais une simple ex&#233;cution, un asservissement de l'homme &#224; la prescription. &#201;carter le sch&#232;me hyl&#233;morphique consiste alors &#224; appr&#233;hender l'activit&#233; du formateur comme celle d'un concepteur, inventeur d'environnement de formation innovants qui visent des transformations majeures et p&#233;rennes de l'activit&#233; des individus et des collectifs &#224; partir de leur potentiel de transformation et d'individuation sans jamais pouvoir en pr&#233;sager ou en pr&#233;d&#233;finir la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 3 r&#233;sulte de la contribution de Alain Muller, Nicolas Perrin et Itziar Plazaola Giger. Ce chapitre expose la volont&#233; de penser la conception d'environnements de formation sous l'angle d'une relation organique entre recherche empirique et recherche technologique qui r&#233;side dans une conception de l'activit&#233; comme autonome dont on ne peut jamais &#234;tre certain des effets. Les auteurs s'int&#233;ressent au mouvement de transformation continu de l'activit&#233;, avec des p&#233;riodes durant lesquelles l'activit&#233; peut se d&#233;ployer avec des r&#233;gularit&#233;s, puis quand la situation se transforme, l'activit&#233; peut alors &#233;chouer &#224; se d&#233;ployer comme d'habitude et se transformer &#224; son tour en produisant de nouvelles r&#232;gles, habitudes, connaissances pour aller vers une nouvelle r&#233;gularit&#233; jusqu'&#224; ce que la situation se transforme &#224; nouveau. &#192; partir de ce constat, les auteurs de ce chapitre proposent de s'int&#233;resser &#224; la mani&#232;re dont l'autonomie de l'activit&#233;, les r&#233;gularit&#233;s de l'activit&#233; et la transformation de l'activit&#233; sont conceptualis&#233;es chez six auteurs d'importance pour les membres de cette &#233;quipe de formation adulte : Varela, Maturana, Canguilhem, Simondon, Dewey et Schultz. Cette mise en contraste les am&#232;ne &#224; discuter de la source de la transformation de l'activit&#233; conceptualis&#233;e selon les auteurs soit &#224; l'int&#233;rieur d'un syst&#232;me capable de s'autoengendrer versus dans la rupture d'un &#233;quilibre qu'il s'agit de retrouver. Les diff&#233;rents d&#233;veloppements th&#233;oriques de ce chapitre sont l'occasion pour les auteurs de dessiner des lignes d'action pour les formateurs : identifier des variables d'action potentiellement f&#233;condes et chercher leur pouvoir de perturbation par des amplificateurs d'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du chapitre 4, Nicolas Perrin, Val&#233;rie Lussi Borer et Simon Flandin pr&#233;sentent des postulats, principes et crit&#232;res qui orientent le travail de conception des dispositifs de formation au sein d'un programme de recherche technologique. Les auteurs s'attellent &#224; discriminer les diff&#233;rents r&#244;les du chercheur-concepteur-formateur. Ils soulignent l'importance d'expliciter les crit&#232;res qui pr&#233;sident &#224; la conception de dispositifs de formation, puisque ces derniers orientent la d&#233;marche g&#233;n&#233;rale de recherche-conception, de la m&#234;me mani&#232;re que les hypoth&#232;ses orientent une recherche empirique. Par ailleurs, ils pr&#233;sentent la conception de dispositif de formation comme voie possible pour concilier une logique prospective de mod&#233;lisation de l'environnement de l'activit&#233; future et une logique transformative encourageant les mutualisations et les controverses des form&#233;s sur leur activit&#233;. Par-del&#224; ces deux logiques, les auteurs positionnent la conception comme la mise en forme, la structuration d'environnement d'espace d'actions encourag&#233;es pr&#244;nant une d&#233;marche par approximations successives au sein de cycles de conception it&#233;ratifs de conception-formation et recherche-conception pouvant se prolonger par une forme de conception continu&#233;e par les acteurs. Cette d&#233;marche octroie donc &#224; l'analyse de l'activit&#233; le statut de levier de reconception. On notera un effort de concr&#233;tisation des id&#233;es formul&#233;es au sein de ce chapitre par l'entremise de la description d'un espace d'actions encourag&#233;es construit avec Neopass en relevant les effets observ&#233;s sur les form&#233;s tels que l'&#233;mergence d'un sentiment de d&#233;culpabilisation vis-&#224;-vis de la difficult&#233; ordinaire/la pr&#233;figuration et l'anticipation de situations non encore rencontr&#233;es/ l'immersion mim&#233;tique/ l'identification d'indices de redressement en situation d&#233;grad&#233;e/ l'apprentissage de nouvelles actions possibles/ la compr&#233;hension des modes de transformation de l'activit&#233; et des dispositions &#224; agir sous&#8209;jacentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre 5, Alain Muller, Val&#233;rie Lussi Borer, Kim Stroumza et Marc Durand traitent de l'engagement pratique dans la recherche. Ce chapitre a particuli&#232;rement attir&#233; notre attention dans la mesure o&#249; il s'appuie sur des recherches concr&#232;tes pour donner &#224; voir les mani&#232;res possibles de piloter une recherche-formation-conception dans une vis&#233;e profond&#233;ment respectueuse de l'ensemble des acteurs impliqu&#233;s dans l'aventure : professionnels, formateurs, form&#233;s, chercheurs. Ceci tient &#224; une posture sans surplomb qui adopte toujours le point de vue des acteurs pour les accompagner dans leur chemin singulier de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en d&#233;coule trois types de cons&#233;quences pour la conduite des recherches formation conception : d'une part, &#233;laborer des protocoles de recherche qui d&#233;passent le dilemme de la rigueur scientifique versus la pertinence &#233;cologique. Les auteurs &#233;tayent leur critique des mod&#232;les applicationnistes en &#233;ducation, en rappelant qu'un exc&#232;s de rigueur scientifique peut aller de pair avec une r&#233;duction drastique des pratiques et entrainer la perte de la signification de ces pratiques, ainsi qu'une faible validit&#233; &#233;cologique. Ils proposent une voie possible pour surpasser ce dilemme par la mise en &#339;uvre de cycles de recherche-formation-conception it&#233;ratifs. Une d&#233;marche qui adopte un mouvement de balancier, d'oscillation entre le p&#244;le de la compr&#233;hension et le p&#244;le de la transformation. Ils apparentent donc leur d&#233;marche &#224; celles de la didactique du travail ou de l'ergonomie de formation au sein desquels se succ&#232;dent des phases d'analyse de l'activit&#233; de travail d'op&#233;rateurs exp&#233;riment&#233;s puis de mod&#233;lisation de cette activit&#233; au service de la conception de formation suivie d'une analyse de l'activit&#233; des formateurs et personnes form&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, ils insistent sur la n&#233;cessaire co-construction de l'objet d'enqu&#234;te entre chercheurs et praticiens, avec l'id&#233;e sous-jacente que la recherche informe, mais ne prescrit pas. Ils vont jusqu'&#224; s'interroger sur la mani&#232;re de r&#233;pondre &#224; une demande sociale en outillant la r&#233;flexion men&#233;e par les praticiens qui pourront produire par l'enqu&#234;te des r&#233;ponses qui sont les leurs et pas forc&#233;ment celles des chercheurs. Enfin, ils d&#233;crivent la mani&#232;re dont le d&#233;roulement de la recherche en boucles it&#233;ratives reconfigure successivement les objets de recherche, cr&#233;ant un mouvement spiralaire ou l'on repasse plusieurs fois par les m&#234;mes &#233;tapes de la recherche : d&#233;finition de l'objet/ recueil de donn&#233;es/analyse &#224; travers un d&#233;placement de pr&#233;occupations. Ce mouvement spiralaire cr&#233;e de la porosit&#233; entre les diff&#233;rents moments de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant appui sur des recherches concr&#232;tes, ils rappellent que les recherches &#224; vis&#233;e &#233;pist&#233;miques et pragmatiques qui cherchent &#224; transformer les pratiques &#224; travers l'implication de personnes ou de collectifs dont les valeurs ne sont pas forc&#233;ment identiques voire contradictoires peuvent susciter des points d'achoppement, voire des controverses. Apr&#232;s avoir esquiss&#233; deux voies sans issue vis-&#224;-vis de l'&#233;mergence des controverses : ne pas les traiter pour ne pas mettre &#224; mal le collectif versus les traiter de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et universalisante excluant toute possibilit&#233; de compromis, ils dessinent une voie moyenne qui consiste &#224; aider les individus &#224; exprimer les controverses, sans jamais se d&#233;tacher des conditions concr&#232;tes et situ&#233;es dans lesquelles les positions antagonistes s'incarnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils concluent le chapitre autour des lignes de tension autour desquelles se structurent les recherches technologiques : finalit&#233; &#233;pist&#233;mique versus pragmatique, ouverture versus cl&#244;ture des objets, prise en compte des arri&#232;res plans normatifs des acteurs versus retraits prudents des intervenants au sujet des controverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre 6, Deli Salini et Marc Durand se focalisent sur la conception de formations d&#233;veloppementales. Il prend appui sur un dispositif sophistiqu&#233; intitul&#233; Th&#233;&#226;tre du v&#233;cu. &#192; partir de la description de ce dispositif, les auteurs affirment que les formations d&#233;veloppementales sont des paris. Ils proposent ensuite de s'arr&#234;ter sur deux notions la promesse et le concernement pour penser les formations d&#233;veloppementales. En premier lieu, la promesse est porteuse d'une puissance, d'une force et d'une valeur. La promesse est affirmation d'un futur diff&#233;rent du pass&#233;. Quant au concernement, c'est une r&#233;serve de devenirs, plus pr&#233;cis&#233;ment, le concernement dans la promesse &#233;ducative est un possible de possibles. Pour finir, les auteurs reviennent &#224; Simondon qui con&#231;oit le d&#233;veloppement de l'activit&#233; et des &#234;tres humains comme une individuation (Simondon, 2005). Plus pr&#233;cis&#233;ment, ils convoquent le concept de trans-individuation de Simondon lorsque les individuations en &#171; je &#187; et en &#171; nous &#187; se rejoignent et se conjoignent tout en conservant une autonomie relative. Les auteurs concluent le chapitre en ouvrant la conception d'objets techniques &#233;ducatifs sur la conceptualisation d'une technologie &#233;ducative orient&#233;e vers la conception d'environnements m&#233;diateurs de trans&#8209;individuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 7 cl&#244;ture cet ouvrage, en discutant des enjeux &#233;pist&#233;mologiques du programme de recherche de cette &#233;quipe. Dans ce chapitre, Germain Poizat, prolonge le geste r&#233;flexif de l'ouvrage en inscrivant sous la lorgnette du lecteur le programme de recherche en train de se faire. Pour ce faire il commence par repositionner l'activit&#233; des chercheurs de l'ouvrage comme une activit&#233; dynamique et signifiante, individuelle-sociale et sociale-individuelle, &#233;nactive et exp&#233;rientielle. Il est rappel&#233; que dans cette perspective la science ne se situe pas seulement du c&#244;t&#233; des faits puisque ce que d&#233;crit le chercheur &#233;merge dans son monde propre au cours de l'activit&#233; de recherche, au prisme de ce que son &#233;pist&#233;mologie peut faire &#233;merger. La recherche est donc affaire d'actions incarn&#233;es. Il d&#233;plie ensuite l'id&#233;al du programme de recherche de cette &#233;quipe qui s'inscrit dans une vision programmatique de la recherche en &#233;ducation et en formation adulte &#224; vis&#233;e &#233;pist&#233;mique (production de savoirs sur le monde) et technologique (transformation du monde). Cette vision programmatique pr&#233;sente plusieurs avantages. Elle permet de soutenir la continuit&#233; de l'activit&#233; de recherche au long cours malgr&#233; les al&#233;as de la vie institutionnelle et de la diversit&#233; des demandes. Elle favorise les dialogues transdisciplinaires et les objets de d&#233;bat et de controverses, enfin elle permet d'articuler l'activit&#233; individuelle et collective au sein de cette &#233;quipe de chercheurs. Il d&#233;plie ensuite un certain nombre d'arguments en faveur du r&#244;le de l'id&#233;al de recherche qui peut permettre de d&#233;passer par abduction des blocages qui peuvent survenir dans les programmes de recherche, qui peut guider les chercheurs &#224; des prises de position fortes sur des questions ouvertes telles que la r&#233;flexion sur le sens et l'id&#233;al d'&#233;ducation afin de de se d&#233;tacher d'une tendance des sciences de l'&#233;ducation contemporaines &#224; se focaliser de mani&#232;re excessive sur les contenus et les modalit&#233;s des dispositifs d'apprentissage. Une autre perspective &#233;nonc&#233;e par l'auteur consiste &#224; d&#233;passer la sociologie critique qui documente les &#233;preuves de domination, en sugg&#233;rant d'&#233;clairer aussi et surtout les espaces d'initiative et de r&#233;silience dans les situations de vuln&#233;rabilit&#233;. Ce chapitre envisage donc la recherche formation comme une dynamique ouverte qui cherche &#224; faire advenir l'objet de sa recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture est &#224; recommander pour tous les chercheurs engag&#233;s dans des recherches d&#233;veloppementales. La forme de l'&#233;criture de cet ouvrage adopte le mouvement spiralaire identifi&#233;e par les auteurs pour d&#233;crire le d&#233;roulement de leurs recherches formation qui sont profond&#233;ment d&#233;veloppementales. &#192; travers ce mouvement spiralaire, le lecteur chemine tout au long de l'ouvrage, du p&#244;le de la compr&#233;hension au p&#244;le de la transformation. L'effort d'explicitation de ce programme de recherche permet &#233;galement la mise &#224; jour des dilemmes auxquels se confronte tout chercheur qui pilote des recherches d&#233;veloppementales, en invitant ces derniers &#224; ne jamais mettre sous le tapis les controverses qui &#233;mergent le long du chemin, mais &#224; concevoir des dispositifs pour &#233;tayer leur mise en mots dans une vis&#233;e d&#233;veloppementale sans jamais les d&#233;tacher des circonstances locales. Le travail d'explicitation des partis pris &#233;pist&#233;mologiques de ce programme de recherche offre &#233;galement l'opportunit&#233; pour des chercheurs inscrits dans d'autres cadres conceptuels de r&#233;fl&#233;chir &#224; leurs propres partis pris &#233;pist&#233;mologiques pour les confronter &#224; ce programme de recherche, pour en identifier les points d'articulations possibles, les points d'achoppements, d&#233;marche n&#233;cessaire pour participer &#224; la vitalit&#233; du champ scientifique des &#171; activity studies &#187; (Poizat &amp; Saint Martin, 2020). Enfin, tout formateur ou enseignant-chercheur, pourra d&#233;celer au gr&#232;s de la lecture des germes de r&#233;flexion pour penser et reconceptualiser sa propre pratique d'enseignant dans une perspective d&#233;veloppementale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des DOI sont automatiquement ajout&#233;s aux r&#233;f&#233;rences par Bilbo, l'outil d'annotation bibliographique d'OpenEdition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les utilisateurs des institutions qui sont abonn&#233;es &#224; un des programmes freemium d'OpenEdition peuvent t&#233;l&#233;charger les r&#233;f&#233;rences bibliographiques pour lequelles Bilbo a trouv&#233; un DOI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poizat, G., &amp; San Martin, J. (2020). The course-of-action research program : historical and conceptual landmarks. Activit&#233;s [En ligne], 17-2 | 2020, mis en ligne le 15 octobre 2020, consult&#233; le 15 mars 2023. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/activites/6434&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/activites/6434&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/activites.6434&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/activites.6434&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DOI : 10.4000/activites.6434&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon, G. (1959). Aspects psychologiques du machinisme agricole. Le concours m&#233;dical, N&#176; sp&#233;cial &#171; Colloque de psychosociologie agricole de Tours &#187;, France, juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon, G. (2005). L'individuation &#224; la lumi&#232;re des notions de forme et d'information. Grenoble (France) : Millon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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