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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>Mod&#233;lisation de l'&#233;co-accompagnement en temps de crise</title>
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		<dc:date>2022-12-19T09:55:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patricia Rached</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le pr&#233;sent article questionne l'accompagnement des &#233;tudiants dans l'enseignement sup&#233;rieur, en temps de crise. Il aborde le concept dans une compl&#233;mentarit&#233; de la vis&#233;e prax&#233;ologique li&#233;e &#224; l'exp&#233;rience et celle heuristique relative au savoir scientifique, selon une approche paradigmatique. Par la suite, l'apport issu de l'action et de la th&#233;orie sur l'accompagnement est mobilis&#233; dans des pratiques sociales de terrain bas&#233;es sur les d&#233;marches participatives au sein d'un contexte libanais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique56.html" rel="directory"&gt;Education et socialisation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sent article questionne l'accompagnement des &#233;tudiants dans l'enseignement sup&#233;rieur, en temps de crise. Il aborde le concept dans une compl&#233;mentarit&#233; de la vis&#233;e prax&#233;ologique li&#233;e &#224; l'exp&#233;rience et celle heuristique relative au savoir scientifique, selon une approche paradigmatique. Par la suite, l'apport issu de l'action et de la th&#233;orie sur l'accompagnement est mobilis&#233; dans des pratiques sociales de terrain bas&#233;es sur les d&#233;marches participatives au sein d'un contexte libanais frapp&#233; par une s&#233;rie de crises aig&#252;es. Au final, l'alliance du savoir et de l'expertise aboutit &#224; une mod&#233;lisation de l'&#233;co-accompagnement qui s'inscrit dans un paradigme chronosyst&#233;mique, construit autour de cinq logiques interd&#233;pendantes : l'&#233;pist&#233;mologique, la pragmatique, l'axiologique, l'institutionnelle et la strat&#233;gique, favorisant l'&#233;mancipation de la personne et de la collectivit&#233;, entra&#238;nant celle de l'institution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/edso/22297&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; repris de la revue &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/edso&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Education et socialisation&lt;/a&gt;, une publication sous licence CC by nc nd&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Introduction et probl&#233;matisation : quel accompagnement en temps de crise ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'accompagnement fait couler beaucoup d'encre tant sur sa d&#233;finition que sur sa mise en &#339;uvre. Une panoplie de mots le d&#233;signe, s'entrem&#234;lant et pr&#234;tant souvent &#224; confusion. Le &#171; counselling, coaching, sponsoring, mentoring c&#244;toient tutorat, conseil, parrainage ou compagnonnage &#187; (Paul, 2006, p. 14), impliquant &#171; diff&#233;rents niveaux d'accompagnement &#187;, de sorte &#171; que chacun d'entre eux prend sens et se justifie en fonction des objectifs poursuivis dans un environnement donn&#233; &#187; (De Ketele, 2014, paragr.3). Pour le cerner davantage, nous nous inscrivons dans l'&#233;tymologie du terme et consid&#233;rons que l'accompagnement est un cheminement de partenaires, de &#171; compagnons &#187; (cum panis), qui partagent le &#171; pain &#187;, les al&#233;as d'un parcours sans cesse &#224; d&#233;couvrir. La dimension relationnelle y est dominante sans tentative de contr&#244;le de l'un sur l'autre. Toutefois, face &#224; un quotidien de moins en moins pr&#233;dictible, des questions nous interpellent. Comment ce cheminement peut-il s'exercer dans un contexte en proie &#224; de violentes mutations soci&#233;tales ? Quel accompagnement peut promouvoir l'&#233;mancipation des personnes en situation de crises ? Le dispositif institutionnel suffit-il ? Quelle place occuperait la posture des acteurs &#233;ducatifs ? Peut-on faire fi de l'environnement ? Bien que le concept de l'accompagnement ne soit pas nouveau, nous avons voulu le repenser en l'inscrivant dans son temps, en contexte d'incertitude, souhaitant l'aborder dans une vision complexe &#224; partir des &#171; connaissances issues des exp&#233;riences en situations &#187;, des &#171; savoirs scientifiques appris &#187; et du &#171; contact avec les pratiques sociales du terrain &#187; (Vanhulle, 2009, p. 167-168) afin de promouvoir l'&#233;mancipation des acteurs &#233;ducatifs. Il s'agit de les accompagner afin de leur permettre d'appr&#233;hender le paysage complexe dans lequel ils &#233;voluent, les incitant &#224; s'&#233;manciper et non &#224; s'adapter, l'adaptation pouvant &#234;tre n&#233;faste dans certains environnements pathog&#232;nes (Le Boss&#233;, 2016). Composer avec les difficult&#233;s sans chercher &#224; les d&#233;passer porte souvent pr&#233;judice aux personnes qui s'y r&#233;signent alors que d'autres tentent de relever les d&#233;fis, cultivant une r&#233;silience qui les aide &#224; avancer en d&#233;pit des obstacles. Pour y parvenir, les personnes sont amen&#233;es &#224; s'affranchir de la certitude pour s'approprier l'incertitude et composer avec les mutations soci&#233;tales en les transformant en opportunit&#233;s qui viseraient leur &#233;mancipation. C'est alors qu'elles r&#233;alisent un d&#233;placement entre une situation initiale et une situation souhait&#233;e, correspondant aux aspirations de chacun (Marcel et Broussal, 2017). Elles seront en mesure d'accompagner le changement en &#233;tant proactives, d'agir et de r&#233;agir avec discernement dans l'urgence des situations. Cela se fait dans la collaboration et la solidarit&#233;, mettant en &#339;uvre une intelligence collective (De Ketele, 2021) afin de relever ensemble les d&#233;fis de l'incertitude vers l'&#233;mancipation de chaque personne ainsi que celle de la collectivit&#233;, entra&#238;nant celle de l'institution qui se repositionne en fonction des changements soci&#233;taux, au service de l'humain. L'&#233;mancipation personnelle ne peut donc se faire sans celle du collectif, au regard de l'interd&#233;pendance et de l'interrelation entre les membres de la communaut&#233; &#233;ducative, interagissant avec l'environnement mouvant. Partant de notre v&#233;cu dans un contexte &#233;ducatif libanais frapp&#233; par une s&#233;rie de crises aig&#252;es, suite &#224; une r&#233;flexion sur nos travaux de recherche et en nous impr&#233;gnant de la litt&#233;rature scientifique sur l'accompagnement, nous souhaitons r&#233;pondre &#224; la question de recherche suivante : Quel mod&#232;le de l'accompagnement permettrait-il d'appr&#233;hender la complexit&#233; de l'humain et des situations, favorisant l'&#233;mancipation des personnes, de la collectivit&#233; et de l'institution en temps de crises ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question, nous abordons l'accompagnement dans une compl&#233;mentarit&#233; de la vis&#233;e prax&#233;ologique li&#233;e &#224; l'exp&#233;rience et celle heuristique relative au savoir scientifique, mobilisant ensuite l'apport issu de l'action et de la th&#233;orie dans des pratiques sociales de terrain bas&#233;es sur les d&#233;marches participatives. Cette alliance du savoir et de l'expertise a permis d'aboutir &#224; une mod&#233;lisation de l'&#233;co-accompagnement, exerc&#233; en contexte d'incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Contexte de l'&#233;tude&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Repr&#233;sentant un brassage de cultures, d'une coexistence de religions et d'un entrem&#234;lement de peuples (Laurens, 1991), le pays des C&#232;dres favorise un vivre-ensemble riche de sa diversit&#233;, faisant &#224; la fois sa force et sa fragilit&#233;. Toutefois, cette diversit&#233; est mise &#224; l'&#233;preuve et peine &#224; cohabiter depuis octobre 2019, d&#233;but d'une s&#233;rie de manifestations menant &#224; d'intenses et virulentes revendications sociales, provoquant des tensions socio- &#233;conomiques et politiques sans pr&#233;c&#233;dent. Cette situation tumultueuse est accentu&#233;e par la pand&#233;mie de Covid-19 et par l'explosion du port de Beyrouth, affectant violemment le champ &#233;ducatif libanais, au point que trois enfants sur dix interrompent leur &#233;ducation pour trouver un emploi (Unicef, 2022). Dans ce contexte instable, le minist&#232;re de l'&#233;ducation et de l'enseignement sup&#233;rieur libanais impose l'enseignement &#224; distance (circulaire du 17 mars 2020) sans pr&#233;paration aucune, amenant les enseignants &#224; s'acquitter de leur t&#226;che, dans un sauve-qui-peut individualiste face &#224; l'urgence de la situation. C'est alors que l'on voit s'appliquer la loi du chacun pour soi, face &#224; une incertitude qui devient partie int&#233;grante du quotidien des Libanais, secouant leur vie personnelle d'individu, de citoyen ainsi que celle de la nation et de l'humanit&#233; (Morin, 2021). Nous avons donc voulu penser l'accompagnement dans l'enseignement sup&#233;rieur en temps d'incertitude fondamentale (Asencio, 2017) afin de soutenir les acteurs &#233;ducatifs, d&#233;rout&#233;s par les bouleversements qui s'enchev&#234;trent. Dans ce qui suit, nous abordons l'accompagnement comme objet de recherche en trois volets : d'abord, selon les apports th&#233;oris&#233;s de l'exp&#233;rience personnelle et professionnelle, pr&#233;sentant une premi&#232;re conceptualisation de l'accompagnement ; ensuite, selon le savoir scientifique, dans une approche paradigmatique en quatre mouvements amenant &#224; une deuxi&#232;me conceptualisation de l'accompagnement ; enfin, selon sa mobilisation dans les pratiques sociales de terrain bas&#233;es sur les d&#233;marches participatives, aboutissant &#224; une mod&#233;lisation de l'&#233;co-accompagnement en temps de crise, int&#233;grant l'ensemble de la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;L'accompagnement, fruit de l'exp&#233;rience&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'accompagnement est abord&#233; &#224; partir de notre parcours personnel et professionnel, consid&#233;rant que l'exp&#233;rience &#233;claire la science. Nous avons eu l'opportunit&#233; de vivre l'accompagnement dans ses deux aspects, comme accompagn&#233;e et accompagnante dans le contexte de l'enseignement sup&#233;rieur, sous maintes fonctions et responsabilit&#233;s (Rached, 2021). L'accompagnement ne s'est pas toujours r&#233;v&#233;l&#233; de qualit&#233;, nous incitant &#224; nous questionner sur notre parcours, au niveau du savoir-&#234;tre, du savoir-faire et des &#171; savoirs professionnels &#187; (Leplay, 2008, p. 66) afin de restructurer notre rapport &#224; l'objet de recherche (Deltand et Kaddouri, 2014). Suite &#224; la relecture de notre exp&#233;rience, nous avons abouti &#224; des apports th&#233;oris&#233;s issus de notre r&#233;flexion sur notre parcours, permettant une premi&#232;re conceptualisation de l'accompagnement, illustr&#233;e dans la figure 1, ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8028 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L480xH278/img-1-small480-9-5ccef.jpg?1671443710' width='480' height='278' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Figure 1 : L'accompagnement, fruit de l'exp&#233;rience&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette figure qui illustre les apports th&#233;oris&#233;s de l'exp&#233;rience, l'accompagnement dans l'enseignement sup&#233;rieur repr&#233;sente un co-cheminement de libert&#233;s (Rached, 2017) qui se r&#233;alise au sein d'un dispositif contextualis&#233;. Les personnes accompagnantes et accompagn&#233;es adh&#232;rent de plein gr&#233; au processus, dans le respect de leur pleine dignit&#233;. L'accompagnement est soutenu par une posture accompagnante, t&#233;moignant d'empathie et de flexibilit&#233;, prenant corps dans un environnement accompagnant qui pr&#244;ne une culture de l'attention &#224; l'autre. Il favorise le d&#233;veloppement de tout un chacun, dans une organisation apprenante qui questionne ses pratiques, s'inscrivant dans une vision strat&#233;gique en phase avec son temps. Pour optimiser le processus, le terrain s'enrichit de la recherche et vice-versa, incitant les acteurs &#233;ducatifs &#224; coop&#233;rer ensemble en alliant la th&#233;orie &#224; la pratique. Ces apports th&#233;oris&#233;s de l'exp&#233;rience ont &#233;clair&#233; la r&#233;flexion sur l'accompagnement issu du savoir scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;L'accompagnement, fruit du savoir scientifique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Face aux profondes mutations qui affectent la soci&#233;t&#233; et les individus, les acteurs &#233;ducatifs se retrouvent souvent sous tensions, ce qui influence leurs relations avec leurs coll&#232;gues et leurs &#233;tudiants. Il s'av&#232;re essentiel de leur assurer un accompagnement int&#233;gral, s'adressant &#224; l'ensemble de leur personnalit&#233;, en leur offrant un soutien affectif et &#233;motionnel en plus de l'aide cognitive et m&#233;tacognitive (Devilliers et Romainville, 2013), surtout en situation de crise o&#249; leur isolement risque d'&#234;tre accentu&#233;. Suite &#224; une r&#233;flexion sur nos travaux ant&#233;rieurs et sur ceux d'autres auteurs autour de la th&#233;matique de l'accompagnement, nous en pr&#233;sentons une approche paradigmatique en quatre mouvements (M) qui se succ&#232;dent et permettent, &#224; chaque fois, d'aborder le processus sous des angles diff&#233;rents mais compl&#233;mentaires. Dans un premier mouvement, l'accompagnement est con&#231;u comme &#171; dispositif institutionnel &#187; (M1), puis la n&#233;cessit&#233; de le soutenir par une &#171; posture socio-constructiviste &#187; s'impose et constitue le deuxi&#232;me mouvement (M2) qui &#233;volue, par la suite, pour int&#233;grer l'&#171; environnement, levier d'une organisation apprenante &#187; dans le troisi&#232;me mouvement (M3). Finalement, le quatri&#232;me et dernier mouvement (M4) est int&#233;grateur des trois premiers, mettant en avant l'importance des finalit&#233;s qui tiennent compte des enjeux soci&#233;taux, pr&#233;sentant une vision complexe de l'accompagnement, comme deuxi&#232;me conceptualisation issue du savoir scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'accompagnement comme dispositif institutionnel : paradigme positiviste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'inscrivant dans un paradigme positiviste et d&#233;terministe, le premier mouvement de l'accompagnement mobilise une d&#233;marche rationnelle, fond&#233;e sur des faits, autant que possible d&#233;montr&#233;s et valid&#233;s par la recherche. Il exige l'application rigoureuse d'un dispositif pour obtenir les effets escompt&#233;s, selon un fonctionnement descendant allouant &#224; l'institution le pouvoir absolu de la d&#233;cision. Dans ce sens, l'institution accorde aux accompagnants qui sont des enseignants universitaires le pouvoir-agir n&#233;cessaire (Le Boterf, 1998) en termes de cahier des charges, pr&#233;cisant en amont les fonctions &#224; remplir, celles de transmettre aux &#233;tudiants accompagn&#233;s les acquis souhait&#233;s pour que les effets attendus soient observ&#233;s. La figure 2, ci-dessous, illustre l'accompagnement comme dispositif institutionnel, dans sa conception positiviste et d&#233;terministe, comme 1er mouvement (M1), issu du savoir scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8029 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L480xH278/img-2-small480-5-f1a26.jpg?1671443710' width='480' height='278' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Figure 2 : L'accompagnement comme dispositif, dans sa conception positiviste (M1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dispositif institutionnel de l'accompagnement vise l'affiliation des &#233;tudiants au milieu acad&#233;mique, en termes d'int&#233;gration sociale et acad&#233;mique, leur permettant de socialiser et de s'approprier les strat&#233;gies p&#233;dagogiques. Nos premiers &#233;crits se sont inscrits dans cette lign&#233;e de l'accompagnement comme dispositif, soulignant les bienfaits de l'accompagnement int&#233;gral aboutissant &#224; des rep&#232;res institutionnels qui renforcent leur sentiment de s&#233;curit&#233;, essentiel pour leur apprentissage (Rached, 2017). Cette efficacit&#233; du dispositif est soulign&#233;e par d'autres chercheurs qui consid&#232;rent que l'accompagnement offre un soutien personnel, social et acad&#233;mique aux &#233;tudiants, favorisant leur d&#233;veloppement (Rege Colet et Lanar&#232;s, 2013). N&#233;anmoins, d'autres auteurs pointent les limites du dispositif, pr&#233;cisant qu'il ne r&#233;duit pas syst&#233;matiquement l'&#233;chec (Samraoui et al., 2012), &#233;tant souvent mal per&#231;u par les &#233;tudiants qui lui attribuent une connotation n&#233;gative (Jarousse et Michaut, 2001). Le dispositif a donc un effet dichotomique, pouvant &#234;tre facteur de contrainte s'il s'impose aux acteurs &#233;ducatifs ou de libert&#233; lorsque ces derniers se l'approprient, devenant un vecteur d'apprentissage et de d&#233;veloppement (Peeters et Charlier, 1999). Accompagnants et accompagn&#233;s le prendront pour support, y puiseront leurs ressources et l'estimeront comme balise &#224; leur &#233;mancipation. Par contre, si les acteurs r&#233;sistent au dispositif, ils peuvent se retrouver bloqu&#233;s, voire ali&#233;n&#233;s par une structure per&#231;ue comme &#233;crasante puisqu'impos&#233;e (Bachelet, 2010). Pour cela, bien que rassurante, cette conception de l'accompagnement n'est pas suffisante. Son caract&#232;re normatif ne garantit pas ipso facto les effets attendus si les normes ne sont pas int&#233;rioris&#233;es par les acteurs au sein d'une responsabilit&#233; collective (Romainville et Michaut, 2012). Par ailleurs, l'aspect normatif du dispositif qui le rendrait statique ne risque-t-il pas d'esquiver ce qui a trait &#224; l'humain ? Afin de promouvoir la flexibilit&#233; dans la pens&#233;e et le comportement, il faudrait valoriser la posture des acteurs &#233;ducatifs, objet du deuxi&#232;me mouvement, afin de soutenir et d'humaniser le dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'accompagnement comme posture : paradigme socio-constructiviste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'inscrivant dans un paradigme socio-constructiviste, le deuxi&#232;me mouvement de l'accompagnement mobilise une d&#233;marche interactive qui se r&#233;alise entre l'accompagnant et l'accompagn&#233; autour de l'objet de connaissance. Vygotsky (1978) souligne la dimension sociale de l'apprentissage et avance le concept de zone proximale de d&#233;veloppement, exprimant la diff&#233;rence entre ce que l'apprenant est capable d'apprendre seul et ce qu'il peut potentiellement apprendre lorsqu'il est aid&#233;. Ce constat valorise le r&#244;le de la posture dans l'accompagnement, con&#231;ue dans une logique participative et interactive. Au niveau du deuxi&#232;me mouvement, un point important s'ajoute au premier mouvement, celui de l'apprentissage de l'accompagnant dans la relation binaire. L'interaction entre l'enseignant-accompagnant et l'&#233;tudiant-accompagn&#233; permet non seulement &#224; ce dernier de construire sa connaissance propre mais l'interaction produit aussi de la connaissance chez l'accompagnant. Tous les deux sont dot&#233;s du pouvoir-agir, leur conf&#233;rant une autonomie qui les aide &#224; r&#233;aliser des acquis sous forme d'apprentissages. Ils jouent &#224; la fois le r&#244;le d'accompagn&#233; et d'accompagnant, s'enrichissant mutuellement et puisant chacun aux ressources de l'autre pour construire l'objet de connaissance. Cela n'exclut ni les m&#233;sententes ni les conflits qui contribuent, une fois g&#233;r&#233;s d'une mani&#232;re constructive, &#224; faire b&#233;n&#233;ficier aux deux. L'accompagnant qui a pleinement conscience qu'il apprend de l'interaction et qui se met en posture d'apprendre rendra plus efficace le processus en cours. Par ailleurs, &#224; la diff&#233;rence du premier mouvement, l'institution se trouve plut&#244;t en retrait de cette interaction et se pr&#233;sente comme un contexte pouvant faciliter le processus, le freiner ou lui &#234;tre indiff&#233;rente. La figure 3, ci-dessous, illustre l'accompagnement comme posture dans sa conception socio-constructiviste, comme 2e mouvement (M2), issu du savoir scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8030 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L480xH278/img-3-small480-3-03b60.jpg?1671443710' width='480' height='278' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Figure 3 : L'accompagnement comme posture, dans sa conception socio-constructiviste (M2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me mouvement de l'accompagnement se construit autour de l'importance de la posture d&#233;finie comme une mani&#232;re d'&#234;tre, d'agir et d'interagir (Rached et Gharib, 2020), exerc&#233;e dans une logique participative, sans tentative de contr&#244;le sur autrui. Ce deuxi&#232;me mouvement ne s'oppose pas au premier mais le compl&#232;te et lui donne du sens. La posture sous-tend le dispositif institutionnel et le dote d'un cachet humain qui tient compte des ressentis des &#233;tudiants. Nous pensons qu'il importe de tenir compte de cette dimension dans un dispositif d'accompagnement, d'autant plus que les avanc&#233;es neuroscientifiques ont confirm&#233; le lien inextricable entre &#233;motion et cognition (Damasio, 1995). Les &#233;motions semblent s'imposer dans le quotidien des institutions universitaires puisqu'elles influencent les activit&#233;s cognitives complexes des apprenants en situations d'interactions (Cuisinier et al., 2015) et favorisent leur engagement dans les &#233;tudes (Hatfield et al., 2016). De m&#234;me, les &#233;motions des acteurs &#233;ducatifs sont sensibles &#224; l'environnement avec lequel ces derniers interagissent, notamment en situation de crise. L'accompagnement s'exerce donc dans le temps et dans l'espace d'un environnement qu'il n'est pas possible d'ignorer, ce qui constitue l'objet du troisi&#232;me mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'accompagnement comme environnement : paradigme &#233;cologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradigme &#233;cologique se base sur l'approche &#233;cologique (Bronfenbrenner, 1979) qui affirme qu'une interrelation s'&#233;tablit entre les personnes et leur environnement, s'influen&#231;ant mutuellement. L'auteur consid&#232;re que l'environnement comprend divers niveaux qui interagissent ensemble : onto (composantes personnelles des individus), micro (milieu imm&#233;diat des personnes), m&#233;so (connexion entre les milieux imm&#233;diats), exo (influences indirectes de l'environnement externe) et macro (environnement culturel au sens large). Le troisi&#232;me mouvement (M3) s'inscrit dans un paradigme &#233;cologique de l'accompagnement et mobilise une d&#233;marche o&#249; l'interaction entre l'enseignant-accompagnant et l'&#233;tudiant-accompagn&#233; se poursuit et &#224; laquelle s'ajoute celle de l'institution universitaire. Celle-ci joue un r&#244;le important comme vecteur d'apprentissage pour les deux partenaires, en r&#233;f&#233;rence au &#171; Workplace learning &#187; (Billett, 2010) qui consid&#232;re qu'un apprentissage se r&#233;alise gr&#226;ce aux opportunit&#233;s ou &#171; affordances &#187; offertes par l'environnement de travail (Billett, 2010). L'accompagnement contribue ainsi au d&#233;veloppement d'une professionnalit&#233; &#233;mergente (Jorro et De Ketele, 2013) sp&#233;cifique &#224; chaque personne et pouvant, par le co-accompagnement, construire des communaut&#233;s d'apprentissage (De Ketele, 2014), leviers d'une organisation apprenante (Senge, 2006). Dans le troisi&#232;me mouvement de l'accompagnement comme environnement, les trois p&#244;les (institution universitaire, enseignant-accompagnant et &#233;tudiant-accompagn&#233;) sont dot&#233;s du pouvoir-agir qui les met en posture d'apprendre, ce qui favorise leur apprentissage, instaurant une dynamique apprenante collective, renforc&#233;e par une volont&#233; institutionnelle de promouvoir un environnement accompagnant, soutenue par une culture de l'accompagnement, bas&#233;e sur des pratiques et des valeurs partag&#233;es. L'apprentissage se d&#233;multiplie, entra&#238;nant l'ensemble des acteurs &#233;ducatifs dans une dynamique collective, transformant l'institution en organisation apprenante. La figure 4, ci-dessous, illustre l'accompagnement comme environnement, levier d'une organisation accompagnante, dans sa conception &#233;cologique, comme 3e mouvement (M3), issu du savoir scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8031 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L480xH277/img-4-small480-5-59564.jpg?1671443710' width='480' height='277' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Figure 4 : L'accompagnement comme environnement, dans sa conception &#233;cologique (M3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de ce mouvement, nous ajoutons &#224; l'interaction entre l'accompagnant et l'accompagn&#233;, celle de l'institution universitaire. Il y a une amorce de l'approche syst&#233;mique puisque trois sous-syst&#232;mes sont pr&#233;sents et interagissent mais il manque la dimension essentielle des finalit&#233;s et de la vision, celle de la strat&#233;gie, objet du quatri&#232;me et dernier mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;co-accompagnement strat&#233;gique : paradigme &#233;co-syst&#233;mique&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me mouvement s'inscrit dans le paradigme &#233;co-syst&#233;mique qui mobilise une approche int&#233;grative des trois mouvements pr&#233;c&#233;dents, en leur ajoutant un quatri&#232;me p&#244;le incontournable dans toute organisation apprenante, celui de la vision qui rend l'institution strat&#233;gique. C'est ainsi qu'elle pourra adapter ses vis&#233;es et son fonctionnement aux impr&#233;vus qui ressurgissent, en lien avec le chronosyst&#232;me, dernier &#233;l&#233;ment ajout&#233; par Bronfenbrenner (1979) &#224; son approche &#233;cologique. L'accompagnement ne peut donc s'exercer d'une mani&#232;re lin&#233;aire face aux transitions &#233;cologiques qui concernent des p&#233;riodes de changement dans la vie des personnes (cons&#233;quences migratoires de la guerre, moments de ruptures comme le deuil, la maladie, etc.). Ces changements influencent les capacit&#233;s cognitives et affectives des enseignants-accompagnants et des &#233;tudiants-accompagn&#233;s avec des r&#233;percussions sur leur environnement personnel et professionnel. La personne et l'environnement s'influencent ainsi r&#233;ciproquement, subissant chacun les mutations de l'autre. Dans notre r&#233;flexion, ce quatri&#232;me mouvement (M4) est l'aboutissement des trois mouvements pr&#233;c&#233;dents et constitue la deuxi&#232;me conceptualisation de l'accompagnement, fruit du savoir scientifique, faisant suite &#224; celle issue de l'exp&#233;rience (figure 1). La figure 5, ci-dessous, illustre l'&#233;co-accompagnement strat&#233;gique, dans sa conception &#233;co-syst&#233;mique, comme 4e et dernier mouvement (M4).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8032 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L480xH277/img-5-small480-2-bb530.jpg?1671443710' width='480' height='277' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Figure 5 : &#201;co-accompagnement strat&#233;gique, fruit du savoir scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;co-accompagnement s'inscrit dans une vision chronosyst&#233;mique qui veille &#224; pr&#233;server l'&#233;quilibre des composantes du processus dont les interactions se transforment avec les mutations de l'environnement. Bas&#233; sur une posture reliante et strat&#233;gique, au sein d'un dispositif &#233;volutif, soutenu par une organisation accompagnante, l'&#233;co-accompagnement favorise l'&#233;mancipation des acteurs &#233;ducatifs en les incitant &#224; entreprendre un d&#233;placement. Face aux crises, ils sont appel&#233;s &#224; &#234;tre proactifs, capables de se projeter dans l'avenir, en mobilisant leurs habilet&#233;s pour analyser, planifier, d&#233;cider et composer avec l'incertitude. Ils donnent du sens &#224; leur avenir en faisant preuve de cr&#233;ativit&#233; et de discernement, de responsabilit&#233; et de r&#233;silience, dans une collaboration constructive leur permettant de s'&#233;manciper ensemble, individuellement, collectivement et institutionnellement. Par cons&#233;quent, l'accompagnement &#233;co-syst&#233;mique tient compte du dialogue entre l'ensemble des syst&#232;mes avec lesquels accompagn&#233;s et accompagnants interagissent au sein de l'universit&#233;. Celle-ci se remet en question et repense sa strat&#233;gie ainsi que son fonctionnement pour accompagner l'incertitude, mettant au premier plan la personne en interaction avec l'environnement mouvant. Dans ce contexte, l'&#233;mancipation qui existait en filigrane dans les autres mouvements retrouve pleinement son sens. De m&#234;me, le quatri&#232;me mouvement serait davantage attentif &#224; l'&#233;thique qui pourrait &#234;tre oubli&#233;e ou ignor&#233;e d&#233;lib&#233;r&#233;ment face &#224; la complexit&#233; des situations, &#233;tant souvent fragilis&#233;e lors des transitions &#233;cologiques. Pourtant, elle reste in fine le seul garde-fou contre les d&#233;rives qui r&#233;sulteraient des crises. Cette interrelation entre les diverses dimensions des institutions &#233;ducatives s'est r&#233;v&#233;l&#233;e notamment dans les d&#233;marches participatives concr&#233;tis&#233;es au sein de pratiques sociales sur le terrain libanais.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;L'accompagnement, fruit des d&#233;marches participatives&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me apport &#233;mane de la mobilisation de l'accompagnement dans les d&#233;marches participatives (Marcel, 2020), rapprochant le terrain professionnel du monde acad&#233;mique, dans une &#233;thique de partenariat (De Ketele, 2021), ce qui implique un r&#233;el travail en commun entre les chercheurs de l'enseignement sup&#233;rieur et les acteurs professionnels du terrain. Les exp&#233;riences de d&#233;marches participatives ont &#233;t&#233; men&#233;es dans diff&#233;rents contextes, au sein d'un r&#233;seau d'&#233;tablissements scolaires, comme au sein d'une Acad&#233;mie de formation d'officiers ou encore dans un contexte de l'&#233;ducation non formelle pour l'enseignement de r&#233;fugi&#233;s (Rached, 2021). Ces diff&#233;rentes exp&#233;riences ont montr&#233; que la r&#233;sistance n'est pas toujours n&#233;gative (Waddell et Sohal, 1998) et qu'il est possible de transformer certains obstacles en opportunit&#233;s, relevant ensemble de nombreux d&#233;fis, en mettant en &#339;uvre un accompagnement &#233;co-syst&#233;mique, tenant compte de cinq logiques interd&#233;pendantes. Les trois premi&#232;res sont l'&#233;pist&#233;mologique, la pragmatique et l'axiologique (Albero, 2019 ; Annoot et De Ketele, 2021). L'&#233;pist&#233;mologique concerne le chercheur et rel&#232;ve du savoir scientifique, la pragmatique est relative au praticien et s'attache &#224; l'action tandis que l'axiologique est inh&#233;rente &#224; l'&#233;thique. Le contexte a cependant impos&#233; deux autres logiques, l'institutionnelle qui s'associe au politique (Demailly, 2000) pour renforcer le processus et la strat&#233;gique qui inscrit l'organisation dans des finalit&#233;s tenant compte des enjeux chronosyst&#233;miques, visant &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes pernicieux (Eoyang et Mennin, 2019). Ces probl&#232;mes qui semblent ne pas se terminer sont inh&#233;rents aux contextes de crise et n&#233;cessitent de mobiliser des comp&#233;tences transversales relatives au &#171; savoir-agir-r&#233;fl&#233;chir &#187; (De Ketele, 2022, p. 4), ou ce que nous appelons des comp&#233;tences de haut niveau, afin de favoriser l'&#233;mancipation de chacun au sein et avec le collectif. Cela exige &#171; l'usage du jugement r&#233;fl&#233;chissant &#187; (De Ketele, 2022, p. 3) pour contextualiser chaque probl&#232;me dans le temps et dans l'espace d'une institution, elle-m&#234;me interagissant avec son environnement. La figure 6, ci-dessous, pr&#233;sente l'accompagnement mobilis&#233; dans les d&#233;marches participatives, englobant les apports th&#233;oris&#233;s de l'exp&#233;rience (figure 1) et ceux du savoir scientifique (figure 5). Cette figure constitue l'aboutissement de notre r&#233;flexion et repr&#233;sente la mod&#233;lisation de l'&#233;co-accompagnement en temps de crise, fruit de l'exp&#233;rience, du savoir scientifique et des d&#233;marches participatives.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8033 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L480xH400/img-6-small480-2-af918.jpg?1671443710' width='480' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Figure 6 : Mod&#233;lisation de l'&#233;co-accompagnement en temps de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette figure, les strates syst&#233;miques r&#233;f&#232;rent aux niveaux onto, micro, m&#233;so, exo et macro, affect&#233;s par le chronosyst&#232;me (Bronfenbrenner, 1979), au sein d'un environnement en mutations, exigeant la mobilisation de comp&#233;tences de haut niveau dans une vision strat&#233;gique et chronosyst&#233;mique. Quant aux fl&#232;ches sortantes, elles indiquent le d&#233;placement de l'accompagn&#233;, de l'accompagnant et de l'institution, illustrant l'&#233;mancipation personnelle, collective et institutionnelle, mettant en &#339;uvre cinq logiques interd&#233;pendantes. L'&#233;co-accompagnement dans l'enseignement sup&#233;rieur consiste dans le co-cheminement d'accompagnants et d'accompagn&#233;s, conjuguant le savoir &#224; l'expertise, au sein des d&#233;marches participatives pour op&#233;rer un changement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Synth&#232;se et conclusion : vers un paradigme chronosyst&#233;mique de l'accompagnement ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; notre r&#233;flexion, des questions nous interpellent : l'&#233;co-accompagnement est-il un dispositif ? un processus ? une posture ? Peut-il &#234;tre, &#224; la fois, normatif et ouvert &#224; l'in&#233;dit ? Nous affirmons que l'&#233;co-accompagnement est un dispositif puisqu'il s'exerce selon des normes, inscrites dans un r&#232;glement qui garantit le fonctionnement &#233;thique et institutionnel. C'est aussi un processus puisqu'il favorise le cheminement de libert&#233;s qui interagissent en vue d'un changement. L'&#233;co-accompagnement strat&#233;gique est donc un processus ins&#233;r&#233; dans un dispositif. Par ailleurs, comme l'&#233;co-accompagnement est inh&#233;rent au champ humain, la posture des personnes est incontournable. Compos&#233;e des valeurs, des pens&#233;es, de l'agir et de l'interagir des accompagnants, elle devrait faire preuve de cr&#233;dibilit&#233;, assurant une coh&#233;rence entre les actions effectives et celles d&#233;clar&#233;es. L'&#233;co-accompagnement strat&#233;gique est donc une posture, t&#233;moignant de coh&#233;rence entre &#171; l'agir &#187; et &#171; l'&#234;tre &#187; des accompagnants. De m&#234;me, toute cette dynamique prend corps dans un contexte interne organisationnel qui interagit avec un contexte externe soci&#233;tal, souvent en mouvance, affectant les personnes et l'institution, et qu'il n'est pas possible d'ignorer. L'&#233;co-accompagnement strat&#233;gique est donc tributaire d'un double contexte, interne et externe, avec lesquels il entre en interaction. Enfin, l'&#233;co-accompagnement ne pr&#233;sente pas de mod&#232;le normatif dans le sens o&#249; il n'est pas pr&#233;d&#233;termin&#233; &#224; l'avance : les interactions nombreuses du processus ainsi que les changements environnementaux am&#232;nent de l'in&#233;dit et exigent une grande &#233;coute, traduite par une r&#233;activit&#233; et une prise de d&#233;cisions in situ. Les interactions entre les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments ne peuvent &#234;tre compatibles avec un mod&#232;le normatif qui est contraignant, indiquant ce qu'il faut faire. Toutefois, l'&#233;co-accompagnement est normatif dans sa structure : (a) objectif qui consiste &#224; amener l'accompagn&#233; &#224; faire un pas en avant pour mieux apprendre, mais on ne sait pas &#224; l'avance quel est ce pas ; (b) caract&#233;ristiques de la posture qui permettent &#224; l'accompagn&#233; de faire ce pas mais on ne sait pas non plus comment la posture peut &#233;voluer ; (c) &#233;tapes du dispositif qui aident l'accompagn&#233; &#224; se situer dans le temps et l'espace mais on ne sait pas comment chaque personne peut r&#233;agir, son adh&#233;sion au dispositif &#233;tant essentielle. Comme processus, l'&#233;co-accompagnement strat&#233;gique n'est donc pas normatif en soi mais il pourrait l'&#234;tre dans sa structure, au niveau de l'application du dispositif, orientant l'action. Par cons&#233;quent, nous consid&#233;rons que l'&#233;co-accompagnement est un processus &#233;cosyst&#233;mique, soutenu par un dispositif &#233;volutif et caract&#233;ris&#233; par une posture accompagnante. Il s'exerce dans une organisation accompagnante et apprenante, interagissant avec l'environnement afin de promouvoir l'&#233;mancipation des personnes et celle de l'institution. Dans ce sens, nous proposons de l'inscrire dans un &#171; paradigme chronosyst&#233;mique &#187;, faisant le choix &#233;pist&#233;mologique d'un accompagnement exerc&#233; en temps de crises, face aux diverses mutations soci&#233;tales qui affectent le monde. Le paradigme chronosyst&#233;mique aurait la plus-value de porter un regard strat&#233;gique sur l'accompagnement en l'inscrivant dans les pr&#233;occupations contemporaines. Le courant &#233;pist&#233;mologique que nous proposons n'est pas un rejet des quatre paradigmes d&#233;velopp&#233;s dans l'article mais plut&#244;t une actualisation du paradigme &#233;co-syst&#233;mique, en le situant en lien avec le chronosyst&#232;me qui affecte le v&#233;cu de tout un chacun ainsi que celui des institutions. Il se baserait sur trois fondements, aptes &#224; &#233;voluer avec les mutations rencontr&#233;es : (a) d&#233;marche participative humaniste, alliant la th&#233;orie &#224; la pratique, pla&#231;ant l'humain au centre des pr&#233;occupations, interagissant avec l'environnement mouvant ; (b) dispositif &#233;volutif, favorisant l'interrelation des cinq logiques, face &#224; la complexit&#233; du r&#233;el ; (c) posture strat&#233;gique, capable de proactivit&#233; et de discernement en situation d'urgence, mettant en &#339;uvre une intelligence relationnelle et &#233;motionnelle pour relever ensemble, collectivement et institutionnellement, les d&#233;fis de l'incertitude. En guise de conclusion, nous aimerions apporter une modification &#224; la recommandation de Rousseau dans l'&#201;mile (1762), lorsqu'il affirme : &#171; Vivre est le m&#233;tier que je veux lui apprendre &#187;. Dans un monde &#233;clat&#233;, souvent incoh&#233;rent et aux rep&#232;res mouvants, peut-on se contenter d'aspirer &#224; &#171; vivre &#187; ? Confront&#233;e &#224; l'impr&#233;visible qui nous incite &#224; passer d'un paradigme lin&#233;aire &#224; un paradigme complexe de l'accompagnement, &#171; s'&#233;manciper est le m&#233;tier que je veux lui apprendre &#187;, pour vivre pleinement et librement. Comme l'&#233;mancipation est d'abord relationnelle et collective (Charbonnier, 2013), elle serait intrins&#232;quement humaine, favorisant l'&#233;corelationnalit&#233; (Mutuale, 2020) qui pr&#244;ne une relation &#233;cologique, capable d'&#233;voluer dans la diff&#233;rence des singularit&#233;s, dans l'alt&#233;rit&#233; qui nous surprend et nous interpelle avec chaque mutation &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des DOI (Digital Object Identifier) sont automatiquement ajout&#233;s aux r&#233;f&#233;rences par Bilbo, l'outil d'annotation bibliographique d'OpenEdition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les utilisateurs des institutions abonn&#233;es &#224; l'un des programmes freemium d'OpenEdition peuvent t&#233;l&#233;charger les r&#233;f&#233;rences bibliographiques pour lesquelles Bilbo a trouv&#233; un DOI.&lt;/p&gt;
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