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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>Une reconversion professionnelle inattendue : du droit international &#224; l'artisanat</title>
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		<dc:date>2022-04-27T06:11:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Varvara Ciobanu-Gout</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/IMG/png/biennale2021.png' align=&#034;right&#034; height=&#034;70&#034; width=&#034;70&#034;&gt;Nous travaillons depuis plusieurs ann&#233;es sur les processus de professionnalisation et d'apprentissage sp&#233;cifiques aux entrepreneurs. C'est dans ce contexte que nous nous sommes int&#233;ress&#233;s &#224; un type particulier d'entrepreneur : l'artisan surdipl&#244;m&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire que nous avons choisi pour cette communication est celle d'un jeune dipl&#244;m&#233;, d'un Master en Droit international reconverti en artisan plombier, que nous avons appel&#233; Thomas. Comme nous le verrons dans cette communication, les motivations &#171; officielles &#187; &#224; l'origine du changement sont celles de ce public, les artisans surdipl&#244;m&#233;s : chercher l'autonomie, donner du sens &#224; leur existence, &#234;tre dans le concret, etc. (Cassely, 2017). Mais l'exploration de l'histoire de vie de la personne, nous a permis de mettre en avant la complexit&#233; de ce processus. A ce monde d&#233;senchant&#233; du travail s'ajoute une histoire identitaire, d'h&#233;ritage familial en termes de repr&#233;sentations du travail qui doit comporter un degr&#233; d'autonomie et de libert&#233;. Pour cette raison, ce tournant biographique est analys&#233; ici au regard des dynamiques identitaires.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique54.html" rel="directory"&gt;Biennale de l'&#233;ducation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://labiennale-education.eu&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L500xH46/bandeautitrebiennale-3-1bd2e.png?1648195152' width='500' height='46' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;center text-center&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Varvara Ciobanu-Gout&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Docteure en Sciences de l'&#233;ducation et de la formation&lt;br class='autobr' /&gt;
Chercheure associ&#233;e UMR EFTS, Universit&#233; Toulouse &#8211; Jean Jaur&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous travaillons depuis plusieurs ann&#233;es sur les processus de professionnalisation et d'apprentissage sp&#233;cifiques aux entrepreneurs. C'est dans ce contexte que nous nous sommes int&#233;ress&#233;s &#224; un type particulier d'entrepreneur : l'artisan surdipl&#244;m&#233;. Ce ph&#233;nom&#232;ne a pris de proportions &#233;tonnantes les derni&#232;res ann&#233;es ; on estime aujourd'hui que 12% des artisans sont des anciens cadres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce ph&#233;nom&#232;ne t&#233;moigne d'un changement profond qui est en train de se produire dans notre soci&#233;t&#233; &#171; malade de gestion &#187; (Gaulejac (de), 2005). Selon Matthew B. Crawford (2009, p.55), &#171; nous sommes au seuil d'une &#233;conomie postindustrielle au sein de laquelle les travailleurs ne manipuleront plus que des abstractions &#187;. L'auteur, un universitaire qui a d&#233;cid&#233; de se reconvertir en r&#233;parateur de motos, consid&#232;re que le travail des cadres est touch&#233; aujourd'hui par la routinisation de leurs t&#226;ches, dans une logique similaire &#224; celle qui a affect&#233; le travail manuel il y a un si&#232;cle. Si le syst&#232;me industriel a d&#233;poss&#233;d&#233; le travailleur de son &#339;uvre, nous nous dirigeons, selon Marchesney (2014), vers une soci&#233;t&#233; postindustrielle, dans laquelle le m&#233;tier va r&#233;cup&#233;rer sa place. &#171; Faire, c'est penser &#187;, estime Richard Sennett (2010), ce qui rejoint la prise de position de Crawford (&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;) qui consid&#232;re qu'une carri&#232;re d'artisan ind&#233;pendant a plus de sens que celle d'un cadre enferm&#233; dans un bureau &#224; cloison !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le ph&#233;nom&#232;ne semble soci&#233;tal, le processus de reconversion &#224; l'artisanat est v&#233;cu de mani&#232;re distincte par les personnes concern&#233;es. Cette tendance, inspir&#233;e par le livre de Crawford, l'&lt;i&gt;&#201;loge du carburateur &lt;/i&gt;caract&#233;ristique aux cadres d&#233;j&#224; en poste, qui cherchent l'artisanat pour le contact avec la mati&#232;re, montre une reconversion choisie, consentie. Mais ce n'est pas la r&#232;gle et la pr&#233;sente contribution en t&#233;moigne. Ici, le chemin est parcouru dans l'autre sens : c'est d'abord le contact avec la mati&#232;re, puis la d&#233;cision de devenir artisan, apr&#232;s des ann&#233;es d'&#233;tudes universitaires. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire que nous avons choisi pour cette communication est celle d'un jeune dipl&#244;m&#233;, d'un Master en Droit international reconverti en artisan plombier, que nous avons appel&#233; Thomas. C'est la clart&#233; et la visibilit&#233; des transformations du sujet au contact avec le travail manuel, qui a d&#233;termin&#233; notre choix. Comme nous le verrons dans cette communication, les motivations &#171; officielles &#187; &#224; l'origine du changement sont celles de ce public, les artisans surdipl&#244;m&#233;s : chercher l'autonomie, donner du sens &#224; leur existence, &#234;tre dans le concret, etc. (Cassely, 2017). Mais l'exploration de l'histoire de vie de la personne, nous a permis de mettre en avant la complexit&#233; de ce processus. A ce monde d&#233;senchant&#233; du travail s'ajoute une histoire identitaire, d'h&#233;ritage familial en termes de repr&#233;sentations du travail qui doit comporter un degr&#233; d'autonomie et de libert&#233;. Pour cette raison, ce tournant biographique est analys&#233; ici au regard des dynamiques identitaires. C'est l'informateur lui-m&#234;me qui nous a mis sur cette piste, par la force des projets de Soi (h&#233;rit&#233;, actuel et vis&#233;) &#233;voqu&#233;s pendant l'enqu&#234;te.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois parties composent notre intervention. La premi&#232;re clarifie le cadre m&#233;thodo-th&#233;orique utilis&#233; ; la deuxi&#232;me pr&#233;sente l'histoire de Thomas, en insistant sur la chronologie des faits, pour mettre en &#233;vidence cette transformation ; et enfin, une discussion cl&#244;ture notre expos&#233;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
I. Activit&#233;, biographie, projet de soi&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de cette contribution est de pr&#233;senter comment une activit&#233; apparemment anodine, les travaux de r&#233;fection d'une &#171; cave &#224; musique &#187;, est &#224; l'origine d'une transformation de projet de soi. Quelques clarifications m&#233;thodo-th&#233;oriques sont n&#233;cessaires : qu'est-ce que nous entendons par activit&#233; ? Qu'est-ce que le Projet de Soi, en tant que partie composante de dynamiques identitaires ? Quelle m&#233;thodologie utiliser pour saisir ces transformations ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
L'activit&#233; est une exp&#233;rience&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre raisonnement est fond&#233; sur le pr&#233;suppos&#233; que &#171; l'activit&#233; humaine est une exp&#233;rience, ou s'accompagne d'une exp&#233;rience, c'est-&#224;-dire un v&#233;cu subjectif inh&#233;rent &#224; toute pratique ou engagement dans une situation &#187; (Barbier et Durand, 2017, p.16). Le mot exp&#233;rience peut avoir des sens diff&#233;rents. Selon Delory-Momberger (2019a), nous distinguons trois niveaux de structuration de l'exp&#233;rience. Le premier niveau, le plus proche du sens commun, fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'exp&#233;rience v&#233;cue, ce qui arrive au sujet dans le &#171; cours quotidien de sa vie &#187;. C'est le versant &#171; spontan&#233;, inorganis&#233;, global et indiff&#233;renci&#233; &#187; de l'exp&#233;rience (Barbier et Durand, 2017, p. 17). Le deuxi&#232;me niveau, c'est l'exp&#233;rience que &#171; l'on tire des situations de la vie &#187;, c'est le versant &#171; structur&#233;, qualifiable, communicable et r&#233;fl&#233;chi &#187; (&lt;i&gt;ibidem)&lt;/i&gt;. Un troisi&#232;me niveau de l'exp&#233;rience fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'ensemble de &#171; connaissances, de savoir-faire, de comp&#233;tences li&#233;es &#224; l'exercice d'un art ou d'un m&#233;tier &#187; (Delory-Momberger, 2019a). C'est la &#171; couleur &#187; que l'exp&#233;rience peut prendre en fonction de l'activit&#233; dans laquelle le sujet est engag&#233; (Barbier et Durand, 2017, p.17).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation de l'exp&#233;rience &#171; v&#233;cue &#187; en exp&#233;rience &#171; acquise &#187; n'est pas implicite, c'est-&#224;-dire que certaines exp&#233;riences &#171; v&#233;cues &#187;, n'apportent aucun apprentissage au sujet. Pour Gaston Pineau (1991), les exp&#233;riences productrices de savoirs sont celles qui provoquent une &#171; rupture &#187; dans les rapports habituels que l'individu entretient avec l'environnement (physique, mental et social). En essayant de &#171; r&#233;parer &#187; cette rupture, le sujet change sa relation avec l'environnement. Cette nouvelle structuration est source d'apprentissage, de soi et du monde. Selon Sch&#252;tz et Luckmann ([1979], cit&#233; par Delory-Momerger, 2019a), les connaissances acquises tout au long de la vie, &#224; travers les exp&#233;riences ou les processus de socialisation, s'organisent sous la forme d'une &#171; r&#233;serve de connaissance disponible &#187;, qui joue un r&#244;le d'outil d'interpr&#233;tation des exp&#233;riences pass&#233;es et pr&#233;sentes, et permet la projection du sujet dans l'avenir (Delory-Momberger, 2019a, p.82). Si nous faisons le lien entre cette organisation de la connaissance, et l'exp&#233;rience productrice de savoir &#233;voqu&#233;e plus haut nous pouvons consid&#233;rer que cette &#171; rupture &#187; dans les rapports habituels, &#233;voqu&#233;e par Pineau, peut &#234;tre vue comme une modification de la &#171; r&#233;serve de connaissances disponibles &#187;. Cette modification entraine un changement dans la mani&#232;re de voir le monde et de se percevoir en tant que sujet, d'interpr&#233;ter ses exp&#233;riences pass&#233;es et de se projeter dans l'avenir. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
De l'activit&#233; &#224; la biographie&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Barbier (2017), il n'y a pas de diff&#233;rence entre l'activit&#233; et la vie, l'activit&#233; est &#171; tout ce que &#034;fait&#034; un sujet au monde, qu'il travaille, qu'il pense, qu'il joue, qu'il r&#234;ve, et ce que le monde lui fait quand il le fait &#187;. L'activit&#233;, est pour le sujet, source de triples transformations : dans le monde physique, ext&#233;rieur au sujet, dans le monde mental en tant qu'environnement cognitif et dans le monde social, constitu&#233; des interactions entre le sujet lui-m&#234;me et d'autres sujets avec lesquels il est en contact. Ces transformations interviennent en m&#234;me temps, mais chacune a sa propre logique de fonctionnement. Sur les trois types de transformation, seules les transformations du monde physique sont rep&#233;rables, visibles. Pour pouvoir saisir les transformations mentales, ou celles du monde social, la mise en mot semble la voie privil&#233;gi&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas de diff&#233;rence entre l'activit&#233; et la vie, nous pouvons consid&#233;rer que toutes ces transformations du monde physique, mental et social ainsi que la transformation des perceptions que le sujet a du monde, font partie int&#233;grante de la biographie du sujet. Si la transformation du monde physique est visible &#8211; la cave d&#233;labr&#233;e devient petit &#224; petit une &#171; cave &#224; musique &#187; - pour saisir les transformations produites par cette activit&#233; dans le monde mental et social du sujet, nous avons besoin d'une mise en mot de l'histoire du sujet. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Saisir les transformations du sujet par l'entretien biographique&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'entretien biographique est adapt&#233; &#224; notre objectif car il vise &#224; &#171; recueillir une parole tenue par un narrateur &#224; un moment donn&#233; de sa vie et de son exp&#233;rience, et de chercher &#224; y entendre la singularit&#233; d'une construction individuelle en relation avec les autres et avec le monde &#187; (Delory-Momberger, 2019b, p. 82). Ce type d'entretien se distingue d'autres formes d'entretiens. Il n&#233;cessite une collaboration entre l'enqu&#234;teur et l'enqu&#234;t&#233;. Le narrataire doit laisser le narrateur d&#233;ployer son histoire, il doit &#171; se laisser conduire dans les sinuosit&#233;s, les bifurcations, les ruptures de ses chemins et de ses d&#233;tours, sans jamais le d&#233;passer &#187; (&lt;i&gt;ibidem)&lt;/i&gt;. Pour autant, l'entretien biographique n'est pas un monologue et le narrataire doit &#234;tre perspicace pour poser les bonnes questions, dans les bons moments, car le r&#233;cit du narrateur est travers&#233; par des repr&#233;sentations, des croyances, des &#171; r&#233;cits culturellement disponibles &#187; (Bruner, 2002).&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il revient ainsi au chercheur de saisir la mani&#232;re dont le narrateur lie son exp&#233;rience aux &#171; modes de penser et d'agir collectif auxquels il participe &#187; (Delory-Momberger, &lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;). Le narrateur est l'auteur de son histoire et l'exp&#233;rience singuli&#232;re racont&#233;e par le sujet, est reconnue pleinement et consid&#233;r&#233;e comme processus de construction de soi (Bruner, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le projet de Soi&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans notre cas, le narrateur a mis au centre de son r&#233;cit le Projet de Soi. Ce projet, en tant que projet identitaire, repr&#233;sente selon Kadouri (2019, p. 68) ce que la personne &#171; voudrait &#234;tre et faire de soi dans le futur, la mani&#232;re dont elle voudrait se d&#233;finir et se reconna&#238;tre elle-m&#234;me, ainsi que la mani&#232;re dont elle voudrait &#234;tre d&#233;finie et reconnue par les &#171; autrui significatifs &#187;. L'&#233;cart existe entre le pr&#233;sent et le futur souhait&#233;, il mesure la distance existante entre ce que le sujet est, par rapport &#224; ce qu'il voudrait &#234;tre. Cet &#233;cart est source de tensions identitaires, que le sujet essaie de r&#233;duire. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'on voit bien l'importance de ce projet de soi, qui pousse le sujet vers l'avant et permet une orientation vers le futur, &#171; le projet de soi n'est pas objectivement saisissable &#187;, il ne doit pas &#234;tre compris &#171; comme une construction consciente visant imm&#233;diatement des r&#233;alisations concr&#232;tes, mais comme une pouss&#233;e vers l&#8216;avant, une orientation vers le futur, constitutive de l'&#234;tre &#187; (Delory-Momberger, 2005, p. 68).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;II. Comment Thomas est devenu artisan plombier apr&#232;s un Master en droit international &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sordre, la crise, en m&#234;me temps qu'ils portent les risques de la r&#233;gression, constituent les conditions de la progression&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(Morin, 1973, p.207).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre objectif est ici de saisir dans la singularit&#233; du parcours de Thomas, les transformations op&#233;r&#233;es pendant cette transition, que nous avons qualifi&#233;e de tournant biographique. C'est une transition qui entraine une reconstruction identitaire, un changement de rapport &#224; soi-m&#234;me et aux autres. Le sujet passe par une &#171; d&#233;construction et reconstruction du mythe personnel, construit dans une interaction avec l'environnement social &#187; (Dizerbo, 2019, p. 179). Ce nouveau &#171; mythe personnel &#187; construit pendant cette p&#233;riode de transition, entraine de nouveaux espaces de socialisation et par cons&#233;quent, il a besoin d'une &#171; validation sociale &#187; de cette nouvelle identit&#233;. Cette p&#233;riode est caract&#233;ris&#233;e par une &#171; moindre pr&#233;visibilit&#233; biographique et sociale &#187;. Il n'y a pas une seule possibilit&#233;, une seule voie &#224; suivre. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Saisir une opportunit&#233; qui &#233;claire le parcours&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas est &#224; la fin de ses &#233;tudes en Droit International. Il cherche un travail sans pour autant &#234;tre convaincu par le salariat. Fils d'entrepreneur, avec un grand-p&#232;re entrepreneur, il consid&#232;re que le travail doit lui laisser un certain degr&#233; de libert&#233;, d'autonomie, pour &#171; ne pas &#234;tre le subordonn&#233;, le pr&#233;pos&#233; de quelqu'un &#187;. Quelques exp&#233;riences v&#233;cues auparavant, comme celle d'un travail &#233;tudiant dans une boite de d&#233;fiscalisation, par une prospection par phoning pour &#171; mentir aux clients et leur raconter des bobards &#187;, participent &#224; l'esquisse d'un monde salarial &#171; d&#233;courageant &#187;, une sorte de &#171; matrice dans laquelle il faut entrer et prouver ceci, cela ! &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, la composition de morceaux de musique est un passe-temps pour lui, mais c'est une activit&#233; peu insonoris&#233;e dans l'appartement qu'il partage en collocation dans le vieux centre de Toulouse. L'id&#233;e de louer un endroit sp&#233;cial pour faire de la musique lui vient &#224; l'esprit, mais il l'abandonne assez rapidement quand il prend connaissance du prix de ce type de location. Un jour, en sortant de chez lui, il d&#233;couvre qu'une cave est &#224; vendre au sous-sol de son propre immeuble : un ancien studio de musique ! L'&#233;tat d&#233;labr&#233; de cette cave fait que le prix d'achat est d&#233;risoire. Thomas devient le propri&#233;taire de ce local. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du jour au lendemain, une vraie dynamique s'installe. Cette joie qu'il ressent en tant que propri&#233;taire de la &#171; vieille pierre &#187; le pousse &#224; parler autour de lui avec une passion qui rend curieux ses amis, sa famille, qui n'h&#233;sitent &#224; lui rendre visite :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai vu cette cave, je me suis passionn&#233; : pour l'urbanisme, pour les archives toulousaines, l'architecture toulousaine, l'histoire de Toulouse. Je faisais venir du monde et je me suis dit ok, tu vas te lancer dans &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le local a du potentiel mais tout est &#224; refaire : les murs, le sol, l'installation &#233;lectrique, les sanitaires&#8230; le tout, bien couvert de moisissures &#233;paisses car le local est tr&#232;s humide. Thomas n'a aucun budget pour faire les travaux mais il d&#233;cide de commencer les r&#233;parations tout seul. D'une mani&#232;re &#233;tonnante, il arrive, par sa passion, &#224; se faire aider, souvent gratuitement, par des sp&#233;cialistes dans le b&#226;timent, des architectes, des ing&#233;nieurs :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, je n'avais pas de moyens. Mais j'arrivais toujours &#224; faire venir un architecte, un ing&#233;nieur de structure, gratuitement ! J'&#233;tais tellement passionn&#233;, je pense, que je leur donnais envie de venir ! C'est &#233;trange ! Je n'avais pas de camion pour enlever le gravas, mais je suis arriv&#233; &#224; avoir un camion&#8230; J'arrivais &#224; me d&#233;brouiller !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si au moment de l'achat la destination de cette cave &#233;tait un petit local &#224; musique pour ses propres compositions, petit &#224; petit, sa projection sur l'avenir de ce bien change la destination de cette cave : &#171; inconsciemment, je savais que le monde de la musique allait &#234;tre compliqu&#233;. Oui, au d&#233;part je l'ai achet&#233; pour &#231;a, mais j'ai vite pens&#233; que cela pourrait me rapporter de l'argent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;couverte du travail manuel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#171; J'ai confiance en mes mains &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas d&#233;couvre qu'il a de l'assurance dans le travail manuel : &#171; j'ai confiance en mes mains&#8230; je ne le savais pas &#187;. Il se rend compte qu'il a toujours &#233;t&#233; attir&#233; par le bricolage quand il &#233;tait enfant ; il se souvient que ses grands-parents le r&#233;primandaient souvent car il touchait &#224; tout, il d&#233;montait tout. Mais les travaux de r&#233;fection repr&#233;sentent plus qu'un simple bricolage ; comme tout est &#224; refaire, il faut une logique dans les &#233;tapes &#224; suivre, chose pas toujours facile : &#171; parfois, je ne savais pas quoi faire ; je ne savais pas par quel bout commencer : il faut faire la dalle en premier ? L'escalier en premier ? Parfois je me perdais un petit peu dans les &#233;tapes &#187;. Il tient des carnets dans lesquels il note chaque &#233;tape &#224; faire. Les tutoriels qu'il trouve sur Internet lui sont d'un grand secours. Il r&#233;alise tout par t&#226;tonnement, sans &#234;tre s&#251;r que c'est le bon moyen de s'y prendre, mais chaque r&#233;ussite est une victoire A chaque &#233;tape, la confiance s'installe, car il sent qu'il &#171; organise bien la chose &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, il y a des choses&#8230; tu construis et &#231;a tient, &#231;a ne se casse pas, &#231;a avance. Tu installes une porte, tu ouvres la porte, tu fermes la porte : &#231;a marche bien ! Et tu te dis &#171; Waouh, je suis arriv&#233; &#224; &#231;a, c'est g&#233;nial ! &#187;. Puis on fait une deuxi&#232;me une troisi&#232;me&#8230; Puis, tu montes des murs, tu coupes du bois, et tu te dis &#171; finalement, tu g&#232;res bien le projet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;C'est concret, c'est visible&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux de r&#233;fection, n&#233;cessitent des prises de d&#233;cisions permanentes. Il d&#233;couvre que cette responsabilit&#233; lui pla&#238;t, personne n'est l&#224; pour lui dire quoi faire. En plus, les r&#233;sultats sont bons, ce qui augmente encore la confiance en soi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Finalement, je me retrouvais seul, &#224; finaliser quelque chose, puis &#224; le regarder et me dire &#171; ah, c'est bon, c'est fini &#187;. En fait, j'aime bien &#234;tre seul, c'est un peu de &#231;a. Puis, concr&#233;tiser quelque chose, voir quelque chose et se dire &#171; &#231;a y est, c'est fini &#187; Je me sens bien en &#231;a, c'est concret, c'est visible, c'est appr&#233;ci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La solitude dans ce travail ne le d&#233;range pas, au contraire ; il dit aimer se retrouver seul, dans un silence absolu, accompagn&#233; uniquement par le bruit de ses outils. A la fin de la journ&#233;e, le retour &#224; la r&#233;alit&#233; peut lui paraitre un peu &#233;trange, mais tout ce travail c'est pour lui, pour am&#233;liorer un local qui lui appartient : &#171; je passe 6, 7, 8 heures dedans, puis je sors, et je vois tout ce monde ; c'est un peu &#233;trange&#8230; mais &#231;a va, &#231;a me plait. C'est plus plaisant quand c'est pour toi, c'est &#231;a aussi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Plus &#231;a avan&#231;ait, plus j'avais confiance &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des travaux et l'appr&#233;ciation de son entourage l'assurent qu'il est sur la bonne voie : &#171; tout le monde me disait que c'&#233;tait bien, que j'avais fait une affaire. Je me disais, &#231;a y est, j'ai trouv&#233; quelque chose d'extraordinaire. J'avais des plans&#8230; &#187;. Au fur et &#224; mesure que les travaux de sa cave avancent, il commence &#224; faire de projets : acheter d'autres caves, les restaurer et les mettre en location, monter une entreprise multi-travaux. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un chantier qui a dur&#233; plusieurs mois, le local, situ&#233; dans le centre historique de Toulouse, est aujourd'hui totalement r&#233;habilit&#233;. C'est une cave vout&#233;e, en briques apparentes, qui, apr&#232;s des travaux d'insonorisation et d'acoustique, a &#233;t&#233; transform&#233; en studio d'enregistrement avec une salle de prise de son et une r&#233;gie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Une rencontre. Quand rassembler &#224; ses anc&#234;tres devient possible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les nombreuses personnes que Thomas fait venir dans sa cave, il y a deux fr&#232;res, dirigeants d'une entreprise de plomberie. L'image de cette entreprise, &#171; une belle structure, avec des effectifs &#187; lui fait penser aux entreprises dirig&#233;es par son p&#232;re et son grand-p&#232;re. La sympathie s'installe entre Thomas et ces deux fr&#232;res entrepreneurs qui l'assurent qu'il a toutes les capacit&#233;s pour cr&#233;er et g&#233;rer lui-m&#234;me une entreprise de plomberie. Cette id&#233;e m&#251;rit peu &#224; peu. Thomas fait de recherches plus pouss&#233;es sur les types de travaux r&#233;alis&#233;s par une entreprise de plomberie, les interventions, la r&#233;mun&#233;ration. Ce projet lui semble r&#233;alisable en termes de rentabilit&#233;, m&#234;me si, parmi les travaux effectu&#233;s dans sa cave, la plomberie n'&#233;tait pas celle qu'il a le plus touch&#233;e, parce qu'il a toujours consid&#233;r&#233; que la plomberie &#171; c'est un peu compliqu&#233; &#187;. Un &#233;v&#233;nement presque anodin, lui donne l'impulsion n&#233;cessaire pour prendre la d&#233;cision de devenir plombier : une photo de son grand-p&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je suis pass&#233; devant la photo de mon grand-p&#232;re, et je me suis dit : il faut que tu fasses &#231;a ! Que tu fasses la m&#234;me chose que lui, que tu montres un exemple, que tu sois un exemple comme lui, comme tes grands-parents !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;cide par la suite de passer un CAP plomberie. Il consid&#232;re que cette cave lui a permis de se d&#233;couvrir, de cheminer vers l'entrepreneuriat, premi&#232;rement par cette prise de d&#233;cision, &#171; l'action de le faire &#187;, comme il aime le dire. Puis, le fait de retrouver le travail manuel, &#171; le plaisir de la mati&#232;re, des choses concr&#232;tes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;trange ! &#199;a a &#233;t&#233; le d&#233;clencheur. Cette cave, ce travail dedans, retrouver ce travail manuel ! J'ai toujours &#233;t&#233; manuel. C'est vrai que les parents poussent les enfants &#224; faire des &#233;tudes, et c'est tr&#232;s important. Mais j'ai toujours &#233;t&#233; quelqu'un qui touche &#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Travail intellectuel &#8211; travail manuel. Un conflit d'image de soi&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce de son projet n'a pas &#233;t&#233; bien re&#231;u par son entourage. Thomas consid&#232;re que la repr&#233;sentation classique du travail manuel, est celle qui nous a &#233;t&#233; &#171; inculqu&#233;e &#187; depuis les premi&#232;res ann&#233;es &#224; l'&#233;cole : il est destin&#233; aux &#233;l&#232;ves qui ne sont pas bons en classe, envoy&#233;s assez rapidement dans des fili&#232;res professionnelles. Il doit faire face aux remarques gla&#231;antes : &#171; tu vas finir alcolo, le plombier bedonnant, la clope sur le c&#244;t&#233;, qui r&#226;le&#8230; &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond de lui-m&#234;me, il y a une sorte de lutte entre ces deux repr&#233;sentations oppos&#233;es. Il est un intellectuel, dipl&#244;m&#233; d'un Master, qui se dirige vers une profession manuelle : &#171; j'avais quand m&#234;me cette vision de moi, qui a fait des &#233;tudes &#187;, dit-il. Quelle image de soi d&#233;fendre, face aux nombreux amis &#171; qui &#233;taient un peu comme &#231;a&#8230;bonne famille &#187;, ce milieu, ou il faut &#171; se regarder, et montrer qu'on est comme-ci, comme-&#231;a&#8230; &#187; ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui le fait tenir, qui l'a aid&#233; &#224; ne pas abandonner, c'est son projet de devenir entrepreneur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#224; moi, mon projet. Si on m'avait dit &#231;a en entreprise, &#231;a n'aurait pas &#233;t&#233; pareil. L&#224;, c'&#233;tait mon projet, j'avais bien &#233;tudi&#233; le projet ; c'&#233;tait le moment d'y aller, de r&#233;ussir quelque chose. J'avais vu des entrepreneurs, des plombiers qui r&#233;ussissaient, j'avais vu sur internet que &#231;a c'&#233;tait bien r&#233;mun&#233;r&#233;, qu'il y avait des possibilit&#233;s int&#233;ressantes&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Install&#233; en tant qu'artisan plombier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La reconnaissance&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas est aujourd'hui artisan plombier, content de son choix, de chemin parcouru : &#171; c'est une certaine reconnaissance d'&#234;tre arriv&#233; l&#224; o&#249; j'en suis &#187;. Une reconnaissance qu'il vit comme &#171; une revanche &#187;, car beaucoup de personnes ne croyaient, ni dans l'achat de sa cave, ni dans sa reconversion professionnelle. La reconnaissance de ses clients est importante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Monsieur X, est commissaire aux comptes, il me demande conseil ! Et &#231;a c'est super ! Je me sens consid&#233;r&#233;, &#231;a me fait grandir. Je me dis : &#231;a y est, je suis plombier, ok ; je suis patron, ok ; mais je parle &#224; des gens importants qui me consid&#232;rent et &#231;a c'est super !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un jour, il intervient dans un cabinet d'avocats, chez des anciens coll&#232;gues de sa promo. La consid&#233;ration avec laquelle il est re&#231;u lui font croire que le pari est gagn&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je me suis senti consid&#233;r&#233; : ils ont pris le temps pour parler, c'&#233;tait g&#233;nial. Ils reconnaissaient que plombier, c'est un vrai m&#233;tier aussi ; il faut accepter la somme de travail qui est extr&#234;me et la fatigue physique, morale.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite des travaux de sa cave &#224; musique, la reconnaissance en tant que professionnel lui ont permis de d&#233;passer ce conflit d'image de soi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais lib&#233;r&#233; de &#231;a, avec la cave, travailler de mes mains. Je n'avais plus ce souci de mon statut, comment je voulais &#234;tre, comment on me regardait. Je n'ai plus ce foss&#233;. Il n'y est plus, je le g&#232;re bien. Je m'en fiche, parce que je sais o&#249; j'en suis, je sais que &#8230; J'ai plus honte. Je suis bien avec moi, c'est plus simple !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le m&#233;decin de la maison&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appr&#233;cie le travail manuel car &#171; c'est du concret, on maitrise la mati&#232;re, on voit le r&#233;sultat &#187;. Par rapport au phoning, &#171; compl&#232;tement immat&#233;riel, tu ne sais pas exactement ce que tu fais &#187;, dans la plomberie il est &#171; vraiment dans du vrai, avec des clients &#187;. Thomas a des facilit&#233;s de communication, il entre en contact avec toute personne, il aime parler &#171; de tout et de rien &#187;. Il appr&#233;cie ce travail qui n'a rien en commun avec un travail classique, o&#249; l'on doit se rendre au bureau tous les jours. Il aime aller chez les gens, et dit avoir d&#233;couvert &#224; travers son m&#233;tier, la vraie vie, et le d&#233;calage qu'il peut y avoir entre ce que les m&#233;dias nous racontent et ce qu'il voit par contact direct avec tout type de personnes ; &#171; j'aime mes clients &#187;, dit-il. Puis, il aime cette responsabilit&#233; qu'il endosse en allant chez les gens, et le regard que l'on pose sur lui : &#171; je suis un peu le m&#233;decin de la maison, et on m'&#233;coute, et c'est vrai que c'est plaisant d'avoir une responsabilit&#233; &#187;. Cette exp&#233;rience lui a permis de se d&#233;couvrir : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, rien ne me fait peur. C'est &#233;trange, aujourd'hui je pense que, si j'arr&#234;te mon entreprise de plomberie, je peux faire autre chose. Je me d&#233;couvre, je peux &#234;tre &#233;lectricien, je peux tout faire ! &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Conclusion&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Projet d'avoir &#187; et &#171; projet d'&#234;tre &#187; (Kaddouri, 2002)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'origine, de cette histoire, il y a un &#171; projet d'avoir &#187;. Mais ce projet a jou&#233; un r&#244;le r&#233;v&#233;lateur du &#171; projet d'&#234;tre &#187;. Il a mobilis&#233; l'&#234;tre dans toute sa globalit&#233;, il a r&#233;veill&#233; des passions comme celles li&#233;es &#224; l'architecture toulousaine et la vieille brique rouge ; il a mis en valeur des capacit&#233;s insoup&#231;onn&#233;es, comme le pouvoir sur l'environnement mat&#233;riel (par le travail manuel) et sur l'environnement humain (par les capacit&#233;s relationnelles). C'est une r&#233;v&#233;lation de Soi qui a d&#233;termin&#233; une modification du &#171; projet d'&#234;tre &#187; - &#234;tre entrepreneur comme son p&#232;re, comme son grand-p&#232;re.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une transition biographique&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette histoire a mis en &#233;vidence une transition biographique comme le moment de grandes transformations existentielle caract&#233;ris&#233;es par un entre-deux &#171; entre une identit&#233; actuelle qui forme le point de d&#233;part et une identit&#233; vis&#233;e qui en constitue l'issue &#187;. Le passage entre l'identit&#233; actuelle &#8211; le dipl&#244;m&#233; d'un Master en droit international &#8211; et l'identit&#233; qu'il cherche &#224; atteindre &#8211; l'entrepreneur &#8211; est difficile, car le sujet est confront&#233; aux repr&#233;sentations sociales, comme celle de l'artisan plombier, et du travail manuel en g&#233;n&#233;ral. L'&#233;cart existant entre l'image de soi-m&#234;me (l'entrepreneur) et celle que l'autrui lui accorde (le plombier), diminue par la reconnaissance de son environnement, qui est selon Kaddouri (2019b), la condition incontournable dans la construction des identit&#233;s au travail. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'activit&#233; est r&#233;gul&#233;e par les affects&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;cit a mis en &#233;vidence comment l'achat de cette cave a &#233;t&#233; source d'une dynamique particuli&#232;re. L'affect est, selon Spinoza (cit&#233; par Barbier, 2017, p.66) &#171; &#224; la fois ce qui alt&#232;re (rend autre) et ce qui active &#187; ; la joie est une augmentation de la puissance d'agir, la tristesse une diminution. Selon Barbier (&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;), ce qui rend possible l'ouverture des nouvelles actions c'est l'&#233;motion &#8211; &lt;i&gt;ex-movere&lt;/i&gt; &#8211; sortir de soi et se mettre en mouvement. Or l'&#233;motion apparait, lorsque les affects introduisent une rupture dans le cours habituel de l'activit&#233;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous pouvons conclure avec ce constat d&#233;j&#224; exprim&#233; par Sennett (2010) : la s&#233;paration de la t&#234;te et de la main, sp&#233;cifique &#224; notre &#233;poque, n'est pas qu'intellectuelle, elle est aussi sociale. Mais, dans le contact avec la mati&#232;re le sujet retrouve le sens du r&#233;el. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Bibliographie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Barbier, J.-M. et Durand, M. (2017). Prendre l'activit&#233; comme objet d'analyse, in Barbier, J.-M. et Durand, M&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;(2017).&lt;i&gt; Encyclop&#233;die d'analyse des activit&#233;s&lt;/i&gt;. Paris : PUF.&lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bruner, 2002. &lt;i&gt;Pourquoi nous racontons-nous des histoires ?&lt;/i&gt; Paris : Retz.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Breton, H. (2020). L'enqu&#234;te narrative, entre dur&#233;e et d&#233;tail. &lt;i&gt;Education permanente&lt;/i&gt;, 222(1), 31-41.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cassely, J.-L. (2017). &lt;i&gt;La r&#233;volte des premiers de la classe. M&#233;tiers &#224; la con, qu&#234;te de sens et reconversions urbaines. &lt;/i&gt;Paris : Arkh&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crawford, M. (2009). &lt;i&gt;&#201;loge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail&lt;/i&gt;. Paris : La d&#233;couverte. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delory-Momberger, C. (2005). &lt;i&gt;Histoires de vie et recherche biographique en &#233;ducation&lt;/i&gt;. Paris : Editions Economica.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delory-Momberger, C. (2019). Exp&#233;rience. Dans : Christine Delory-Momberger &#233;d., Vocabulaire des histoires de vie et de la recherche biographique (pp. 81-85). Toulouse : &#201;r&#232;s. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/eres.delor.2019.01.0081&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/eres.delor.2019.01.0081&lt;/a&gt;&#034;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delory-Momberger, C. (2019). Entretien de recherche biographique. Dans : Christine Delory-Momberger &#233;d., &lt;i&gt;Vocabulaire des histoires de vie et de la recherche biographique&lt;/i&gt; (pp. 342-345). Toulouse : &#201;r&#232;s. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/eres.delor.2019.01.0342&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/eres.delor.2019.01.0342&#034;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dizerbo, A. (2019). Tournant biographique. Dans : Christine Delory-Momberger &#233;d., &lt;i&gt;Vocabulaire des histoires de vie et de la recherche biographique&lt;/i&gt; (pp. 179-181). Toulouse : &#201;r&#232;s. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/eres.delor.2019.01.0179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/eres.delor.2019.01.0179&#034;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaulejac (de), V. (2005). &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; malade de la gestion. Id&#233;ologie gestionnaire, pouvoir manag&#233;rial et harc&#232;lement social&lt;/i&gt;. Paris : Seuil.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kaddouri, M. (2002). Le projet de soi entre assignation et authenticit&#233;. Dans, Les dynamiques identitaires : questions pour la recherche et la formation. &lt;i&gt;Recherche et formation, &lt;/i&gt;(41), 31-47.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kaddouri, M. (2019a). Dynamiques identitaires. Dans : Christine Delory-Momberger &#233;d., &lt;i&gt;Vocabulaire des histoires de vie et de la recherche biographique&lt;/i&gt; (pp. 66-69). Toulouse : &#201;r&#232;s. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/eres.delor.2019.01.0066&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/eres.delor.2019.01.0066&#034;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kaddouri, M. (2019b). Les dynamiques identitaires : une cat&#233;gorie d'analyse en construction dans le champ de la formation des adultes. &lt;i&gt;Savoirs&lt;/i&gt;, 49, 13-48. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/savo.049.0013&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/savo.049.0013&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marchesnay, M. (2014). Repenser l'entrepreneur : de l'esprit d'entreprise &#224; l'esprit de m&#233;tier. &lt;i&gt;Innovations, &lt;/i&gt;(44), 11-31.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin, E. (1973). Le Paradigme perdu. La nature humaine. Paris : Editions du Seuil.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pineau, G. (1991). Formation exp&#233;rientielle er th&#233;orie tripolaire de la formation, in Courtois, B. et Pineau, G. (1991). &lt;i&gt;La formation exp&#233;rientielle des adultes&lt;/i&gt;. Paris : La documentation fran&#231;aise.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sennett, R. (2010). &lt;i&gt;Ce que sait la main. La culture de l'artisanat&lt;/i&gt;. Paris : Albin Michel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.capital.fr/votre-carriere/ces-cadres-qui-passent-un-cap-pour-devenir-artisan-1295193&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.capital.fr/votre-carriere/ces-cadres-qui-passent-un-cap-pour-devenir-artisan-1295193&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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