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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>De l'ing&#233;nierie citoyenne : une technique au service de la soci&#233;t&#233;</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article9930.html</link>
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		<dc:creator>Comit&#233; FormIC</dc:creator>



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&lt;p&gt;Un article repris du site d'ing&#233;nieurs sans fronti&#232;res, une publication sous licence CC by sa &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'id&#233;e socratique selon laquelle &#034;une vie sans se poser de question ne vaut pas la peine d'&#234;tre v&#233;cue&#034; est toujours en vigueur, alors il faudrait que quelqu'un mette au courant la plupart des ing&#233;nieurs [1]. &#187; Si la provocation de Landgon Winner fait sourire, il n'en reste pas moins qu'elle d&#233;range, tant elle touche juste une profession qui ne sait plus bien pourquoi elle travaille. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique29.html" rel="directory"&gt;Ing&#233;nieurs sans fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;https://isf-france.org/node/1585&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; repris du site d'ing&#233;nieurs sans fronti&#232;res, une publication sous licence CC by sa&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'id&#233;e socratique selon laquelle &#034;une vie sans se poser de question ne vaut pas la peine d'&#234;tre v&#233;cue&#034; est toujours en vigueur, alors il faudrait que quelqu'un mette au courant la plupart des ing&#233;nieurs [1]. &#187; Si la provocation de Landgon Winner fait sourire, il n'en reste pas moins qu'elle d&#233;range, tant elle touche juste une profession qui ne sait plus bien pourquoi elle travaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, les ing&#233;nieur&#183;es ont oubli&#233; leur histoire : de quoi l'ing&#233;nieur&#183;e est-il l'h&#233;ritier&#8901;&#232;re (culture, fonction, d&#233;cision) ? A quelle &#233;poque na&#238;t-iel et pourquoi ? Quels sont les diff&#233;rents r&#244;les, technique et social, qui lui ont &#233;t&#233; donn&#233;s &#8211; ou qu'iel a pris &#8211; au cours de l'histoire ? Mais aussi, qu'est-ce que tout cela nous dit sur l'ing&#233;nieur&#173;&#183;e d'aujourd'hui ? D'autre part, iels ont souvent une vision r&#233;ductrice de leur r&#244;le et de leurs responsabilit&#233;s, souvent r&#233;duites &#224; un r&#244;le de garant&#183;e du cahier des charges et de gestion d'&#233;quipe. L'histoire et le r&#244;le des ing&#233;nieur&#183;es sont deux sujets habilement esquiv&#233;s dans les formations ing&#233;nieur&#183;es, qui n'int&#232;grent des sciences humaines et sociales dans leur cursus qu'&#224; des fins utilitaristes (afin d'optimiser pour rentabiliser). Pourtant, bien que marginaux, nombreux&#183;ses sont celleux qui comprennent la n&#233;cessit&#233; de remplir un &#171; r&#244;le &#233;cologique et social &#187;, c'est-&#224;-dire de pratiquer une ing&#233;nierie dans l'Anthropoc&#232;ne, qui permette de freiner ou de faire face aux enjeux plan&#233;taires (r&#233;chauffement climatique, destruction de la biodiversit&#233;, pression sur les ressources, acc&#232;s &#224; l'eau, in&#233;galit&#233;s, etc.). Ces dernier&#183;i&#232;res se heurtent violemment &#224; l'incapacit&#233; des &#233;coles &#224; former les ing&#233;nieur&#183;es sur ces questions (pas le temps, pas les comp&#233;tences en interne, pas la priorit&#233;, etc.) et &#224; l'objectif de rentabilit&#233; financi&#232;re des entreprises, garantis par la loi et le cadre hi&#233;rarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article se compose de deux parties. Dans la premi&#232;re, nous proposerons de d&#233;cortiquer une part de l'h&#233;ritage culturel r&#233;cent de l'ing&#233;nieur&#183;e en analysant et en d&#233;construisant le mythe du progr&#232;s, ancr&#233; dans un syst&#232;me &#171; n&#233;olib&#233;ral &#187;. Dans une seconde partie, nous essaierons de passer de la critique aux alternatives et de proposer d'une part, des moyens pour prendre conscience de l'histoire, des r&#244;les et des responsabilit&#233;s de l'ing&#233;nieur&#183;e ; et d'autre part, des moyens pour remplir ce &#171; r&#244;le &#233;cologique et social &#187; n&#233;cessaire pour agir dans l'Anthropoc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Partie I : Une ing&#233;nierie pas si neutre !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'ing&#233;nierie ? Qu'est-ce qu'un&#183;e ing&#233;nieur&#183;e ? Ces deux questions mettent souvent en peine celleux-l&#224; m&#234;me qui poss&#232;dent un dipl&#244;me d'ing&#233;nieur&#183;e. Consid&#233;rons l'ing&#233;nierie comme &#034;l'art de mod&#233;liser un objet (machine, organisation, individu...) en vue de v&#233;rifier l'efficacit&#233; de son action [2].&#034; Elle s'appuie souvent sur le formalisme math&#233;matique (ou informatique), en partie sur des m&#233;thodes scientifiques, et surtout, elle rel&#232;ve de choix : on choisit l'objet que l'on mod&#233;lise, la fa&#231;on de le mod&#233;liser, la d&#233;finition de l'efficacit&#233; et ses crit&#232;res de v&#233;rification. L'ing&#233;nieur&#183;e, au-del&#224; de pratiquer l'ing&#233;nierie en est l'h&#233;ritier&#8901;&#232;re et le&#8901;a gardien&#8901;ne. D'une part, iel h&#233;rite de l'ensemble des m&#233;thodes, outils et moyens qu'ont choisi et &#233;prouv&#233; avant ellui ses pr&#233;d&#233;cesseur&#8901;es. Cet h&#233;ritage rel&#232;ve en partie d'une croyance dans &#034;le progr&#232;s&#034; par la technique (sous partie 1). D'autre part, il en est le&#8901;a gardien&#8901;ne : sa l&#233;gitimit&#233;, le fonctionnement actuel des soci&#233;t&#233;s industrielles ainsi que la fa&#231;on de les g&#233;rer - nommons cela le &#034;n&#233;olib&#233;ralisme&#034; - d&#233;pendent de l'ensemble des technologies qui composent ces soci&#233;t&#233;s (sous partie 2).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;On n'arr&#234;te pas le progr&#232;s !&#034; ou comment l'ing&#233;nieur&#183;e s'est mis au service des technologies&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#034;On n'arr&#234;te pas le progr&#232;s&#034;, alors on se met &#224; son service. L'innovation et la num&#233;risation, au-del&#224; d'avoir brillamment remplac&#233; le mot &#034;progr&#232;s&#034;, sont les armes modernes des ing&#233;nieur&#183;es qui se mettent au service de leurs employeur&#183;euses (Etat, industriels...) afin d'optimiser les cha&#238;nes (humaines, m&#233;caniques et virtuelles) pour la rentabilit&#233;. Le progr&#232;s humain (r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s et augmentation globale du niveau de vie) passerait n&#233;cessairement par le progr&#232;s technique, bon en soi et &#233;chappant d&#233;sormais &#224; tout contr&#244;le humain, dont les ing&#233;nieur&#183;es ne seraient pas responsables (moralement). Cette phrase contient les quatre principaux mythes, souvent constitutifs de la culture des ing&#233;nieur&#183;es, que nous nous attachons &#224; d&#233;construire dans la suite. Nous reviendrons sur les deux premiers mythes, pour les deux suivants (&#034;les techniques sont autonomes&#034; et &#034;les ing&#233;nieur&#183;es ne peuvent &#234;tre tenu&#183;es pour responsable car soumi&#183;es aux choix politiques et &#233;conomiques d&#233;cid&#233;s en amont&#034;), n'h&#233;sitez pas &#224; vous reporter au livre de Fanny Verax et Laure Flandrin &#034;Quelle &#233;thique pour l'ing&#233;nieur ?&#034; (voir bibliographie en fin d'article).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mythe 1 : &#034;La science d&#233;couvre, l'industrie applique, l'homme s'adapte&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la premi&#232;re lecture, l'ing&#233;nieur&#8901;e pourrait avoir du mal &#224; voir ce qu'il y a &#224; redire de ce vieux slogan de l'exposition universelle de Chicago datant de 1933, pourtant compl&#232;tement faux. Il est int&#233;ressant de l'&#233;tudier car il est repr&#233;sentatif de l'imaginaire technophile qui voudrait que les techniques (ou technologies) permettent d'aller toujours plus loin et de se sortir de toutes les situations. D'abord, il suppose qu'il n'existe qu'une seule science, qu'une seule industrie et qu'un seul Homme. Or, les notions de &#034;science&#034; et &#034;industrie&#034; sont loin d'&#234;tre &#233;videntes : ce qu'elles recouvrent, quand et comment elles sont apparues, sont des questions qui font l'objet de nombreuses &#233;tudes depuis l'apparition de ces notions, surtout dans les domaines de l'Histoire, la sociologie, l'anthropologie des sciences et l'&#233;pist&#233;mologie. Ensuite, il laisse entendre que la science se situe au fondement de toutes les avanc&#233;es de l'industrie et de l'Homme. Cependant, la recherche th&#233;orique, qui se cantonne dans des bureaux de math&#233;maticien&#183;nes ou de physicien&#183;nes th&#233;oriques, ne repr&#233;sente qu'une minorit&#233; de la recherche. L'immense partie se trouve &#234;tre des &#034;sciences appliqu&#233;es&#034; (aussi appel&#233;es &#034;science de l'ing&#233;nieur&#183;e&#034;) dans les laboratoires de recherche publics mais surtout dans les laboratoires des entreprises priv&#233;es (&#034;recherche et d&#233;veloppement, R&amp;D&#034;). Donc, c'est l'industrie - i.e. le capital - qui est la principale source de &#034;science&#034;, non l'inverse. Enfin, les d&#233;veloppements technologiques actuels obligent effectivement l'Homme &#224; s'adapter. Par exemple, l'organisation ville-campagne ou ville-p&#233;riph&#233;rie (&#233;talement urbain, prix du logement, localisation des emplois...) oblige un grand nombre de personnes &#224; prendre la voiture pour aller travailler, &#224; perdre un temps consid&#233;rable dans les transports en commun ou &#224; sacrifier une partie cons&#233;quente de leur salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la plupart des soci&#233;t&#233;s actuelles reposent sur le triptyque science-technique-industrie qui implique un &#171; travail de greffe des techniques innovantes sur le corps social [et] suppose de vaincre les r&#233;sistances populaires au changement technique [13 ; p.128]. &#187;. Il est du devoir des ing&#233;nieur&#8901;es de faire changer ce postulat en repensant les liens entre sciences, techniques et soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mythe 2 - &#171; Les techniques sont neutres &#187; (moralement et politiquement)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est courant d'entendre l'adage selon lequel un objet technique n'est ni bon ni mauvais en soi. Par exemple un couteau peut servir &#224; trancher des carottes ou la gorge d'un individu. Ainsi la technique ne serait qu'un moyen au service d'une fin. Cette th&#233;orie ne tient pas car les techniques portent en elle des valeurs (votre voiture &#233;met un bip tant que vous n'avez pas mis votre ceinture de s&#233;curit&#233; ; un automate ob&#233;it &#224; une suite de r&#232;gles d&#233;finies par des humains ; etc.), des choix faits lors de leur conception et de leur fabrication qui ont &#233;t&#233; souvent internalis&#233;s, c'est &#224; dire que ces choix ne sont pas toujours conscients. De plus ces objets techniques cr&#233;ent une interface privil&#233;gi&#233;e dans la fa&#231;on dont l'humain interagit avec son environnement. Par exemple un gobelet en plastique jetable incite &#224; jeter. Il promeut donc une culture du jetable qui s'appuie sur une fa&#231;on de penser le monde et les ressources naturelles de la Terre. A Ing&#233;nieurs sans fronti&#232;res, nous d&#233;fendons la th&#232;se que les techniques nous fa&#231;onnent autant que nous les fa&#231;onnons, et quelles ne sont donc &#034;ni bonnes, ni mauvaises, ni neutres&#034; [3]. Les ing&#233;nieur&#183;es portent donc une responsabilit&#233; dans le d&#233;veloppement sociotechnique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que dans une ontologie (c'est &#224; dire une th&#233;orie sur l'&#234;tre, un &#034;ensemble de v&#233;rit&#233;s fondamentales de l'&#234;tre.&#034; cnrtl) rationaliste o&#249; les statistiques - et donc le calcul - r&#232;gnent seuls sur les m&#233;thodes de l'ing&#233;nieur&#183;e, ces dernier&#183;i&#232;res n'ont pas vraiment de question &#224; se poser. S'il y a une norme ? L'ing&#233;nieur&#183;e la respectera. S'il y a une m&#233;thode ? L'ing&#233;nieur la respectera. S'il y a un doute sur la finalit&#233; de l'action (morale, politique, technique...) ? L'ing&#233;nieur&#183;e en fera abstraction car, apr&#232;s tout, ce n'est pas son r&#244;le, n'est-ce pas ? La place de cette ontologie est marqu&#233;e par la domination des mati&#232;res scientifiques sur les sciences humaines et sociales (SHS dans la suite, parfois appel&#233;es &#034;humanit&#233;s&#034;) dans la s&#233;lection et le parcours de l'ing&#233;nieur&#183;e. Et pourtant, les formations en ing&#233;nierie enseignent un certain type de SHS. Mais elles n'enseignent pas n'importe lesquelles : aujourd'hui, dans les programmes des formations, les sciences humaines et sociales sont majoritairement utilitaristes, c'est-&#224;-dire qu'elles sont mobilis&#233;es pour permettre aux ing&#233;nieur&#183;es d'exercer un r&#244;le de cadre-manager en entreprise : gestion de projet, comptabilit&#233;, communication, droit de l'entreprise, et langues [3]. Pour Ing&#233;nieurs sans fronti&#232;res, cette formation sociale en ing&#233;nierie et la perspective m&#233;tier qui l'accompagne rel&#232;vent de certaines id&#233;ologies et &#233;thique, dont les principes seront d&#233;taill&#233;es dans la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;olib&#233;ralisme(s)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit du commerce domine tous les autres codes &#224; l'&#233;chelle mondiale. Le laisser-faire &#233;conomique devient le principal mode de r&#233;gulation des innovations, laissant les m&#233;canismes comp&#233;titifs de l'offre et de la demande d&#233;cider des dispositifs techniques qui font soci&#233;t&#233;. La course &#224; l'innovation est le nouvel imp&#233;ratif, alors que 90% des entreprises ne d&#233;passent jamais le cap des 3 ans apr&#232;s leur cr&#233;ation. Ainsi, en ne collectant que les capitaux n&#233;cessaires &#224; leur recherche et d&#233;veloppement, sans trouver de publics pour s'approprier leurs dispositifs, ces inventions restent dans les oubliettes de l'histoire des techniques, alors que ces investissements auraient pu &#234;tre mieux r&#233;fl&#233;chis. Malgr&#233; ces &#233;checs si nombreux, l'esprit lib&#233;ral de ce XXI&#232;me si&#232;cle permet l'&#233;mergence de tout un tas de besoins artificiels pour entretenir la croissance &#233;conomique comme moteur de nos soci&#233;t&#233;s dites modernes. Il institue &#233;galement une nouvelle forme de sociabilit&#233;, celle de l'utilitarisme et de l'Homo &#338;conomicus o&#249; la norme sp&#233;cifiquement entreprenariale de la recherche de la rentabilit&#233;, celles des entreprises, devient aussi la norme comportementale des consommateur&#183;ices. C'est donc diff&#233;rents aspects la vie quotidienne qui deviennent alors perm&#233;ables au prisme de la maximisation du rapport entre les b&#233;n&#233;fices des co&#251;ts investis (mon&#233;taires ou autres). Cela aboutit &#224; l'effacement des liens de solidarit&#233; et laissent ainsi la place &#224; l'individualisme (illusion de la libert&#233; d'acc&#233;der &#224; un monde social personnalis&#233; en dehors de tout cadre polic&#233; pr&#233;existant). Les confits sont alors de plus en plus masqu&#233;s, voire inexistants alors qu'ils devraient pourtant &#234;tre centraux dans une soci&#233;t&#233; qui s'estime d&#233;mocratique et qui se construit par le d&#233;bat d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me capitalistique est aussi intrins&#232;quement g&#233;n&#233;rateur d'in&#233;galit&#233;s. Chaque ann&#233;e, OXFAM nous rappelle &#224; quel point les plus gros milliardaires de la plan&#232;te sont de moins en moins nombreux&#183;ses &#224; poss&#233;der autant de richesse que la moiti&#233; de la population mondiale la plus pauvre. Au-del&#224; de cette accumulation de profits qui g&#233;n&#232;rent des in&#233;galit&#233;s dans l'acc&#232;s aux conditions mat&#233;rielles d'existence, c'est &#233;galement du pouvoir qu'accumulent les actionnaires - celui d'orienter les processus de recherche et les r&#233;glementations politiques vers les inventions de leur choix, imposant ainsi leurs modes de vie sans concertation des citoyen&#183;nes. Alors que le lib&#233;ralisme pr&#233;tend donner sa chance &#224; chacun&#183;e de d&#233;velopper son entreprise, le mod&#232;le socio-&#233;conomique capitaliste institu&#233; depuis la r&#233;volution industrielle l'en emp&#234;che par la cr&#233;ation d'oligopoles industriels qu'il est difficile de concurrencer pour construire des alternatives au mode de vie dominant [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les grandes entreprises, la RSE (Responsabilit&#233; sociale de l'entreprise) est construite en paravent de ces probl&#233;matiques et vise &#224; susciter l'adh&#233;sion [5]. Ces nouvelles exigences normatives donnent de nouvelles raisons aux ing&#233;nieur&#183;es et aux cadres &#8211; auxquel&#183;les elles s'adressent en priorit&#233; &#8211; de s'investir pleinement pour leur entreprise sans remettre en question leur position oligopolistique dans ce mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral qui leur laisse toujours plus de marge de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce mod&#232;le qui reste tr&#232;s largement enseign&#233; dans les cursus formant les futur&#183;es ing&#233;nieur&#183;es. Il l'est &#224; travers notamment les cours de sciences humaines et sociales &#8220;utilitaristes&#8221; mentionn&#233;es plus haut ainsi que sous la forme d'approches normatives et cadr&#233;es &#8211; dont la norme ISO 26 000 de l'Organisation internationale de normalisation est l'un des avatars &#8211; qui ne permettent pas &#224; l'&#233;tudiant&#183;e ni de porter un regard critique sur la mise en &#339;uvre de telles d&#233;marches ni de se tourner vers des alternatives pourtant foisonnantes. Il devient alors n&#233;cessaire de former &#224; comprendre les enjeux sociaux-&#233;conomiques dans leur ensemble, de fa&#231;on &#224; donner aux futur&#8901;es cadres et technicien.nes des cl&#233;s pour remettre l'entreprise au service d'un projet collectif en s'interrogeant sur l'utilit&#233; sociale et &#233;conomique de sa production.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Partie II : De la critique aux alternatives&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du statut d'expert&#8901;e au r&#244;le de m&#233;diateur&#8901;ice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par un petit retour historique du titre d'ing&#233;nieur&#183;e. La Commission du Titre d'Ing&#233;nieur (CTI) a &#233;t&#233; mise en place en 1934. Dans cette p&#233;riode, les ing&#233;nieur&#183;es sont en qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233;, se trouvant socialement d&#233;class&#233;s car leurs formations ne r&#233;pond pas aux besoins des entreprises. La CTI joue donc le r&#244;le de contr&#244;le du dipl&#244;me (et donc des formations), autorisant ou non les &#233;coles &#224; donner le titre d'ing&#233;nieur&#183;e &#224; leurs dipl&#244;m&#233;&#183;es. Dans d'autres pays (aux &#201;tats-Unis, au Qu&#233;bec, en Tunisie ou en Espagne etc.) ce n'est pas la formation qui est contr&#244;l&#233;e sp&#233;cifiquement mais l'activit&#233; professionnelle, par la pr&#233;sence d'un ordre des ing&#233;nieur&#183;es. En France, la question s'est pos&#233;e dans les ann&#233;es 30 et revient r&#233;guli&#232;rement sur la table, mais sans jamais aboutir. Il semble en effet difficile de mettre en place un ordre car le terme &#171; ing&#233;nieur&#183;e &#187; renvoi, en France, avant tout &#224; un dipl&#244;me et non pas &#224; des pratiques professionnelles ou m&#234;me un statut social commun. &#202;tre ing&#233;nieur&#183;e ne donne pas acc&#232;s &#224; un m&#233;tier particulier mais &#224; un ensemble de m&#233;tiers. Antoine Derouet indique ainsi que la profession d'ing&#233;nieur&#183;e &#171; existe sans exister &#187; [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, ce contr&#244;le de la formation par la CTI explique, malgr&#233; la grande diversit&#233; des &#233;coles, une certaine uniformit&#233; dans les formations en ing&#233;nierie [7], et donc une certaine uniformit&#233; dans les repr&#233;sentations de soi et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ing&#233;nieur&#183;es sont souvent per&#231;u&#183;es (et se per&#231;oivent) comme des &#234;tres rationnels (voire hyper-rationnels). Le titre sert alors d'argument d'autorit&#233;. Pourtant, iels sont soumis aux m&#234;mes biais de raisonnement que tous les autres. Malgr&#233; cela, l'ing&#233;nieur&#183;e se consid&#232;re au-dessus des autres, comme une &#233;lite, que le discours en classe pr&#233;paratoire a achev&#233; de persuader [8][9]. Cette rationalit&#233;, suppos&#233;e presque parfaite, semble produire chez les ing&#233;nieur&#183;es une croyance qu'iels pourraient &#234;tre expert&#183;es sur n'importe quel sujet puisque, &#224; la diff&#233;rence des autres, iels ont appris &#224; r&#233;fl&#233;chir. Or, m&#234;me si la formation d'ing&#233;nieur&#183;e permet d'acqu&#233;rir des aptitudes indiscutables, il serait int&#233;ressant que les ing&#233;nieur&#183;es se rendent compte de leurs limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des angles morts r&#233;guli&#232;rement point&#233; du doigt lorsqu'on parle de concevoir des solutions techniques, est le &#034;facteur humain&#034;. Cela vient en grande partie du manque de formation en sciences humaines et sociales des ing&#233;nieur&#183;es. Les sciences humaines (psychologie, sociologie, anthropologie etc.) permettent, entre autres, de d&#233;crire et de mieux appr&#233;hender les comportements humains dans leur diversit&#233;, tout en alertant sur les risques engendr&#233;s par la solution technique. Cet oubli n'est pas sans cons&#233;quence. Concevoir des applications et des algorithmes qui incitent l'utilisateur&#183;rice &#224; les utiliser et favorisent la d&#233;pendance aux &#233;crans a de nombreuses cons&#233;quences : non seulement sur les individus mais aussi &#224; plus large &#233;chelle sur des groupes d'individus, voire sur la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que l'on a mis en &#233;vidence l'importance de prendre en compte l'humain dans une conception technique, comment faire pour que cela fasse &#233;galement partie du m&#233;tier d'ing&#233;nieur&#183;e ? La solution n'est jamais unique, mais celle sur laquelle nous proposons de nous concentrer est la formation des &#233;tudiant&#183;es ing&#233;nieur&#183;es. Pour cela, il serait primordial de mettre en place des formations &#224; diff&#233;rentes sciences sociales (sociologie, ergonomie, psychologie, anthropologie ...). Ces enseignements ne devraient pas uniquement avoir pour utilit&#233; de transmettre une culture g&#233;n&#233;rale ou des &#034;savoirs-&#234;tres&#034; pour la vie en entreprise. Elles devraient avoir au moins deux objectifs :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; transmettre des savoirs mobilisables par l'ing&#233;nieur&#183;e dans son m&#233;tier, comme c'est le cas pour les enseignements techniques. Ceci pour prendre en compte l'humain et sa diversit&#233; quand iel con&#231;oit des solutions techniques ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; faire prendre conscience aux ing&#233;nieur&#183;es des limites de leurs connaissances dans ces domaines. Ceci afin que, dans leur activit&#233; professionnelle, iels s'entourent de professionnel&#183;les qualifi&#233;&#183;es lorsque c'est n&#233;cessaire (sociologues, ergonomes, psychologues &#8230;).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;De plus, l'esprit critique et la r&#233;flexivit&#233; qu'on pourrait tirer de ces formations seraient &#233;galement des atouts pour changer le statut de l'ing&#233;nieur&#183;e, en passant d'un&#183;e &#034;expert&#183;e&#034; &#224; un&#183;e &#034;m&#233;diateur&#183;rice&#034;. L'expert&#183;e ayant une position dominante, un r&#244;le soi-disant neutre et une parole ne pouvant &#234;tre remise en question. Au contraire, le ou la m&#233;diateur&#183;rice a un r&#244;le politique plus assum&#233;, donc soumis &#224; un contr&#244;le d&#233;mocratique, et est en charge de transmettre &#224; la soci&#233;t&#233; les informations cl&#233;s sur un panel de solutions techniques, afin que les citoyen&#183;nes puissent prendre des d&#233;cisions en toute connaissance de cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant pour effectuer ces transformations, un frein majeur existe : aujourd'hui, les ing&#233;nieur&#183;es sont, tr&#232;s largement, employ&#233;&#183;es au sein d'entreprises. Iels sont donc aussi pris dans une structure et une hi&#233;rarchie propre &#224; ce monde. Le changement ne peut donc pas uniquement venir du groupe social des ing&#233;nieur&#183;es seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle &#233;thique et quelle(s) responsabilit&#233;(s) pour l'ing&#233;nieur&#8901;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose alors, est celle de l'existence d'une &#233;thique sp&#233;cifique au m&#233;tier d'ing&#233;nieur&#183;e, autrement dit l'existence d'un socle de valeurs et de pratiques, une &#034;bo&#238;te &#224; outil&#034; pour faire face aux situations qui se posent dans le m&#233;tier d'ing&#233;nieur&#183;e. La d&#233;finition de l'&#233;thique que nous conserverons est &#171; la recherche d&#233;termin&#233;e, personnelle et collective, de la vie bonne, aujourd'hui et demain, dans des institutions justes, au service du lien social et &#233;cologique &#187; [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, l'&#233;thique de l'ing&#233;nieur&#183;e est principalement restreinte &#224; l'&#233;thique dite &#034;pr&#233;ventive&#034;, c'est &#224; dire le fait d'&#233;viter les catastrophes industrielles, les situations de harc&#232;lement au travail, les accidents du travail,...etc. Cette partie de l'&#233;thique du m&#233;tier d'ing&#233;nieur&#183;e reste importante mais n'est pas suffisante, il est &#233;galement n&#233;cessaire d'aborder la question de l'&#233;thique dite &#034;aspirationnelle&#034;, autrement dit, de savoir ce que l'on veut promouvoir par le travail d'ing&#233;nieur&#183;e, vers quoi l'on veut s'orienter par un d&#233;veloppement technique,... et pas seulement savoir ce que l'on cherche &#224; &#233;viter [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;thique de l'ing&#233;nieur&#183;e navigue entre deux &#233;cueils, d'un c&#244;t&#233; le fait de consid&#233;rer que l'ing&#233;nieur&#183;e n'est responsable de rien, car son travail s'ins&#232;re dans des domaines &#233;conomiques, politiques et techniques sur lesquels iel n'a pas une influence suffisante, et de l'autre c&#244;t&#233; le fait de consid&#233;rer l'ing&#233;nieur&#183;e comme responsable de toutes les d&#233;rives environnementales et technologiques. Il est important de d&#233;limiter ces responsabilit&#233;s, et cela &#224; trois niveaux : individuel, professionnel et soci&#233;tal. [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au &lt;strong&gt;niveau individuel&lt;/strong&gt;, d'une part la d&#233;pendance hi&#233;rarchique, d'autre part la d&#233;pendance au capital et enfin le mod&#232;le de la division du travail qui dilue les responsabilit&#233;s personnelles, sont autant de facteurs qui diminuent la marge de man&#339;uvre des ing&#233;nieur&#183;es. Cette approche individuelle du m&#233;tier d'ing&#233;nieur&#183;e consiste &#224; d&#233;responsabiliser l'ing&#233;nieur&#183;e en consid&#233;rant que les d&#233;cisions reviennent &#224; sa hi&#233;rarchie. Or, c'est oublier que parmi les ing&#233;nieur&#183;es, tous&#183;tes n'ont pas le m&#234;me niveau de responsabilit&#233; : il y a les technicien&#183;nes d'un c&#244;t&#233; et les cadres de l'autre. Ces dernier&#183;&#232;res ont de r&#233;elles marges de man&#339;uvre d&#233;cisionnelles que ce soit en termes de management ou de choix techniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus, l'ing&#233;nieur&#183;e est individuellement responsable &#224; au moins trois moments de sa carri&#232;re. D'abord, quand iel choisit son secteur d'activit&#233; et l'entreprise pour laquelle travailler. Ensuite, lorsqu'iel accepte ou refuse les projets qui lui sont propos&#233;s, voire m&#234;me d&#233;missionne si ceux-ci ne co&#239;ncident pas avec ses convictions personnelles. Un exemple auquel se r&#233;f&#233;rer peut-&#234;tre l'initiative du collectif &#171; Vous n'&#234;tes pas seuls &#187; [14], qui a pour but d'accompagner des salari&#233;&#183;es souffrant d'une fracture entre leur travail et leurs valeurs. Enfin, iel est responsable dans la mani&#232;re de conduire ses projets et des propositions de changements qu'iel peut apporter. Cela pr&#233;suppose cependant une connaissance des &#171; techniques alternatives &#187; qui ne sont pas toujours enseign&#233;es en &#233;cole. Un des exemples pris dans l'ouvrage [13] est celui de l'influence de l'ing&#233;nieur&#183;e industriel&#183;le sur le cahier des charges des produits qu'iel est charg&#233;&#183;e de respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au &lt;strong&gt;niveau professionnel&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire consid&#233;rant les ing&#233;nieur&#183;es en tant que corporation, on constate un d&#233;ficit d'organisation professionnelle du m&#233;tier d'ing&#233;nieur&#183;e, &#224; l'inverse des professions de m&#233;decin ou d'avocat&#183;e. Contrairement &#224; d'autres pays, en France les ing&#233;nieur&#183;es sont tr&#232;s peu accompagn&#233;&#183;es face &#224; ces enjeux. On trouve notamment aux Etats-Unis des associations professionnelles d'ing&#233;nieurs en fonction de leurs secteurs d'activit&#233;. Par exemple l'association des ing&#233;nieurs &#233;lectriciens &#171; Electrical engineer association &#187;, qui proposent des chartes &#233;thiques que tou&#8901;te praticien&#8901;ne doit signer. Si l'on ne peut pas &#234;tre l&#233;galement radi&#233; de l'ordre des ing&#233;nieur&#183;es de la m&#234;me fa&#231;on que l'on peut &#234;tre ray&#233; de l'ordre des m&#233;decins ou des avocat&#183;es (car il ne s'agit pas d'un d&#233;cret de loi), cette charte d&#233;ontologique poss&#232;de une force symbolique dans la profession au point d'&#234;tre un document incontournable qui sera discut&#233; au cours de la formation et pris en main par les praticien&#8901;nes. En France l'IESF (Ing&#233;nieurs et Scientifiques de France) est tr&#232;s peu connue des ing&#233;nieur&#183;es. Bien que cette institution ait cr&#233;&#233; une charte d'&#233;thique de l'ing&#233;nieur&#183;e &#224; l'image de celles des associations am&#233;ricaines, celle-ci reste elle aussi encore m&#233;connue, et ne poss&#232;de donc pas cette force symbolique n&#233;cessaire pour parler de code d&#233;ontologique. [15]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au &lt;strong&gt;niveau soci&#233;tal&lt;/strong&gt;, les ing&#233;nieur&#183;es sont invisibles dans les sph&#232;res &#233;conomiques, politiques et dans l'opinion publique. En effet, contrairement &#224; d'autres pays comme l'Allemagne ou la Chine, en France les ing&#233;nieur&#183;es sont tr&#232;s peu repr&#233;sent&#233;s dans les instances nationales de la R&#233;publique, et cela malgr&#233; la prise de conscience des impacts &#224; long terme des d&#233;veloppements techniques sur la soci&#233;t&#233;. On peut expliquer cela entre autres par le manque de politisation des &#233;tudiant&#183;es ing&#233;nieur&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Manifeste pour une formation citoyenne des ing&#233;nieur&#8901;es, port&#233; par le comit&#233; FormIC [16], s'appuie sur l'id&#233;e que dans notre soci&#233;t&#233;, nous avons tendance &#224; privil&#233;gier la responsabilit&#233; individuelle &#224; la responsabilit&#233; collective. Nous pensons que la formation d'ing&#233;nieur&#183;e doit amener &#224; &#234;tre capables de penser l'action collective, l&#224; o&#249; l'on est actuellement incit&#233;&#183;es &#224; penser &#224; des superpositions d'actions individuelles. Mais alors, comment fait-on pour &#234;tre responsables collectivement malgr&#233; la division du travail ? [17]. Une premi&#232;re piste de r&#233;flexion peut-&#234;tre l'engagement syndical, ou du moins l'action collective (avec des coll&#232;gues par exemple), qui permet de peser sur les processus d&#233;cisionnels et sur la hi&#233;rarchie. Les syndicalistes sont prot&#233;g&#233;&#183;es par le code du travail. Une deuxi&#232;me piste peut-&#234;tre de choisir de se tourner vers d'autres formes d'entreprises et d'organisation du travail, comme les soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives qui fonctionnent selon le principe 1 personne = 1 voix et dans lesquelles les salari&#233;&#183;es y prennent des d&#233;cisions collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au travers de diff&#233;rentes dimensions, cet article a permis de retracer notre approche de l'ing&#233;nierie et de la technique. En posant des constats forts sur la non-neutralit&#233; de la technique et son assujettissement au mod&#232;le &#233;conomique dominant, mais &#233;galement en proposant de diff&#233;rencier le titre d'ing&#233;nieur du statut de cadre, d'int&#233;grer de mani&#232;re plus importante les sciences humaines et sociales dans la formation ou encore en invitant &#224; questionner les fondements de l'&#233;thique de l'ing&#233;nieur&#183;e, une ing&#233;nierie nouvelle commence &#224; appara&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais de tous ces &#233;l&#233;ments ressort un nouveau questionnement : comment ces changements peuvent intervenir sans modification radicale de la vision de la technique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'approche majoritaire des questions techniques se retrouvent face &#224; son incapacit&#233; &#224; r&#233;pondre aux enjeux qui se pr&#233;sentent &#224; elle. Ceux-ci ne peuvent alors &#234;tre solutionn&#233;s que par une &#233;volution profonde du rapport &#224; la technique, &#233;volution qui r&#233;side dans l'intelligence collective et l'implication des citoyen&#8901;nes sur ces questions. Pour cela, un rapport d&#233;mocratique &#224; la technique et l'&#233;mergence d'une v&#233;ritable &#171; culture technique &#187; sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on parle de culture technique, il est possible de la d&#233;finir comme un &#171; ensemble de savoirs et de savoir-faire &#233;manant de r&#233;flexion et de pratiques qui concernent les syst&#232;mes techniques, envisag&#233;s dans leur mise en &#339;uvre sociale [18].&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour faire advenir cette forme de culture, il est essentiel de passer par de nombreuses &#233;tapes, notamment repenser l'esth&#233;tique de l'ing&#233;nierie, &#224; l'image des travaux de Gilbert Simondon. Par la critique de l'approche classique de la technique qui ne concevait la technique que par son usage, Gilbert Simondon construit la technique comme un &#233;l&#233;ment social qui, au-del&#224; de son aspect utilitaire, est &#233;galement d&#233;fini par la sensibilit&#233; de l'Humain, son regard et son jugement et ce d&#232;s sa conception. Encore aujourd'hui, il est frappant de voir comment des ouvrages d'ing&#233;nierie sont &#233;valu&#233;s &#224; l'aune de leur utilit&#233;, mais &#233;galement de leur beaut&#233;. Par exemple, la tour Eiffel, au-del&#224; de la prouesse technique lors de sa r&#233;alisation est d&#233;sormais ancr&#233;e dans l'imaginaire et est jug&#233;e aujourd'hui pour son esth&#233;tique, ou encore les questions se posant sur l'impact de l'implantation d'&#233;oliennes sur les paysages indiquent bien que nous questionnons d'autres impacts de la technique que sa simple utilit&#233;. En prenant en compte l'aspect sensible des r&#233;alisations per&#231;ues comme techniques, il devient possible de repenser les actions men&#233;es en tant qu'ing&#233;nieur&#8901;e : s'il est possible voire souhaitable de prendre en compte les impacts esth&#233;tiques, cela montre qu'un changement de posture peut amener &#224; la prise en compte d'autres impacts tels que ceux sociaux et environnementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au d&#233;senchantement de la nature par la technique, il appara&#238;t essentiel de r&#233;habiliter un imaginaire de la technique diff&#233;rent, plus sensible, plus inclusif, rendant les ing&#233;nieur&#183;es capables d'appr&#233;hender les cons&#233;quences sociales et environnementales de leurs actions et permettant &#224; la soci&#233;t&#233; dans son ensemble d'int&#233;grer la technique comme une pi&#232;ce &#224; part enti&#232;re de son fonctionnement et faire advenir &#224; la fois une culture et une d&#233;mocratie technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Winner L. (1986), La Baleine et le R&#233;acteur, trad. Michel Puech, &#201;ditions Charles L&#233;opold Mayer,2002, p. 22-23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] C'est ce constat qui a pouss&#233; deux enseignants-chercheurs, S&#233;bastien Travadel et Franck Guarnieri a &#233;crire &#034;Petit philosophie de l'ing&#233;nieur&#034;, publi&#233; aux Presses Universitaires de France (PUF) et que nous citons pour la d&#233;finition de l'ing&#233;nieur&#183;e et de l'ing&#233;nieurie. &#034;L'ing&#233;nierie ainsi d&#233;finie, pr&#233;cisent-ils, s'&#233;tend bien au-del&#224; de la d&#233;livrance d'un dipl&#244;me. Les &#233;coles d'ing&#233;nieurs n'en ont pas l'exclusivit&#233; ; tout au plus ont-elles le privil&#232;ge de s&#233;lectionner pour les former certains individus jug&#233;s plus aptes &#224; l'exercice de cette pens&#233;e.&#034; (p.13)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Kranzberg M. (1986). Technology &amp; Culture, p. 545&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Roby, C. (2014). Place et fonction des SHS dans les &#201;coles d'ing&#233;nieurs en France : &#201;tat des lieux, enjeux et perspectives &#233;pist&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Pestre, D. (2014). Le gouvernement des technosciences. La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Chiapello, &#200;., &amp; Boltanski, L. (2011). Le nouvel esprit du capitalisme (GALLIMARD edition). GALLIMARD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] ISF Former l'ing&#233;nieur&#183;e citoyen&#183;ne (2020). RESIC 2020. Du r&#244;le de l'ing&#233;nieur&#183;e &#224; sa formation : quelle(s) &#233;thique(s) pour nos m&#233;tiers ?, 1:31' [Vid&#233;o]. Youtube. &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=srOPdjNmf-U&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=srOPdjNmf-U&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Sonntag, M. (2007). Les formations d'ing&#233;nieurs. Des formations professionnelles et professionnalisantes. Orientations, contenus, contextes. Recherche et formation, 55, 11 26. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/rechercheformation.844&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/rechercheformation.844&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] ISF Former l'ing&#233;nieur&#183;e citoyen&#183;ne (2015). &#034;Vous &#234;tes l'&#233;lite de l'...&#034; Pourquoi je refuse mon dipl&#244;me d'Ing&#233;nieur. Mathieu Dalmais [Vid&#233;o]. Youtube. &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=cRdw9Wy2ViE&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=cRdw9Wy2ViE&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Qui n'a pas eu droit, dans le discours du pr&#233;sident &#224; l'entr&#233;e en classes pr&#233;paratoires ou en &#233;cole d'ing&#233;nieur, &#224; cette petite phrase : &#171; vous &#234;tes l'&#233;lite de la France &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Voir notamment le ph&#233;nom&#232;ne des bulles de filtres (Sur Youtube ou twitter par exemple, c'est le fait de voir avant tout des contenus avec lesquels on est en accord politiquement ou id&#233;ologiquement). Ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas cr&#233;&#233; intentionnellement par les plateformes. C'est une cons&#233;quence de la conception de diff&#233;rents algorithmes qui fait en sorte de nous garder le plus longtemps possible sur l'application. Et il se trouve que nous montrer des vid&#233;os de personnes ayant les m&#234;mes opinions nous, nous fais rester plus longtemps (c'est le biais de confirmation, commun &#224; tous les cerveaux). Le ph&#233;nom&#232;ne des bulles de filtres est donc une responsabilit&#233; des plateformes et des ing&#233;nieur&#183;es qui y travaillent, parce qu'un algorithme se d&#233;veloppe selon des objectifs fix&#233;s par des &#234;tres humains, notamment des ing&#233;nieur&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Renouard, C. (2015). Ethique et entreprise. Editions de l'Atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] ISF Former l'ing&#233;nieur&#183;e citoyen&#183;ne (2020). RESIC 2020. Du r&#244;le de l'ing&#233;nieur&#183;e &#224; sa formation : quelle(s) &#233;thique(s) pour nos m&#233;tiers ? Intervention de Fanny Verrax, 57'38&#034; [Vid&#233;o]. Youtube. &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=srOPdjNmf-U&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=srOPdjNmf-U&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Flandrin, L., &amp; Verrax, F. (2019). Quelle &#233;thique pour l'ing&#233;nieur ? (1st edition). ECLM. &lt;a href=&#034;https://docs.eclm.fr/pdf_livre/408QuelleEthiquePourLingenieur.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://docs.eclm.fr/pdf_livre/408QuelleEthiquePourLingenieur.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Vous n'&#234;tes pas seuls. &lt;a href=&#034;https://vous-netes-pas-seuls.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vous-netes-pas-seuls.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Didier, C. (2008). Les ing&#233;nieurs et l'&#233;thique : Pour un regard sociologique. Lavoisier : Herm&#232;s science publications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Comit&#233; FormIC. Manifeste pour une formation citoyenne des ing&#233;nieur.e.s. ISF-France. &lt;a href=&#034;https://www.isf-france.org/Manifeste_pour_une_formation_citoyenne_des_ingenieur%C2%B7e%C2%B7s&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.isf-france.org/Manifeste_pour_une_formation_citoyenne_des_ingenieur%C2%B7e%C2%B7s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] D&#233;cortiquons le Manifeste &lt;a href=&#034;https://www.isf-france.org/sites/default/files/isf_manifeste_decortique.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.isf-france.org/sites/default/files/isf_manifeste_decortique.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Daux-Garcia, C. (2000). La culture technologique. Spirale. Revue de recherches en &#233;ducation, 26(1), 169&#8209;185. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3406/spira.2000.1498&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3406/spira.2000.1498&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2 juillet 2021&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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