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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>De l'enseignement mutuel &#224; la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e : la place de l'enseignement simultan&#233;</title>
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		<dc:date>2021-04-13T06:04:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Elsa Roland, Sabine Kahn</dc:creator>


		<dc:subject>Hybridation</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'histoire r&#233;cente de l'&#201;cole est sem&#233;e d'&#233;lans, d'innovations, de prescriptions afin de pallier les pathologies et in&#233;galit&#233;s scolaires, violences symboliques et effectives et multiples &#233;checs de nos syst&#232;mes scolaires. La p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e fait-elle partie de ces tentatives ? Quelles dimensions vici&#233;es de l'&#201;cole vise-t-elle &#224; compenser, voire &#224; masquer ? Peut-elle &#233;chapper &#224; cette mal&#233;diction et effectivement contribuer &#224; l'&#233;mancipation de tous les &#233;l&#232;ves ? L'objet de cet article est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'histoire r&#233;cente de l'&#201;cole est sem&#233;e d'&#233;lans, d'innovations, de prescriptions afin de pallier les pathologies et in&#233;galit&#233;s scolaires, violences symboliques et effectives et multiples &#233;checs de nos syst&#232;mes scolaires. La p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e fait-elle partie de ces tentatives ? Quelles dimensions vici&#233;es de l'&#201;cole vise-t-elle &#224; compenser, voire &#224; masquer ? Peut-elle &#233;chapper &#224; cette mal&#233;diction et effectivement contribuer &#224; l'&#233;mancipation de tous les &#233;l&#232;ves ? L'objet de cet article est d'interroger le concept de &#171; p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e &#187; et de le mettre en relation avec l'organisation structurelle de l'&#233;cole, telle que nous la connaissons aujourd'hui, et les effets pervers engendr&#233;s. Un d&#233;tour par le pass&#233; sera n&#233;cessaire afin d'historiciser l'enseignement simultan&#233; dans lequel s'inscrit la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e en France, en Belgique et dans de nombreux pays dans le monde. L'enseignement simultan&#233; n'a pourtant pas toujours exist&#233; pour penser l'apprentissage et/ou la transmission des savoirs. Il &#233;tait, jusqu'au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, en concurrence avec de nombreuses autres formes d'enseignement &#8211; dont l'&#233;cole mutuelle qui connut un grand succ&#232;s &#224; la fin du XVIIIe en France, en Belgique et en Angleterre, mais qui fut pourtant disqualifi&#233;e, au nom de son &#171; efficacit&#233; &#187; selon Anne Querrien. L'&#233;cole mutuelle sera pr&#233;sent&#233;e dans cet article afin de probl&#233;matiser certaines des mani&#232;res de penser la diff&#233;renciation en sciences de l'&#233;ducation ces 50 derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; R&#233;f&#233;rence &#233;lectronique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sabine Kahn et Elsa Roland, &#171; De l'enseignement mutuel &#224; la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e : la place de l'enseignement simultan&#233; &#187;, &#201;ducation et socialisation [En ligne], 59 | 2021, mis en ligne le 31 mars 2021, consult&#233; le 13 avril 2021. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/edso/13800&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/edso/13800&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/edso.13800&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/edso.13800&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi que l'on fasse, quel que soient les talents de l'enseignant (effet ma&#238;tre), quel que soit l'&#233;tablissement (effet &#233;tablissement), quels que soient les &#233;l&#232;ves, quels que soient leurs parents, quelle que soit la cantine scolaire, quels que soient les caract&#233;ristiques du b&#226;timent scolaire&#8230; notre enseignement produit des pathologies scolaires, des in&#233;galit&#233;s scolaires, de la violence symbolique et effective, de la solitude, de l'&#233;chec, etc. Comme s'il y avait quelque chose de vici&#233; dans l'institution et son fonctionnement. Pourtant, on ne peut nier les efforts des enseignants, ceux de nombres de p&#233;dagogues, de didacticiens, de chercheurs, &#8230; pour d&#233;busquer les ph&#233;nom&#232;nes, en proposer des cl&#233;s de compr&#233;hension et des alternatives. On ne peut nier, non plus, des avanc&#233;es &#171; th&#233;oriques &#187; vers une &#233;cole plus inclusive, un arr&#234;t de &#171; l'indiff&#233;rence aux diff&#233;rences &#187;, un tronc commun pour la Belgique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'histoire r&#233;cente de l'&#201;cole est sem&#233;e d'&#233;lans, innovations, prescriptions, visant &#224; la rendre plus juste, plus cr&#233;ative, plus bienveillante, plus int&#233;ressante, plus productive, etc. Il n'est pas certain que chacune de ces tentatives ait produit les effets escompt&#233;s. Nous nous demandons m&#234;me si certaines d'entre elles n'ont pas consist&#233; &#224; poser &#171; un cataplasme sur une jambe de bois &#187;, voire &#224; maintenir un certain flou contribuant &#224; d&#233;tourner le regard de dimensions que nous nous permettons de qualifier de &#171; vici&#233;es &#187; dans le fonctionnement de l'&#201;cole ; bref, &#171; &#224; calmer le jobard &#187; (Goffman, 1987). La p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e ferait-elle partie de ces tentatives ? Quelles dimensions vici&#233;es de l'&#201;cole viserait-elle &#224; compenser, voire &#224; masquer ? Peut-elle &#233;chapper &#224; cette mal&#233;diction et effectivement contribuer &#224; l'&#233;mancipation de tous les &#233;l&#232;ves ? Si oui, &#224; quelles conditions le peut-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit dans cet article d'interroger le concept de p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e et de le mettre en relation avec l'organisation structurelle de l'&#233;cole telle que nous la connaissons aujourd'hui et les effets pervers qu'engendre cette organisation. Un d&#233;tour par le pass&#233; sera n&#233;cessaire afin d'historiciser l'organisation scolaire dans laquelle s'inscrit la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e en France, en Belgique et dans de nombreux pays dans le monde : l'enseignement simultan&#233;. Une organisation qui pourtant n'a pas toujours exist&#233; pour penser l'apprentissage et/ou la transmission des savoirs et qui jusqu'au d&#233;but du XIXe si&#232;cle &#233;tait en concurrence avec de nombreuses autres formes d'enseignement &#8211; dont l'&#233;cole mutuelle, une m&#233;thode qui connut un grand succ&#232;s fin du XVIIIe en France, en Belgique et en Angleterre, qui fut pourtant disqualifi&#233;e, au nom, entre autres, de sa trop grande &#171; efficacit&#233; &#187; selon Anne Querrien et qui sera pr&#233;sent&#233;e dans cet article afin de probl&#233;matiser nos mani&#232;res de penser la diff&#233;renciation en sciences de l'&#233;ducation ces 50 derni&#232;res ann&#233;es. Ici, il ne s'agit pas de nier les autres modalit&#233;s d'enseignement, rest&#233;es cependant marginales malgr&#233; qu'elles aient percol&#233; et influenc&#233; les organisations et pratiques p&#233;dagogiques &#171; ordinaires &#187; (Joigneaux, 2011 ; Talhaoui, 2017 ; Roland, 2018). Elles n'ont cependant pas acquis de v&#233;ritables dimensions officielles ou l&#233;gales, n'ont jamais &#233;t&#233; impos&#233;es, ou au moins fortement sugg&#233;r&#233;es, par une organisation centrale et centralisatrise comme peut l'&#234;tre un &#233;tat (France), un pouvoir organisateur (Belgique) ou une Commission scolaire (Qu&#233;bec). D'ailleurs, elles n'ont pas donn&#233; lieu &#224; controverses de m&#234;me type et de m&#234;me ampleur que ne l'ont &#233;t&#233; les d&#233;bats enseignement mutuel vs enseignement simultan&#233;. Bien au contraire : la forme d'enseignement simultan&#233; fonctionne comme une telle &#233;vidence qu'elle r&#233;siste &#224; la majorit&#233; des tentatives d'inflexion (voir le travail de Sylvie Jouan sur la classe &#224; plusieurs cours, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enseignement simultan&#233; : une &#233;vidence &#224; interroger&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme d'enseignement la plus couramment partag&#233;e par les &#233;coles officielles des pays industrialis&#233;s depuis la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIXe si&#232;cle est la forme d'enseignement scolaire simultan&#233; (voir notamment les travaux francophones et anglophones en histoire et en sociologie de l'&#233;ducation sur la forme scolaire et sur la &#171; grammar of schooling &#187;). Un enseignant s'adresse &#224; un groupe d'&#233;l&#232;ves (la classe) cens&#233;s &#234;tre de m&#234;me niveau scolaire (et de m&#234;me &#226;ge) et faire les m&#234;mes apprentissages en m&#234;me temps et en m&#234;me lieu. Cette forme d'enseignement s'origine dans l'organisation des coll&#232;ges de Hi&#233;ronymites (ou des Fr&#232;res de la vie commune) d&#232;s la fin du 15&#232;me si&#232;cle, puisqu'y est invent&#233;e l'organisation de l'enseignement en classes successives. Auparavant, l'enseignement se donnait soit dans les &#233;coles cath&#233;drales (universit&#233;s du Moyen-Age) en ce qui concerne la Th&#233;ologie, le Droit ou la M&#233;decine, sous formes de discussions avec un Ma&#238;tre qui ne suivait ni progression, ni programme, mais s'entretenait avec des &#233;tudiants de tous &#226;ges au gr&#233; de ses r&#233;flexions ; soit encore, dans les corporations aupr&#232;s d'un &#171; ma&#238;tre &#187; au gr&#233; des n&#233;cessit&#233;s de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation des Hi&#233;ronymites a marqu&#233; une volont&#233; de rationalisation du processus d'enseignement avec d'une certaine fa&#231;on l'officialisation de la notion de classe, de r&#233;p&#233;tition, dont la matrice s'&#233;tait progressivement constitu&#233;e dans les chambres d'&#233;tudiants des coll&#232;ges du Moyen-Age (Comp&#232;re, 1985) et dans les pratiques claustrales des communaut&#233;s chr&#233;tiennes (voir notamment les travaux de Foucault sur les rapports entre cette nouvelle organisation de l'apprentissage et la pastoralit&#233; chr&#233;tienne). La forme d'enseignement scolaire s'est progressivement &#171; affin&#233;e &#187; au gr&#233; des tensions religieuses (R&#233;forme et Contre-R&#233;forme) et des pressions &#233;conomiques pour devenir l'enseignement simultan&#233; : celui o&#249; la le&#231;on du ma&#238;tre est donn&#233;e, d'une mani&#232;re directe, &#224; tous les &#233;l&#232;ves en m&#234;me temps. En 1860, Jean-Baptiste de Lassalle fonde la congr&#233;gation religieuse des Fr&#232;resdes &#233;coles chr&#233;tiennes. Il th&#233;orise et consigne le mod&#232;le de l'enseignement simultan&#233;. C'est une &#233;cole du silence, de la pri&#232;re, du devoir. L'apprentissage premier est celui de l'ob&#233;issance avant celui de la lecture, du calcul, de l'&#233;criture qui ne sont que b&#233;n&#233;fices secondaires. C'est aussi un enseignement profond&#233;ment chr&#233;tien catholique, fondamentalement, les &#233;l&#232;ves ne peuvent acc&#233;der &#224; Dieu (et au texte) sans l'intercession du Ma&#238;tre. Le Ma&#238;tre tient d'ailleurs son autorit&#233; de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on synth&#233;tique on peut dire que la forme d'enseignement simultan&#233; est une forme r&#233;cente &#224; l'&#233;chelle de l'humanit&#233; (environ 400 ans) et pourtant dominante &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te. Foucault dans son Cours au Coll&#232;ge de France de 1973-1974 parle &#224; cet &#233;gard d'une v&#233;ritable op&#233;ration de colonisation de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se caract&#233;rise par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une progressivit&#233; des enseignements rigidifi&#233;e par les apports de la psychologie du d&#233;veloppement et certains travaux de la didactique &#171; ancienne &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une communication verticale du Ma&#238;tre &#224; l'&#233;l&#232;ve,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'autonomie des &#233;l&#232;ves comme une contre-valeur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - l'isolement des &#233;l&#232;ves et l'importante mise en visibilit&#233; de chacun d'entre eux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la diff&#233;rence consid&#233;r&#233;e comme &#171; d&#233;viance &#187; (Kahn, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement mutuel : une forme d'enseignement qui aurait pu constituer la forme officielle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du XIXe si&#232;cle, l'enseignement simultan&#233; a pourtant bien failli s'&#233;teindre au b&#233;n&#233;fice d'autres m&#233;thodes- telles que celle de l'enseignement mutuel (comme l'atteste par exemple les d&#233;bats parlementaires sur ces questions en Belgique jusque dans les ann&#233;es 1850 (Roland, 2017). Dans les &#233;coles d'enseignement mutuel, l'organisation est tr&#232;s diff&#233;rente de celle des &#233;coles des grandes congr&#233;gations religieuses : un seul ma&#238;tre dirige une &#233;cole - dont le nombre d'&#233;l&#232;ves d&#233;pend surtout de la capacit&#233; d'accueil du b&#226;timent (elle accueillait parfois jusqu'&#224; plus de 800 &#233;l&#232;ves). Ce sont les &#233;l&#232;ves qui s'enseignent l'un l'autre selon une organisation complexe : le programme et la mati&#232;re sont divis&#233;s en plusieurs sections qui sont elles-m&#234;mes r&#233;parties dans plusieurs divisions dans les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, comme l'explique le P&#232;re Gr&#233;goire Girard, &#171; tandis que le mode magistral ne travaille que sur la masse, p&#233;trit ensemble de vastes programmes et ainsi r&#233;unit les &#233;l&#232;ves les plus diff&#233;rents, l'enseignement mutuel, au contraire, divise les deux, les programmes et les &#233;l&#232;ves. Sa devise est &#034;gradation&#034;. Chaque section des &#233;coliers ne re&#231;oit qu'une petite partie de l'enseignement, et cette partie est bient&#244;t apprise, bient&#244;t exerc&#233;e. Alors que les &#233;l&#232;ves appliqu&#233;s avancent sur l'&#233;chelle vivante, les &#233;l&#232;ves lents et les &#233;l&#232;ves distraits restent au m&#234;me degr&#233; jusqu'&#224; ce qu'ils s'approprient de fa&#231;on vivante l'enseignement non encore compris. L'avancement d&#233;pend uniquement du progr&#232;s accompli, non pas d'une certaine &#233;poque marqu&#233;e par le calendrier, et qui n'a rien &#224; faire avec le d&#233;veloppement du gar&#231;on dans son &#233;cole. Ainsi la classification des &#233;l&#232;ves est toujours en mouvement &#187; (cit&#233; in Bugnard, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais d'o&#249; vient l'id&#233;e de cette organisation des apprentissages scolaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1657, Comenius mentionnait le terme de &#171; moniteur &#187; dans Didactica magna. Il s'agit de diviser la classe &#171; en groupe de 10 e&#769;le&#768;ves, avec a&#768; leur te&#770;te, un moniteur, et a&#768; la te&#770;te de plusieurs groupes des moniteurs-chefs jusqu'aux moniteurs supe&#769;rieurs &#187; (in B&#233;douret, 2003, 117).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un anglais, Andrew Bell, qui le mit en place dans diverses &#233;coles anglaises apr&#232;s l'avoir rep&#233;r&#233; en Inde &#224; la fin du 18&#232;me si&#232;cle. Il publia un ouvrage (Exp&#233;riences sur l'&#233;ducation faite &#224; l'&#233;cole des gar&#231;ons &#224; Madras, 1798) &#224; Londres. Les Grammar schools ouvertes par Lancaster, contemporain de Bell, ont repris cette organisation. Le moniteur travaille de mani&#232;re collective avec 10-12 &#233;l&#232;ves group&#233;s autour de lui en leur faisant r&#233;p&#233;ter la lecture, le calcul, etc. (B&#233;douret, 2003, 117).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la France, apr&#232;s que les pauvres, les homosexuels, les agit&#233;s de toutes sortes, les libertins, les p&#232;res de famille dilapidant l'h&#233;ritage, les ch&#244;meurs, les mendiants, mais aussi les fous, furent rassembl&#233;s dans l'Hopital G&#233;n&#233;ral (sous l'Ancien r&#233;gime), leurs enfants ont &#233;t&#233; mis &#224; l'&#233;cole organis&#233;e d'une fa&#231;on &#233;conomique et rigoureuse : un ma&#238;tre sur une estrade pour une &#224; plusieurs centaines d'&#233;l&#232;ves, pr&#233;parant ainsi le lit de l'enseignement mutuel. Le projet de cet enseignement est alors strictement conformiste et disciplinaire (Foucault, 1972). La potentialit&#233; &#233;mancipatrice de cette forme d'enseignement, pris en charge, dans un premier temps, par les Fr&#232;res de &#201;coles Chr&#233;tiennes, n'est alors pas per&#231;ue par les gouvernants (Querrien, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de la R&#233;volution Fran&#231;aise, les congr&#233;gations fuient la France, les Fr&#232;res de &#201;coles Chr&#233;tiennes &#233;galement. L'enseignement passe sous la responsabilit&#233; de l'Etat, et, le fran&#231;ais devenant langue nationale, il faut des &#233;coles pour propager la langue commune. Le D&#233;cret Lakanal (1794) enjoint villes et communes &#224; ouvrir une &#233;cole pour 1000 habitants. Il n'y a plus d'&#233;coles, les lassaliens &#233;tant partis. De grands locaux sont disponibles, les biens de l'&#201;glise ayant &#233;t&#233; s&#233;cularis&#233;s. Les conditions mat&#233;rielles sont en place pour que se d&#233;veloppe l'&#233;cole mutuelle &#171; la&#239;cis&#233;e &#187;, d'autant plus que cette m&#233;thode a &#233;t&#233; utilis&#233;e pour alphab&#233;tiser les arm&#233;es de Napol&#233;on. Les enfants y enseignaient aux Grognards de Napol&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me rest&#233; marginal et localis&#233; se formalise en s'important d'Angleterre jusqu'&#224; devenir un v&#233;ritable succ&#232;s sur l'ensemble du territoire fran&#231;ais et un d&#233;cret du 27 avril 1815 institue une premi&#232;re &#233;cole mod&#232;le. Les &#233;coles mutuelles se comptent alors par centaines en France (B&#233;douret, 2003, 117-118).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1832, Guizot devient ministre de l'Instruction publique. Il est protestant, d&#233;fend l'enseignement mutuel et ne veut pas laisser l'&#233;cole aux catholiques. Pour Guizot, il faut une &#233;cole qui regroupe protestants, juifs, catholiques&#8230; Il d&#233;cide donc d'ouvrir au minimum une &#233;cole mutuelle par pr&#233;fecture. D&#232;s 1819, sont publi&#233;s des livres pour les ma&#238;tres qui enseignent dans les &#233;coles mutuelles, un ma&#238;tre enseigne &#224; 200 &#8211; 350 &#233;l&#232;ves, tous dans le m&#234;me espace, regroup&#233;s par groupe de 10, ils re&#231;oivent un enseignement de lecture, de maths et d'&#233;criture, accompagn&#233; d'un enseignement moral et religieux basique pour ne pas pr&#234;ter le flanc aux critiques des conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faillet (2017) mentionne 804 &#233;coles mutuelles en 1831, 1334 en 1832 et 1983 en 1833. M&#234;me si ces &#233;coles restent minoritaires (moins de 5% de la totalit&#233; des &#233;coles), cela correspond &#224; une expansion rapide de l'enseignement mutuel compte tenu du caract&#232;re rural de la France de la premi&#232;re partie du 19&#232;me si&#232;cle. &#192; la campagne, la faiblesse des effectifs scolaires ne permet pas toujours de recourir &#224; cette m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette progression est stopp&#233;e par le retour des ordres religieux auxquels les biens sont restitu&#233;s, pr&#233;parant ainsi une reprise en main de l'&#233;cole par l'Eglise et les Fr&#232;res des &#233;coles chr&#233;tiennes lors de la guerre scolaire qui les oppose aux Lib&#233;raux et Mutualistes. L'Eglise supporte mal de ne pas contr&#244;ler une m&#233;thode d'enseignement. C'est un &#171; prot&#233;g&#233; &#187; de Guizot, Paul Lorain, qui man&#339;uvrera pour &#171; mettre &#224; mort &#187; l'enseignement mutuel. Il utilisera pour cela des proc&#233;d&#233;s douteux, et m&#234;me ce qui s'appellerait aujourd'hui, la diffusion de &#171; Fake News &#187; pour discr&#233;diter l'enseignement mutuel et promouvoir la m&#233;thode simultan&#233;e, notamment dans un ouvrage anonyme : &#171; Manuel complet de l'enseignement simultan&#233; &#187;. Ce manuel fait l'apologie d'une m&#233;thode simultan&#233;e d&#233;nu&#233;e de tout enseignement religieux. Il sera int&#233;gr&#233; et promu dans le &#171; Manuel g&#233;n&#233;ral &#187; envoy&#233; &#224; tous les inspecteurs. Faillet &#233;voque un complot contre l'enseignement mutuel qui va s'&#233;teindre en douceur au nom d'une v&#233;ritable d&#233;fiance envers l'&#233;cole et ses enseignants (Faillet, 2017). &#171; L'instituteur qui se sent loin des yeux de ses surveillants, et qui sait que dans sa province, pas un homme peut-&#234;tre ne connait le m&#233;canisme int&#233;rieur de son enseignement, se laisse aller &#224; une n&#233;gligence qui lui est douce : il ne garde de la m&#233;thode mutuelle que son ext&#233;rieur pour ainsi dire : l'&#233;cole languit, les r&#233;sultats sont mauvais &#187; (Lorain, 1837, p. 104). Ainsi l'&#233;cole mutuelle sera abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fin de l'enseignement mutuel : une forme de renoncement &#224; la dimension &#233;mancipatrice de l'&#233;cole et &#224; son efficience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au tournant du XIXe si&#232;cle, dans la litt&#233;rature de l'&#233;poque, les rapports sur cette m&#233;thode sont souvent tr&#232;s &#233;logieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons que dans un &#233;crit de jeunesse, en 1819, Victor Hugo a soumis au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La m&#233;thode impressionne : &#171; L'&#233;l&#232;ve est constamment situ&#233; au degr&#233; dont il s'est montr&#233; actuellement capable ; de la sorte, l'avantage unique de l'enseignement individuel se trouve conserv&#233; et reproduit tout entier au sein d'une masse consid&#233;rable. Chacun est aussi actif et plus actif m&#234;me que s'il &#233;tait seul. Il se corrige par l'exemple d'autrui, il corrige son camarade par son exemple, il est tenu incessamment en haleine pour l'action et la r&#233;vision. (...) Tour &#224; tour, &#233;l&#232;ves et r&#233;p&#233;titeurs, ils ne font que transmettre ce qu'ils ont re&#231;u, indiquer ce qu'ils ont tent&#233; eux-m&#234;mes avec succ&#232;s. La portion la plus difficile, la plus d&#233;licate, la plus ignor&#233;e du r&#244;le de l'instituteur, je veux dire la bonne direction des facult&#233;s, s'accomplit en quelque sorte toute seule pour cet exercice toujours r&#233;gulier, progressif, dans lequel l'attention des enfants est entretenue ; l'&#233;mulation, la sympathie imitative s'accroissent par une classification plus vraie, qui rapproche mieux les analogies et gradue mieux l'&#233;chelle &#224; gravir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article paru dans Le Moniteur du 13 janvier 1818 et sign&#233; du Ministre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce rapport, sign&#233; du Ministre de l'Int&#233;rieur Fran&#231;ais, du 13 janvier 1818, reprend ensuite les avantages non n&#233;gligeables qu'a l'&#233;cole mutuelle sur celle des Fr&#232;res des &#201;coles Chr&#233;tiennes, d&#233;j&#224; bien performante : &#171; elle ne suppose pas que tous les &#233;l&#232;ves aillent &#224; la m&#234;me vitesse, et brise ainsi l'uniformit&#233; du groupe d'&#233;l&#232;ves (&#8230;). Si dans la m&#233;thode simultan&#233;e tous les regards doivent se tourner vers le ma&#238;tre-adulte, ici les moteurs du progr&#232;s p&#233;dagogique sont la sympathie imitative entre &#233;l&#232;ves, et l'&#233;mulation. Cette technologie d'apprentissage secondarise la place du ma&#238;tre-adulte qui devient, plut&#244;t qu'un enseignant, un &#8220;surveillant&#8221; : &#233;conomiquement, elle signifie que moins de ma&#238;tres seront n&#233;cessaires, et c'est ce que retient la Soci&#233;t&#233; pour l'am&#233;lioration de l'instruction &#233;l&#233;mentaire en 1817 &#187; (Querrien, 2005, 77-79).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Querrien (2005) &#233;tudie plus particuli&#232;rement ce ph&#233;nom&#232;ne dont le caract&#232;re &#233;mancipateur avait &#233;chapp&#233; &#224; Foucault. Car, au premier abord, l'enseignement mutuel apparait comme un dispositif d'assujettissement plus efficace que l'enseignement simultan&#233; : tous les apprentissages s'y font beaucoup plus rapidement. Les &#233;l&#232;ves apprennent en deux ans ce que ceux de l'enseignement des Fr&#232;res apprennent en presque six ans. En outre, pour qu'un tel syst&#232;me fonctionne, il y a une pratique du contr&#244;le absolu dans ces &#233;coles : l'emploi du temps, de l'espace et du mat&#233;riel est calcul&#233; de mani&#232;re minutieuse et la discipline est maintenue par un syst&#232;me de r&#233;compenses et de sanctions. Foucault voit dans l'enseignement mutuel une forme impitoyable du pouvoir disciplinaire o&#249; tout est cloisonn&#233;, contr&#244;l&#233; et o&#249; chacun, en concurrence avec l'autre, surveille relayant ainsi le commandement du ma&#238;tre. &#171; On peut dire qu'il s'agit l&#224; de l'image du collectif disciplinaire h&#233;g&#233;monique (ou &#171; normal &#187;) : une multiplicit&#233; d'individus sous le commandement d'un ma&#238;tre et n'entrant en rapport les uns avec les autres que sur le mode de la comp&#233;tition pour la qu&#234;te de la premi&#232;re place &#187; (Pallotta, 2017, p. 3). Querrien (2005), tout en documentant l'efficacit&#233; du syst&#232;me, y voit d'autres dimensions comme nous le verrons dans ce chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qui rend l'enseignement mutuel si &#171; efficace &#187; ? Est-ce parce qu'il implique n&#233;cessairement ce que nous appellerions aujourd'hui une p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e ? Puisque le groupe n'y est pas vu comme uniforme et donc pas soumis &#224; une unique progression. &#171; Chaque &#233;l&#232;ve n'a que la place qui lui revient en fonction de ce dont il s'est montr&#233; capable, et chacun est mobilis&#233; en permanence. Cette activit&#233; permanente des &#233;l&#232;ves se manifeste de deux mani&#232;res : soit l'&#233;l&#232;ve apprend et se corrige aupr&#232;s d'un camarade, soit l'&#233;l&#232;ve enseigne &#224; son camarade &#187; (Pallotta, 2017, p. 5-6). En fait, la &#171; diff&#233;renciation p&#233;dagogique &#187; y est beaucoup plus qu'une technologie, un simple &#233;l&#233;ment &#171; d'ing&#233;nierie didactique &#187;, elle rentre dans un ensemble qui, certes, autorise l'apprentissage de tous les &#233;l&#232;ves, mais bien plus que cela encore. C'est ce que ne soup&#231;onnait pas Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Foucault et Querrien ne traitent pas les m&#234;mes sources et pas de la m&#234;me fa&#231;on. Pour Foucault qui analyse les &#233;coles mutuelles au tournant du XIXe comme une s&#233;quence du processus de disciplinarisation de l'enseignement dans l'histoire longue en Occident (XIVe-XIXe) &#171; l'antagonisme passe entre les programmes des dispositifs disciplinaires souhait&#233;s par les gouvernants &#187;. Alors que chez Querrien qui s'attarde beaucoup plus sur les diff&#233;rentes archives des &#233;coles mutuelles au tournant du XVIIIe si&#232;cle (apparemment sous les conseils de Foucault), &#171; l'antagonisme passe au sein m&#234;me des classes dirigeantes. En effet, elle montre la division des classes dominantes elles-m&#234;mes (entre industriels du Nord et &#233;lites plus traditionnelles par exemple) &#224; propos de l'&#233;cole mutuelle, comme si la potentialit&#233; &#233;mancipatrice de cette pratique p&#233;dagogique n'avait pas &#233;t&#233; per&#231;ue : l'&#233;cole mutuelle a &#233;chapp&#233;, en partie, &#224; son but strictement conformiste et disciplinaire &#187; (Pallotta, 2017, p. 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Querrien fait alors une hypoth&#232;se qu'il faudrait un jour mettre &#224; l'&#233;preuve du pr&#233;sent : dans les &#233;coles mutuelles, plus que des apprentissages cognitifs, les &#233;l&#232;ves sont plong&#233;s dans une organisation d&#233;sirante : &#171; d&#233;sir collectif, d&#233;sir inqui&#233;tant par nature car on ne sait pas bien o&#249; il peut bien mener (&#8230;) le d&#233;sir de savoir et le d&#233;sir d'apprendre circulent intens&#233;ment dans le collectif &#171; mutuel &#187; : l'imitation du pair qu'est le camarade engendre une m&#233;canique d&#233;sirante que rien ne semble arr&#234;ter &#187; (Pallotta, 2017, p. 6). Un ph&#233;nom&#232;ne nouveau apparait : les &#233;l&#232;ves n'ob&#233;issent plus &#224; l'autorit&#233; personnelle du ma&#238;tre, autorit&#233; qu'il tient lui-m&#234;me de Dieu, dans un syst&#232;me simultan&#233;, mais &#224; la loi (Querrien, 2005) et &#171; la discipline mutuelle est enti&#232;rement tourn&#233;e vers le seul but p&#233;dagogique de l'apprentissage, mais surtout le plus original tient &#224; la relation entre les &#233;l&#232;ves (&#8230;). Elle postule que chacun doit, &#224; un moment, &#234;tre en mesure d'enseigner : l'&#233;l&#232;ve apprend &#224; ob&#233;ir pour commander &#224; son tour &#187; (Pallotta, 2017, p. 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instruction et &#233;ducation sont donc dispens&#233;es dans les &#233;coles mutuelles, qui sont non seulement efficaces, mais &#233;galement efficientes puisque tout le processus se d&#233;roule &#224; moindre co&#251;t. Alors pourquoi avoir &#233;vinc&#233; l'enseignement mutuel au profit de l'enseignement simultan&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu, dans le passage pr&#233;c&#233;dent, que l'Eglise catholique voulait continuer &#224; contr&#244;ler l'enseignement et qu'elle a man&#339;uvr&#233; pour la mise &#224; mort de l'&#233;cole mutuelle, mais la seule volont&#233; d'une institution n'aurait pas suffi si elle n'avait pas rencontr&#233; des alli&#233;s (Latour, 1984) : les &#233;lites conservatrices, s'&#233;taient plaintes aupr&#232;s du Ministre Guizot. Elles voyaient dans cet enseignement &#171; le terreau possible de constitution de militants socialistes ou communistes &#187; (Pallotta, 2017, p. 9). Elles n'avaient pas tort puisque nombreux sont les leaders de la Commune &#224; avoir &#233;t&#233; des &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole mutuelle (Querrien, 2005). &#171; L'apprentissage fondamental de l'&#233;cole mutuelle pour cette g&#233;n&#233;ration a peut-&#234;tre &#233;t&#233; l'apprentissage d'une prise de confiance en son intelligence, et l'apprentissage conjoint du renforcement de son intelligence dans le cadre d'une mise en &#339;uvre collective des capacit&#233;s de chacun &#187; (Pallotta, 2017, p. 9). La suppression de l'&#233;cole mutuelle correspond au renoncement &#224; une &#233;cole de la transmission au b&#233;n&#233;fice d'une &#233;cole de la correction. Priorit&#233; accord&#233;e &#224; l'&#233;ducation sur l'instruction, voil&#224; le point commun que partagent les discours hostiles &#224; l'&#233;gard de l'enseignement mutuel, que ces derniers soient port&#233;s par des ultras-royalistes ou des r&#233;publicains &#187; (Jouan, 2017, p. 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e : d'une pratique int&#233;gr&#233;e &#224; une ing&#233;nierie p&#233;dagogique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vu pr&#233;c&#233;demment, la forme d'enseignement mutuel int&#232;gre la n&#233;cessit&#233; de ne pas faire comme si tous les &#233;l&#232;ves devaient apprendre la m&#234;me chose en m&#234;me temps en suivant la m&#234;me progression. Il s'agit d'une &#171; p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e int&#233;gr&#233;e &#187;, puisque dans cette forme d'enseignement, la diff&#233;rence entre les &#233;l&#232;ves n'est pas interrog&#233;e, pas reli&#233;e &#224; un &#226;ge, un genre ou une origine sociale, et elle est enti&#232;rement d&#233;livr&#233;e de la rigueur des classifications trop g&#233;n&#233;rales et trop absolues. La diff&#233;renciation est pens&#233;e comme dans l'enseignement individuel dans le sens o&#249; chaque &#233;l&#232;ve est toujours &#224; sa place et apprend &#224; son rythme. Mais elle est encore davantage que &#231;a, car ici, l'&#233;l&#232;ve est m&#234;me plus actif que s'il &#233;tait seul. En apprenant &#224; l'autre, il se corrige par l'exemple d'autrui et corrige son camarade par son exemple. La diff&#233;renciation n'est donc pas seulement un moment sp&#233;cifique, une &#171; p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e inject&#233;e &#187;, simple &#233;l&#233;ment d'une ing&#233;nierie p&#233;dagogique sans souffle, qui re&#769;duit la diffe&#769;renciation &#224; des p&#233;riodes de reme&#769;diation au risque de laisser s'installer les ine&#769;galite&#769;s hors de ces moments ou de la restreindre a&#768; des groupes de niveaux stables mettant a&#768; mal la mise en place d'un ve&#769;ritable tronc commun. Dans une conception mutualis&#233;e de l'enseignement, la prise en compte des diff&#233;rences d'apprentissage est int&#233;gr&#233;e dans l'organisation m&#234;me de l'enseignement, mobilisant chaque &#233;l&#232;ve en permanence de mani&#232;re diff&#233;renci&#233;e. Il n'est alors pas question de parler de p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e, mais plut&#244;t d'une organisation de l'enseignement o&#249; chacun est consid&#233;r&#233; pour ce qu'il apprend, stimul&#233; par la volont&#233; d'enseigner &#224; d'autres et o&#249; &#171; l'&#233;valuation &#187; a pour vis&#233;e essentielle d'organiser les apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne plus sp&#233;cifiquement la ou les p&#233;dagogies diff&#233;renci&#233;es, c'est seulement durant la deuxi&#232;me moiti&#233; du XXe si&#232;cle, que l'expression est officialis&#233;e par Louis Legrand (1984) qui la d&#233;finit comme la prise en compte de la diversit&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; l'aide d'une diversification m&#233;thodologique. Mais d&#233;j&#224; au tournant du XXe si&#232;cle, de nombreux r&#233;formateurs scolaires (g&#233;n&#233;ralement impliqu&#233;s par la suite dans le mouvement d'&#233;ducation nouvelle en Europe ou aux Etats-Unis) revendiquent la n&#233;cessit&#233; de sortir de l'enseignement simultan&#233;e et de prendre en consid&#233;ration la singularit&#233; de chaque &#233;l&#232;ve ; une multiplicit&#233; d'exp&#233;rimentations h&#233;t&#233;rog&#232;nes voient le jour pour r&#233;pondre &#224; cette nouvelle revendication. Si aujourd'hui, le mouvement d'&#233;ducation nouvelle est souvent consid&#233;r&#233; comme un mouvement homog&#232;ne, il suffit de s'attarder sur les &#233;crits et les exp&#233;rimentations des r&#233;formateurs de ce mouvement, pour rep&#233;rer de fortes tensions internes (politiques, &#233;pist&#233;mologiques mais aussi &#233;thiques). Concernant cette n&#233;cessit&#233; de diff&#233;rencier (et/ou d'individualiser les enseignements), certains r&#233;formateurs invoquent des raisons psycho-physiologique et/ou &#233;conomiques (&#171; l'&#233;ducation doit respecter l'originalit&#233; de chaque enfant &#187; mais souvent dans l'objectif d'ins&#233;rer chaque enfant l&#224; o&#249; il sera plus utile &#224; la soci&#233;t&#233; : &#171; the right man at the right place &#187;) ; d'autres enfin, des questions politiques ou &#233;thiques (&#171; adapter l'&#233;cole &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; pour les lib&#233;raux ou &#171; transformer la soci&#233;t&#233; par l'&#233;cole &#187; pour les communistes, les anarchistes et les socialistes). Dans ce mouvement h&#233;t&#233;rog&#232;ne, apparaissent les premiers tests d'intelligence et d'instruction (voir Decroly) mais aussi des outils d'individualisation des apprentissages (comme les divers syst&#232;mes de fiches personnalis&#233;es permettant pour chacun un plan de travail individuel). Mais si ces nouvelles th&#233;ories rencontrent un franc succ&#232;s en Occident, dans le milieu acad&#233;mique et politique, leurs mises en application restent bien souvent limit&#233;es &#224; quelques institutions scolaires durant la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle (Roland, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un demi-si&#232;cle plus tard, vers la fin des ann&#233;es 1960, que Louis Legrand, inventeur du terme &#171; p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e &#187;, impulsa un grand mouvement dans les coll&#232;ges fran&#231;ais (1&#232;re et 2&#232;me ann&#233;e du secondaire). Il s'agit d'exp&#233;rimenter les premiers regroupements d'&#233;l&#232;ves en groupe de niveau-mati&#232;re-homog&#232;nes. Pour les math&#233;matiques, le fran&#231;ais et la langue vivante, les &#233;l&#232;ves sont regroup&#233;s en &#171; groupes de niveau-mati&#232;res &#187; de 24 &#233;l&#232;ves maximum qui ne doivent pas repr&#233;senter plus du tiers de l'horaire des &#233;l&#232;ves. Tandis qu'en histoire, g&#233;ographie, sciences naturelles, enseignements artistiques, ils appartiennent &#224; des classes traditionnelles dans lesquelles, comme ordinairement, on rencontre des &#233;l&#232;ves de diff&#233;rents niveaux. &#171; La classe, comme division stable, disparait. Un ensemble de 90 &#224; 100 &#233;l&#232;ves est confi&#233; &#224; un ensemble de 5 &#224; 10 professeurs. Les professeurs, au vu des &#233;l&#232;ves qui leur sont confi&#233;s, organisent les groupes, am&#233;nagent les programmes et d&#233;finissent les p&#233;dagogies qui conviennent &#224; chaque groupe &#187; (Legrand, 1995, p. 37). L'objectif est de montrer que les fili&#232;res scolaires, alors en cours d&#232;s le d&#233;but de l'&#233;cole secondaire, n'ont plus lieu d'&#234;tre. Cette nouvelle p&#233;dagogie doit permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'int&#233;grer la fili&#232;re &#171; sup&#233;rieure &#187; dans la hi&#233;rarchie scolaire. Autrement dit, cette exp&#233;rimentation vise, d'abord, &#224; montrer que des organisations et des pratiques p&#233;dagogiques particuli&#232;res peuvent permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves de b&#233;n&#233;ficier du m&#234;me enseignement et par cons&#233;quent, rendre caduque le syst&#232;me de fili&#232;res. Mais l'exp&#233;rimentation, principalement enferm&#233;e dans la forme d'enseignement simultan&#233;, ne cr&#233;era pas le d&#233;sir et l'&#233;mulation rep&#233;r&#233;s dans l'enseignement mutuel. La quasi-absence de mobilit&#233; des &#233;l&#232;ves de faibles niveaux, qui ne parviendront pas &#224; rejoindre les groupes de niveaux sup&#233;rieurs, am&#232;nera les militants p&#233;dagogiques &#224; conclure &#224; l'inefficacit&#233; p&#233;dagogique de la pratique des groupes de niveaux. Peut-on en retenir que l'exp&#233;rimentation n'a pas su ou pu &#171; amoindrir &#187;, voire an&#233;antir les dimensions vici&#233;es de l'&#201;cole ? Il reste que, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des tentatives de prises en compte des diff&#233;rences entre &#233;l&#232;ves, fut introduite la volont&#233; d'amener tous les &#233;l&#232;ves aux m&#234;mes vis&#233;es d'apprentissage et que le projet politique de ces m&#234;mes militants s'accomplira avec le coll&#232;ge unique mis en place en 1975 (Kahn, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus proche de nous (1995 en Belgique ; 1989 en France ; 2000 au Qu&#233;bec), les cycles d'apprentissage ont repr&#233;sent&#233; une occasion inesp&#233;r&#233;e d'int&#233;grer une diff&#233;renciation p&#233;dagogique dans le cours du processus d'enseignement apprentissage. Avec les cycles, il s'agit, en effet, de d&#233;cloisonner la temporalit&#233; scolaire puisque le bilan sommatif des apprentissages devrait se faire &#224; la fin d'un cycle de deux ou trois ans (selon les pays). La classe, telle que pens&#233;e dans la forme simultan&#233;e, n'existe plus au profit d'un cycle qui regroupe deux ou trois classes et deux ou trois enseignants, pour 40 &#224; 80 &#233;l&#232;ves. Les textes programmatiques des trois pays enjoignaient alors les enseignants &#224; pratiquer &#171; p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e &#187; et &#171; &#233;valuation formative &#187; tout en veillant &#224; la continuit&#233; des apprentissages pour la Belgique. Mais bien que d&#233;cr&#233;tant les cycles, les trois pays ne sont pas parvenus &#224; une r&#233;organisation administrative coh&#233;rente. La scolarit&#233; a continu&#233; &#224; &#234;tre officialis&#233;e en ann&#233;es successives avec un enseignant responsable d'une classe de 15 &#224; 25 &#233;l&#232;ves de m&#234;me &#226;ge, des bulletins de notes (ou d'appr&#233;ciations) rendus &#224; &#233;ch&#233;ances r&#233;guli&#232;res entrainant ainsi la passation d'&#233;valuations sommatives, etc. Bref, la mise en place des cycles a repos&#233; sur les seules &#233;paules des enseignants sans que ne soit assouplie la forme dans laquelle s'inscrivent leurs activit&#233;s et sans v&#233;ritable accompagnement. Avec les cycles, les concertations prennent un caract&#232;re obligatoire et sont encadr&#233;es. Des investigations men&#233;es dans les &#233;coles de la Communaut&#233; fran&#231;aise (Belgique), dans les &#233;coles de l'Acad&#233;mie de Lyon (France) et les &#233;coles de la Commission scolaire de la Capitale (Qu&#233;bec) montrent cependant qu'elles sont principalement consacr&#233;es &#224; r&#233;gler des questions pratiques et bureaucratiques dans un grand nombre d'&#233;coles (Kahn, 2008), les &#233;quipes sont assez d&#233;munies quant aux comp&#233;tences organisationnelles et le processus de controverse qu'implique l'arriv&#233;e des cycles dans les &#233;tablissements scolaires (Garant, Letor &amp; Bonami, 2010). Les enseignants restent alors convaincus que travailler ensemble n&#233;cessite de &#171; bien s'entendre &#187;, &#171; il faut que la chimie prenne &#187; (Kahn, 2008). Effectivement, &#171; la chimie n'a pas pris &#187; et hormis quelques &#233;coles engag&#233;es qui ont su marquer l'essai, comme c'est le cas de la Maison des trois espaces &#224; Saint Fons dans la banlieue lyonnaise (Maison des trois espaces, 1993), les cycles n'ont jamais &#233;t&#233; v&#233;ritablement mis en place et ni les enseignants, ni l'institution, ne se sont v&#233;ritablement empar&#233;s du jeu autoris&#233; par les cycles et de l'assouplissement de la forme scolaire qu'ils permettaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que depuis les ann&#233;es septantes, le nombre d'ouvrages publi&#233;s concernant la th&#233;matique de la diff&#233;renciation p&#233;dagogique t&#233;moigne de la pr&#233;occupation qu'elle constitue pour les enseignants. Selon les auteurs et les &#233;poques, il y est propos&#233; la pratique de groupes de besoins (Meirieu, 1985) en remplacement des groupes de niveau ; l'adaptation des consignes et des supports &#224; diff&#233;rentes formes d'intelligences ou de profils (Gardner, 1999, de La Garanderie, 1980) ; la prise en compte des d&#233;nivel&#233;s de culture (Perrenoud, 1997) et des malentendus socio-didactique ou socio-cognitifs (Kahn, 2010), ou, du c&#244;t&#233; Nord-Am&#233;ricain, des activit&#233;s tous azimuts (Caron, 2002, Tomlinson, 2003, Hume, 2009) qui, d'une certaine fa&#231;on &#171; poussent &#187; les enseignants &#224; aller toujours plus loin et plus pr&#233;cis&#233;ment dans le contr&#244;le : contr&#244;le des &#233;l&#232;ves, contr&#244;le des apprentissages, contr&#244;le de soi. D'apr&#232;s certains auteurs, les caract&#233;ristiques des &#233;l&#232;ves sont quasiment infinies. Nous ne le nions pas. Mais sont-elles toutes &#233;galement pertinentes quand il s'agit de leur faire apprendre des savoirs ? Mettons le focus sur Hume (2009), car son ouvrage constitue une synth&#232;se de la grande majorit&#233; des discours existant sur la diversit&#233; et la diff&#233;renciation p&#233;dagogique. Hume liste 17 axes qui diff&#233;rencient les personnes, cela va des &#233;motions &#224; la disposition &#224; apprendre un nouveau concept (p. 70). Elle y rajoute quatre styles d'apprentissage, de l'&#233;l&#232;ve autonome qui pr&#233;f&#232;re choisir et exp&#233;rimenter &#224; l'&#233;l&#232;ve ax&#233; sur les sentiments et l'imagination en passant par l'&#233;l&#232;ve qui pr&#233;f&#232;re l'utilit&#233; et la simplicit&#233; et celui qui pr&#233;f&#232;re la recherche, les th&#233;ories et la r&#233;flexion. Viennent ensuite les styles d'apprentissage li&#233;s aux sens (visuel, auditif, tactile, kinesth&#233;sique) ; les formes d'intelligences, au nombre de trois ou huit ou neuf selon les auteurs (Sternberg ou Gardner). Il faut y rajouter les champs d'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves (p. 73-86). Bref, le croisement de ces diff&#233;rentes variables conduit &#224; plusieurs centaines de possibilit&#233;s de diff&#233;rences. N'y-a-t-il pas de quoi donner le vertige ? Nous n'aborderons pas ici le fait que la th&#233;orie des intelligences multiples &#171; ne repose sur aucune recherche empirique, n'est &#233;tay&#233;e par aucune publication scientifique, et s'apparente d&#232;s lors bien plus &#224; une v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e qu'&#224; un mod&#232;le scientifique congruent &#187; (Mottint, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de ces prescriptions, discours, publications engluent les enseignants dans une sauce doxique : comme s'ils devaient diff&#233;rencier coute que coute. Alors qu'observations et suivis d'enseignants montrent qu'un grand nombre d'entre eux finissent assez vite &#224; perdre tout contr&#244;le quand ils se lancent dans des actions de p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e, au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves les moins scolairement dot&#233;s (Kahn, 2010) et de la perspective d'une v&#233;ritable &#201;cole d&#233;mocratique et d&#233;mocratisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui se passe dans ces exemples un peu caricaturaux : des s&#233;quences bi-hebdomadaires d&#233;sign&#233;es comme &#171; p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e &#187; par l'enseignant. Les &#233;l&#232;ves y remplissent le nombre de fiches qu'ils veulent. Ils vont les montrer &#224; l'enseignant qui leur en donne une nouvelle. Mais aveugl&#233; par les demandes incessantes d'&#233;l&#232;ves rapides et efficaces, l'enseignant ne voit pas les quatre &#233;l&#232;ves qui restent durant toute l'heure sur la m&#234;me fiche sans la remplir. Les fiches ne sont pas ramass&#233;es par l'enseignant et s&#233;ances apr&#232;s s&#233;ances, ce sont les m&#234;mes &#233;l&#232;ves qui ne rentrent pas dans les activit&#233;s. Dans une autre classe de 2&#232;me ann&#233;e de l'&#233;cole primaire, les chercheurs voient en octobre les faibles lecteurs travailler avec des documents de la classe pr&#233;c&#233;dente. &#192; la fin de l'ann&#233;e scolaire, les m&#234;mes &#233;l&#232;ves travaillent toujours des supports de lecture tr&#232;s appauvris (Rey et al., 2003). Hors de ces exemples proches de la caricature, d&#232;s que les enseignants se lancent dans des op&#233;rations de p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e, le risque que les &#233;l&#232;ves se trouvent face &#224; des objets d'apprentissage diff&#233;rents, avec des contrats didactiques diff&#233;rentiels est &#233;lev&#233; (Sensevy, 2011), au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves les moins avanc&#233;s. Autre probl&#232;me, pour une grande partie des enseignants, la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e, quand elle n'est pas individualisation des enseignements-apprentissages doit, dans l'id&#233;al, s'organiser en groupes de niveau dans une conception rem&#233;diatrice de l'aide aux &#233;l&#232;ves (Kahn et Belsack, 2018). La difficult&#233; scolaire est donc attribu&#233;e aux seuls &#233;l&#232;ves et non &#224; la rencontre entre leur culture et la culture scolaire, entre leurs pr&#233;conceptions et le nouveau savoir enseign&#233;, dans une conception de la diff&#233;renciation p&#233;dagogique comme luttant contre les &#171; diffractions du ph&#233;nom&#232;ne d'enseignement-apprentissage &#187; (Kahn, 2010). Autrement dit, nous pourrions parler d'une certaine urgence &#224;, d'une part, ne plus attribuer la difficult&#233; scolaire aux seuls &#233;l&#232;ves (Giambarresi, 2017), donc &#224; penser aux sp&#233;cificit&#233;s des savoirs enseign&#233;s et des rapports qu'&#233;l&#232;ves et &#233;tudiants entretiennent avec l'&#233;cole et ses savoirs (Baillet &amp; Rey, 2015), ce qui veut dire aussi une certaine urgence &#224; accompagner les futurs enseignants et les enseignants &#224; passer d'une pens&#233;e intra-objectale &#224; une pens&#233;e inter-objectale pour penser la difficult&#233; et l'&#233;chec scolaires (Piaget &amp; Garcia, 1983) et &#224;, d'autre part, faire la hi&#233;rarchie des dimensions &#224; consid&#233;rer dans le ph&#233;nom&#232;ne d'enseignement-apprentissage et ne pas s'arque-bouter sur les moins pertinentes, les rapports au savoir des &#233;l&#232;ves plut&#244;t que leurs formes d'intelligence ; les comp&#233;tences, plut&#244;t que les proc&#233;dures &#224; automatiser (Rey, 2014), par exemple. Mais, s'il para&#238;t effectivement n&#233;cessaire que les enseignants tentent de comprendre ce qui se joue dans la rencontre de leurs &#233;l&#232;ves avec le savoir et la culture scolaire, s'il para&#238;t effectivement int&#233;ressant qu'ils s'int&#233;ressent et s'interrogent sur les pr&#233;conceptions et les obstacles qui vont troubler les apprentissages, qu'ils d&#233;busquent les &#171; savoirs transparents &#187; (Margolinas &amp; Laparra, 2011) fatalement int&#233;gr&#233;s &#224; leurs enseignements et &#224; leurs attendus, s'il parait effectivement int&#233;ressant qu'il y ait des temps de r&#233;flexion sur les pratiques et les conceptions qui les soutiennent, si les avanc&#233;es des travaux de didactiques et de socio-didactiques, des sciences cognitives peuvent &#233;clairer des ph&#233;nom&#232;nes, etc. il para&#238;t en revanche compl&#233;tement illusoire de s'imaginer que le ph&#233;nom&#232;ne d'enseignement-apprentissage puisse &#234;tre compl&#233;tement explicite et explicitable. Peut-&#234;tre est-il raisonnable de l&#226;cher du lest et ne pas pr&#233;tendre tout contr&#244;ler, voire accepter de ne pas tout comprendre, de surmonter les situations d'incertitude. Peut-&#234;tre est-il raisonnable de s'en remettre a minima &#224; l'&#233;l&#232;ve, &#224; sa capacit&#233; d'apprendre, de se faire enseigner par d'autres &#233;l&#232;ves, d'enseigner &#224; d'autres &#233;l&#232;ves, de tr&#233;bucher, de rebondir ? Peut-&#234;tre est-il raisonnable de d&#233;velopper solidarit&#233;, entraide et coop&#233;ration entre &#233;l&#232;ves dans les classes et les &#233;coles, &#224; l'instar de ce qui pouvait exister dans l'enseignement mutuel ? C'est pourquoi nous plaidons pour des p&#233;dagogies qui lib&#232;rent temps et espaces, donnant &#224; l'enseignant une autre posture que celle d'un simple relais du &#171; pouvoir disciplinaire &#187; entre contr&#244;le et rem&#233;diation, &#224; la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e une dimension int&#233;gr&#233;e, coll&#233;e &#224; m&#234;me la vie de la classe. Comme a pu peut-&#234;tre le faire, en son temps, l'enseignement mutuel ; comme peuvent l'&#234;tre les p&#233;dagogies qui contribuent &#224; fonder une v&#233;ritable coop&#233;ration entre &#233;l&#232;ves leur assurant la s&#233;curit&#233; indispensable &#224; l'acte d'apprendre (Connac, 2009). Il ne s'agit pas d'inviter l'enseignant &#224; ne plus s'occuper des apprentissages des &#233;l&#232;ves, tout au contraire, mais sa pr&#233;occupation premi&#232;re n'est pas de tenter de caract&#233;riser les &#233;l&#232;ves selon des profils pr&#233;d&#233;finis, mais plut&#244;t de caract&#233;riser les savoirs qu'il enseigne, d'anticiper les obstacles &#224; la lumi&#232;re des travaux de la didactique, d'observer (sans n&#233;cessairement intervenir) les &#233;l&#232;ves et l'&#233;l&#232;ve face &#224; un nouveau savoir et &#224; une t&#226;che complexe, etc. C'est ce que nous nous permettons d'appeler, pour reprendre les propos de Bourdieu (2016), une &#171; p&#233;dagogie rationnelle &#187; (mais aussi coh&#233;rente et congruente).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une premi&#232;re tentative de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que la forme d'enseignement scolaire constitue un creuset puissant de construction de diff&#233;rences entre les &#233;l&#232;ves et que, de surcroit, l'h&#233;g&#233;monie de cette forme s'est impos&#233;e pour de mauvaises raisons. Nous avons &#233;voqu&#233; qu'&#224; l'int&#233;rieur de cette forme d'enseignement, la diff&#233;renciation p&#233;dagogique peut &#234;tre passive ou active (Kahn, 2010) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; passive, quand l'enseignant n'a pas la volont&#233; de diff&#233;rencier, mais que, de fait, ses pratiques sont diff&#233;renciatrices, c'est-&#224;-dire qu'elles cr&#233;ent des apprentissages diff&#233;rents chez ses &#233;l&#232;ves, toujours au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves les plus scolairement d&#233;pendants et fragiles. C'est obligatoirement ce qui se passe dans toute p&#233;dagogie (Chopin, 2011 ; Maurice et Murillo, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; active, quand l'enseignant a des pratiques de p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e et que ces derni&#232;res contribuent &#224; creuser les &#233;carts d'apprentissage entre les &#233;l&#232;ves, toujours au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves les plus scolairement d&#233;pendants et fragiles (Rey et al., 2003).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;voqu&#233; une distinction entre une diff&#233;renciation p&#233;dagogique int&#233;gr&#233;e au fonctionnement d'une classe, soit une p&#233;dagogie o&#249; le groupe est concern&#233; par les apprentissages de chacun et de tous (Brigaudiot, 2015 ; Connac, 2009) et une diff&#233;renciation p&#233;dagogique &#171; inject&#233;e &#187; sous la pression de l'enseignant qui r&#233;pond ainsi &#224; une pression institutionnelle et morale qui peut mener &#224; des d&#233;rives diff&#233;renciatrices, toujours au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves les plus scolairement d&#233;pendants et fragiles. Bref, la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e est une op&#233;ration extr&#234;mement d&#233;licate qui peut contribuer aux in&#233;galit&#233;s scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35&#192; ce temps pr&#233;cis de la r&#233;flexion, nous pouvons simplement penser que moins une p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e est int&#233;gr&#233;e au fonctionnement ordinaire de la classe, moins elle est l'affaire du groupe classe (&#233;l&#232;ves et enseignants) dans son entier, moins elle est pens&#233;e a priori, moins elle prend en compte sp&#233;cificit&#233;s des savoirs &#224; apprendre et plus elle est risque d'&#234;tre diff&#233;renciatrice, c'est-&#224;-dire augmenter les &#233;carts d'apprentissages au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves les plus fragiles.&lt;/p&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons que dans un &#233;crit de jeunesse, en 1819, Victor Hugo a soumis au concours de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise une po&#233;sie intitul&#233;e Discours sur les avantages de l'Enseignement mutuel. Deux extraits : &#171; J'&#233;coute mal un sot qui veut que je le craigne, et je sais beaucoup mieux ce qu'un ami m'enseigne &#187; ; &#171; vois-les, pr&#232;s d'un tableau, sans d&#233;go&#251;ts, sans ennuis, corrig&#233;s l'un par l'autre, et l'un par l'autre instruit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article paru dans Le Moniteur du 13 janvier 1818 et sign&#233; du Ministre de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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