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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>L'&#233;galit&#233; dans l'enseignement sup&#233;rieur entre utopie et solutions concr&#232;tes</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article8488.html</link>
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		<dc:date>2021-01-04T08:39:17Z</dc:date>
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		<dc:creator>Dominique Bucheton, Jean-Marie De Ketele, Philippe Meirieu, Richard &#201;tienne</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les interventions de trois sp&#233;cialistes de la p&#233;dagogie, de la p&#233;dagogie universitaire et de la didactique ont &#233;tabli que d'autres m&#233;canismes que ceux d'une distillation fractionn&#233;e sont possibles et efficaces dans l'enseignement sup&#233;rieur. Les origines sociales et scolaires des &#233;tudiantes et &#233;tudiants leur imposent de s'acculturer aux exigences ainsi qu'aux coutumes du monde universitaire. Le r&#244;le de l'&#233;crit dans la r&#233;ussite est essentiel &#224; ce niveau et l'organisation de travaux d'&#233;criture (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les interventions de trois sp&#233;cialistes de la p&#233;dagogie, de la p&#233;dagogie universitaire et de la didactique ont &#233;tabli que d'autres m&#233;canismes que ceux d'une distillation fractionn&#233;e sont possibles et efficaces dans l'enseignement sup&#233;rieur. Les origines sociales et scolaires des &#233;tudiantes et &#233;tudiants leur imposent de s'acculturer aux exigences ainsi qu'aux coutumes du monde universitaire. Le r&#244;le de l'&#233;crit dans la r&#233;ussite est essentiel &#224; ce niveau et l'organisation de travaux d'&#233;criture avec des outils et une m&#233;thode progressive constitue une innovation relative sur laquelle peuvent &#233;changer les enseignants-chercheurs. L'enseignement sup&#233;rieur ne tient pas ses promesses de r&#233;ussite parce qu'il transforme syst&#233;matiquement ses objectifs en pr&#233;alable. Or, le dispositif p&#233;dagogique et didactique est au moins aussi important que le contenu de la formation. Faire &#233;voluer le sup&#233;rieur dans ce sens rel&#232;ve d'un d&#233;fi politique qui ne s'int&#233;resse pas qu'&#224; une &#233;lite, aux seuls &#171; vainqueurs &#187;, pour reprendre l'image de Fran&#231;ois Dubet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/edso/13436&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; retranscription de la table ronde du 6 mars 2020 du Colloque Egalisup avec Dominique Bucheton, Jean-Marie De Ketele, Philippe Meirieu et Richard &#201;tienne repris de la revue Education et socialisation, une publication sous licence CC by nc nd&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La table ronde &#233;tait pr&#233;vue en d&#233;but de deuxi&#232;me journ&#233;e du colloque international Egalisup dans l'intention de passer d'un constat rigoureux sur les in&#233;galit&#233;s pr&#233;sentes dans l'enseignement sup&#233;rieur comme dans tout le syst&#232;me &#224; quelques pistes permettant d'&#233;chapper peu ou prou ce que Fran&#231;ois Dubet a si bien caract&#233;ris&#233; de &#171; distillation fractionn&#233;e &#187;. Elle a r&#233;uni trois sp&#233;cialistes de l'approche p&#233;dagogique, didactique et universitaire en &#233;ducation et en formation. Des questions leur avaient &#233;t&#233; transmises &#224; l'avance mais l'avantage d'une table ronde se situe toujours plus dans les &#233;changes que dans des expos&#233;s bien structur&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Richard &#201;tienne&lt;/strong&gt; : - Nous allons commencer cette table ronde et, autant j'ai remerci&#233; Fran&#231;ois Dubet hier, autant je voudrais remercier chaleureusement aujourd'hui Dominique Bucheton, Jean-Marie De Ketele et Philippe Meirieu d'avoir bien voulu se pr&#234;ter &#224; l'exercice. L'id&#233;e de ce colloque, j'y r&#233;fl&#233;chis en repensant &#224; ce qu'a dit Fran&#231;ois Dubet, c'est que nous sommes dans une forme de troisi&#232;me massification, apr&#232;s la premi&#232;re qui a concern&#233; les coll&#232;ges, la deuxi&#232;me les lyc&#233;es. Et maintenant, l'objectif, c'est 50 % d'une classe d'&#226;ge avec une licence. Il faut donc se poser la question du comment faire et ne pas simplement donner des r&#233;ponses sociologiques, pas simplement donner des r&#233;ponses p&#233;dagogiques ou pas simplement donner des r&#233;ponses politiques, mais penser le complexe. Je crois que mes voisins ou voisines vont pouvoir nous proposer leur point de vue sur ce sujet. Comme je n'aime pas que les questions soient plus longues que les r&#233;ponses, je vais faire un premier tour de parole et demander aux diff&#233;rents interlocuteurs et interlocutrices de se pr&#233;senter. Vous les connaissez, mais c'est toujours int&#233;ressant de voir comment les gens se pr&#233;sentent. Alors, Dominique, si tu veux bien commencer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Une pr&#233;sentation sous forme d'anecdote en rapport avec la vie universitaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dominique Bucheton&lt;/strong&gt; : - &#192; vrai dire, je suis une tr&#232;s mauvaise &#233;l&#232;ve parce que j'avais perdu les questions. La premi&#232;re chose &#224; dire, c'est que, contrairement aux apparences, je suis &#224; la retraite, avec du temps pour r&#233;fl&#233;chir un petit peu plus, et pas dans l'urgence des t&#226;ches imm&#233;diates, ce qui permet de prendre un peu de recul avec plein de choses. La deuxi&#232;me, c'est que la grande fiert&#233; de ma carri&#232;re, cela a &#233;t&#233; de diriger le laboratoire LIRDEF de Montpellier, ce qui a &#233;t&#233; totalement passionnant parce qu'il se situe &#224; la rencontre de nombreux courants, didactiques, sociologiques, linguistiques. Et c'est une chance inou&#239;e d'&#234;tre dans un laboratoire qui travaille sur la complexit&#233;. Dans ce laboratoire, j'ai pu continuer une qu&#234;te entam&#233;e, j'allais dire, dans ma toute jeunesse, c'est-&#224;-dire en tant qu'institutrice ou professeure, puis formatrice, donc un cursus typique d'un certain nombre d'enseignants qui ont progressivement avanc&#233; dans leur questionnement. Le mien a toujours &#233;t&#233; le m&#234;me, pratiquement, c'est-&#224;-dire de comprendre d'o&#249; venaient les in&#233;galit&#233;s socio-scolaires. J'ai traqu&#233; cela dans tous les coins, et notamment sur les questions d'&#233;criture, en didactique de l'&#233;criture, et par la suite en travaillant de fa&#231;on tr&#232;s fine sur les gestes professionnels des enseignants. Je viens de sortir un livre sur ces questions (2020) pour essayer d'expliquer ce parcours intellectuel qui est aussi un parcours compl&#232;tement politique. Je le dis tranquillement, donc merci Richard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Richard &#201;tienne : - Est-ce que tu as une anecdote qui te vient en t&#234;te ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dominique Bucheto&lt;/strong&gt;n : - C'est une anecdote que je raconte assez fr&#233;quemment. Quand je suis entr&#233;e comme ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'universit&#233; de Lille, &#224; 45 ans, j'avais un cours sur l'enseignement de l'oral &#224; l'&#233;cole. Je ne pouvais pas imaginer faire un cours magistral sur l'enseignement de l'oral simplement en amphith&#233;&#226;tre. Donc j'ai mis en place des TD (travaux dirig&#233;s) o&#249; on &#233;tait soixante-dix dans des friches industrielles de Lille. Il fait un froid de canard en hiver. J'ai organis&#233; des travaux de groupe o&#249; ils &#233;taient quinze. Pourquoi j'ai mis en place des travaux de groupe ? C'&#233;tait notamment parce que je m'&#233;tais rendu compte qu'en sciences de l'&#233;ducation les &#233;tudiants qui arrivaient l&#224; sortaient d'un peu partout, avec des parcours professionnels, reconversion par exemple, ou, au contraire, bon chic, bon genre, un cursus parfaitement lisse de la maternelle &#224; l'universit&#233;, et il y avait beaucoup d'&#233;tudiants qui n'&#233;taient pas bien, qui &#233;taient perdus, qui ne savaient pas trop o&#249; se retrouver. Donc mon objectif, dans un premier temps, c'&#233;tait qu'ils se rencontrent et qu'ils se parlent. C'&#233;tait mon objectif premier. Je raconte cela &#224; mes copines professeures d'universit&#233; tr&#232;s distingu&#233;es, qui me disent &#171; mais Dominique, tu n'es plus au coll&#232;ge ! &#187;. Cette r&#233;flexion m'a profond&#233;ment d&#233;stabilis&#233;e. J'ai r&#233;fl&#233;chi, j'ai tournicot&#233; dans ma t&#234;te, je n'ai pas trop l'habitude de capituler, donc j'ai continu&#233;. J'ai continu&#233; &#224; faire en sorte que mes &#233;tudiants puissent se parler d'abord et discuter. Un ou deux ans apr&#232;s, mes copines disaient : &#171; les &#233;tudiants ne font que r&#233;p&#233;ter ce qu'on dit, ils ne pensent pas, etc. &#187; Cette exp&#233;rience d'introduction &#224; la p&#233;dagogie universitaire m'a confirm&#233;e dans l'id&#233;e qu'il fallait qu'on r&#233;fl&#233;chisse &#224; la p&#233;dagogie universitaire. Je vous fais part de cette anecdote parce que je pense qu'elle est assez parlante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Richard &#201;tienne : - Merci beaucoup pour cette anecdote. Jean-Marie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marie De Ketele&lt;/strong&gt; : - Conform&#233;ment &#224; ce que vous savez, je suis aussi retrait&#233;. Je vais remonter tr&#232;s loin en arri&#232;re car je suis probablement n&#233; dans le bassin de la p&#233;dagogie universitaire : apr&#232;s avoir enseign&#233; trois ans dans le secondaire, je me suis permis de me payer des &#233;tudes universitaires en facult&#233; de psychologie et des sciences de l'&#233;ducation. Le premier cours que nous avions, c'&#233;tait un cours de statistiques, parce que dans notre facult&#233; la m&#233;thodologie de la recherche, la statistique &#233;tait tr&#232;s importante. Aucun &#233;tudiant n'y comprenait quoi que ce soit. C'&#233;tait donn&#233; par un professeur du d&#233;partement de math&#233;matiques. J'ai &#233;t&#233; tout de suite &#233;lu d&#233;l&#233;gu&#233; &#233;tudiant, sans doute parce que j'avais d&#233;j&#224; un peu de bouteille, j'avais enseign&#233; trois ans. Donc je me suis mis &#224; cr&#233;er des cours parall&#232;les de statistiques pour les &#233;tudiants. Quand je rencontre dans la rue parfois de mes anciens amis &#233;tudiants, c'est toujours la premi&#232;re chose qu'ils me disent : &#171; si je suis dipl&#244;m&#233;, c'est en grande partie gr&#226;ce &#224; toi &#187;. Donc, C'est un peu &#224; ce moment-l&#224; que je suis n&#233; dans la p&#233;dagogie universitaire (1970). Puis ayant une ma&#238;trise en psychologie et une ma&#238;trise en sciences de l'&#233;ducation en poche, ayant &#233;t&#233; d&#233;l&#233;gu&#233; toute ma carri&#232;re d'&#233;tudiant, j'ai &#233;t&#233; appel&#233; par le Vice-recteur de l'&#233;poque, que certains connaissent encore sans doute, Jean Demal, qui a cr&#233;&#233; l'Association internationale de p&#233;dagogie universitaire (AIPU). Il m'a demand&#233; d'organiser avec lui un questionnaire qu'il allait adresser &#224; tous les enseignants-chercheurs de mon universit&#233;, celle de Louvain, pour voir quelles sont les personnes qui estiment faire un dispositif de p&#233;dagogie universitaire innovant. Donc on a cr&#233;&#233; ce questionnaire tr&#232;s ouvert &#171; si vous faites quelque chose sur le plan p&#233;dagogique innovant, peu importe ce que vous entendez par innovant, faites-le-nous savoir &#187;. Nous avons re&#231;u plus de 300 r&#233;ponses que nous avons commenc&#233; &#224; analyser. Nous nous sommes dit &#171; c'est formidable, dans cette universit&#233; il y a vraiment des gens qui pensent &#224; am&#233;liorer leur formation &#187;. Nous avons cr&#233;&#233; un feuillet vert p&#233;riodique, nous appelons cela le feuillet vert, c'&#233;tait une feuille A3 pli&#233;e en deux, donc quatre pages, et chaque mois nous d&#233;crivions un dispositif de p&#233;dagogie universitaire qui semblait innovant, que nous avions s&#233;lectionn&#233; dans notre base de donn&#233;es. &#192; partir de l&#224;, nous avons cr&#233;&#233; des demi-journ&#233;es d'&#233;change de dispositifs p&#233;dagogiques. Puis est n&#233; le centre de ressources de p&#233;dagogie universitaire. Enfin, Jean Demal a eu l'opportunit&#233;, parce qu'il avait fait des voyages professionnels, notamment au Qu&#233;bec et en France, de cr&#233;er l'AIPU. Je suis content, cinquante ans apr&#232;s, de me retrouver ici, dans cette situation, avec des gens qui travaillent &#224; am&#233;liorer toujours la formation universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Richard &#201;tienne : - Merci, d'autant plus que l'AIPU est partenaire de ce colloque, comme l'AECSE et nous remercions encore ces associations de toute l'aide qu'elles nous ont fournie, que ce soit sur un plan mat&#233;riel ou au niveau de la diffusion de l'information. Alors, Philippe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Meirieu&lt;/strong&gt; : - Merci de m'avoir invit&#233;, Richard. Je ne suis pas, moi, contrairement &#224; Jean-Marie, un sp&#233;cialiste de la p&#233;dagogie universitaire. Comment suis-je arriv&#233; &#224; l'universit&#233; ? Relativement par hasard. Avant 1981, il existait un statut de coll&#232;ge exp&#233;rimental. C'&#233;taient des coll&#232;ges qui avaient droit &#224; certaines d&#233;rogations d&#232;s lors qu'ils soumettaient leurs &#233;l&#232;ves &#224; des &#233;valuations r&#233;guli&#232;res, comparant les r&#233;sultats de ces &#233;l&#232;ves &#224; des groupes t&#233;moins. J'ai travaill&#233; dans un coll&#232;ge exp&#233;rimental assez longuement. Ce coll&#232;ge essayait d'exp&#233;rimenter ce que nous appelions d&#233;j&#224; dans la mouvance de Louis Legrand (1984) la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e. Une des caract&#233;ristiques de ce coll&#232;ge &#233;tait que les &#233;l&#232;ves choisissaient &#224; la fois leur nombre d'heures de cours par semaine dans chaque discipline ainsi que les enseignants avec lesquels ils travaillaient. C'&#233;tait d&#233;j&#224; une situation assez exceptionnelle. Il existait &#224; Lyon un laboratoire de p&#233;dagogie exp&#233;rimentale, dirig&#233; par Guy Avanzini, un homme tout &#224; fait remarquable, et ce laboratoire de p&#233;dagogie universitaire avait pour mission de v&#233;rifier que nos &#233;l&#232;ves n'&#233;taient pas handicap&#233;s par l'innovation que nous avions mise en place. Ils &#233;taient donc soumis &#224; des tests, compar&#233;s &#224; des groupes t&#233;moins. J'ai donc rencontr&#233; un grand universitaire en la personne de Guy Avanzini qui, au bout de quelques mois, m'a dit : &#171; Le travail que vous faites m'int&#233;resse, j'aimerais bien que vous &#233;criviez quelque chose autour de ce travail &#187;. De fil en aiguille, Guy Avanzini m'a amen&#233; &#224; &#233;crire une th&#232;se d'&#201;tat (1984) sur la question des interactions entre pairs dans les apprentissages sur laquelle j'avais effectu&#233; de nombreuses observations dans le coll&#232;ge. Je suis entr&#233; comme cela &#224; l'universit&#233;, mais aussi parce que l'une de mes coll&#232;gues, Huguette Bouchardeau, a &#233;t&#233; appel&#233;e au gouvernement et a laiss&#233; son poste. Il &#233;tait vacant, j'&#233;tais sur place, je venais de passer ma th&#232;se et j'ai &#233;t&#233; recrut&#233; d'une mani&#232;re tout &#224; fait &#233;tonnante. Donc je suis arriv&#233; dans le monde universitaire, en sciences de l'&#233;ducation, en venant du monde des militants p&#233;dagogiques et de l'exp&#233;rimentation p&#233;dagogique. Si j'avais une seule anecdote &#224; pr&#233;senter, pour faire &#233;cho &#224; ce que disent mes coll&#232;gues, c'est que j'ai d&#233;couvert globalement que les sciences de l'&#233;ducation &#233;taient une discipline extr&#234;mement int&#233;ressante o&#249; on passait beaucoup de temps &#224; expliquer aux &#233;tudiants avec de beaux cours magistraux qu'il n'en fallait point faire ! Cette dissociation entre le dire et le faire (1995) a interrog&#233; le militant p&#233;dagogique que j'&#233;tais. Cela m'a pouss&#233; &#224; tenter de r&#233;concilier les id&#233;aux de l'&#201;ducation nouvelle dans laquelle j'&#233;tais engag&#233; avec la p&#233;dagogie universitaire. Cela m'a pouss&#233; &#224; tenter de r&#233;concilier les id&#233;aux de l'Education nouvelle dans laquelle j'&#233;tais engag&#233; avec la p&#233;dagogie universitaire. C'&#233;tait une entreprise difficile : je travaillais, par exemple, avec d'&#233;minents sp&#233;cialistes de la th&#233;orie du curriculum qui n'&#233;taient absolument pas g&#234;n&#233;s par le fait de constituer des emplois du temps pour les &#233;tudiants, simplement &#224; partir des commodit&#233;s des enseignants et de leur sp&#233;cialit&#233; ant&#233;rieure, sans s'int&#233;resser &#224; la coh&#233;rence que cela pouvait avoir pour les &#233;tudiants en question. J'ai donc pu mesurer &#224; quel point la formation universitaire &#233;tait loin de ce que j'avais imagin&#233;, et &#224; quel point nous restions, &#224; l'universit&#233;, tributaires du paradigme de l'enseignement, bien loin du paradigme de la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je terminerai en disant que j'ai pu, heureusement, dans l'universit&#233; essayer, non pas de renverser la vapeur, ce serait bien trop pr&#233;tentieux, mais d'introduire des &#233;l&#233;ments nouveaux parce qu'il s'est trouv&#233; que j'ai pris l'initiative de lancer un master professionnel autour des m&#233;tiers de la formation, et que, dans des petits groupes, nous avons pu exp&#233;rimenter, d'une mani&#232;re que je crois assez efficace, des m&#233;thodologies un peu nouvelles, plus proches de ce que j'esp&#233;rais. Elles n'avaient plus rien &#224; voir avec ces enseignements universitaires, qui &#233;taient une sorte de libre-service offert &#224; des &#233;tudiantes et &#224; des &#233;tudiants, sans grand souci ni de l'accompagnement ni de la coh&#233;rence de ce qui pouvait leur &#234;tre propos&#233;. Au fond, pendant toute ma carri&#232;re universitaire, j'ai cherch&#233; &#224; introduire dans l'universit&#233; cet accompagnement et cette coh&#233;rence ; j'en donnerai quelques exemples en r&#233;ponse aux prochaines questions que Richard nous posera.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-on d&#233;finir la r&#233;ussite &#224; l'universit&#233;&#8230; et comment faire pour y parvenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Richard &#201;tienne : - Merci pour cette pr&#233;sentation, et ces anecdotes qui illustrent bien les parcours que vous avez faits, et que vous continuez de faire, m&#234;me si officiellement vous &#234;tes &#224; la retraite. Comme le disait Fran&#231;ois Dubet, il y a des mots cl&#233;s en &#233;ducation. Un des mots cl&#233;s est : r&#233;ussite. Il a beaucoup d&#233;velopp&#233; sur l'&#233;galit&#233; des chances comme &#233;tant un syst&#232;me m&#233;ritocratique cruel qui cr&#233;e des in&#233;galit&#233;s justes, mais &#233;videmment, comme souvent, quand on travaille avec des sociologues, il d&#233;crivait des m&#233;canismes, c'est le terme qu'il a employ&#233;. Ce que nous voudrions comprendre, c'est quel bricolage nous pourrions mettre en place. Donc, si je vous parle de r&#233;ussite dans l'enseignement sup&#233;rieur, quelle d&#233;finition vous vient &#224; l'esprit ? Qu'est-ce que r&#233;ussir dans l'enseignement sup&#233;rieur ? Si nous faisons une alternative avec &#171; chances, c'est pour la Fran&#231;aise des Jeux &#187;, comme l'a &#233;crit un jour Philippe Meirieu, la r&#233;ussite, ce n'est pas pour la Fran&#231;aise des Jeux. La r&#233;ussite, qu'est-ce pour vous ? Pourriez-vous nous la d&#233;finir, et pourriez-vous d&#233;crire quelques pratiques qui ont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre avec ce souci de la r&#233;ussite comme vous la d&#233;finissez ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marie De Ketele&lt;/strong&gt; : - Je commencerai par rappeler qu'il y a eu une conf&#233;rence de consensus dont le rapport a &#233;t&#233; coordonn&#233; par Emmanuelle Annoot (2016), ici pr&#233;sente. Cette conf&#233;rence de consensus admettait que le concept de r&#233;ussite &#233;tait trop souvent, dans beaucoup de recherches, associ&#233; simplement au fait de r&#233;ussir son ann&#233;e universitaire, d'o&#249; l'ensemble des recherches qui datent des ann&#233;es 1980-2000. Il y a eu &#233;norm&#233;ment de recherches sur les facteurs de r&#233;ussite et d'&#233;chec &#224; l'universit&#233;. En particulier, on parlait de r&#233;ussites et d'&#233;checs &#224; l'universit&#233; surtout &#224; la fin de la premi&#232;re ann&#233;e. Puis, les recherches se sont &#233;tendues. On s'est dit progressivement : ce n'est pas parce que quelqu'un a &#233;chou&#233; en premi&#232;re ann&#233;e d'universit&#233; qu'il doit abandonner. Il pourrait tr&#232;s bien faire un parcours universitaire particuli&#232;rement riche et prometteur. La notion de r&#233;ussite s'est &#233;tendue progressivement vers une notion de r&#233;ussite au terme de tout un parcours d'enseignement universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un peu dans ce sens-l&#224; que Saeed Paivandi a travaill&#233;, par exemple, dans sa th&#232;se (1991), qui &#233;tait d'ailleurs un excellent travail de recherche. Mais je pense que maintenant encore on doit &#233;largir le d&#233;bat. Il y a deux ans, avec un groupe international compos&#233; notamment d'un de mes anciens &#233;tudiants qui est responsable de l'enseignement et de la formation dans mon universit&#233;, Philippe Parmentier, avec Laurent Cosnefroy de Lyon, avec Bernard Hugonnier, ancien directeur de l'OCDE, avec Donatella Palomba de l'universit&#233; de Rome, nous avons &#233;crit ensemble un livre (De Ketele et al., 2016) apr&#232;s avoir analys&#233; toute la litt&#233;rature sur l'excellence dans l'enseignement sup&#233;rieur. Vous allez me dire : quel est le lien avec la r&#233;ussite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit excellence fait automatiquement penser &#224; une qualit&#233; d'un niveau sup&#233;rieur. Et il semble, au terme de nos travaux, que nous distinguions trois types d'excellence, alors qu'on ne parle que d'une seule pratiquement qui est l'excellence &#233;litiste, c'est-&#224;-dire une formation de tr&#232;s haut niveau de qualit&#233;, pour les &#171; meilleurs &#187; &#233;tudiants, assur&#233;e par les &#171; meilleurs &#187; professeurs, dans les &#171; meilleures &#187; institutions, c'est-&#224;-dire celles qui sont issues des classements internationaux, tels que ceux du Times. C'est une excellente &#233;litiste dans la mesure o&#249; il y a, sans doute, une formation de qualit&#233; qui est assur&#233;e, sur beaucoup d'aspects, mais elle est r&#233;serv&#233;e &#224; une petite &#233;lite. Quand on regarde soigneusement les caract&#233;ristiques des personnes qui peuvent b&#233;n&#233;ficier de cette excellence &#233;litiste, ce sont effectivement des personnes de niveaux socioculturels et &#233;conomiques extr&#234;mement favoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de cette excellence &#233;litiste, nous avons plaid&#233; pour deux autres types d'excellence que nous pourrions r&#233;unir : c'est une excellence sociale, d'une part, et c'est une excellence soci&#233;tale, d'autre part. Une excellence sociale, c'est-&#224;-dire comment faire en sorte qu'&#224; l'universit&#233;, avec la p&#233;dagogie universitaire, on puisse donner une formation de qualit&#233; pour tous, et pas simplement r&#233;serv&#233;e &#224; une petite &#233;lite de personnes favoris&#233;es. Une excellence soci&#233;tale, c'est une excellence qui n'est pas seulement tourn&#233;e vers la comp&#233;tition, vers le d&#233;veloppement &#233;conomique, ce que le mouvement actuel de globalisation, de mondialisation met en exergue, mais une excellence soci&#233;tale qui essaie &#224; travers la formation universitaire, &#224; travers une certaine forme de qualit&#233; de la formation universitaire, de pouvoir r&#233;pondre aux grands enjeux soci&#233;taux dont on parle de plus en plus maintenant, avec tous les probl&#232;mes environnementaux, avec les probl&#232;mes de migration, avec les probl&#232;mes d'iniquit&#233;, avec les probl&#232;mes de faim, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc pour moi la r&#233;ussite n'est pas simplement une r&#233;ussite strictement individuelle, mais c'est une r&#233;ussite aussi institutionnelle, les deux &#233;tant &#233;troitement li&#233;es. Je pense que si on ne fait pas attention, toutes les institutions telles que l'OCDE, l'Union europ&#233;enne, etc., font entrer l'universit&#233; et la formation universitaire dans un tourbillon de comp&#233;tition avec la finalit&#233; d'&#234;tre les meilleurs sur le plan du d&#233;veloppement &#233;conomique. Je pense que si on continue &#224; trop perdre pied l&#224;-dedans, on fait fausse route. Il me semble que les universit&#233;s devraient davantage viser une forme d'excellence sociale, si possible, et certainement soci&#233;tale. Il y a l&#224; des enjeux vraiment importants &#224; mes yeux. Je voudrais peut-&#234;tre faire allusion &#224; un auteur am&#233;ricain qui est un des auteurs les plus &#233;tudi&#233;s actuellement en France, c'est John Dewey. John Dewey a &#233;crit un livre remarquable sur la d&#233;mocratie (1916), et qui a un concept que je trouve extraordinaire, que j'aime r&#233;p&#233;ter, c'est le concept de capacit&#233; distinctive. John Dewey dit que l'&#233;cole, l'universit&#233;, devrait pouvoir identifier chez chacun d'entre nous, chez chacun des &#233;tudiants, chez chacun des enseignants sa capacit&#233; distinctive, sa potentialit&#233;, ce qui le distingue des autres personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une premi&#232;re condition : identifier la capacit&#233; distinctive de chacun, pour contribuer &#224; la d&#233;velopper le plus possible. La deuxi&#232;me condition est aussi importante : c'est de la mettre au service du groupe. On construit v&#233;ritablement une d&#233;mocratie, on construit sans doute un monde o&#249; l'excellence soci&#233;tale sera prioritaire, si effectivement on d&#233;veloppe chez chacun d'entre nous notre capacit&#233; distinctive, et que chacun d'entre nous la mette au service du groupe, de la classe si je suis en primaire, du groupe d'ann&#233;e d'&#233;tude, du groupe de recherche dont je fais partie, du groupe social dont je fais partie. Je pense qu'il y a l&#224; un enjeu tr&#232;s important, et pour moi la r&#233;ussite d'un individu li&#233; &#224; la r&#233;ussite d'une institution, c'est cela : mettre les capacit&#233;s distinctives au service du groupe et du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Richard &#201;tienne : - Est-ce qu'il y a une pratique qui serait caract&#233;ristique de cette forme de capacit&#233; distinctive ? Nous avons tous un ADN diff&#233;rent, donc il est normal que dans une soci&#233;t&#233; nous nous distinguions chacun, mais en travaillant pour cette soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marie De Ketele &lt;/strong&gt; : - Chez nous, les professeurs exp&#233;riment&#233;s sont oblig&#233;s d'enseigner, au moins pour une partie de leur service, dans le premier cycle, et, autant que possible, en premi&#232;re ann&#233;e, parce que ce sont les cours les plus difficiles &#224; donner. Donc il n'est pas question pour un professeur dit de rang A de ne vouloir donner que des cours de fin de deuxi&#232;me cycle ou de troisi&#232;me cycle. Je trouve que c'est une tr&#232;s bonne chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pour en revenir &#224; une exp&#233;rience pour essayer de lutter contre cette tendance &#224; l'uniformisation qui fait qu'&#224; l'universit&#233; le fait de dispenser le m&#234;me cours &#224; tout le monde, en r&#233;unissant des masses &#233;normes d'&#233;tudiants, c'est tout &#224; fait contraire &#224; ce que je viens d'expliciter. J'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; cette situation de me retrouver face &#224; 450 &#233;tudiants, et d'avoir &#224; enseigner un cours de m&#233;thodologie d'observation, y compris de statistiques descriptives. Comment &#234;tre coh&#233;rent ? C'est Andr&#233; de Peretti (2013, avec Fran&#231;ois Muller) qui m'a inspir&#233;, il pr&#233;tendait, il en avait fait plusieurs fois la d&#233;monstration, qu'il est possible de faire de la p&#233;dagogie active avec 600 personnes dans un amphith&#233;&#226;tre. Donc j'ai con&#231;u un cours o&#249; le contenu du cours &#233;tait dans un livre &#233;crit avec Xavier Roegiers, qui est d'ailleurs publi&#233;, M&#233;thodologie du recueil d'informations (2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, au d&#233;but de l'ann&#233;e, nous pr&#233;sentions le cours, les objectifs du cours, le contenu du cours, les modalit&#233;s du cours, comme cela doit se faire normalement dans tous cours. Les Canadiens nous ont donn&#233; l'exemple au d&#233;part avec les plans de cours, d&#233;j&#224; dans les ann&#233;es 70, et nous avons suivi dans certains autres pays, comme le mien. Les &#233;tudiants avaient dans le plan de cours le contenu de chacune des s&#233;ances, et ils &#233;taient invit&#233;s &#224; prendre connaissance des quelques pages du livre qui seraient la base, les connaissances qui seraient mobilis&#233;es dans le cadre d'un cours de deux heures, avec une pause de dix minutes. Le cours a &#233;t&#233; con&#231;u comme ceci : il y avait une partie en amphith&#233;&#226;tre &#224; 450 et une autre partie sous forme de travaux pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, en amphith&#233;&#226;tre, je pr&#233;parais pour chaque s&#233;ance de cours trois, quatre situations d'observation d&#233;crites tr&#232;s bri&#232;vement, dont une &#233;tude de cas. Cette &#233;tude de cas se terminait par une question &#224; laquelle les &#233;tudiants devaient pouvoir r&#233;pondre, et ils devaient mobiliser des connaissances extraites des quelques pages qu'ils avaient lues avant de venir au cours. Puis, lorsque je pr&#233;sentais une situation sur &#233;cran, je demandais aux &#233;tudiants : &#171; voil&#224;, r&#233;fl&#233;chissez d'abord une minute sur les connaissances que vous pensez devoir mobiliser pour r&#233;pondre &#224; la question, et donnez votre r&#233;ponse &#224; votre voisin de gauche et &#224; votre voisin de droite, essayez de voir quelle est la r&#233;ponse qui semble le mieux mobiliser les connaissances pour r&#233;pondre &#224; la question &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc je laissais cinq minutes, il y avait une ruche dans l'amphith&#233;&#226;tre, l'&#233;tude de cas &#233;tant toujours affich&#233;e &#224; l'&#233;cran, et je passais avec mon micro dans les trav&#233;es, et j'essayais de rep&#233;rer l'un ou l'autre groupe qui avait des r&#233;ponses int&#233;ressantes, mais tr&#232;s contrast&#233;es. &#192; un moment donn&#233;, je mettais fin &#224; la concertation et je rapportais, en esp&#233;rant ne pas les trahir, les r&#233;ponses de quatre ou cinq groupes de travail. Je rapportais le plus fid&#232;lement possible les r&#233;ponses qui &#233;taient donn&#233;es, et ce faisant je voyais d&#233;j&#224; dans les yeux de mes &#233;tudiants : &#171; &#231;a, c'est vrai, on avait oubli&#233; &#231;a &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit &#224; petit dans la m&#233;canique du cerveau des &#233;tudiants se mettait en place une tentative de r&#233;ponse. Quand j'avais termin&#233;, au bout de quatre ou cinq descriptifs de r&#233;ponse, je crois que beaucoup d'&#233;tudiants avaient trouv&#233; la r&#233;ponse finale, je donnais une r&#233;ponse vraiment tr&#232;s argument&#233;e, en faisant r&#233;f&#233;rence de fa&#231;on tr&#232;s claire au contenu du cours qu'ils avaient lu au pr&#233;alable. C'est un premier aspect du dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me, c'est qu'&#224; l'entr&#233;e du cours, &#224; la premi&#232;re heure, les &#233;tudiants &#233;taient invit&#233;s &#224; d&#233;poser sur un bout de papier une question sur ce qu'ils n'avaient pas compris en lisant le contenu du cours dont on allait traiter. Je disais &#171; un papier, une question. Si vous avez deux questions, deux papiers &#187;. &#192; l'intercours, je prenais ces papiers, je les classais, j'&#233;liminais les questions pour lesquelles nous avions eu une r&#233;ponse &#224; travers les quatre ou cinq &#233;tudes de cas que nous avions faites pendant la premi&#232;re heure de cours, et pendant la seconde heure de cours, soit je prenais une &#233;tude de cas pour r&#233;pondre &#224; une majeure partie des questions, soit je donnais des r&#233;ponses directes s'il s'agissait de questions relativement faciles &#224; expliquer. C'est la premi&#232;re partie du dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie du dispositif avait lieu apr&#232;s la session de janvier. Car, en Belgique, il y a une session &#224; ce moment-l&#224; lors de laquelle les &#233;tudiants passent des examens sur les cours qui sont enti&#232;rement termin&#233;s du premier semestre, ce qui n'&#233;tait pas le cas de mon cours qui durait toute l'ann&#233;e. On constate qu'apr&#232;s la session de janvier, il y a une &#233;vaporation de plus ou moins 10 &#224; 11% des &#233;tudiants qui abandonnent l'ann&#233;e acad&#233;mique en cours. Donc, au lieu d'avoir 450 &#233;tudiants, vous avez une cinquantaine d'&#233;tudiants en moins. Je demandais aux &#233;tudiants de se mettre en groupe de huit, ce qui fait beaucoup de groupes, et je leur disais : &#171; nous avons beaucoup d'&#233;tudiants &#233;trangers en premi&#232;re ann&#233;e d'universit&#233; - je pense qu'il y avait 105 pays diff&#233;rents repr&#233;sent&#233;s dans notre universit&#233; - essayez d'int&#233;grer dans votre groupe un &#233;tudiant &#233;tranger, ce sera tr&#232;s enrichissant pour vous, parce qu'il ne pensera pas n&#233;cessairement de la m&#234;me fa&#231;on que vous, et c'est de la confrontation de pens&#233;es et de cultures diff&#233;rentes que nous nous enrichissons &#187;. C'&#233;tait une fa&#231;on pour moi &#224; la fois d'ins&#233;rer les &#233;tudiants &#233;trangers dans la collectivit&#233; des &#233;tudiants, mais, en m&#234;me temps, d'introduire quelque chose de tr&#232;s important, c'est par la confrontation des cultures, des pens&#233;es, des modalit&#233;s de pens&#233;es qu'on se forme. Chaque groupe devait se d&#233;signer un &#233;tudiant qui coordonnerait les activit&#233;s du groupe. Le travail du groupe consistait en ceci : je pr&#233;sentais de nouveau sous une forme d'une feuille A3 une &#233;tude de cas d'une recherche observationnelle, une vraie recherche observationnelle qui avait &#233;t&#233; men&#233;e et publi&#233;e dans la litt&#233;rature scientifique. Je la simplifiais un tout petit peu. Un certain nombre de questions &#233;taient pos&#233;es et un certain nombre d'hypoth&#232;ses formul&#233;es. En g&#233;n&#233;ral, je disais : &#171; il y a trois hypoth&#232;ses &#224; v&#233;rifier obligatoirement, &#224; travers une recherche observationnelle que vous allez mener, je vous laisse libre d'en v&#233;rifier une quatri&#232;me, &#224; partir des donn&#233;es que vous r&#233;coltez &#187;. Les &#233;tudiants recevaient un protocole d'observation, en g&#233;n&#233;ral, ils prenaient des recherches observationnelles relativement faciles et int&#233;ressantes pour les &#233;tudiantes, souvent avec des &#233;l&#232;ves de cinq, six ou sept ans, parce qu'ils se laissent facilement observer, interviewer, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc les &#233;tudiants devaient s'arranger pour pouvoir r&#233;colter des donn&#233;es, pour tenter de v&#233;rifier les trois hypoth&#232;ses impos&#233;es, et de trouver une quatri&#232;me hypoth&#232;se purement autonome, &#224; laquelle ils devaient tenter de r&#233;pondre. Ils avaient un protocole d'observation, qui &#233;tait en partie ferm&#233; et en partie ouvert. &#201;videmment, &#231;a voulait dire que dans les cours dits th&#233;oriques, en amphith&#233;&#226;tre, il fallait pouvoir expliquer ce qu'est une recherche observationnelle, ce qu'est r&#233;colter des donn&#233;es, quelles sont les m&#233;thodes, comment encoder des donn&#233;es, etc.. &#199;a n'a l'air de rien, mais en tant que directeur de th&#232;se, je vois encore qu'au d&#233;but les &#233;tudiants sont compl&#232;tement abasourdis &#171; comment vais-je r&#233;colter les donn&#233;es pour que ce soit exploitable, qu'est-ce qu'un tableau de codage des donn&#233;es ? Qu'est-ce qu'une l&#233;gende de codage de donn&#233;es ? Comment faire pour que je puisse traiter ces donn&#233;es quantitativement et qualitativement ? &#187; Chaque groupe d'&#233;tudiants s'organisait et devait au bout de la recherche r&#233;diger un rapport scientifique, en premi&#232;re ann&#233;e d'universit&#233;, conforme aux crit&#232;res d'un rapport scientifique d'une recherche empirique, avec introduction, m&#233;thodologie, pr&#233;sentation des r&#233;sultats et discussion et r&#233;f&#233;rence biographique, suivant les normes. Tout cela &#233;tait expliqu&#233;. Ils devaient faire un rapport collectif, valid&#233; par l'ensemble des huit &#233;tudiants. Si un ou deux &#233;tudiants n'&#233;taient pas d'accord, ne f&#251;t-ce que sur un paragraphe du rapport, ils devaient le mentionner, ajouter une feuille et remplacer le paragraphe par ce qu'ils pensaient &#234;tre conforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait qu'au bout des quatre-vingt-dix heures de cours, amphith&#233;&#226;tre et travaux pratiques, les &#233;tudiants avaient un examen, un examen plus th&#233;orique. L&#224;, de nouveau, je pr&#233;sentais une &#233;tude de cas d'une recherche observationnelle &#224; partir de laquelle les &#233;tudiants r&#233;pondaient &#224; des questions ferm&#233;es, des questions avec appariement qui sont d'une tr&#232;s grande richesse, contrairement aux QCM, et des questions ouvertes. Les questions ferm&#233;es &#233;taient analys&#233;es par un lecteur optique ; les questions ouvertes, je les corrigeais et je mettais les r&#233;ponses sur le formulaire de r&#233;ponse optique. Le rapport scientifique comptait &#233;videmment pour la moiti&#233; des points. Il &#233;tait corrig&#233; sur la base d'une grille de crit&#232;res tr&#232;s op&#233;rationnels, et qui prenait elle-m&#234;me toute une s&#233;quence d'un cours en phase th&#233;orique. Chaque groupe d'&#233;tudiants recevait apr&#232;s l'examen de juin la feuille sur laquelle se trouvaient les crit&#232;res et les indicateurs op&#233;rationnels. Ils avaient la possibilit&#233; de consulter quels &#233;taient les points du rapport scientifique qui auraient pu &#234;tre am&#233;lior&#233;s, surtout dans le cas o&#249; les &#233;tudiants avaient &#224; passer une seconde session d'examen en septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un dispositif qui essaie de rentrer dans l'esprit que j'ai &#233;voqu&#233; en d&#233;but d'intervention. Je vous assure que j'ai vu des rapports extraordinaires, j'ai vu des gens qui ont fait des revues critiques de la litt&#233;rature extraordinaires. On voit que ce genre de formule permet &#224; certains &#233;tudiants de d&#233;velopper des capacit&#233;s distinctives remarquables, et surtout de les mettre au service du groupe. Le dispositif oblige les gens &#224; mettre leur capacit&#233; distinctive au service du groupe. Donc ceci se passait en premi&#232;re ann&#233;e d'&#233;tude universitaire, devant un groupe de 450 au d&#233;part, qui se r&#233;duit &#224; un groupe de 350 &#224; 400 apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Richard &#201;tienne : - Merci. Je vais donner la parole &#224; Philippe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Meirieu&lt;/strong&gt; : - Richard a &#233;voqu&#233; ma r&#233;ticence &#224; l'&#233;gard de l'expression &#171; &#233;galit&#233; des chances &#187;. Il m'est arriv&#233;, effectivement, de dire : &#171; l'&#233;galit&#233; des chances, il y a la Fran&#231;aise des Jeux pour cela &#187;. Car ce qui caract&#233;rise le projet d'une &#233;ducation d&#233;mocratique et &#233;mancipatrice, ce n'est pas l'&#233;galit&#233; des chances, c'est l'&#233;galit&#233; des droits, et cela quelles que soient les chances que l'on a de partir avec un capital culturel plus ou moins important. C'est pourquoi j'ai cherch&#233; &#224; mettre en place en permanence des dispositifs p&#233;dagogiques qui permettent de concr&#233;tiser le droit de chacune et chacun &#224; la r&#233;ussite. Pour d&#233;crire ces dispositifs rapidement, j'utiliserai cinq verbes et je d&#233;taillerai bri&#232;vement chacun d'entre eux : accueillir, accompagner, didactiser, coop&#233;rer, exiger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accueillir &lt;/strong&gt; : la question de la s&#233;lection &#224; l'universit&#233; se pose r&#233;guli&#232;rement ; c'est une question importante et sur laquelle, &#224; mon avis, nous butons parce que nous la traitons trop souvent sous l'angle des pr&#233;-requis que nous pourrions appeler fonctionnels, c'est-&#224;-dire de ce qui a &#233;t&#233; ant&#233;rieurement stabilis&#233; comme connaissances et comme savoirs, et attest&#233; soit par des dipl&#244;mes, soit par des exp&#233;riences ant&#233;rieures. Ce qui m'a apparu quand j'ai anim&#233; l'&#233;quipe de sciences de l'&#233;ducation de l'universit&#233; de Lyon II, c'est qu'&#224; s'en tenir &#224; cette conception de la s&#233;lection, nous excluions toute une s&#233;rie d'&#233;tudiantes et d'&#233;tudiants qui &#233;taient mobilis&#233;s par leurs int&#233;r&#234;ts autour de l'&#233;ducation, mais qui ne disposaient pas de ces pr&#233;-requis traditionnels. C'est la raison pour laquelle une des premi&#232;res choses que j'ai essay&#233; de faire, c'est d'ouvrir tr&#232;s largement nos dipl&#244;mes d&#232;s la L3&#8230; &#192; l'&#233;poque, le cursus ne commen&#231;ait pas en premi&#232;re ann&#233;e ou en deuxi&#232;me ann&#233;e, mais en troisi&#232;me ann&#233;e seulement. Il nous fallait donc ouvrir cette troisi&#232;me ann&#233;e &#224; des gens &#224; qui traditionnellement la route &#233;tait barr&#233;e, aux &#233;tudiants de DUT etde BTS et plus encore aux &#233;tudiants qui n'avaient ni le baccalaur&#233;at, ni un dipl&#244;me universitaire, mais qui avaient &#224; la fois une exp&#233;rience, un int&#233;r&#234;t et une vraie motivation pour tout ce qui &#233;tait l'enseignement et l'&#233;ducation. J'ai d&#233;velopp&#233; &#224; ce moment-l&#224; ce qui s'est d'abord appel&#233; la validation des acquis professionnels (VAP) et qui s'est ensuite enrichi avec la validation des acquis de l'exp&#233;rience (VAE). J'ai pu observer &#224; quel point, d'ailleurs, l'universit&#233; fran&#231;aise &#233;tait particuli&#232;rement r&#233;ticente &#224; la mise en place de ces dispositifs, puisque la VAE, la validation des acquis de l'exp&#233;rience, s'av&#232;re finalement un parcours du combattant bien plus compliqu&#233; pour ceux et celles qui s'y engagent que la passation des dipl&#244;mes traditionnels. Le paradoxe, c'est que, pour honorer son niveau d'exigence, l'universit&#233; exige plus de ceux qui viennent d'ailleurs que de ceux qu'elle a form&#233;s elle-m&#234;me. La VAE &#233;tait &#224; l'&#233;poque, il y a une quinzaine d'ann&#233;es, au moment o&#249; elle a &#233;t&#233; mise en place, un dispositif d'une difficult&#233; absolument extraordinaire, peu ou pas accompagn&#233;, qui supposait des capacit&#233;s r&#233;dactionnelles, par exemple, que la quasi-totalit&#233; des gens qui avaient une exp&#233;rience en mati&#232;re &#233;ducative, sans avoir de dipl&#244;me universitaire, ne poss&#233;daient pas. Nous avons donc mis en place tout un syst&#232;me de d&#233;tection des motivations et d'aide &#224; la r&#233;daction de lettres de motivation pour tous ceux et celles qui pouvaient pr&#233;tendre &#224; une VAP ou une VAE. Nous avons surtout mis en place, et &#231;a a &#233;t&#233; tr&#232;s important, des sessions de pr&#233;paration &#224; cette int&#233;gration. Il ne suffit pas, en effet, de dire &#171; vous allez pr&#233;senter une VAE &#187;, il faut accompagner les gens pour qu'ils r&#233;ussissent cette VAE. C'est un accompagnement rigoureux, exigeant, dont ils ont besoin. &#199;a a &#233;t&#233; un moment tr&#232;s important pour nous, et &#231;a a &#233;t&#233; un moment de renouvellement des publics, particuli&#232;rement prometteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu arriver des gens &#224; la fois plus &#226;g&#233;s, avec des exp&#233;riences diff&#233;rentes, issus de milieux sociaux diff&#233;rents, qui sont venus enrichir d'une mani&#232;re consid&#233;rable les populations d'&#233;tudiants et d'&#233;tudiantes que nous avions jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; l'universit&#233;. Simultan&#233;ment, nous avons lanc&#233; une campagne aupr&#232;s des gens d&#233;j&#224; en activit&#233; pour qu'ils s'int&#233;ressent &#224; la formation universitaire, et qu'ils l'int&#232;grent dans le cadre de la formation continue. Cet accueil a abouti &#224; une diversification consid&#233;rable des publics, &#224; la fois en direction des professionnels en exercice, en direction de ceux et celles qui n'avaient pas les dipl&#244;mes universitaires requis, mais qui en manifestaient le d&#233;sir et &#224; destination, plus largement, de tous ceux et celles qui voulaient acc&#233;der d'une mani&#232;re ou d'une autre &#224; notre travail en sciences de l'&#233;ducation. J'ai v&#233;cu, pour ma part, comme extr&#234;mement enrichissante pour l'universit&#233; cette ouverture des publics. Il me semble que c'est une des premi&#232;res exigences de l'universit&#233; pour aller vers une universit&#233; de la r&#233;ussite : diversifier les profils, diversifier pour supprimer cette homog&#233;n&#233;it&#233; que nous avons retrouv&#233;e aujourd'hui d'ailleurs, et pour permettre d'avoir des groupes d'&#233;tudiants et d'&#233;tudiantes au sein desquels il y ait une v&#233;ritable compl&#233;mentarit&#233; avec des &#233;changes importants. Pour qu'il y ait aussi une v&#233;ritable mixit&#233;, mixit&#233; sociale, mixit&#233; des &#226;ges, etc. tout cela nous est apparu extr&#234;mement important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, j'ai beaucoup appris de groupes d'&#233;tudiantes et d'&#233;tudiants o&#249; il y avait &#224; la fois des retrait&#233;s, des gens en activit&#233;, des gens qui sortaient d'un BTS et qui &#233;taient tout jeunes et qui avaient une qualification professionnelle tr&#232;s particuli&#232;re. Voir tous ces gens &#233;changer, travailler, se donner des objets de travail communs et r&#233;ussir &#224; constituer des collectifs solidaires m'est apparu comme un outil assez extraordinaire pour aller vers une universit&#233; de la r&#233;ussite, une r&#233;ussite qui ne se fasse pas sur un profil unique, sur un mod&#232;le unique, mais qui assume d'accueillir une diversit&#233; de publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier verbe, accueillir : je pense qu'il y a l&#224; un tr&#232;s gros travail, pour les universit&#233;s, de r&#233;flexion autour de la fausse probl&#233;matique de la s&#233;lection. Pour moi, la vraie probl&#233;matique, ce n'est pas qui s&#233;lectionner, c'est qui accueillir, qui accueillir avec quelles mobilisations, et aussi avec quel accompagnement pour que cet accueil se fasse dans les meilleures conditions. Apr&#232;s avoir accueilli, il faut &lt;strong&gt;accompagner&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res choses que nous avons tent&#233; de faire dans le cadre de l'Institut des sciences et pratiques d'&#233;ducation et de formation (ISPEF), c'est la mise en place de groupes que nous appelions les GAREDT, c'est un acronyme qui signifie : Groupe d'Aide &#224; la Recherche, &#224; l'&#201;criture et au Travail Documentaire. C'&#233;tait, &#224; c&#244;t&#233; des cours en amphi qui &#233;taient de 400 ou 500, &#224; c&#244;t&#233; des TD qui &#233;taient de 50 &#224; 60 personnes, des groupes de 15 &#224; 20 personnes qui se r&#233;unissaient deux heures deux fois par mois sur un programme extr&#234;mement pr&#233;cis pour accompagner les travaux individuels et collectifs des &#233;tudiants, pour tenter de tirer les fils des diff&#233;rents enseignements, mettre en relation ces diff&#233;rents enseignements entre eux, rep&#233;rer les d&#233;ficits et les lacunes, mettre en relation des &#233;tudiantes et des &#233;tudiants qui pouvaient &#233;changer leurs comp&#233;tences. L'objectif &#233;tait de cr&#233;er de v&#233;ritables collectifs apprenants l&#224; o&#249; il n'existe le plus souvent qu'une juxtaposition de travaux individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;l&#233;ment : &lt;strong&gt;didactiser&lt;/strong&gt;. Didactiser, c'est-&#224;-dire offrir sur les contenus de la formation universitaire, des situations et des outils pr&#233;cis, pens&#233;s et travaill&#233;s de mani&#232;re rigoureuse. Trois enjeux, &#224; mes yeux, sont essentiels dans ce domaine : l'&#233;criture, la conceptualisation, la documentation. Un des premiers enjeux, et un de ceux qui m'a le plus occup&#233; pour ma part, c'est l'acc&#232;s &#224; l'&#233;criture, &#224; l'&#233;criture longue en particulier. L'&#233;criture longue, c'est-&#224;-dire pas seulement un paragraphe, pas seulement une copie de quatre pages, mais un dossier, et &#224; terme un m&#233;moire, et &#233;videmment enfin une th&#232;se. En accueillant des &#233;l&#232;ves issus de DUT ou de BTS, on ne pouvait pas s'attendre &#224; ce que ce soit des gens habitu&#233;s &#224; entrer dans l'&#233;criture longue, on ne pouvait m&#234;me pas s'attendre &#224; ce que ce soit des gens capables de distinguer de mani&#232;re pertinente une phrase et un paragraphe. On ne pouvait pas s'attendre a fortiori &#224; ce que ce soit des gens capables de comprendre qu'un texte universitaire doit articuler la d&#233;monstration, les r&#233;f&#233;rences et les exemples qui viennent en appui de la d&#233;monstration. C'est pourquoi nous avons mis en place tout un travail de didactisation de l'&#233;criture universitaire. On commen&#231;ait par apprendre &#224; &#233;crire une d&#233;finition, jusqu'au travail sur la construction d'une d&#233;monstration avec des m&#233;thodes qui peuvent appara&#238;tre assez &#171; primaires &#187;, au sens d'&#171; &#233;l&#233;mentaires &#187;, mais qui se sont av&#233;r&#233;es extr&#234;mement efficaces. On prenait en petits groupes un texte &#233;crit par un &#233;tudiant, trois surligneurs fluorescents, et on surlignait d'une couleur particuli&#232;re les phrases &#224; caract&#232;re d&#233;monstratif, d'une couleur particuli&#232;re les phrases qui faisaient r&#233;f&#233;rence &#224; des auteurs ou &#224; des &#233;tayages emprunt&#233;s ici ou l&#224;, et d'une autre couleur tout ce qui renvoyait &#224; des exemples, ou &#224; des donn&#233;es empiriques. On voyait ainsi comment les trois types d'&#233;criture s'articulent, s'il y avait dans un texte une d&#233;monstration sans aucun appui th&#233;orique, ni aucun appui empirique, etc. On a travaill&#233; syst&#233;matiquement sur cet &#233;quilibre entre ces trois types de discours, comment ils devaient s'entrelacer, comment ensuite ils devaient par une s&#233;rie d'outils linguistiques particuliers s'articuler les uns aux autres. On a m&#234;me travaill&#233; sur une didactique des &#171; petits mots &#187;, comme nous l'appelions, c'est-&#224;-dire les &#171; car, donc, en cons&#233;quence, mais, ainsi, d'une part, d'autre part &#187;. Nous avions list&#233; tous ces mots, et on donnait m&#234;me des textes &#224; trous dans lesquels ces mots avaient &#233;t&#233; enlev&#233;s, on essayait de les r&#233;introduire pour voir &#224; quel moment c'&#233;tait coh&#233;rent et &#224; quel moment ce n'&#233;tait pas coh&#233;rent, et ainsi de suite. On a vraiment fait un travail de didactique du passage &#224; l'&#233;crit universitaire qui me semble absolument n&#233;cessaire aujourd'hui, pas simplement parce que le niveau de l'&#233;crit a baiss&#233; &#224; la sortie de la terminale, mais parce que globalement, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, nous vivons l'h&#233;g&#233;monie d'une expression orale en phrases extr&#234;mement br&#232;ves, peu articul&#233;es, peu reli&#233;es les unes aux autres, et dans lesquelles la dimension d&#233;monstrative peine &#224; s'objectiver. Donc tout ce travail de didactisation de l'&#233;criture doit &#234;tre fait &#224; l'universit&#233;. Cela nous a amen&#233;s aussi &#224; travailler sur la progressivit&#233; des &#233;crits &#224; l'universit&#233;. En premi&#232;re ann&#233;e, d&#232;s lors que nous avons eu des L1, nous ne demandions plus des dissertations, nous demandions de r&#233;pondre &#224; quelques questions en cinq ou six lignes, avec des contraintes extr&#234;mement pr&#233;cises sur la mani&#232;re de r&#233;pondre &#224; une question, en reprenant la question dans la r&#233;ponse, en faisant une phrase correcte, en donnant &#224; la fois une r&#233;f&#233;rence et un exemple. Cela permettait d'organiser une progressivit&#233; des &#233;crits de la r&#233;daction du simple paragraphe en premi&#232;re ann&#233;e qui r&#233;pond &#224; une question particuli&#232;re, jusqu'en th&#232;se, &#224; la r&#233;daction d'un &#233;crit long, mais d'un &#233;crit long qui est l'aboutissement de tout un travail sur l'&#233;crit qui, me semble-t-il, est rarement programm&#233; au sein de l'universit&#233;. Nous avons aussi travaill&#233;, en deuxi&#232;me ou troisi&#232;me ann&#233;e, sur la r&#233;organisation de textes, avec le syst&#232;me du puzzle, on prenait un texte important, comme un texte de Bernard Charlot sur le rapport au savoir par exemple, on le d&#233;coupait en paragraphes, on mettait tous ces paragraphes en d&#233;sordre dans une enveloppe, on le donnait &#224; chaque &#233;tudiant ou &#224; des groupes d'&#233;tudiants, et on travaillait sur l'organisation de ces paragraphes pour en faire un texte coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'universit&#233;, on suppose beaucoup trop que les gens savent &#233;crire. Ce n'est pas vrai : ils ne savent pas entrer dans les exigences de l'&#233;criture universitaire. Mais nous avons aussi travaill&#233; sur la didactisation de la conceptualisation, en nous appuyant sur des travaux comme ceux de Britt-Mari Barth (1987) et de Bruner (1996) : comment on conceptualise, comment on fabrique un concept, comment on d&#233;finit un concept, le rapport de la m&#233;thode d&#233;ductive et de la m&#233;thode inductive, etc. Et puis, nous nous sommes attach&#233;s &#224; la didactisation de la documentation, et en particulier &#224; la question de la hi&#233;rarchisation des sources. Qu'est-ce qu'un document de premi&#232;re main ? Qu'est-ce qu'un article journalistique ? Tout cela n'est que tr&#232;s rarement fait dans les universit&#233;s, alors que c'est, &#224; mes yeux, un &#233;l&#233;ment absolument essentiel de la r&#233;ussite universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me &#233;l&#233;ment : &lt;strong&gt;coop&#233;rer&lt;/strong&gt;. Coop&#233;rer, je n'y reviendrai pas longuement puisque Jean-Marie l'a &#233;voqu&#233; : coop&#233;rer, y compris dans les grands groupes. Je ne suis nullement un adversaire syst&#233;matique du cours magistral. D'ailleurs, nous en faisons un, ici, ce matin. Je pense que la question de l'efficacit&#233; du cours magistral est celle de la pr&#233;sence ou non d'un conflit socio-cognitif : il faut se demander quelles sont les conditions pour qu'un cours magistral ne soit pas simplement un apport &#224; m&#233;moriser pour l'examen mais que cela produise chez celui qui l'entend du conflit socio-cognitif, que &#231;a fasse &#233;voluer ses repr&#233;sentations ? Pour cela, nous avons travaill&#233;, mais insuffisamment &#224; mes yeux, sur la p&#233;dagogie des grands groupes. J'attire votre attention sur un point : nous avons beaucoup de choses &#224; &#233;tudier et &#224; apprendre sur la p&#233;dagogie des grands groupes. Andr&#233; de Peretti avait d&#233;j&#224; avanc&#233; de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, il y a aussi des donn&#233;es qui viennent de nos coll&#232;gues africains car ils ont de grands groupes &#224; g&#233;rer. Moi-m&#234;me, j'ai tent&#233; de travailler sur la p&#233;dagogie des grands groupes avec des m&#233;thodes extr&#234;mement simples : je donne une d&#233;finition, je l'&#233;cris au tableau, puis je m'interromps cinq minutes, et je demande &#224; chacun de r&#233;&#233;crire cette d&#233;finition, sauf que je donne une contrainte, une contrainte emprunt&#233;e au lipogramme de l'Oulipo par exemple : toute cette rang&#233;e n'a pas le droit &#224; la lettre A, cette autre &#224; la lettre E, puis &#224; la lettre I, &#224; la lettre O, &#224; la lettre U&#8230; il faut donc r&#233;&#233;crire la d&#233;finition avec l'interdiction d'une lettre, c'est-&#224;-dire qu'il faut chercher des mots nouveaux, trouver des synonymes. Ensuite, on met ensemble les personnes qui ont l'interdiction de la lettre A, de la lettre E, de la lettre I, de la lettre O, de la lettre U : on sait donc qu'elles ont toutes un vocabulaire diff&#233;rent, qu'elles vont donc disposer d'une palette de vocabulaire bien plus grande que chacune individuellement, qu'elles vont donc pouvoir &#233;laborer une d&#233;finition beaucoup plus pr&#233;cise. On peut dans des grands groupes mettre en place ce genre de choses. Dans les grands groupes, on peut aussi aller vers des syst&#232;mes d'inter-enseignement, on peut aller vers des syst&#232;mes de mise en r&#233;seau. J'ai beaucoup travaill&#233; sur les r&#233;seaux d'&#233;change r&#233;ciproque de savoirs (RERS) (H&#233;ber-Suffrin, 2011) au sein d'un groupe d'&#233;tudiants : qui peut expliquer quelque chose &#224; quelqu'un ? Comment peut-on consacrer une demi-journ&#233;e, voire une journ&#233;e, voire, parfois, deux &#224; trois jours, &#224; ce que ceux qui ont compris, lu, travaill&#233; telle ou telle chose puissent en parler &#224; d'autres. J'ai beaucoup travaill&#233; cela en particulier sur la bibliographie : comment les &#233;tudiants peuvent se r&#233;partir leurs lectures, et peuvent &#224; partir de ce qu'ils ont lu chacun mettre en commun leur lecture pour susciter l'int&#233;r&#234;t pour d'autres &#233;l&#233;ments et s'enrichir r&#233;ciproquement. On ne peut pas imaginer aujourd'hui qu'un &#233;tudiant lise la totalit&#233; des bibliographies qu'on lui donne, c'est absolument impossible, donc autant se r&#233;partir les lectures, autant travailler pour remettre en commun ensuite ce que l'on a travaill&#233; chacun, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me &#233;l&#233;ment : l'&lt;strong&gt;exigence&lt;/strong&gt;, je dois dire que j'ai pein&#233;. J'ai pein&#233; parce que, d&#232;s mon arriv&#233;e &#224; l'universit&#233;, j'ai lutt&#233; de mani&#232;re extr&#234;mement rigoureuse contre le syst&#232;me d'une &#233;valuation par compensation, c'est-&#224;-dire contre le syst&#232;me qui permet et qui permet toujours &#224; l'immense majorit&#233; des &#233;tudiants de compenser une mauvaise note dans un enseignement par une bonne note ailleurs. Je me suis heurt&#233; aux organisations syndicales &#233;tudiantes qui, elles, consid&#233;raient que cette compensation &#233;tait absolument indispensable, que ne pas utiliser la compensation d'une unit&#233; de valeur &#224; une autre ou d'un enseignement &#224; un autre &#233;tait une mani&#232;re de s&#233;lectionner. J'ai travaill&#233;, &#231;a a &#233;t&#233; compliqu&#233;, autour de ce qu'on pourrait appeler une p&#233;dagogie du chef d'&#339;uvre pour reprendre l'expression de C&#233;lestin Freinet, c'est-&#224;-dire que, dans chaque cours ou dans chaque enseignement, il s'agit bien de valider l'enseignement par quelque chose qui ne sera pas n&#233;cessairement not&#233;, mais qui, si c'est valid&#233;, permettra d'acc&#233;der &#224; la validation et &#224; l'ensemble des validations. &#199;a a &#233;t&#233; un peu compliqu&#233;, &#231;a a &#233;t&#233; une des choses les plus difficiles &#224; faire entendre aux &#233;tudiants que c'&#233;tait le meilleur service &#224; leur rendre. Ce n'&#233;tait pas du tout une mani&#232;re de les coincer, mais de les amener &#224; travailler d'une fa&#231;on exigeante pour aller jusqu'au bout d'une &#233;laboration donn&#233;e, d'un dossier, d'une s&#233;quence d'enseignement &#224; pr&#233;parer. C'&#233;tait leur permettre de se remettre en chantier, c'&#233;tait leur permettre d'aller jusqu'au bout de leur d&#233;marche, et donc d'acc&#233;der &#224; une v&#233;ritable r&#233;ussite. La r&#233;ussite ne peut pas &#234;tre quelque chose de l'ordre de la strat&#233;gie pure, qui consisterait &#224; faire l'impasse sur certaines disciplines, &#224; avoir de bonnes notes ailleurs, et &#224; acc&#233;der d'une mani&#232;re tout &#224; fait habile &#224; des compensations. &#199;a, ce n'est pas de la r&#233;ussite, c'est tout le contraire de la r&#233;ussite. C'est une mani&#232;re, on va dire un peu marchande, c'est de la p&#233;dagogie bancaire qui n'a rien &#224; voir avec une r&#233;ussite authentique. On voit bien que ce n'est pas simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc j'ai &#233;voqu&#233; ces cinq mots : accueillir, accompagner, didactiser, coop&#233;rer, exiger. Il me semble qu'il y a l&#224; un programme sur lequel, pour ma part, j'ai essay&#233; de m'engager dans l'universit&#233;, qui reste encore tr&#232;s largement un chantier. Je pense que l'accueil &#224; travers des dispositifs &#224; la fois empathiques et exigeants reste &#224; faire, l'accompagnement aussi, la didactisation des capacit&#233;s et des comp&#233;tences d'&#233;tudiants reste &#224; faire, de m&#234;me que la mise en place d'une coop&#233;ration syst&#233;matique et d'une exigence plus grande dans le rendu des travaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Richard &#201;tienne : - Merci beaucoup Philippe. Dominique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dominique Bucheton &lt;/strong&gt; : - La question qui est pos&#233;e est une question, de mon point de vue, totalement politique. Que veut dire &#171; r&#233;ussite &#224; l'universit&#233; &#187; ? Je pense qu'il faut r&#233;pondre par &#171; r&#233;ussite de l'universit&#233; &#187;. Mais cette r&#233;ussite de l'universit&#233;, c'est la r&#233;ussite pour quel mod&#232;le de soci&#233;t&#233;, pour quels enjeux politiques ? Que ce soit au Qu&#233;bec, en Belgique, en Afrique, ou ailleurs, nous sommes devant un m&#234;me probl&#232;me soci&#233;tal, &#233;conomique, politique, &#233;cologique, etc., nous sommes tous devant le m&#234;me probl&#232;me. La porte de sortie de ce probl&#232;me, c'est l'&#233;cole et c'est l'universit&#233;, c'est-&#224;-dire &#234;tre en mesure de former des esprits qui soient en capacit&#233; d'apporter les r&#233;ponses voulues, la cr&#233;ativit&#233; surtout et la dimension collective de cette pens&#233;e. Nous avons donc une responsabilit&#233; en tant qu'enseignants du primaire, du coll&#232;ge, du lyc&#233;e et de l'universit&#233;, nous avons sur nos &#233;paules cette &#233;norme responsabilit&#233;, encore plus vive que jamais. Je voudrais dire un peu combien j'ai &#233;t&#233; admirative devant ce colloque, je ne suis pas du tout sp&#233;cialiste en termes de recherche de travaux sur la p&#233;dagogie universitaire, mais nous sommes devant aujourd'hui une forteresse &#224; l'universit&#233;, de m&#234;me que nous &#233;tions devant une forteresse &#224; l'&#233;cole. Elle est en train, quand m&#234;me, &#224; l'&#233;cole, du fait de tous les travaux multiples, des exp&#233;riences multiples, de bouger un peu, mais tr&#232;s difficilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le scolaire, qu'il soit &#224; l'&#233;cole ou &#224; l'universit&#233;, ne peut plus continuer aujourd'hui sans changement. Cette forme scolaire o&#249; je transmets, je fais faire quelques exercices en TD et j'&#233;value n'est pas la solution, elle ne permet pas de construire les individus dont on a besoin. Que veut dire la r&#233;ussite pour les &#233;tudiants ? Je vais me projeter dans l'avenir : qu'est-ce que l'honn&#234;te homme, l'honn&#234;te femme, l'honn&#234;te jeune fille qui va sortir de l'universit&#233; dans cinq ans ? Pour moi, c'est quelqu'un qui est &#233;panoui, qui, &#224; l'universit&#233;, aura fait des rencontres, aura ouvert son esprit. Je ne suis pas tout-&#224;-fait d'accord avec la notion de capacit&#233; distinctive, personnellement. Nos capacit&#233;s explosent en fonction de nos rencontres, en fonction de nos travaux, de nos histoires. C'est une sorte d'&#233;panouissement, du go&#251;t du bonheur, de l'invention, et c'est un projet de vie et un projet de soci&#233;t&#233;. Ce n'est pas des grands mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me id&#233;e, me semble-t-il, l'honn&#234;te femme ou homme devrait &#234;tre un esprit libre. Je ne sais pas si vous voyez ce que &#231;a veut dire aujourd'hui, un esprit libre, quand on est dans une soci&#233;t&#233; qui nous donne des algorithmes, des protocoles pour prendre le train, se faire accompagner, si le protocole n'est pas suivi, on ne peut pas prendre le train alors qu'il va partir, et qu'on a une personne handicap&#233;e &#224; c&#244;t&#233; de soi, mais le protocole dit que&#8230; Nous sommes dans une situation qui tourne au d&#233;lire, que ce soit sur la sant&#233;, sur l'&#233;cole, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il nous faut des gens qui soient en capacit&#233; de d&#233;velopper une pens&#233;e critique et libre. Et il me semble que c'est la mission de l'universit&#233; de donner suffisamment de culture, de capacit&#233;s, d'outils m&#233;thodologiques, dont vous avez parl&#233;, Jean-Marie et Philippe, pour se penser de mani&#232;re autonome et singuli&#232;re, tout en se pensant dans un collectif et en &#233;tant engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, la notion des grands groupes me para&#238;t une question centrale. Autrement dit, cette intelligence collective, collaborative, ces esprits libres qui ne vont pas ob&#233;ir aux derni&#232;res instructions de notre ministre Blanquer sur tel ou tel point, qui n'auront plus besoin de penser parce qu'on va leur donner du cl&#233;s en main pour tout faire : c'est &#231;a que l'universit&#233; doit absolument combattre avec v&#233;h&#233;mence. La r&#233;ussite de l'universit&#233; est de finaliser ce qu'elle attend, quelle soci&#233;t&#233; elle veut, quelle science elle veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants-chercheurs &#233;taient dans la rue hier, 5 mars 2020, pourquoi ? Parce qu'on est en train de limiter leurs objets de recherche, leur projet de recherche. Ce n'est plus eux qui vont choisir leur probl&#233;matique, si cela continue. Donc la capacit&#233; de penser &#224; c&#244;t&#233;, et non pas de penser dans le grand escalier, mais de regarder dans les coins et d'avoir des id&#233;es nouvelles me semble se r&#233;tr&#233;cir. Je me souviens d'un propos de mon fils rentrant de l'Universit&#233; d'Orsay, brillante Universit&#233; il y a quelques ann&#233;es. Je le vois arriver dans le canap&#233;, s'effondrer et me dire &#171; tu te rends compte ? Je fais de la biologie mol&#233;culaire de haut niveau, et je ne sais rien de la nature, je ne comprends rien, je ne sais rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, nous avons une science, nous avons une conception de la science qui se fourvoie de plus en plus sur des chemins extr&#234;mement &#233;troits, et ce que proposent en France les r&#233;formes universitaires, c'est d'emmener une petite cohorte de gens hyper sp&#233;cialis&#233;s, hyper techniques, hyper pointus pour r&#233;pondre &#224; des questions tr&#232;s pointues que posent l'&#233;conomie, les industries pharmaceutiques. Il me semble que, dans les ambitions de la r&#233;ussite, c'est une culture large, ce sont des connaissances dans des domaines assez diversifi&#233;s qu'il faut viser. Il me semble qu'aujourd'hui la capacit&#233; &#224; faire de la science, de plus en plus, quel que soit les domaines, que l'on soit en biologie, en neuroscience ou en linguistique, c'est la capacit&#233; &#224; se nourrir d'autres champs scientifiques qui vont ouvrir les portes, qui vont d&#233;clencher un autre regard sur un certain nombre de probl&#232;mes, parfois petits, que nous allons &#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc ouverture d'esprit, culture large, voil&#224; ce qu'est la r&#233;ussite pour moi, capacit&#233; &#224; collaborer avec plusieurs, d&#233;velopper des talents, mais aussi en trouver de nouveaux, d&#233;velopper cette intelligence collective, s'engager. L'engagement soci&#233;tal, la r&#233;ussite est l'engagement de la soci&#233;t&#233; et de l'institution dans laquelle on se trouve, voil&#224; pour moi ce que serait la r&#233;ussite au sens prospectif. Nous n'en sommes pas l&#224;. Nous sommes plut&#244;t devant une s&#233;lection&#8230; Je regardais les r&#233;sultats PISA qui sont sortis, o&#249; on voit que 40 % des enfants des milieux d&#233;favoris&#233;s sont en tr&#232;s grande difficult&#233;. Ils seront encore plus en difficult&#233; &#224; la sortie du bac. Quand nous les retrouvons &#224; l'universit&#233;, les &#233;tudiants qui viennent de passer un bac pro et arrivent en fac de psycho ne comprennent rien, ils sont d&#233;sesp&#233;r&#233;s. Ils sont &#224; la fois passionn&#233;s, motiv&#233;s par des discours magistraux qui leur montrent la science&#8230; Ils ne comprennent pas, mais ils sont motiv&#233;s, ou au contraire ils sont totalement d&#233;motiv&#233;s, ils d&#233;crochent et au premier trimestre, ils s'en vont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, ce n'est pas pour eux. Si on pense que ce n'est pas pour eux, pourquoi n'est-ce pas pour eux ? Ils se disent que ce n'est pas pour eux. Leur famille leur dit que ce n'est pas pour eux. Donc on a des &#233;tudiants qui ont des repr&#233;sentations de leur intelligence, de leur capacit&#233; d'apprendre qui, &#224; la moindre remarque, au moindre &#233;chec, qui vient d'un cours ou d'un examen s'&#233;croulent. D'autres non, d'autres vont persister. Qui persiste ? Ce sont ceux des cat&#233;gories sociales favoris&#233;es. Ils persistent, ils trouvent d'autres strat&#233;gies. Voil&#224; ce que je per&#231;ois. Pour moi, la question aujourd'hui, personnellement, c'est que l'universit&#233; doit faire une r&#233;volution et se demander quelles sont ses finalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il y a une discussion en cours sur ce point. Effectivement, &#231;a bouge sur les finalit&#233;s, mais il faut une v&#233;ritable r&#233;volution au sens professionnel, c'est-&#224;-dire se demander en quoi nos fa&#231;ons de faire, notre p&#233;dagogie contribuent &#224; l'&#233;chec d'un certain nombre d'&#233;tudiants. Il y a quand m&#234;me un &#233;tudiant sur deux qui d&#233;croche pratiquement en premi&#232;re ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble, hypoth&#232;se forte, que ce qui a produit de l'&#233;chec dans l'enseignement secondaire et coll&#232;ge, et quand je dis de l'&#233;chec, des milieux socialement d&#233;favoris&#233;s, puisqu'il a produit aussi de la r&#233;ussite des milieux favoris&#233;s, aux m&#234;mes causes, on a les m&#234;mes effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc l'hypoth&#232;se que je fais, pour avoir dans nos laboratoires, travaill&#233; beaucoup et de fa&#231;on tr&#232;s objective, avec des vid&#233;os, sur la relation didactique et p&#233;dagogique des enseignants dans la classe en identifiant un certain nombre de postures des enseignants, il y a tr&#232;s peu de postures d'accompagnement. Et, plus on monte &#224; l'universit&#233;, moins il y a de postures d'accompagnement, alors que, plus on descend en maternelle, plus il y a de postures d'accompagnement. En d'autres termes, ce qu'on a observ&#233; au niveau de l'&#233;cole, c'est que plus les enseignants sont dans une posture magistrale et de contr&#244;le, plus les &#233;tudiants, les &#233;l&#232;ves, sont en posture scolaire, ils &#233;coutent, ils ne pensent pas. Ils ne pensent pas, ils prennent des notes, certains ne comprennent pas ce qu'ils sont en train d'&#233;crire, et ils pensent qu'en rentrant chez eux, en relisant et en r&#233;&#233;crivant leurs notes, ils vont dig&#233;rer le cours. Ils sont dans une attitude compl&#232;tement passive et inhib&#233;e. Donc ces processus tr&#232;s fins que nous avons identifi&#233;s dans cette fa&#231;on de faire issue de notre conception de l'enseignement dessinent une forme scolaire ancestrale qui ne fonctionne plus aujourd'hui, notamment pour la d&#233;mocratisation et les nouveaux publics qui viennent ici&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me chose qui me frappe &#233;norm&#233;ment, c'est que, quand on a regard&#233; et compar&#233; l'enseignement universitaire de gens qui travaillaient dans les dimensions techniques, technologiques, les universitaires faisaient sans arr&#234;t des liens avec la vie, sans arr&#234;t. Il y a eu un tr&#232;s beau master sur la viticulture, et le prof d'universit&#233; faisait sans arr&#234;t r&#233;f&#233;rence &#224; l'exp&#233;rience des &#233;tudiants, &#224; leur exp&#233;rience de vie, &#224; leur exp&#233;rience sociale, de sorte que le cours magistral qu'il faisait prenait sens pour les &#233;tudiants parce qu'il &#233;tait toujours ancr&#233; sur l'exp&#233;rience, ce que nous avons qualifi&#233; de geste de tissage. Ils &#233;taient tr&#232;s nombreux chez cet enseignant, alors qu'il n'y avait aucun geste de tissage chez des enseignants qui &#233;taient en train de faire leur cours magistral, m&#234;me s'ils &#233;taient tr&#232;s int&#233;ressants, tr&#232;s distingu&#233;s, tr&#232;s conceptuels. Si je dis tout cela, c'est que sans doute une des pistes de recherche serait non pas d'aller chercher seulement l'origine sociale, la culture, tout le tour des multiples causes qui nous disculpent d'une certaine fa&#231;on, &#171; ils n'ont pas ci, ils n'ont pas &#231;a, ils n'ont pas de ceci, ils n'ont pas de cela &#187;, et d'aller chercher ce que nous faisons quand on enseigne pour essayer de les accompagner, de didactiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque part, dans les derni&#232;res hypoth&#232;ses que j'ai faites sur les travaux sur les gestes professionnels des enseignants, il me semble que cela concerne aussi l'universit&#233;, c'est que les conduites d'enseignement et les conduites d'apprentissage des &#233;tudiants efficientes ou pas efficientes, sont sous-tendues par des conceptions tr&#232;s fortes du savoir, du m&#233;tier et, chez les &#233;l&#232;ves, par des conceptions de l'image, du professeur, l'image de ce qu'il faut faire &#224; l'universit&#233;, et quelques fois, tout &#231;a est compl&#232;tement faux, il y a des malentendus extr&#234;mement importants, nous sommes dans le malentendu complet, certains s'en sortent, d'autres ne s'en sortent pas. Donc il me semble qu'il nous faut regarder de tr&#232;s pr&#232;s, et c'est une urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Richard &#201;tienne : - C'&#233;tait passionnant. Maintenant, pendant que nous &#233;changeons avec la salle, vous allez penser chacun &#224; une phrase qui r&#233;sumerait votre recommandation issue de votre exp&#233;rience et de vos travaux de recherche, mais interdit de battre Proust en longueur ! Une phrase de chacun et chacune r&#233;sumant vos propositions pour que l'in&#233;galit&#233; ne soit pas le fait de l'universit&#233;. Auparavant, nous allons prendre trois questions.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Questions et r&#233;ponses&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Beno&#238;t Laplante de l'Institut national de la recherche scientifique, Montr&#233;al : - Je suis professeur en gestion de l'&#233;ducation, Montr&#233;al. Petit commentaire : j'ai tellement h&#226;te que le Canada, surtout le Qu&#233;bec, puisse d&#233;velopper ou plut&#244;t rattraper la France quant &#224; la VAE. Bravo !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richard &#201;tienne : - Le dispositif ou la pratique ? Comme Philippe Meirieu l'a dit, la pratique de la VAE, ce n'est pas toujours ce que &#231;a devrait &#234;tre, parfois m&#234;me au niveau de l'exigence, et le dossier&#8230; Deuxi&#232;me question ou commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne non identifi&#233;e : - Bonjour. Merci beaucoup, c'&#233;tait &#233;difiant. Vous avez parl&#233; de John Dewey, j'&#233;tais tr&#232;s contente parce que j'ai entendu les pr&#233;sentations ce matin, dans un lien entre la sant&#233; et l'&#233;ducation. C'est aussi tr&#232;s politique. Je suis tout &#224; fait d'accord, le fondement de tout ce &#224; quoi on r&#233;fl&#233;chit est tr&#232;s politique, et je propose une r&#233;flexion : qu'on le pense aussi en termes &#233;thique, une &#233;thique de la pratique, des finalit&#233;s. John Dewey dans son &#233;thique pragmatique et son lien avec la d&#233;mocratie, je pense, peut &#234;tre un inspirateur bien vivant, malgr&#233; tout. Il est tr&#232;s &#233;tudi&#233; actuellement aux &#201;tats-Unis aussi. J'&#233;tais vraiment contente d'apprendre &#231;a, de vous entendre parler de politique et des valeurs fondamentales, je trouve &#231;a inspirant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie De Ketele : -C'est vous qui parlez d'hospitalit&#233; &#233;thique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne non identifi&#233;e : - Oui, l'&#233;thique clinique, toute la pratique de l'&#233;thique clinique dans les h&#244;pitaux en Am&#233;rique du Nord, presque toute la r&#233;flexion et la m&#233;thode d'analyse est bas&#233;e sur John Dewey&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richard &#201;tienne : - J'en profite pour faire de la publicit&#233; pour le livre de Joris Thievenaz (2019) qui vient de sortir sur l'enqu&#234;te chez Dewey qui est remarquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre personne non identifi&#233;e : - Merci, je partage, c'&#233;tait un tr&#232;s bon moment de vous &#233;couter, c'&#233;tait tr&#232;s inspirant. Merci, merci beaucoup pour tout &#231;a. J'ai une question : on parle de politique, d'&#233;thique, de bien commun, de collectif, d'intelligence collective, etc., il y a une forme de consensus avec des divergences, mais il y a une forme de consensus dans les intentions. Comment se fait-il qu'il y ait une telle d&#233;connexion avec ces exp&#233;riences positives et les recherches ? Comment expliquer l'esp&#232;ce de rouleau compresseur auquel on fait face et une telle d&#233;valorisation de certaines perspectives de recherche en sciences de l'&#233;ducation qui sont, d'une certaine mani&#232;re extr&#234;mement d&#233;cr&#233;dibilis&#233;es ? Je trouve, peut-&#234;tre c'est un avis&#8230; J'ai le sentiment que les sciences de l'&#233;ducation qui ne sont pas quantitativistes, se r&#233;f&#233;rant &#224; certains paradigmes aujourd'hui&#8230; Il y a une forme de d&#233;valorisation de tout ce travail qui est pire, me semble-t-il, aujourd'hui qu'il y a quelque temps. Donc je ne comprends pas cette esp&#232;ce de moment que l'on vit, et j'ai l'impression que c'est un peu d&#233;motivant de travailler dans ces perspectives, parce que notre communaut&#233;, il y en a une partie qui est aujourd'hui dans la rue, mais il y a quand m&#234;me aujourd'hui une grande partie qui &#233;crase la publication francophone, et je vous passe les d&#233;tails de ce &#224; quoi on fait face. Donc je me demande comment on peut r&#233;agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richard &#201;tienne : - C'est s&#251;r que le colloque montre la difficult&#233; de mener une action alors que nous sommes aux prises avec des m&#233;canismes en forme de rouleaux compresseurs. Ce que nous pouvons pr&#233;senter comme t&#233;moignages, ce que nous pouvons analyser de ce qu'il s'est fait ici, de gens qui ne sont pas l&#224; comme Sylvain Connac et bien d'autres nous donne des raisons pour agir&#8230; Je serai un peu plus optimiste que vous, parce qu'il y a quelques ann&#233;es Marie-Anne Hugon, professeure &#224; Nanterre me disait : &#171; mais, est-ce que tu as le nom de quelqu'un pour &#234;tre sur mon poste quand je prendrai ma retraite ? &#187;. Et quand je regarde un peu l'&#233;volution du corps, on commence &#224; avoir beaucoup de p&#233;dagogues. &#199;a a toujours &#233;t&#233; un peu la marque de fabrique des gens comme Jean Houssaye, comme toi, Philippe, comme &#224; Toulouse Jean-Fran&#231;ois Marcel, ce sont des gens qui ont commenc&#233;, comme Dominique l'a dit aussi, ils ont commenc&#233; dans le premier ou le second degr&#233; et, quand ils sont arriv&#233;s &#224; l'universit&#233;, ils n'ont pas oubli&#233; et les types de recherche&#8230; Voil&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne qui a pris la parole pr&#233;c&#233;demment : - Ils sont arriv&#233;s &#224; faire des choses tr&#232;s int&#233;ressantes, je ne le nie absolument pas, mais en quoi il y a une reconnaissance de ce travail ? Quand on dit qu'aujourd'hui&#8230; Il y a beaucoup de discours pour dire que les sciences de l'&#233;ducation, ce n'est pas l&#224; que sera la solution pour l'&#233;ducation, c'est quand m&#234;me violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richard &#201;tienne : - C'est vrai que c'est tr&#232;s violent. Il y a tout de m&#234;me des choses qui bougent, mais c'est tr&#232;s difficile &#224; distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Bucheton : - &#199;a s'appelle le combat id&#233;ologique, puissant, violent et de plus en plus violent. Je suis en train, laborieusement, de lire le bouquin de Piketty, Le Capital id&#233;ologique (2019). L'int&#233;r&#234;t de ce livre pour moi, c'est qu'il montre comment les id&#233;ologies install&#233;es par des syst&#232;mes de propri&#233;t&#233;, de capital, etc., sont extr&#234;mement lentes &#224; faire bouger, inscrites dans nos g&#232;nes. Je lisais un article o&#249; dans le fond le mod&#232;le de l'&#233;cole qu'on ing&#232;re &#224; l'&#233;cole primaire rentre dans nos syst&#232;mes neuronaux, et avant de le d&#233;loger&#8230; Autrement dit, nous sommes devant des r&#233;sistances id&#233;ologiques extr&#234;mement puissantes, &#224; l'int&#233;rieur desquelles un certain nombre d'entre nous ont r&#233;ussi &#224; trouver des espaces int&#233;ressants intellectuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fait ce que nous avons pu, et pas que nous en sciences de l'&#233;ducation, dans les autres domaines. Je ne sais pas quelle est l'histoire de mes coll&#232;gues, mais beaucoup sont issus de classes moyennes, ont eu une certaine ascension sociale et sont arriv&#233;s &#224; l'universit&#233;. Ils essaient de garder leur place, mais ces places &#224; l'universit&#233; sont en train de bouger, avec tout le syst&#232;me des vacataires qui arrivent et qui ne vont pas trouver leur place &#224; l'universit&#233;. Donc on est devant une lutte id&#233;ologique devant laquelle il faut r&#233;fl&#233;chir profond&#233;ment, avec des repr&#233;sentations tr&#232;s fortes, tr&#232;s enracin&#233;es sur ce qu'est enseigner, ce qu'est faire de la science, etc., ce qu'est la m&#233;thodologie, parce qu'il y a peut-&#234;tre plusieurs fa&#231;ons d'envisager la m&#233;thodologie aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Meirieu : - Je veux bien ajouter quelque chose. Je suis assez d'accord pour les combats id&#233;ologiques, mais il faut les mettre en phase avec ses comportements quotidiens. Par exemple, je partage tout ce qu'a dit Dominique, mais je pense qu'en sciences de l'&#233;ducation, section &#224; laquelle j'ai appartenu pendant de nombreuses ann&#233;es, on n'a pas suffisamment mis nos actes en coh&#233;rence avec nos propos. Par exemple, on n'a pas revendiqu&#233;, comme on aurait d&#251; le faire, l'&#233;gale dignit&#233; du travail et de l'investissement dans l'enseignement par rapport au travail et &#224; l'investissement dans la recherche. J'ai v&#233;cu le moment o&#249; on donnait des primes de recherche et des primes d'enseignement, je dirigeais un nombre important de th&#232;ses, j'ai refus&#233; avec un certain nombre de coll&#232;gues de toucher la prime de recherche pour protester d'une mani&#232;re solennelle contre l'in&#233;galit&#233; extravagante entre la prime de recherche et la prime d'enseignement. La prime d'enseignement &#233;tait, je crois, de l'ordre de 2000 euros par an, l'&#233;quivalent, la prime de recherche &#233;tait &#224; peu pr&#232;s &#224; 5 fois plus. Je ne sais pas de combien elle est aujourd'hui, je crois qu'elle doit &#234;tre dans ces eaux-l&#224;. Donc tant que la carri&#232;re universitaire ne prendra pas en compte l'investissement des enseignants dans la p&#233;dagogie universitaire et dans l'enseignement, nous continuerons &#224; faire de la s&#233;lection sans le vouloir, ou &#224; laisser en r&#233;alit&#233; se produire un darwinisme &#233;ducatif o&#249; les plus adapt&#233;s survivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'excuse de mettre les pieds dans le plat, mais y compris dans les sciences de l'&#233;ducation, il y a un certain nombre de coll&#232;gues pour lesquels s'il n'y avait pas d'&#233;tudiants &#224; l'universit&#233;, on pourrait enfin faire de la recherche s&#233;rieusement. [rires] Cela reste profond&#233;ment ancr&#233; dans les mentalit&#233;s, et pas n'importe quel type de recherche. Je suis totalement d'accord avec vous : une recherche qui doit aujourd'hui &#234;tre strictement quantitative, qui doit rentrer dans l'id&#233;ologie de l'evidence-based policy, des donn&#233;es probantes, etc. J'ai travaill&#233; pendant une partie de ma carri&#232;re sur les rapports entre la litt&#233;rature et la p&#233;dagogie, jamais ces recherches n'ont &#233;t&#233; identifi&#233;es, rep&#233;r&#233;es par quiconque. Il faut savoir aujourd'hui que si Kant se pr&#233;sentait au Conseil national des universit&#233;s, on lui dirait : &#171; mais monsieur Kant, o&#249; sont vos donn&#233;es empiriques et vos statistiques ? &#187; [rires]. Et il n'aurait absolument aucune chance d'&#234;tre professeur &#224; K&#246;nigsberg, absolument aucune chance. Il serait retoqu&#233; imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans une vision de la recherche, et c'est totalement id&#233;ologique, dans une vision de la recherche qui n'est valoris&#233;e que si elle est au service de la concurrence. Pour &#234;tre au service de la concurrence, il faut &#234;tre quantitatif. Il n'y a pas d'autres solutions. Il faut mettre les gens en situation de rivalit&#233; quantitative, donc il faut produire du chiffre. Mais n'oubliez pas Karl Marx : &#171; nous p&#233;rirons dans les eaux glac&#233;es du calcul &#233;go&#239;ste &#187;. Le calcul, c'est l'inverse de l'humain. Le cerveau n'est pas une machine &#224; calculer, contrairement &#224; ce que nous disent les neuroscientifiques, c'est une machine &#224; arbitrer, &#224; arbitrer entre des finalit&#233;s, pas &#224; calculer. Quand on calcule, il n'y a qu'un r&#233;sultat. Quand on arbitre, on a des choix et des choix de finalit&#233;. Le travail en sciences de l'&#233;ducation sur la question des finalit&#233;s, sur la question de la philosophie de l'&#233;ducation, sur la question de l'histoire des doctrines p&#233;dagogiques a &#233;t&#233; mis au second plan au sein m&#234;me des sciences de l'&#233;ducation. Apr&#232;s, que les sciences de l'&#233;ducation viennent se plaindre, c'est tout &#224; fait &#233;mouvant [rires], mais nous-m&#234;mes, sciences de l'&#233;ducation, nous n'avons pas, je crois, s&#233;rieusement d&#233;fendu nos paradigmes dans leurs sp&#233;cificit&#233;s. Qu'on ne me dise pas qu'il n'y a que le quantitatif qui produit des effets en termes de recherche. Freud a &#233;tudi&#233; combien de cas ? Cinq en le comptant lui-m&#234;me. Il a construit des mod&#232;les. Ce qui constitue la recherche, c'est la construction de mod&#232;les, et de mod&#232;les d'intelligibilit&#233; du r&#233;el. Ces mod&#232;les d'intelligibilit&#233; du r&#233;el, on peut les construire avec du quantitatif, et je suis le premier &#224; saluer tous les travaux qui sont faits dans ce domaine, mais on peut aussi les construire avec du qualitatif, le remarquable ouvrage de Michael Huberman sur les m&#233;thodes qualitatives en &#233;ducation (2003, avec Miles) est un ouvrage qui est totalement de c&#244;t&#233;. [rires et applaudissements]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie De Ketele : - Tr&#232;s bri&#232;vement, une petite anecdote. Certains d'entre vous connaissaient Marcel Lebrun en technologie de l'information et de la communication. Parfois nous travaillons ensemble, il a fait partie du d&#233;partement pendant longtemps, et souvent, quand on va ensemble &#224; l'&#233;tranger, &#224; partir du moment o&#249; je dis aux personnes qui sont devant moi &#171; Marcel Lebrun est docteur en physique nucl&#233;aire, mais il s'est int&#233;ress&#233; aux sciences de l'&#233;ducation &#187;, &#231;a change compl&#232;tement le regard des gens, et de l'&#234;tre un peu anonyme, il devient quelqu'un de reconnu et de respect&#233;. C'est dire qu'il y a une hi&#233;rarchie dans la t&#234;te, y compris dans la t&#234;te des universitaires entre les disciplines. Cette hi&#233;rarchie entre les disciplines entra&#238;ne aussi des hi&#233;rarchies en termes de vision de la recherche, et en termes de paradigmes de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier que les sciences de l'&#233;ducation ont comme objet l'&#233;ducation et la formation et qu'elles doivent &#234;tre regard&#233;es sous trois axes et trois types de logique : la logique du logos, de la connaissance, la logique de la praxis, sciences de l'&#233;ducation et de la formation, et aussi de l'&#233;thos, de l'&#233;thique. C'est la raison pour laquelle il y a tant de bagarres id&#233;ologiques. Je me dis toujours : quand j'ai une m&#233;ta-analyse devant moi, je suis toujours int&#233;ress&#233; par savoir finalement quelles &#233;taient les variables d&#233;pendantes dont on essaie de voir quels sont les facteurs explicatifs. Tr&#232;s souvent, ce n'est pas clair. Ce sont uniquement des variables d&#233;pendantes qui sont plus ou moins faciles &#224; mesurer, &#224; &#233;valuer, et qui sont souvent d&#233;contextualis&#233;es, et qui portent sur des valeurs qui ne sont pas les plus importantes. Tout ce dont on a parl&#233; sur l'esprit critique, essayez de me trouver une m&#233;ta-analyse o&#249; on a essay&#233; de &#171; mesurer &#187;, au sens large du terme, l'esprit critique. Je n'en vois pas. Donc on est dans un monde o&#249; on a hi&#233;rarchis&#233; les disciplines, on a hi&#233;rarchis&#233; les visions de la recherche, on a hi&#233;rarchis&#233; les paradigmes de recherche, et pour l'instant nous sommes inquiets, notamment Richard, Emmanuelle et moi nous avons une r&#233;union lundi l&#224;-dessus, sur la production scientifique, sur la publication scientifique parce que le publish or perish actuel est en train de compl&#232;tement renforcer ces probl&#232;mes de hi&#233;rarchisation. Donc il y a l&#224; un enjeu tr&#232;s important. Comme le disait Philippe, je pense que nous, sciences de l'&#233;ducation, nous sommes en grande partie fautifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je termine par cet exemple-l&#224; : dans mon universit&#233;, ce qui a fait le plus bouger l'universit&#233; dans le bon sens en termes de p&#233;dagogie universitaire, c'est l'existence de trois facult&#233;s ouvertes pour adultes, c'est la facult&#233; ouverte en sciences politiques, &#233;conomiques et sociales, c'est la facult&#233; ouverte de p&#233;dagogie des adultes et c'est la facult&#233; ouverte en &#233;ducation pour la sant&#233; au sein de la facult&#233; de m&#233;decine. Face &#224; ces adultes, les enseignants-chercheurs n'ont pas pu adopter les m&#234;mes dispositifs qu'ils adoptaient avec des &#233;tudiants de formation initiale. Et c'est eux qui ont commenc&#233; &#224; r&#233;volutionner la formation universitaire. [applaudissements]&lt;br class='autobr' /&gt;
Les phrases pour l'action&#8230; et pour terminer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Richard &#201;tienne : - Merci. Je vais vous demander vos phrases.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Meirieu : - J'ai une phrase : le p&#233;ch&#233; originel de l'universit&#233; qui ne tient pas ses promesses, c'est le fait de transformer syst&#233;matiquement ses objectifs en pr&#233;alable. [applaudissements]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie De Ketele : - Dans la formation, le dispositif p&#233;dagogique et didactique est au moins aussi important que le contenu de la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richard &#201;tienne : - Merci beaucoup &#224; nos intervenants pour leur forte implication dans cette table ronde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annoot, E. (2016, dir.). Conf&#233;rence de consensus R&#233;ussite et &#233;chec dans l'enseignement sup&#233;rieur : Quels &#233;clairages de la recherche ? Rapport du jury de la conf&#233;rence r&#233;unie les 15 et 16 d&#233;cembre 2015. Paris : CNESCO, &lt;a href=&#034;http://ife.ens-lyon.fr/ife/recherche/enseignement-superieur/enseigner-et-apprendre-dans-l2019enseignement-superieur/seminaire-de-consensus/reussite-et-echec-dans-lenseignement-superieur-1/rapport-reussite-et-echec-dans-lenseignement-sup-1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ife.ens-lyon.fr/ife/recherche/enseignement-superieur/enseigner-et-apprendre-dans-l2019enseignement-superieur/seminaire-de-consensus/reussite-et-echec-dans-lenseignement-superieur-1/rapport-reussite-et-echec-dans-lenseignement-sup-1&lt;/a&gt;, consult&#233; le 7 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Britt-Mari Barth (1987/2001). L'apprentissage de l'abstraction. Paris : Retz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruner, J. (1996). L'&#233;ducation, entr&#233;e dans la culture. Les probl&#232;mes de l'&#233;cole &#224; la lumi&#232;re de la psychologie culturelle. Paris : Retz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bucheton, D. (2020). Les gestes professionnels dans la classe &#8211; &#201;thique et pratiques pour les temps qui viennent. Paris : ESF, collection p&#233;dagogies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Ketele, J.-M. (2010). La p&#233;dagogie universitaire : un courant en plein d&#233;veloppement. Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie, 172, 5-13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Ketele, J.-M., Hugonnier, B., Parmentier, Ph., Cosnefroy, L. (2016, dir.). Quelle excellence pour l'enseignement sup&#233;rieur ? De Boeck Sup&#233;rieur, p&#233;dagogies en d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Ketele, J.-M., Roegiers, X. (2016, 5e &#233;d.). M&#233;thodologie du recueil d'informations. Fondements des m&#233;thodes d'observation, de questionnaire, d'interview et d'&#233;tudes de documents. Bruxelles : De Boeck Sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dewey, J. (1916/2001). D&#233;mocratie et &#233;ducation. Suivi de Exp&#233;rience et &#233;ducation. Paris : Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heber-Suffrin, Cl. (2011). Les r&#233;seaux d'&#233;changes r&#233;ciproques de savoirs, une v&#233;ritable d&#233;marche formatrice. Empan, 81, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-empan-2011-1-page-36.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-empan-2011-1-page-36.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huberman, A.M., Miles, M.B. (2003). Analyse des donn&#233;es qualitatives. Bruxelles : De Boeck Sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Legrand, L. (1984). La diff&#233;renciation p&#233;dagogique. Paris : Scarab&#233;e, CEMEA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meirieu, Ph. (1984). Itin&#233;raires des p&#233;dagogies de groupe &#8211;Apprendre en groupe ? 1 et Outils pour apprendre en groupe - Apprendre en groupe ? 2. Lyon : Chronique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meirieu, Ph. (1995). La P&#233;dagogie entre le dire et le faire. Paris : ESF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paivandi, S. (1991). Les &#233;tudiants iraniens en France : le cas de l'Universit&#233; de Paris VIII. Th&#232;se de doctorat soutenue &#224; l'Universit&#233; Paris VIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peretti, A. de, Muller, F. (2013). Mille et une propositions p&#233;dagogiques : Pour animer son cours et innover en classe. Paris : ESF, collection p&#233;dagogies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piketty, T. (2019). Capital et Id&#233;ologie. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thievenaz, J. (2019). Enqu&#234;ter et apprendre au travail. Approcher l'exp&#233;rience avec John Dewey. Dijon : &#233;ditions Raison et Passions.&lt;br class='autobr' /&gt;
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Pour citer cet article&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;f&#233;rence &#233;lectronique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Bucheton, Jean-Marie De Ketele, Philippe Meirieu et Richard &#201;tienne, &#171; L'&#233;galit&#233; dans l'enseignement sup&#233;rieur entre utopie et solutions concr&#232;tes &#187;, &#201;ducation et socialisation [En ligne], 58 | 2020, mis en ligne le 30 d&#233;cembre 2020, consult&#233; le 04 janvier 2021. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/edso/13436&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/edso/13436&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/edso.13436&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/edso.13436&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
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Auteurs&lt;br class='autobr' /&gt;
Dominique Bucheton&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeure en sciences de l'&#233;ducation et de la formation, Universit&#233; de Montpellier, LIRDEF EA 3749&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Marie De Ketele&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur, Universit&#233; Catholique de Louvain&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Meirieu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur en sciences de l'&#233;ducation et de la formation, Universit&#233; Lyon II&lt;br class='autobr' /&gt;
Richard &#201;tienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur en sciences de l'&#233;ducation et de la formation, Universit&#233; Paul-Val&#233;ry Montpellier 3, LIRDEF EA 3749, et animateur de la table ronde&lt;br class='autobr' /&gt;
Articles du m&#234;me auteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;ditorial : &#201;galit&#233; des chances&#8230; ou des r&#233;ussites et des places dans l'enseignement sup&#233;rieur ? [Texte int&#233;gral]&lt;br class='autobr' /&gt; Paru dans &#201;ducation et socialisation, 58 | 2020&lt;br class='autobr' /&gt; Cifali, M. (2020). Tenir parole. Responsabilit&#233;s des m&#233;tiers de la transmission. Paris : PUF. [Texte int&#233;gral]&lt;br class='autobr' /&gt; Paru dans &#201;ducation et socialisation, 58 | 2020&lt;br class='autobr' /&gt; Bucheton, D. (2020). Les gestes professionnels dans la classe &#8211; &#201;thique et pratiques pour les temps qui viennent. Paris : ESF sciences humaines, collection P&#201;DAGOGIES [r&#233;f&#233;rences]. [Texte int&#233;gral]&lt;br class='autobr' /&gt; Paru dans &#201;ducation et socialisation, 56 | 2020&lt;br class='autobr' /&gt; Rayou, P. (2019, dir.). L'origine sociale des &#233;l&#232;ves. Paris : Retz, collection Mythes et r&#233;alit&#233;s. [Texte int&#233;gral]&lt;br class='autobr' /&gt; Paru dans &#201;ducation et socialisation, 55 | 2020&lt;br class='autobr' /&gt; Thievenaz, J. (2019). Enqu&#234;ter et apprendre au travail. Approcher l'exp&#233;rience avec John Dewey. Dijon : &#233;ditions Raison et Passions. [Texte int&#233;gral]&lt;br class='autobr' /&gt; Paru dans &#201;ducation et socialisation, 54 | 2019&lt;br class='autobr' /&gt; &#201;ditorial : vers une extension du domaine des sciences de l'&#233;ducation &#8230; et de la formation ? [Texte int&#233;gral]&lt;br class='autobr' /&gt; Paru dans &#201;ducation et socialisation, 50 | 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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