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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
	<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/</link>
	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>La formation professionnelle entre injonction &#224; la num&#233;risation et imp&#233;ratif de sobri&#233;t&#233; ; appel &#224; communication DMS</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article21262.html</link>
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		<dc:date>2025-01-12T09:15:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anca Boboc, Jean-Luc Metzger</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Position du probl&#232;me &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la formation professionnelle tout au long de la vie (FTLV) a pris, depuis le d&#233;but des ann&#233;es, une importance croissante, elle a simultan&#233;ment chang&#233; de nature. Il s'agit dor&#233;navant de responsabiliser les individus dans l'acquisition et le maintien de leurs comp&#233;tences professionnelles, en individualisant les parcours de formation. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, se multiplient les injonctions &#224; &#171; num&#233;riser &#187; la formation continue et professionnelle, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique25.html" rel="directory"&gt;Distances et M&#233;diations des Savoirs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Position du probl&#232;me&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si la formation professionnelle tout au long de la vie (FTLV) a pris, depuis le d&#233;but des ann&#233;es, une importance croissante, elle a simultan&#233;ment chang&#233; de nature. Il s'agit dor&#233;navant de responsabiliser les individus dans l'acquisition et le maintien de leurs comp&#233;tences professionnelles, en individualisant les parcours de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, se multiplient les injonctions &#224; &#171; num&#233;riser &#187; la formation continue et professionnelle, c'est-&#224;-dire, &#224; combiner dispense &#224; distance et usages du num&#233;rique (Benedetto-Meyer et Boboc, 2021, p. 166-183). Ces injonctions peuvent s'accompagner de l'incitation &#224; mobiliser de &#171; nouvelles p&#233;dagogies &#187;. Pourtant, plusieurs travaux ont montr&#233; que la &#171; num&#233;risation &#187; d'une partie de la FTLV, non seulement, rencontrait des obstacles &#224; sa mise en &#339;uvre (Pouts-Lajus et Leccia, 2006), mais qu'elle introduisait &#233;galement de nouvelles sources d'in&#233;galit&#233; (Boboc et Metzger, 2019a et 2019b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, se d&#233;veloppent des discours visant &#224; sensibiliser les entreprises &#224; r&#233;duire les empreintes du num&#233;rique en incitant &#224; la &#171; sobri&#233;t&#233; num&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les acteurs de la formation se trouvent face &#224; deux syst&#232;mes de contraintes en tension. D'un c&#244;t&#233;, ils doivent concevoir et mettre en &#339;uvre, de fa&#231;on croissante, la num&#233;risation de leurs formations, y compris en mobilisant la r&#233;alit&#233; virtuelle ou la r&#233;alit&#233; augment&#233;e (Barbe et Boboc, 2022). Il leur est parfois demand&#233; de concevoir des formations enti&#232;rement &#224; distance. D'un autre c&#244;t&#233;, on leur demande d'int&#233;grer dans leurs pratiques les enjeux li&#233;s &#224; la r&#233;duction des empreintes num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le recours au num&#233;rique contribue &#224; r&#233;duire la production de gaz &#224; effets de serre, par la r&#233;duction du nombre de d&#233;placements &#8211; notamment dans le cas du tout &#224; distance &#8211;, il engendre simultan&#233;ment la production d'empreintes li&#233;es au num&#233;rique lui-m&#234;me : l'empreinte environnementale, due &#224; la consommation des ressources non renouvelables ; l'empreinte &#233;nerg&#233;tique, particuli&#232;rement la consommation d'&#233;lectricit&#233; des r&#233;seaux et des centres de donn&#233;es ; et l'empreinte sociale, bien moins souvent &#233;voqu&#233;e, concernant les cons&#233;quences sociales, cognitives, professionnelles et culturelles des usages du num&#233;rique (Bordage, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective de la FTLV, chaque nouvelle formation risque d'accro&#238;tre un processus de polarisation progressive entre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un sous-groupe d'individus autonomes et responsables, g&#233;rant seuls leur employabilit&#233;, en capacit&#233; de ma&#238;triser les sp&#233;cificit&#233;s de l'apprentissage &#224; distance et les usages des technologies ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et un sous-groupe d'individus d&#233;crochant progressivement, d&#233;concert&#233;s par les interfaces et l'absence de pr&#233;sentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que nous pouvons parler d'empreintes sociales du num&#233;rique, &#224; propos de la FTLV.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Axes de questionnement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ces &#233;l&#233;ments de contexte, cet appel &#224; articles invite &#224; analyser et &#224; apporter des &#233;clairages sur les tensions entre m&#233;diation des savoirs par le num&#233;rique et les empreintes qu'il laisse, &#224; travers cinq grands ensembles de questionnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire les empreintes du num&#233;rique : quelles politiques de formation dans les organisations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelle mesure ces injonctions (&#224; num&#233;riser, &#224; placer &#224; distance formateurs et apprenants) et ces incitations (&#224; r&#233;duire les empreintes du num&#233;rique), sont-elles prises en compte au niveau des politiques de formation ? Entrent-elles en contradiction avec les pratiques effectives des diff&#233;rentes cat&#233;gories d'acteurs institutionnels de la formation ? Quels arguments sont le plus souvent &#233;voqu&#233;s pour justifier, d'un c&#244;t&#233;, le recours &#224; la num&#233;risation et &#224; la mise &#224; distance, et, d'un autre c&#244;t&#233;, pour inciter &#224; en r&#233;duire les empreintes, tout particuli&#232;rement les cons&#233;quences sociales du num&#233;rique ? Ces derni&#232;res sont-elles seulement &#233;voqu&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire les empreintes du num&#233;rique : quelles &#233;volutions des m&#233;tiers des acteurs de la formation en entreprise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles repr&#233;sentations de la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique &#233;laborent les acteurs de la formation ? Y-a-t-il des tensions entre leurs repr&#233;sentations en tant que salari&#233;s et celles en tant que simples citoyens ? Avec le d&#233;veloppement des formations &#224; distance, num&#233;ris&#233;e, sont-ils confront&#233;s &#224; des conflits &#233;thiques, des pertes de sens au travail (Coutrot et Perez, 2022) ? De quelle mani&#232;re appr&#233;hendent-ils ces enjeux dans le cadre des formations qu'ils con&#231;oivent et/ou qu'ils dispensent ? Quelles sont les &#233;volutions de leurs m&#233;tiers en lien avec la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique (Baghioni et Moncel, 2022) ? Comment les nouvelles exigences li&#233;es &#224; la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique sont-elles prises en compte dans le d&#233;veloppement des comp&#233;tences des acteurs de la formation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire les empreintes du num&#233;rique : quelles marges de man&#339;uvre pour les professionnels de la formation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les professionnels de la formation font-ils face, dans leurs pratiques de conception et de dispense de formations, &#224; ces injonctions contradictoires ? Sont-ils influenc&#233;s par des enjeux individuels en termes de sobri&#233;t&#233; num&#233;rique qu'ils ont en tant que citoyens ? Prennent-ils en compte &#8211; et si oui comment &#8211; ces deux exigences &#8211; d&#233;velopper les formations &#224; distance, en les num&#233;risant et r&#233;duire les empreintes du num&#233;rique &#8211;, en particulier les empreintes sociales ? Les professionnels de la formation parviennent-ils &#224; concilier ces deux syst&#232;mes de contraintes et, si oui, comment ? De quelle marge de man&#339;uvre disposent-ils ? Parviennent-ils &#224; en m&#233;nager de nouvelles ? D&#232;s lors, de nouvelles in&#233;galit&#233;s se cr&#233;ent-elles entre les formateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire les empreintes du num&#233;rique : quelles in&#233;galit&#233;s du c&#244;t&#233; des apprenants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte &#233;conomique actuel, et au-del&#224; des discours, comment &#233;volue le nombre des formations &#224; distance, en ligne effectivement suivies ? Est-il influenc&#233; par des enjeux individuels en termes de sobri&#233;t&#233; num&#233;rique que les apprenants ont en tant que citoyens ? Les &#171; choix &#187; op&#233;rationnels que font les acteurs de la formation en mati&#232;re de num&#233;risation conduisent-ils &#224; r&#233;duire ou &#224; accro&#238;tre les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; la formation ? Introduisent-ils de nouvelles sources d'in&#233;galit&#233;s parmi les salari&#233;s ? Face aux incitations &#224; mettre en pratique la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique, comment les apprenants s'adaptent-ils et ce, tout long de leur vie professionnelle ? Trouvent-ils des compromis entre formation &#224; distance, avec le num&#233;rique et priorit&#233; &#224; la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique ? Comment &#233;volue leur rapport &#224; la formation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anticiper sur les cons&#233;quences de la num&#233;risation de la formation tout au long de la vie : vers un nouveau paradigme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on pourra s'interroger sur la port&#233;e heuristique des enjeux environnementaux de la num&#233;risation de la formation tout au long de la vie. En particulier, la prise en compte, d&#232;s leur conception, des cons&#233;quences environnementales, &#233;nerg&#233;tiques et socio-culturelles, des dispositifs num&#233;riques de formation &#224; distance s'inscrit-elle dans les processus bien document&#233;s de l'industrialisation de l'&#233;ducation (M&#339;glin, 2016) ou constitue-t-elle un nouveau paradigme ? Et dans ce cas, comment le caract&#233;riser ? On pourra &#233;galement se demander si l'approche par les capacit&#233;s (Amartya Sen) demeure pertinente ou si elle devrait &#234;tre am&#233;nag&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Modalit&#233;s de r&#233;ponse &#224; l'appel &#224; article&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous invitons les chercheur-e-s et praticiens et praticiennes chercheur-e-s &#224; proposer des contributions r&#233;pondant &#224; ces diff&#233;rentes interrogations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs fourniront, au plus tard le 18 f&#233;vrier 2023 une intention d'article de 10000 signes maximum (incluant les espaces, les notes et les r&#233;f&#233;rences) aux coordinateurs du num&#233;ro (metzger_jean-luc@orange.fr, anca.boboc@orange.com)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; de r&#233;daction informera les auteurs de ses d&#233;cisions la semaine du 17 mars 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs retenus enverront la premi&#232;re version de leur texte au plus tard le 15 mai 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pourra s'agir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; soit d'articles de recherche, g&#233;n&#233;ralement de 20 &#224; 25 pages, 30 000 &#224; 50 000 signes (notes et espaces compris) r&#233;pondant aux exigences acad&#233;miques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; soit de retours d'exp&#233;riences innovantes ou de t&#233;moignages, qui pourront &#234;tre plus courts ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; soit de notes de lecture sur des ouvrages en lien avec le th&#232;me de l'appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces articles seront &#233;valu&#233;s en double aveugle par les membres du comit&#233; scientifique et ne seront publi&#233;s qu'apr&#232;s acceptation et r&#233;visions &#233;ventuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication est pr&#233;vue au 2d semestre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Barbe, F. et Boboc, A. (2022). Int&#233;gration de la r&#233;alit&#233; virtuelle dans une formation &#224; distance en contexte de crise sanitaire : &#233;tude de l'hybridation d'un parcours de formation. Phronesis, 11, 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benedetto-Meyer, M. et Boboc A. (2021). Sociologie du num&#233;rique au travail. Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boboc, A. et Metzger J.-L. (2019a). La formation continue &#224; l'&#233;preuve de sa num&#233;risation. Formation Emploi, 145, 101-118.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boboc, A. et Metzger J.-L. (2019b). Le num&#233;rique vecteur d'un rapport instrumental aux savoirs ? Distances et m&#233;diations des savoirs, 28. En ligne : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/dms/4152&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/dms/4152&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baghioni, L. et Moncel, N. (2022). La transition &#233;cologique au travail : emploi et formation face au d&#233;fi environnemental. C&#233;req bref, n&#176; 423, juin. En ligne : &lt;a href=&#034;https://www.cereq.fr/la-transition-ecologique-au-travail-emploi-et-formation-face-au-defi-environnemental&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cereq.fr/la-transition-ecologique-au-travail-emploi-et-formation-face-au-defi-environnemental&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordage, F. (2019). Sobri&#233;t&#233; num&#233;rique. Les cl&#233;s pour agir. Buchet Chastel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coutrot, T. et P&#233;rez, C. (2022). Redonner du sens au travail. Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#339;glin, P. (dir.). (2016). Industrialiser l'&#233;ducation. Anthologie comment&#233;e (1913-2012). Saint-Denis : Presses Universitaires de Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouts-Lajus, S. et Leccia, &#201;. (2006). Conception et utilisation de ressources multim&#233;dias au sein du campus num&#233;rique CampusCultura : Une approche ethnographique. Distances et savoirs, 4, 73-92. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3166/ds.4.73-92&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3166/ds.4.73-92&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>F&#233;licie Drouilleau-Gay et Alain Legardez (dir.) (2020). Travail, formation et &#233;ducation au temps des transitions &#233;cologiques ; lecture par Jean-Luc Metzger</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article15368.html</link>
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		<dc:date>2023-09-15T08:42:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Luc Metzger</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un article de Jean-Luc Metzger repris de la revue Distances et m&#233;diations des savoirs, une publication sous licence CC by sa &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Luc Metzger, &#171; F&#233;licie Drouilleau-Gay et Alain Legardez (dir.) (2020). Travail, formation et &#233;ducation au temps des transitions &#233;cologiques &#187;, Distances et m&#233;diations des savoirs [En ligne], 42 | 2023, mis en ligne le 19 juin 2023, consult&#233; le 15 septembre 2023. URL : http://journals.openedition.org/dms/9150 ; DOI : https://doi.org/10.4000/dms.9150 &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique25.html" rel="directory"&gt;Distances et M&#233;diations des Savoirs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/dms/9150&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; de Jean-Luc Metzger repris de la revue &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/dms&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Distances et m&#233;diations des savoirs&lt;/a&gt;, une publication sous licence CC by sa&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Luc Metzger, &#171; F&#233;licie Drouilleau-Gay et Alain Legardez (dir.) (2020). Travail, formation et &#233;ducation au temps des transitions &#233;cologiques &#187;, Distances et m&#233;diations des savoirs [En ligne], 42 | 2023, mis en ligne le 19 juin 2023, consult&#233; le 15 septembre 2023. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/dms/9150&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/dms/9150&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/dms.9150&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/dms.9150&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs d&#233;cennies, des scientifiques alertent l'opinion publique et les dirigeants politiques du monde entier : les modes de (sur)production et de (sur)consommation industriels, fond&#233;s sur l'exploitation de combustibles fossiles et de ressources non renouvelables, menacent la survie des civilisations. Les r&#233;actions n'ont jusqu'ici gu&#232;re &#233;t&#233; &#224; la hauteur des enjeux mis en exergue par les experts du climat. Si les discours semblent attester d'une prise de conscience, les proc&#232;s en inaction climatique, intent&#233;s contre les &#171; &#201;tats &#187; par des associations et des collectifs, montrent qu'il est encore impossible aux soci&#233;t&#233;s contemporaines de repenser leur mod&#232;le productif. Pourtant, gr&#226;ce &#224; de nombreux m&#233;dias, la plupart des publics peuvent acc&#233;der aux versions simplifi&#233;es des diagnostics de plus en plus pr&#233;cis et rigoureux sur l'&#233;tendue des destructions irr&#233;versibles dues aux activit&#233;s humaines. Pourtant, institutions publiques, m&#233;dias &#171; traditionnels &#187; et &#171; sociaux &#187;, associations, entreprises sp&#233;cialis&#233;es, etc. mettent &#224; la disposition des citoyens et des d&#233;cideurs &#8211; politiques et &#233;conomiques &#8211; toute une palette de solutions &#8211; m&#233;thodologiques, technologiques, relationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment alors rendre compte de cette &#171; inertie &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;fa&#231;ant l'ouvrage collectif dirig&#233; par F&#233;licie Drouilleau-Gay et Alain Legardez, Marie-Christine Z&#233;lem apporte un premier jeu de r&#233;ponses. Derri&#232;re les postures apparemment respectueuses de l'environnement &#8211; accords internationaux, lois et discours pr&#244;nant la sobri&#233;t&#233;, etc. &#8211;, nous dit l'auteure, si les gouvernements des &#201;tats les plus polluants continuent &#224; accorder la priorit&#233; &#224; la croissance qualifi&#233;e de &#171; verte &#187;, c'est qu'ils parient sur le r&#244;le moteur de technologies miraculeusement &#171; propres &#187;. Les pouvoirs publics semblent attendre des entrepreneurs et des consommateurs qu'ils se m&#233;tamorphosent en &#171; &#233;cocitoyens &#187;, touch&#233;s par la gr&#226;ce de l'altruisme environnemental, alors que de toutes parts proviennent des incitations &#224; pers&#233;v&#233;rer dans la surconsommation. Quant aux &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur, en particulier ceux formant des ing&#233;nieurs et des gestionnaires, ils n'ont que tr&#232;s rarement entrepris d'inscrire dans leurs strat&#233;gies de fonctionnement et de formation, l'ardente obligation &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, pour &#171; sortir de l'ali&#233;nation technicienne et consum&#233;riste &#187;, M.-C. Z&#233;lem propose d'agir, via la culture et le savoir, pour r&#233;aliser la capacitation de &#171; l'ensemble des acteurs, (&#8230;) qu'ils soient simples citoyens ou professionnels &#187; (p. 14). Cet objectif est d'autant plus ambitieux qu'il s'agit de modifier en profondeur les dispositions sociales, en particulier, celles portant sur la culture de la consommation et la priorit&#233; accord&#233;e &#224; la croissance de flux financiers. Il s'agit &#233;galement de faire prendre conscience au plus grand nombre de &#171; la complexit&#233; &#224; mettre en &#339;uvre de fa&#231;on pragmatique et op&#233;rationnelle les transitions &#233;cologiques &#187; (p. 13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le constat d'un inqui&#233;tant retard par rapport &#224; l'urgence climatique est par ailleurs bien document&#233;, ce qui l'est moins et fait l'originalit&#233; de l'ouvrage, c'est l'insistance sur l'extr&#234;me complexit&#233; et l'intrication des probl&#232;mes soulev&#233;s par la lutte contre le changement climatique. En effet, au-del&#224; de leur diversit&#233;, les contributions des quinze chercheurs &#8211; en sociologie, &#233;conomie, anthropologie, sciences de l'&#233;ducation, &#233;cologie et d&#233;mographie &#8211;, se compl&#232;tent pour souligner que la mise en &#339;uvre des technologies &#171; propres &#187; ne consiste pas &#224; appliquer une m&#233;thode pr&#233;existante, ni &#224; d&#233;rouler un protocole cl&#233;s en main. Fondant leurs r&#233;flexions sur l'analyse d'exp&#233;rimentations, ainsi que sur les travaux r&#233;cents du C&#233;req, les quatorze chapitres montrent que les configurations empiriques &#8211; m&#233;thanisation, champs d'&#233;oliennes offshore, r&#233;seau &#233;lectrique intelligent, b&#226;timents &#224; &#233;nergie positive, etc. &#8211; soul&#232;vent d'innombrables difficult&#233;s que seule la coop&#233;ration durable entre intervenants peut r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la coop&#233;ration est d'autant moins spontan&#233;e qu'il n'existe pas de consensus a priori sur la mani&#232;re de penser la lutte contre les cons&#233;quences du changement climatique. S'agit-il de &#171; remettre l'&#233;conomie &#8220;&#224; sa place&#8221;, et par l&#224; m&#234;me, nombre d'entreprises dominantes, pour donner plus d'importance aux objectifs environnementaux et sociaux &#187; &#8211; &#233;cologisation de l'&#233;conomie ? Ou pr&#233;f&#232;re-t-on &#171; nourrir une nouvelle phase de croissance &#233;conomique &#187; (p. 59), celle-ci pouvant toutefois r&#233;sulter d'une r&#233;gulation &#233;tatique, au moyen de politiques industrielles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ensembles de r&#233;ponses sont apport&#233;s : les premi&#232;res, au niveau th&#233;oriques (1) ; les secondes, au niveau empirique (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) En ce qui concerne les r&#233;flexions d'ordre th&#233;orique, la postface de Jacques Theys apporte une palette d'&#233;clairages. Tout d'abord, l'auteur rappelle le retard inqui&#233;tant en mati&#232;re d'adaptation de l'&#233;ducation et de la formation &#224; l'urgence climatique : en 2020, il n'y avait toujours pas, en France, de &#171; discipline, de doctorat, de titre de professeur, d'institut national de recherche, ni de corps administratif, de syndicat professionnel, pas plus que de section dans la nomenclature des activit&#233;s &#233;conomiques, qui portent en propre sur l'environnement en tant que tel &#187; (p. 260). Certes, on peut expliquer cette inertie par l'existence de rigidit&#233;s organisationnelles. Mais l'auteur souligne &#233;galement l'extr&#234;me dispersion de tout ce que recouvrent les notions d'environnement et de d&#233;veloppement durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment &#171; r&#233;articuler ces univers dispers&#233;s dans un m&#234;me ensemble coh&#233;rent &#187; (p. 260) ? Comment s'accorder sur une d&#233;finition simple qui permettrait de sortir d'une autre dispersion : celle des &#171; approches, des discours, des th&#232;mes abord&#233;s, des modes de classement et de connaissance &#187; (p. 261) ? Peut-&#234;tre en donnant &#171; une place beaucoup plus grande &#224; l'&#233;cologie comme discipline int&#233;gratrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soulign&#233; par l'auteur&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; (p. 262). Car il s'agit de s'engager collectivement dans une v&#233;ritable &#171; rupture &#187;, laquelle doit avoir lieu au niveau culturel et politique : changer le &#171; syst&#232;me des valeurs, les pratiques sociales, les formes de solidarit&#233;, les modes de mobilisation d&#233;mocratique ou des savoirs et finalement de mesure du bien-&#234;tre et de la richesse &#187; (p. 264). Cette rupture, que l'on ne peut donc pas r&#233;duire &#224; une transition, transpos&#233;e dans le champ de l'&#233;ducation/formation, doit simultan&#233;ment anticiper sur les effets sociaux des mesures qui seront prises pour lutter contre les diff&#233;rentes dimensions du changement climatique. Le risque est en effet grand que ces mesures accroissent les in&#233;galit&#233;s, les fractures, les conflits, et ob&#232;rent leur acceptabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10Synth&#233;tisant les principaux apports des contributions de l'ouvrage, l'auteur recommande de compl&#233;ter le &#171; verdissement &#187; des formations sp&#233;cialis&#233;es par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'enseignement &#171; des comp&#233;tences g&#233;n&#233;riques propres &#224; tous les m&#233;tiers (comme le travail collaboratif et l'usage du num&#233;rique) &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; une connaissance partag&#233;e des enjeux de la transition et du d&#233;veloppement durable &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et &#171; un d&#233;cloisonnement des cultures techniques &#8211; avec une plus grande ouverture sur la pluridisciplinarit&#233; et les approches syst&#233;miques, sur la prospective, la cr&#233;ativit&#233; et les apprentissages collectifs &#187; (p. 267).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y parvenir, les soci&#233;t&#233;s contemporaines devraient corriger les limites criantes du mod&#232;le dominant &#8211; de l'&#233;conomie verte, de l'industrie propre, etc. &#8211;, en d&#233;veloppant des mod&#232;les alternatifs fond&#233;s, notamment, sur une plus grande implication des habitants et des consommateurs, un changement des modes de vie et l'invention de formes d'organisation du travail viables sur le long terme (p. 268). De tels &#171; mod&#232;les &#187; seraient, selon l'auteur, en cours d'exp&#233;rimentation, diss&#233;min&#233;s sur les territoires, et auraient en commun &#171; de mettre l'accent sur des ressources immat&#233;rielles, la connaissance, la circulation de l'information et d'&#234;tre riches en emplois &#187; (p. 268).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, plut&#244;t que de d&#233;finir les objectifs de la formation en partant d'une hypoth&#233;tique capacit&#233; des entreprises &#224; d&#233;finir leurs besoins futurs en main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e, l'auteur propose de repenser les structures &#233;ducatives pour permettre la capacitation des individus, afin que ces derniers puissent co-construire les savoirs, savoir-faire, pratiques, dor&#233;navant requis. En particulier, cela pourrait passer par la cr&#233;ation &#171; d'&#233;coles exp&#233;rimentales associant le travail collaboratif, l'engagement dans des projets collectifs, l'immersion sur le terrain et dans la nature &#187;, sans oublier le d&#233;veloppement de &#171; l'esprit critique et la culture scientifique &#187; (p. 272).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) En ce qui concerne les &#233;clairages empiriques, St&#233;phane Michun &#233;tudie le cas particulier de la fili&#232;re m&#233;thanisation dans laquelle sont mis en &#339;uvre des dispositifs de partage des connaissances, d'&#233;changes de pratiques, des formations, autour de la r&#233;alisation de laboratoires et de plateformes de d&#233;monstration. Citant une &#233;tude du C&#233;req de 2016 sur la formation dans cette fili&#232;re, l'auteur souligne que la formation aux enjeux environnementaux y est tr&#232;s limit&#233;e, consistant, soit &#224; &#233;voquer les &#171; bons gestes &#187; pour l'environnement, soit &#224; pr&#233;senter les seules prescriptions institutionnelles (normes &#224; respecter). Ces enseignements n'envisagent aucune critique du mod&#232;le productiviste actuel, et ne pr&#233;sentent pas les controverses existantes quant aux orientations &#224; privil&#233;gier en mati&#232;re de transition. Cons&#233;quemment, &#171; la logique de la certification des comp&#233;tences &#187; prend le pas sur &#171; la formation &#187;, les dipl&#244;mes sont remplac&#233;s par des certifications, etc. (p. 71). Il arrive &#233;galement, comme le pointe une &#233;tude du C&#233;req de 2017 consacr&#233;e au secteur du b&#226;timent, que les artisans et les entrepreneurs ne suivent une formation que pour acc&#233;der &#224; un march&#233;. Dit autrement, &#171; la formation continue tend &#224; devenir l'auxiliaire d'une d&#233;marche de qualification pour l'avantage commercial qu'elle procure &#187; (p. 72). Selon l'auteur, ces exemples (b&#226;timent, m&#233;thanisation) montrent que, pour le moment, la th&#233;matique du d&#233;veloppement durable &#171; rel&#232;ve plus du registre de la contrainte ou d'un exercice de rh&#233;torique que d'engagements fermes dans une voie de d&#233;veloppement radicalement nouvelle &#187; (p. 72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si chaque fili&#232;re professionnelle pr&#233;sente ses sp&#233;cificit&#233;s pour concevoir les formations du futur, il est possible de d&#233;gager des difficult&#233;s communes &#224; r&#233;soudre. Ainsi, les analyses de Nathalie Bosse, sur le d&#233;ploiement des R&#233;seaux &#201;lectriques Intelligents (REI) pointent une contrainte que toutes les fili&#232;res devront prendre en compte. En effet, en formation continue, il s'agit de faire &#233;voluer des m&#233;tiers existants pour que les professionnels en poste acqui&#232;rent de nouvelles comp&#233;tences &#8211; par exemple, que les &#233;lectrotechniciens ma&#238;trisent un socle de comp&#233;tences assez solide en TIC (Technologies de l'Information et de la Communication), tandis que les techniciens des TIC doivent acqu&#233;rir des connaissances en mati&#232;re d'applications &#233;lectrotechniques (p. 90). La question se pose de savoir comment y parvenir quand les niveaux de formation initiale sont tr&#232;s variables en fonction de l'&#226;ge des salari&#233;s. Et si l'on envisage la formation initiale aux nouveaux m&#233;tiers du d&#233;veloppement durable, il faudrait int&#233;grer aux comp&#233;tences propres &#224; chaque fili&#232;re, un vaste &#233;ventail de connaissances transversales et sp&#233;cialis&#233;es, elles-m&#234;mes en cours de construction. Ce qui &#171; interroge sur la mise en &#339;uvre effective des formations &#8220;pluridisciplinaires&#8221; &#187; (p. 92). Par exemple, pour ce qui est du domaine des REI, est-ce seulement envisageable de ma&#238;triser un champ aussi vaste que celui qui va &#171; de la production d'&#233;lectricit&#233; &#224; la gestion technique des b&#226;timents, (&#8230;) [en passant par] les r&#233;seaux informatiques, (&#8230;) la gestion des flux de puissance et la qualit&#233; du r&#233;seau, le stockage d'&#233;nergie, l'&#233;lectronique de puissance, (&#8230;) [sans oublier] des connaissances en sciences &#233;conomiques (march&#233; de l'&#233;lectricit&#233;) &#187; (p. 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me type de contraintes &#224; r&#233;soudre &#8211; difficult&#233; &#224; se projeter en mati&#232;re de cr&#233;ation de nouveaux m&#233;tiers et de nouveaux cursus de formation &#8211; est soulign&#233; par G&#233;rard Podevin qui s'est int&#233;ress&#233; &#224; la formation dans l'&#233;olien offshore. En plus des nouvelles comp&#233;tences techniques &#8211; celles concernant la construction, l'installation et la maintenance des &#233;oliennes en mer &#8211;, les professionnels devraient acqu&#233;rir la ma&#238;trise du milieu maritime, tr&#232;s diff&#233;rent de l'environnement terrestre. Ce &#224; quoi s'ajoute une pr&#233;occupation trop souvent n&#233;glig&#233;e : envisager, d&#232;s leur conception, des fili&#232;res permettant aux salari&#233;s des m&#233;tiers les plus fatigants d'&#233;voluer vers des postes plus adapt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon G&#233;rard Podevin, une mani&#232;re de r&#233;soudre ces difficult&#233;s consiste &#224; miser sur l'effet capacitant des exp&#233;rimentations &#233;mergeant des territoires. En effet, ceux-ci permettraient, dans certaines configurations stables sur la longue dur&#233;e, d'articuler les approches en termes de fili&#232;res &#8211; politiques publiques au niveau national &#8211; et de clusters &#8211; les processus d'innovation au niveau local. L'auteur mobilise la notion de &#171; complexe territorialis&#233; de comp&#233;tences &#187;, afin que le territoire ne soit plus consid&#233;r&#233; comme le &#171; r&#233;cipiendaire de politiques et de plans d'action nationaux (&#8230;), mais comme espace sp&#233;cifique de cr&#233;ation de nouvelles logiques d'acteurs &#187; (p. 115). Et ce, aussi bien pour le &#171; domaine de l'innovation technologique, que pour celui de la production industrielle, la formation et l'orientation professionnelle &#187; (p. 115).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, Hubert Amarillo et Pascal Hughetto, &#224; partir de l'&#233;tude des r&#233;orientations actuelles du secteur du b&#226;timent, insistent tout particuli&#232;rement sur l'importance de mettre en &#339;uvre une organisation du travail qui permette &#224; l'ensemble des acteurs impliqu&#233;s &#8211; entreprises, institutions, individus &#8211; de d&#233;velopper un apprentissage collectif. Car, de fait, tout est &#224; inventer in situ, contrairement &#224; ce que le terme &#171; transition &#187; laisse penser : ce vers quoi il s'agit d'aller, la situation &#224; laquelle il s'agirait d'aboutir, n'est pas donn&#233; d'avance, mais r&#233;sulte de la succession de d&#233;cisions prises par les acteurs locaux pour s'adapter, tant bien que mal, aux exigences normatives. &#171; Pour mesurer les effets sur le travail, les m&#233;tiers, les comp&#233;tences, de l'essor des principes du d&#233;veloppement durable, il convient d'interroger l'id&#233;e m&#234;me d'une pure et simple transition technologie &#187; (p. 123).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal probl&#232;me soulev&#233; par la mise en service des b&#226;timents basse consommation est la surcharge de travail affectant les personnels de maintenance &#8211; gardiens d'immeubles, techniciens des organismes &#8211;, souvent d&#233;munis pour apporter des r&#233;ponses satisfaisantes et durables. Ces difficult&#233;s viennent, certes, de la multiplicit&#233; des &#233;quipements &#224; faire fonctionner ensemble, mais surtout, de la complexit&#233; de la cha&#238;ne d'acteurs &#8211; bureaux d'&#233;tudes, fabricants d'&#233;quipements, entreprises de maintenance, exploitants des syst&#232;mes de chauffage, organismes HLM &#8211; et de leur coordination d&#233;faillante. Plus que la complexit&#233; des technologies &#224; &#171; ma&#238;triser &#187;, les principaux obstacles &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de b&#226;timents sobres r&#233;sident dans la division du travail, la mise en comp&#233;tition et les modes de management. Faute de r&#233;duire ces obstacles, il est &#224; craindre que de nouveaux conflits surgissent autour de la performance &#233;nerg&#233;tique. Empiriquement, constatent les auteurs, &#171; la qualit&#233; des interactions entre les acteurs constitue le socle d'une meilleure performance &#233;nerg&#233;tique des b&#226;timents &#187; (p. 138).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rendre compte de la richesse des analyses de l'ouvrage, deux de ses apports nous semblent particuli&#232;rement f&#233;conds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, l'ouvrage attire notre attention sur la n&#233;cessit&#233;, avant tout d&#233;ploiement de &#171; solution &#187;, de pr&#233;ciser vers quel type de soci&#233;t&#233; nous souhaitons collectivement nous orienter. S'agit-il d'opter pour un changement radical et rapide de nos modes de vie, de production et de consommation, comme le laisse entendre le terme de d&#233;croissance, par exemple ? Ou envisage-t-on de nous engager dans une transition &#233;cologique o&#249; les activit&#233;s humaines r&#233;pondraient, de fa&#231;on durable, aux besoins identifi&#233;s &#224; l'&#233;chelle de territoires ? De ce choix d&#233;pend une partie des programmes d'&#233;ducation et de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'ouvrage donne &#224; voir l'incroyable complexit&#233; des d&#233;marches &#224; envisager pour r&#233;duire, effectivement et &#224; moyen terme, les empreintes environnementales, &#233;nerg&#233;tiques et sociales des activit&#233;s humaines. Il est en effet urgent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'anticiper sur les transformations des m&#233;tiers actuels et la cr&#233;ation de nouveaux, en prenant en compte, non seulement l'ampleur des comp&#233;tences techniques &#224; ma&#238;triser, mais surtout, et peut-&#234;tre avant tout, les capacit&#233;s &#224; coop&#233;rer ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de penser de nouvelles formes d'organisation du travail pour tenir compte des contraintes environnementales et &#233;nerg&#233;tiques sur l'int&#233;gralit&#233; des cycles de production, ainsi que pour pr&#233;server la sant&#233; des travailleurs tout au long de leur vie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de repenser les interactions entre les diff&#233;rentes cat&#233;gories d'acteurs impliqu&#233;s, sans n&#233;gliger les collectifs de citoyens destinataires finaux de ces marchandises et de ces services, citoyens auxquels il faudrait &#233;galement apprendre &#224; coop&#233;rer et &#224; s'approprier les processus technologiques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - de r&#233;fl&#233;chir au r&#244;le que devraient jouer l'&#233;ducation et la formation, non seulement pour d&#233;velopper les comp&#233;tences encore largement ind&#233;termin&#233;es, mais, plus g&#233;n&#233;ralement pour que les diff&#233;rentes cat&#233;gories de la population s'approprient ou inventent une culture de l'&#233;cocitoyennet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, cet ouvrage collectif, publi&#233; en pleine p&#233;riode de confinement, est &#224; lire de toute urgence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soulign&#233; par l'auteur&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La formation professionnelle entre injonction &#224; la num&#233;risation et imp&#233;ratif de sobri&#233;t&#233;</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article13216.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.innovation-pedagogique.fr/article13216.html</guid>
		<dc:date>2022-12-08T14:10:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anca Boboc, Jean-Luc Metzger</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Position du probl&#232;me &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la formation professionnelle tout au long de la vie (FTLV) a pris, depuis le d&#233;but des ann&#233;es, une importance croissante, elle a simultan&#233;ment chang&#233; de nature. Il s'agit dor&#233;navant de responsabiliser les individus dans l'acquisition et le maintien de leurs comp&#233;tences professionnelles, en individualisant les parcours de formation. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, se multiplient les injonctions &#224; &#171; num&#233;riser &#187; la formation continue et professionnelle, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique25.html" rel="directory"&gt;Distances et M&#233;diations des Savoirs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Position du probl&#232;me&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si la formation professionnelle tout au long de la vie (FTLV) a pris, depuis le d&#233;but des ann&#233;es, une importance croissante, elle a simultan&#233;ment chang&#233; de nature. Il s'agit dor&#233;navant de responsabiliser les individus dans l'acquisition et le maintien de leurs comp&#233;tences professionnelles, en individualisant les parcours de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, se multiplient les injonctions &#224; &#171; num&#233;riser &#187; la formation continue et professionnelle, c'est-&#224;-dire, &#224; combiner dispense &#224; distance et usages du num&#233;rique (Benedetto-Meyer et Boboc, 2021, p. 166-183). Ces injonctions peuvent s'accompagner de l'incitation &#224; mobiliser de &#171; nouvelles p&#233;dagogies &#187;. Pourtant, plusieurs travaux ont montr&#233; que la &#171; num&#233;risation &#187; d'une partie de la FTLV, non seulement, rencontrait des obstacles &#224; sa mise en &#339;uvre (Pouts-Lajus et Leccia, 2006), mais qu'elle introduisait &#233;galement de nouvelles sources d'in&#233;galit&#233; (Boboc et Metzger, 2019a et 2019b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, se d&#233;veloppent des discours visant &#224; sensibiliser les entreprises &#224; r&#233;duire les empreintes du num&#233;rique en incitant &#224; la &#171; sobri&#233;t&#233; num&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les acteurs de la formation se trouvent face &#224; deux syst&#232;mes de contraintes en tension. D'un c&#244;t&#233;, ils doivent concevoir et mettre en &#339;uvre, de fa&#231;on croissante, la num&#233;risation de leurs formations, y compris en mobilisant la r&#233;alit&#233; virtuelle ou la r&#233;alit&#233; augment&#233;e (Barbe et Boboc, 2022). Il leur est parfois demand&#233; de concevoir des formations enti&#232;rement &#224; distance. D'un autre c&#244;t&#233;, on leur demande d'int&#233;grer dans leurs pratiques les enjeux li&#233;s &#224; la r&#233;duction des empreintes num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le recours au num&#233;rique contribue &#224; r&#233;duire la production de gaz &#224; effets de serre, par la r&#233;duction du nombre de d&#233;placements &#8211; notamment dans le cas du tout &#224; distance &#8211;, il engendre simultan&#233;ment la production d'empreintes li&#233;es au num&#233;rique lui-m&#234;me : l'empreinte environnementale, due &#224; la consommation des ressources non renouvelables ; l'empreinte &#233;nerg&#233;tique, particuli&#232;rement la consommation d'&#233;lectricit&#233; des r&#233;seaux et des centres de donn&#233;es ; et l'empreinte sociale, bien moins souvent &#233;voqu&#233;e, concernant les cons&#233;quences sociales, cognitives, professionnelles et culturelles des usages du num&#233;rique (Bordage, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective de la FTLV, chaque nouvelle formation risque d'accro&#238;tre un processus de polarisation progressive entre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; un sous-groupe d'individus autonomes et responsables, g&#233;rant seuls leur employabilit&#233;, en capacit&#233; de ma&#238;triser les sp&#233;cificit&#233;s de l'apprentissage &#224; distance et les usages des technologies ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; et un sous-groupe d'individus d&#233;crochant progressivement, d&#233;concert&#233;s par les interfaces et l'absence de pr&#233;sentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que nous pouvons parler d'empreintes sociales du num&#233;rique, &#224; propos de la FTLV.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Axes de questionnement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ces &#233;l&#233;ments de contexte, cet appel &#224; articles invite &#224; analyser et &#224; apporter des &#233;clairages sur les tensions entre m&#233;diation des savoirs par le num&#233;rique et les empreintes qu'il laisse, &#224; travers cinq grands ensembles de questionnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire les empreintes du num&#233;rique : quelles politiques de formation dans les organisations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelle mesure ces injonctions (&#224; num&#233;riser, &#224; placer &#224; distance formateurs et apprenants) et ces incitations (&#224; r&#233;duire les empreintes du num&#233;rique), sont-elles prises en compte au niveau des politiques de formation ? Entrent-elles en contradiction avec les pratiques effectives des diff&#233;rentes cat&#233;gories d'acteurs institutionnels de la formation ? Quels arguments sont le plus souvent &#233;voqu&#233;s pour justifier, d'un c&#244;t&#233;, le recours &#224; la num&#233;risation et &#224; la mise &#224; distance, et, d'un autre c&#244;t&#233;, pour inciter &#224; en r&#233;duire les empreintes, tout particuli&#232;rement les cons&#233;quences sociales du num&#233;rique ? Ces derni&#232;res sont-elles seulement &#233;voqu&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire les empreintes du num&#233;rique : quelles &#233;volutions des m&#233;tiers des acteurs de la formation en entreprise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles repr&#233;sentations de la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique &#233;laborent les acteurs de la formation ? Y-a-t-il des tensions entre leurs repr&#233;sentations en tant que salari&#233;s et celles en tant que simples citoyens ? Avec le d&#233;veloppement des formations &#224; distance, num&#233;ris&#233;e, sont-ils confront&#233;s &#224; des conflits &#233;thiques, des pertes de sens au travail (Coutrot et Perez, 2022) ? De quelle mani&#232;re appr&#233;hendent-ils ces enjeux dans le cadre des formations qu'ils con&#231;oivent et/ou qu'ils dispensent ? Quelles sont les &#233;volutions de leurs m&#233;tiers en lien avec la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique (Baghioni et Moncel, 2022) ? Comment les nouvelles exigences li&#233;es &#224; la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique sont-elles prises en compte dans le d&#233;veloppement des comp&#233;tences des acteurs de la formation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire les empreintes du num&#233;rique : quelles marges de man&#339;uvre pour les professionnels de la formation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les professionnels de la formation font-ils face, dans leurs pratiques de conception et de dispense de formations, &#224; ces injonctions contradictoires ? Sont-ils influenc&#233;s par des enjeux individuels en termes de sobri&#233;t&#233; num&#233;rique qu'ils ont en tant que citoyens ? Prennent-ils en compte &#8211; et si oui comment &#8211; ces deux exigences &#8211; d&#233;velopper les formations &#224; distance, en les num&#233;risant et r&#233;duire les empreintes du num&#233;rique &#8211;, en particulier les empreintes sociales ? Les professionnels de la formation parviennent-ils &#224; concilier ces deux syst&#232;mes de contraintes et, si oui, comment ? De quelle marge de man&#339;uvre disposent-ils ? Parviennent-ils &#224; en m&#233;nager de nouvelles ? D&#232;s lors, de nouvelles in&#233;galit&#233;s se cr&#233;ent-elles entre les formateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire les empreintes du num&#233;rique : quelles in&#233;galit&#233;s du c&#244;t&#233; des apprenants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte &#233;conomique actuel, et au-del&#224; des discours, comment &#233;volue le nombre des formations &#224; distance, en ligne effectivement suivies ? Est-il influenc&#233; par des enjeux individuels en termes de sobri&#233;t&#233; num&#233;rique que les apprenants ont en tant que citoyens ? Les &#171; choix &#187; op&#233;rationnels que font les acteurs de la formation en mati&#232;re de num&#233;risation conduisent-ils &#224; r&#233;duire ou &#224; accro&#238;tre les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; la formation ? Introduisent-ils de nouvelles sources d'in&#233;galit&#233;s parmi les salari&#233;s ? Face aux incitations &#224; mettre en pratique la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique, comment les apprenants s'adaptent-ils et ce, tout long de leur vie professionnelle ? Trouvent-ils des compromis entre formation &#224; distance, avec le num&#233;rique et priorit&#233; &#224; la sobri&#233;t&#233; num&#233;rique ? Comment &#233;volue leur rapport &#224; la formation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anticiper sur les cons&#233;quences de la num&#233;risation de la formation tout au long de la vie : vers un nouveau paradigme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on pourra s'interroger sur la port&#233;e heuristique des enjeux environnementaux de la num&#233;risation de la formation tout au long de la vie. En particulier, la prise en compte, d&#232;s leur conception, des cons&#233;quences environnementales, &#233;nerg&#233;tiques et socio-culturelles, des dispositifs num&#233;riques de formation &#224; distance s'inscrit-elle dans les processus bien document&#233;s de l'industrialisation de l'&#233;ducation (M&#339;glin, 2016) ou constitue-t-elle un nouveau paradigme ? Et dans ce cas, comment le caract&#233;riser ? On pourra &#233;galement se demander si l'approche par les capacit&#233;s (Amartya Sen) demeure pertinente ou si elle devrait &#234;tre am&#233;nag&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Modalit&#233;s de r&#233;ponse &#224; l'appel &#224; article&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous invitons les chercheur-e-s et praticiens et praticiennes chercheur-e-s &#224; proposer des contributions r&#233;pondant &#224; ces diff&#233;rentes interrogations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs fourniront, au plus tard le 3 janvier 2023 une intention d'article de 10000 signes maximum (incluant les espaces, les notes et les r&#233;f&#233;rences) aux coordinateurs du num&#233;ro (metzger_jean-luc@orange.fr, anca.boboc@orange.com)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; de r&#233;daction informera les auteurs de ses d&#233;cisions la semaine du 6 f&#233;vrier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs retenus enverront la premi&#232;re version de leur texte au plus tard le 6 avril 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pourra s'agir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; soit d'articles de recherche, g&#233;n&#233;ralement de 20 &#224; 25 pages, 30 000 &#224; 50 000 signes (notes et espaces compris) r&#233;pondant aux exigences acad&#233;miques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; soit de retours d'exp&#233;riences innovantes ou de t&#233;moignages, qui pourront &#234;tre plus courts ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; soit de notes de lecture sur des ouvrages en lien avec le th&#232;me de l'appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces articles seront &#233;valu&#233;s en double aveugle par les membres du comit&#233; scientifique et ne seront publi&#233;s qu'apr&#232;s acceptation et r&#233;visions &#233;ventuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication est pr&#233;vue au 2d semestre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Barbe, F. et Boboc, A. (2022). Int&#233;gration de la r&#233;alit&#233; virtuelle dans une formation &#224; distance en contexte de crise sanitaire : &#233;tude de l'hybridation d'un parcours de formation. Phronesis, 11, 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benedetto-Meyer, M. et Boboc A. (2021). Sociologie du num&#233;rique au travail. Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boboc, A. et Metzger J.-L. (2019a). La formation continue &#224; l'&#233;preuve de sa num&#233;risation. Formation Emploi, 145, 101-118.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boboc, A. et Metzger J.-L. (2019b). Le num&#233;rique vecteur d'un rapport instrumental aux savoirs ? Distances et m&#233;diations des savoirs, 28. En ligne : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/dms/4152&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/dms/4152&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baghioni, L. et Moncel, N. (2022). La transition &#233;cologique au travail : emploi et formation face au d&#233;fi environnemental. C&#233;req bref, n&#176; 423, juin. En ligne : &lt;a href=&#034;https://www.cereq.fr/la-transition-ecologique-au-travail-emploi-et-formation-face-au-defi-environnemental&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cereq.fr/la-transition-ecologique-au-travail-emploi-et-formation-face-au-defi-environnemental&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordage, F. (2019). Sobri&#233;t&#233; num&#233;rique. Les cl&#233;s pour agir. Buchet Chastel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coutrot, T. et P&#233;rez, C. (2022). Redonner du sens au travail. Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#339;glin, P. (dir.). (2016). Industrialiser l'&#233;ducation. Anthologie comment&#233;e (1913-2012). Saint-Denis : Presses Universitaires de Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouts-Lajus, S. et Leccia, &#201;. (2006). Conception et utilisation de ressources multim&#233;dias au sein du campus num&#233;rique CampusCultura : Une approche ethnographique. Distances et savoirs, 4, 73-92. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3166/ds.4.73-92&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3166/ds.4.73-92&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le num&#233;rique vecteur d'un rapport instrumental aux savoirs ?</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article6159.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.innovation-pedagogique.fr/article6159.html</guid>
		<dc:date>2020-01-14T08:04:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anca Boboc, Jean-Luc Metzger</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La &#171; num&#233;risation &#187; des entreprises s'accompagne d'un syst&#232;me d'injonctions pour les salari&#233;s : demeurer employables, faire preuve d'autonomie et de cr&#233;ativit&#233;, tout en se montrant responsables. Dans ce cadre, la formation en entreprise constitue un enjeu essentiel. Mais quel peut &#234;tre son apport effectif, quand elle est elle-m&#234;me l'objet d'exp&#233;rimentations technico-p&#233;dagogiques et que la fonction de formateur est remise en cause ? Pour r&#233;pondre, nous restituons les r&#233;sultats d'une recherche (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique25.html" rel="directory"&gt;Distances et M&#233;diations des Savoirs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La &#171; num&#233;risation &#187; des entreprises s'accompagne d'un syst&#232;me d'injonctions pour les salari&#233;s : demeurer employables, faire preuve d'autonomie et de cr&#233;ativit&#233;, tout en se montrant responsables. Dans ce cadre, la formation en entreprise constitue un enjeu essentiel. Mais quel peut &#234;tre son apport effectif, quand elle est elle-m&#234;me l'objet d'exp&#233;rimentations technico-p&#233;dagogiques et que la fonction de formateur est remise en cause ? Pour r&#233;pondre, nous restituons les r&#233;sultats d'une recherche portant sur une formation num&#233;ris&#233;e, enti&#232;rement &#224; distance et sans formateur. Destin&#233;e aux acteurs internes de la formation, elle vise &#224; familiariser ces derniers aux usages p&#233;dagogiques du num&#233;rique. Pour expliquer le tr&#232;s fort taux d'abandon qui la caract&#233;rise, nous avons analys&#233; le type d'int&#233;r&#234;t qui conduit &#224; se former et le caract&#232;re social de l'appropriation de ces savoirs. Nous montrons ainsi que la mise en &#339;uvre de ce dispositif, d'une part, conduit les apprenants &#224; adopter un rapport instrumental &#224; la formation et, d'autre part, introduit une nouvelle source d'in&#233;galit&#233; entre eux. &#192; cette forme d'industrialisation, que nous qualifions de radicale, nous sugg&#233;rons d'opposer une industrialisation r&#233;flexive o&#249; la num&#233;risation favoriserait les d&#233;marches r&#233;flexives par lesquelles les formateurs pensent le r&#233;am&#233;nagement de leurs pratiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/dms/4152&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt;de Anca Boboc et Jean-Luc Metzger repris de la revue Distances et M&#233;diations des Savoirs, une publication sous licence CC by sa&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mondes sociaux du travail sont confront&#233;s &#224; un ensemble de transformations rapides, portant, notamment, sur l'introduction massive et le renouvellement fr&#233;quent de dispositifs num&#233;riques, ainsi que sur la responsabilisation des salari&#233;s, en particulier dans l'acquisition et le maintien de leurs comp&#233;tences professionnelles. Cette acc&#233;l&#233;ration du rythme des innovations techniques et gestionnaires, actuellement qualifi&#233; de num&#233;risation, s'accompagne de modifications dans les syst&#232;mes de formation et les modes d'apprentissages. Tous ces &#233;l&#233;ments se conjuguent pour transformer profond&#233;ment le travail et le r&#244;le des formateurs (Boboc et Metzger, 2019). En effet, la nature m&#234;me de leur m&#233;tier les place dans une dynamique d'apprentissage permanent, car ils doivent : d'une part, se former diff&#233;remment &#8211; avec le num&#233;rique &#8211;, aussi bien sur les contenus &#224; enseigner &#8211; nouveaux savoirs - que sur les modalit&#233;s de cet enseignement &#8211; p&#233;dagogie adapt&#233;e ; et, d'autre part, apprendre &#224; dispenser des connaissances via des dispositifs num&#233;riques. Or, cette exigence entre en tension avec les imp&#233;ratifs de la rationalisation gestionnaire : division accrue du travail, standardisation des modalit&#233;s d'enseignement, r&#233;duction de la dur&#233;e des formations et du pr&#233;sentiel. Aussi, comprendre la mani&#232;re dont ces professionnels r&#233;solvent &#8211; ou non &#8211; ces tensions permet de saisir, plus g&#233;n&#233;ralement, les effets de la num&#233;risation sur l'ensemble des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en nous appuyant sur les apports de la sociologie du travail et des organisations, nous proposons d'inscrire ces interrogations &#224; la crois&#233;e de deux courants d'analyse : celui de la formation des adultes et celui de l'industrialisation de l'&#233;ducation. Dans cette perspective, nous cherchons plus particuli&#232;rement &#224; savoir : d'une part, si les injonctions auxquelles les formateurs sont soumis modifient le rapport qu'ils entretiennent vis-&#224;-vis de l'acquisition de savoirs &#8211; et, plus largement, de leur m&#233;tier &#8211; ; et, d'autre part, si la n&#233;cessit&#233; d'adopter une telle attitude constitue, pour certains d'entre eux, une source de disqualification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous appuyons sur les r&#233;sultats d'une recherche conduite aupr&#232;s d'une vingtaine d'&#171; apprenants-formateurs &#187; et de quatre &#171; formateurs-animateurs &#187; qui, au sein d'une grande entreprise, ont particip&#233; au suivi et &#224; l'animation de &#171; Coocanim &#187;, dispositif exp&#233;rimental, visant &#224; aider les formateurs &#224; int&#233;grer le num&#233;rique dans leur m&#233;tier. Nous montrons que la mise en &#339;uvre de Coocanim, caract&#233;ris&#233;e, en premi&#232;re approximation, par un tr&#232;s fort taux d'abandon, contraint les animateurs et les apprenants &#224; adopter un rapport majoritairement instrumental &#224; l'acquisition de connaissances. Cette strat&#233;gie d'adaptation des professionnels explique qu'une partie des &#171; abandons &#187; correspondent &#224; la volont&#233; de certains formateurs de ne participer &#224; Coocanim que le temps d'acqu&#233;rir des connaissances parcellaires, directement utiles pour leur activit&#233; pr&#233;sente ou leurs perspectives de carri&#232;re. Nous sugg&#233;rons, ensuite, que, si cette strat&#233;gie &#8211; collecter des informations d&#233;contextualis&#233;es &#8211; n'est pas sans pr&#233;senter de risques sur la construction sociale des savoirs, elle peut aussi &#234;tre source de nouvelles in&#233;galit&#233;s entre acteurs de la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous examinons deux des perspectives auxquelles la g&#233;n&#233;ralisation de ce type de dispositif pourrait conduire, selon les choix effectu&#233;s par le management : soit une industrialisation radicale d&#233;naturant le m&#233;tier de formateur ; soit une industrialisation r&#233;flexive, par laquelle les formateurs pourraient adapter, de fa&#231;on effectivement autonome, leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Consid&#233;rations m&#233;thodologiques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La formation &#233;tudi&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude empirique concerne une multinationale du secteur des t&#233;l&#233;communications, dans laquelle une formation int&#233;gralement &#224; distance &#8211; Coocanim &#8211; a &#233;t&#233; propos&#233;e aux salari&#233;s employ&#233;s dans le domaine de la formation, de la communication, du marketing. En commen&#231;ant par former cette population, la direction entend contribuer, plus g&#233;n&#233;ralement, &#224; la diffusion d'une &#171; culture digitale &#187; au sein de l'entreprise. La particularit&#233; de ce dispositif de formation est que les apprenants sont des formateurs en cours d'&#233;volution-reconversion, s'initiant &#224; leur nouveau r&#244;le de formateur-animateur. Aussi, quand nous parlons d'apprenants, il faut bien comprendre qu'il s'agit essentiellement d'acteurs de la formation : ing&#233;nieurs formation, formateurs concevant et/ou dispensant des cours et sp&#233;cialis&#233;s par grands domaines : commercial, informatique, r&#233;seaux, ressources humaines, marketing, etc. &#192; cela s'ajoutent des cadres du marketing et de la communication, ayant l'habitude d'animer des pr&#233;sentations de nouveaux produits, de nouvelles d&#233;marches, etc. En fournissant des ressources &#224; cette population, la direction attend un effet de d&#233;multiplication aupr&#232;s des autres cat&#233;gories de salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus concr&#232;tement, Coocanim, con&#231;ue en s'inspirant du mod&#232;le des COOC&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Corporate Open Online Courses, d&#233;signant l'ensemble des cours prodigu&#233;s par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est d&#233;velopp&#233;e avec les fonctionnalit&#233;s de la plate-forme d'enseignement promue par l'entreprise. Via cette plate-forme, des supports num&#233;riques vari&#233;s &#8211; textes de r&#233;f&#233;rence, contenus vid&#233;os, quiz, etc. &#8211;, ainsi que des outils permettant d'&#233;changer en ligne &#8211;forums de discussion &#8211;, sont mis &#224; disposition des apprenants-formateurs. Une &#171; communaut&#233; &#187; sp&#233;cifique &#224; ce cours a, par ailleurs, &#233;t&#233; mise en place sur le r&#233;seau social interne de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le pr&#233;cisent les documents de pr&#233;sentation, cette formation a &#233;t&#233; explicitement pens&#233;e pour faire acqu&#233;rir, non seulement une &#171; culture digitale &#187;, mais &#233;galement une &#171; culture de l'autonomie &#187; et de la &#171; responsabilisation &#187;. En effet, la structure g&#233;n&#233;rale de Coocanim, son d&#233;coupage fin et son s&#233;quencement souple, les modalit&#233;s de son suivi et celles de son &#233;valuation &#8211; auto-&#233;valuation et &#233;valuation par les pairs &#8211; visent &#224; guider l'apprenant, en le laissant t&#226;tonner, exp&#233;rimenter, prendre des initiatives pour rechercher des informations, poser des questions, r&#233;pondre aux questions pos&#233;es par d'autres apprenants sur un forum, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'&#233;tend sur sept semaines. Chacune des six premi&#232;res semaines correspond &#224; un module que l'apprenant suit aux heures qu'il souhaite, pour une dur&#233;e hebdomadaire estim&#233;e &#224; deux heures : l'exp&#233;rience a cependant montr&#233; que ce temps a &#233;t&#233; sous-estim&#233; par les concepteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation est certifiante ; les modalit&#233;s de l'&#233;valuation consistant : a) &#224; valider les six premi&#232;res semaines au moyen de quiz donnant droit &#224; un &#171; badge de connaissances &#187; ; b) puis, lors de la septi&#232;me semaine, &#224; r&#233;diger un m&#233;moire sur un sujet concernant la num&#233;risation d'une formation existante ou &#224; cr&#233;er, la structure de ce m&#233;moire &#233;tant fournie par les concepteurs ; c) et, enfin, &#224; &#233;valuer les m&#233;moires anonymis&#233;s de trois apprenants. La r&#233;ussite &#224; l'ensemble du cursus donne alors droit &#224; l'attribution d'un &#171; badge de comp&#233;tences &#187;. L'apprenant doit avant tout compter sur lui, car il n'y a pas de formateurs, seulement des &#171; animateurs &#187;, diff&#233;rents chaque semaine, qui incitent les apprenants &#224; r&#233;pondre aux questions pos&#233;es sur les forums.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un constat majeur peut rapidement &#234;tre d&#233;gag&#233; : sur plus de six cents inscrits, seuls quatre-vingt-quinze ont valid&#233; les six premiers modules et, parmi eux, trente-cinq ont rendu un m&#233;moire, les autres inscrits abandonnant progressivement au fil des semaines. Comment expliquer cette importante dispersion des inscrits, en termes de &#171; r&#233;ussite &#187; ? S'agit-il d'une inad&#233;quation vis-&#224;-vis des attentes suscit&#233;es par la communication interne autour de Coocanim ? Les qualit&#233;s intrins&#232;ques du dispositif sont-elles en cause ? En particulier, le pari du tout &#224; distance s'opposerait-il &#224; l'acquisition des savoirs et savoir-faire requis pour former avec le num&#233;rique ? Est-ce d&#251; au manque de temps dont disposent les salari&#233;s-formateurs pour se consacrer &#224; son suivi ? Ou au contraire, le faible pourcentage d'inscrits ayant valid&#233; l'ensemble du cursus refl&#232;terait-il un changement dans le rapport qu'entretiennent les formateurs vis-&#224;-vis de leur m&#233;tier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mode de recueil des mat&#233;riaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre, nous avons recueilli les &#233;l&#233;ments empiriques de cette recherche, en proc&#233;dant par observation partiellement participante. En effet, nous avons nous-m&#234;mes suivi les diff&#233;rents modules de Coocanim, mais n'avons pas r&#233;dig&#233; de rapport, ni pratiqu&#233; d'&#233;valuation. Nous avons ainsi t&#226;tonn&#233; pour comprendre le fonctionnement de la plateforme, lu, &#233;cout&#233; et regard&#233; les diff&#233;rents supports mis &#224; la disposition des apprenants, r&#233;pondu aux quiz et consult&#233; les diff&#233;rents forums. Nous avons &#233;galement proc&#233;d&#233; par entretiens semi-directifs, tout d'abord aupr&#232;s des concepteurs et responsables du dispositif p&#233;dagogique, puis aupr&#232;s de vingt apprenants (11 femmes, 9 hommes), ainsi que de quatre animateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons s&#233;lectionn&#233; ces informateurs en cherchant &#224; constituer un &#233;chantillon repr&#233;sentatif des diff&#233;rents moments de l'abandon. Ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; six ont obtenu leur badge de comp&#233;tences, cinq d'entre eux ayant &#233;t&#233; parmi les premiers &#224; achever le cursus ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cinq ont valid&#233; les cinq premiers modules, mais n'ont pas &#233;t&#233; plus loin ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; trois se sont arr&#234;t&#233;s apr&#232;s le troisi&#232;me module ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin, six n'ont suivi qu'un ou deux modules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces vingt apprenants occupent une grande vari&#233;t&#233; de fonctions : formateur, soutien m&#233;tier, ing&#233;nieur de formation, animateur formateur, etc. Quatre d'entre eux exercent des fonctions d'encadrement. La distribution par tranche d'&#226;ges est proche de celle de l'entreprise : un apprenant interview&#233; a moins de 40 ans, quinze ont entre 41 et 50 ans et 5 ont entre 51 et 60 ans. Enfin, quatre travaillent en r&#233;gion parisienne, quinze en province et un en outre-mer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Conditions socio-organisationnelles de l'apprentissage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre les raisons de ce qui appara&#238;t comme un fort taux d'abandon, tout en nous appuyant sur les apports de la sociologie du travail et des organisations, nous avons &#233;labor&#233; un cadre d'analyse inscrit dans l'&#233;tude de la formation des adultes et dans celle de l'industrialisation de l'&#233;ducation. En effet, ce cadre conceptuel nous semble pertinent pour saisir les changements actuels de la formation en entreprise. D'une part, il pointe l'importance de la construction sociale des savoirs professionnels (Barbier, 2011, p. 10), construction que les nouvelles modalit&#233;s de formation peuvent &#233;branler. D'autre part, il articule trois processus ou marqueurs caract&#233;ristiques de la configuration &#233;tudi&#233;e : la rationalisation (r&#233;duction des co&#251;ts, standardisation des t&#226;ches), la technologisation (usages de dispositifs num&#233;riques) et l'id&#233;ologisation (injonction &#224; la responsabilisation). De plus, il reconna&#238;t l'importance des strat&#233;gies adopt&#233;es par les professionnels (M&#339;glin, 2016, p. 62-63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cadres sociaux de l'apprentissage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'acquisition de savoirs et savoir-faire peut &#234;tre analys&#233;e comme le r&#233;sultat de l'articulation complexe entre plusieurs dynamiques : cognitives, certes, mais aussi intersubjectives, c'est-&#224;-dire &#224; la fois sociales, affectives et culturelles. C'est ce que permettent d'&#233;tablir, en particulier, les recherches de Lev Vygotski (1997/1934 et 2003/1924), mettant en avant le caract&#232;re profond&#233;ment social du d&#233;veloppement de la pens&#233;e et la dimension essentiellement s&#233;mantique de l'activit&#233; psychique. De plus, s'il souligne l'importance des &#171; instruments &#187; dans les dynamiques d'apprentissages, il d&#233;signe par l&#224; les significations et non les supports techniques. Ce qui compte pour l'apprentissage, ce n'est pas l'influence du milieu en tant que tel, mais la mani&#232;re dont les individus se le repr&#233;sentent. L'instrument de communication c'est la signification du mot, r&#233;sultat de la dynamique d'interaction entre processus affectifs et intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les recherches de Jean Piaget montrent que l'action sur les objets ne conduit &#224; un apprentissage que si elle donne lieu &#224; une prise de conscience, &#171; une reconstruction, sur le plan sup&#233;rieur, de ce qui est d&#233;j&#224; organis&#233;, mais d'une autre mani&#232;re, sur le plan inf&#233;rieur &#187; (1972, p. 16-19). Elles montrent &#233;galement l'importance de distinguer : d'une part, des savoirs p&#233;rennes et g&#233;n&#233;riques, valables dans un grand nombre de situations, transf&#233;rables ; et, d'autre part, des savoirs &#233;ph&#233;m&#232;res et localis&#233;s, contingents, portant sur une t&#226;che, dans une situation d'hypersp&#233;cialisation. De la ma&#238;trise des premiers d&#233;pend la capacit&#233; &#224; s'adapter &#224; des changements fr&#233;quents et de grande ampleur : rupture technologique, transformation des finalit&#233;s de l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales prennent un relief accru dans le cas des apprentissages professionnels. Ainsi, G. Friedmann (1964/1956), pour d&#233;passer les apories de la rationalisation taylorienne &#8211; qui, actuellement, concernent aussi les formateurs &#8211; et anticiper sur les effets du changement technico-organisationnel, a tr&#232;s t&#244;t propos&#233; de faire suivre aux travailleurs une formation longue, faite de culture g&#233;n&#233;rale et d'enseignement technique approfondi. De son c&#244;t&#233;, P. Naville (1972) pr&#244;ne un apprentissage pouss&#233; &#224; tous les &#226;ges, non seulement pour que chacun s'adapte aux futures exigences des postes, mais &#233;galement soit en capacit&#233; de comprendre et contr&#244;ler l'ensemble du processus automatis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, plusieurs courants de recherche ont point&#233; l'importance du caract&#232;re collectif de l'acquisition des capacit&#233;s d'apprentissage et des savoirs p&#233;rennes en milieu organis&#233;. C'est ce que souligne J.-M. Barbier (2011) en analysant, de fa&#231;on transverse, un ensemble de dispositifs de formation bas&#233;s sur la production de savoirs en situation de travail. De son c&#244;t&#233;, Y. Clot (1999) rep&#232;re deux facettes dans les processus d'apprentissage. Tout d'abord, une facette collective, qu'il appelle le genre : fruit des solidarit&#233;s pr&#233;sentes et pass&#233;es, il permet de pr&#233;ciser le sens commun de l'activit&#233; et fournit un ensemble de contraintes et de ressources que les travailleurs s'imposent, et qui leur permettent de n'avoir pas &#224; recr&#233;er, dans chaque configuration, leurs ajustements. Par ailleurs, Y. Clot identifie une facette individuelle, le style, par lequel chaque professionnel, en fonction de sa trajectoire personnelle, poss&#232;de sa version du genre, qu'il contribue ainsi &#224; perfectionner, sous le regard &#233;valuatif de ses ma&#238;tres et pairs. L'articulation entre les dimensions individuelles et collectives de l'apprentissage permet aux travailleurs de recomposer progressivement leurs capacit&#233;s d'apprentissage et les savoirs &#224; caract&#232;re g&#233;n&#233;rique, leur permettant de s'adapter aux &#233;volutions futures de leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme le soulignent (Lallement et Metzger, 2009), pour comprendre les exigences contemporaines d'acquisition de savoirs dans les organisations productives, il est indispensable : d'une part, de tenir compte du fait que les salari&#233;s sont confront&#233;s &#224; des s&#233;ries de transformations de leur cadre d'activit&#233; - changement permanent ; et d'autre part, de ne pas s'en tenir &#224; la seule question des comp&#233;tences individuellement n&#233;cessaires pour occuper un poste, mais d'examiner la possibilit&#233; effective de se projeter dans un avenir structurant, de donner du sens &#224; son activit&#233;, de pouvoir contester en argumentant les d&#233;cisions organisationnelles et gestionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les deux cat&#233;gories de rapport &#224; la formation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations soulignent qu'apprendre, particuli&#232;rement dans un cadre professionnel, exige, de la part des individus, un engagement qui sera d'autant plus consenti que les savoirs &#224; acqu&#233;rir prennent du sens au regard des processus cognitifs, mais aussi des pratiques professionnelles et des objectifs vis&#233;s. C'est reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; de prendre en compte le type d'int&#233;r&#234;t qui conduit &#224; se former et le caract&#232;re social de l'appropriation de ces savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il, avant tout, d'acqu&#233;rir des savoirs &#171; &#224; partir des pratiques, pour les pratiques &#187; (Barbier, 2011), d'apprendre essentiellement pour r&#233;aliser une t&#226;che, se maintenir sur son poste ou en changer ? Dans ce cas, se former est un moyen, un instrument au service d'un objectif. L'on parlera, en r&#233;f&#233;rence &#224; la rationalit&#233; en finalit&#233; w&#233;b&#233;rienne (Weber, 1995/1922), de rapport instrumental aux savoirs et &#224; la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou veut-on, dans une d&#233;marche autor&#233;flexive, apprendre avant tout pour &#233;largir ses connaissances, progresser dans la compr&#233;hension du r&#233;el, trouver du sens ? Se former constitue alors une fin en soi, un processus jamais achev&#233; &#171; de r&#233;appropriation critique des connaissances &#187; (Lallement, 2003). Dans ce cas, nous parlerons de rapport r&#233;flexif aux savoirs et &#224; la formation, en nous inspirant des r&#233;flexions de Michel Lallement. Pour ce dernier, en effet, dans la modernit&#233; r&#233;flexive qui est la n&#244;tre, si les individus peuvent devenir plus autonomes et conscients, c'est parce que les institutions, en particulier le travail et la formation, s'efforcent, non sans contradiction, d'&#171; int&#233;grer des informations de nature diverses (dont les savoirs savants) pour am&#233;liorer leurs modes d'action et de r&#233;gulation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces analyses nous retiendrons que deux fa&#231;ons d'envisager les dispositifs de formation, notamment en entreprise, s'opposent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans la premi&#232;re, l'instrumentale, l'acquisition de savoirs est mise au service d'autres objectifs que ceux de la connaissance. Elle consiste &#224; n'enseigner que les savoirs et savoir-faire (jug&#233;s) strictement n&#233;cessaires &#224; l'ex&#233;cution de t&#226;ches, elles-m&#234;mes consid&#233;r&#233;es comme int&#233;gralement d&#233;crites par un protocole prescriptif. Dans cette perspective, le dispositif de formation num&#233;rique et p&#233;dagogique, con&#231;u pour que le temps d'apprentissage soit le plus court possible, vise &#224; faire acqu&#233;rir uniquement des sch&#232;mes d'action op&#233;ratoires, &#233;l&#233;mentaires, centr&#233;s sur l'ex&#233;cution d'une succession de t&#226;ches, donc faiblement transf&#233;rables. Cette approche limite l'acquisition ou l'enrichissement de m&#233;ta-comp&#233;tences, r&#233;duit les progr&#232;s dans l'abstraction et les possibilit&#233;s ult&#233;rieures d'&#233;volution. Nous retrouvons ici les analyses d&#233;velopp&#233;es par M. Altet (2008) &#224; propos des pratiques des enseignants en stage ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans la seconde, la r&#233;flexive, le fait d'apprendre demeure une fin en soi et l'appropriation de m&#233;ta-comp&#233;tences est recherch&#233;e au m&#234;me titre que les comp&#233;tences sp&#233;cifiques. La p&#233;dagogie et le dispositif de formation sont con&#231;us de mani&#232;re &#224; ce que l'individu fasse des liens structur&#233;s et subtils entre diff&#233;rents domaines, diff&#233;rentes classes d'objets et de syst&#232;mes explicatifs. Une telle approche va favoriser une prise de conscience pr&#233;alable de probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre, une capacit&#233; &#224; &#233;laborer des diagnostics sur des situations vari&#233;es, &#224; identifier et r&#233;soudre des incompatibilit&#233;s ou des contradictions entre les protocoles prescriptifs et les cadres pertinents d'action. Cette fa&#231;on d'apprendre passe par une construction sociale des savoirs, qui s'appuie sur des &#233;changes avec les formateurs, les autres apprenants, les pairs, les coll&#232;gues, aussi bien en formation qu'en situation de travail (Barbier, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces deux rapports &#224; la formation peuvent &#234;tre mis en &#233;vidence, d'abord, au niveau des strat&#233;gies de formation en entreprise, ils peuvent &#233;galement caract&#233;riser les postures des salari&#233;s eux-m&#234;mes : certains peuvent d&#233;velopper un rapport majoritairement r&#233;flexif et d'autres, un rapport essentiellement instrumental. De plus, comme toutes les figures id&#233;al-typiques, ces deux rapports &#224; la formation ne se rencontrent pas de fa&#231;on aussi tranch&#233;e dans la r&#233;alit&#233;, chaque configuration comprenant une part variable de chaque attitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Num&#233;risation et rapport aux savoirs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons, tout d'abord, la pertinence de ce cadre d'analyse pour rendre compte, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, de la mani&#232;re dont les usages des outils num&#233;riques influencent les modalit&#233;s d'apprentissage et le rapport &#224; la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, l'emploi massif des dispositifs num&#233;riques acc&#233;l&#232;re la circulation d'importants volumes d'informations, disparates, &#233;ph&#233;m&#232;res, contradictoires, qu'il faudrait instantan&#233;ment savoir qualifier, trier, interpr&#233;ter pour les incorporer aux connaissances acquises. Or, comme le soutient Dominique Boulier (2016), loin de conduire &#224; une soci&#233;t&#233; de la connaissance, la circulation acc&#233;l&#233;r&#233;e d'une telle masse d'informations se heurte &#224; &#171; la raret&#233; de l'attention et &#224; la comp&#233;tition pour capter l'information &#187;, ce qui entraine &#171; une transformation des formats orient&#233;s vers le court &#187;. Un tel contexte est donc peu favorable &#224; l'acquisition de capacit&#233;s d'apprentissage et de savoirs p&#233;rennes et g&#233;n&#233;ralistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, comme le montrent les travaux sur l'&#233;criture des m&#233;dias informatis&#233;s dans la formation (Davallon et al., 2007), le dispositif num&#233;rique est, le plus souvent, envisag&#233; par ses concepteurs comme moyen neutre de diffusion de contenus, ces derniers &#233;tant suppos&#233;s &#234;tre des &#171; savoirs &#187; qu'il suffit de faire circuler en dehors de toute m&#233;diation sociale, collective et symbolique. D&#232;s lors, en rel&#233;guant &#224; l'arri&#232;re-plan le r&#244;le socio-p&#233;dagogique des enseignants, en occultant l'importance des m&#233;diations qu'ils apportent (notamment en pr&#233;sentiel, &#224; travers des apprentissages informels, des &#233;changes spontan&#233;s&#8230;), cette logique communicationnelle consid&#232;re que former c'est transmettre une liste de contenus donn&#233;s, d&#233;livr&#233;s &#224; des &#233;ch&#233;ances planifi&#233;es, comme si les savoirs &#233;taient disponibles dans des sortes d'entrep&#244;ts, hors des relations sociales qui contribuent &#224; les faire &#233;merger et acqu&#233;rir. On peut alors faire l'hypoth&#232;se que cette fa&#231;on de conformer les modes de communication, de les d&#233;contextualiser, de les r&#233;duire &#224; l'&#233;change instantan&#233; de paquets de contenus univoques, issue d'une rationalit&#233; instrumentale, favorise &#224; son tour l'adoption, chez les apprenants, d'un rapport instrumental &#224; la formation, qui prend le pas sur une rationalit&#233; communicationnelle authentique (Chardel et Reber, 2011) et l'adoption d'un rapport plus r&#233;flexif aux savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le prolongement de ces premiers r&#233;sultats, on peut faire l'hypoth&#232;se que les dispositions &#224; adopter tel ou tel rapport &#224; la formation sont in&#233;galement distribu&#233;es parmi les salari&#233;s. En sorte que, s'il se confirmait que l'introduction de dispositifs num&#233;riques favorise l'adoption d'un rapport instrumental &#224; la formation, les salari&#233;s ayant, pr&#233;alablement, acquis et exp&#233;riment&#233; ce type de rapport, seraient mieux pr&#233;par&#233;s &#224; participer activement aux formations num&#233;ris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Une conception bas&#233;e sur un rapport instrumental &#224; la formation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que nous proposons de v&#233;rifier dans le cas de Coocanim, en nous int&#233;ressant, tout d'abord, aux rapports &#224; la formation qu'ont adopt&#233;s les concepteurs et les animateurs de Coocanim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La structure du dispositif comme reflet d'une rationalit&#233; instrumentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons mentionn&#233;, les concepteurs de Coocanim ont organis&#233; la formation en sept s&#233;quences, chacune sous la supervision d'un &#171; animateur &#187; diff&#233;rent. Or, de tels choix de structure refl&#232;tent une conception tr&#232;s particuli&#232;re des dynamiques d'apprentissages et du r&#244;le du formateur. En imaginant que l'animation pouvait &#234;tre d&#233;coup&#233;e en unit&#233;s d'accompagnement cloisonn&#233;es, l'ing&#233;nierie p&#233;dagogique envisage les nouvelles comp&#233;tences de l'enseignant comme r&#233;ductibles &#224; la ma&#238;trise d'un ensemble de techniques de communication &#233;l&#233;mentaires : consulter un forum, inciter les apprenants &#224; r&#233;pondre aux questions pos&#233;es par d'autres apprenants (les posts), consulter les r&#233;ponses et, &#233;ventuellement, apporter des pistes de r&#233;ponse en sugg&#233;rant o&#249; trouver des r&#233;ponses. Il est sous-entendu que, pour former avec le num&#233;rique il suffit (presque) de faire circuler des informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, il semble peu utile de poss&#233;der une exp&#233;rience p&#233;dagogique et de conna&#238;tre le contenu des enseignements &#8211; le fond &#8211;, pas plus qu'il ne semble n&#233;cessaire de s'interroger sur le niveau pr&#233;alablement atteint par les apprenants, notamment leur ma&#238;trise des pr&#233;c&#233;dentes s&#233;quences et leur compr&#233;hension du sens de la d&#233;marche. Ainsi, consid&#233;r&#233;e comme une activit&#233; de &#171; facilitation &#187;, l'animation &#8211; &#224; laquelle se r&#233;sume ici l'activit&#233; du formateur &#8211; semble pouvoir &#234;tre effectu&#233;e sans grande pr&#233;paration et, notamment, de fa&#231;on ind&#233;pendante d'une s&#233;quence &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, les concepteurs appliquent les principes de la rationalit&#233; instrumentale (Habermas, 1976) au m&#233;tier de formateur-animateur : d&#233;composition-recomposition du travail en &#233;l&#233;ments simples et non redondants, standardisation des t&#226;ches, normalisation des comportements et des pratiques de communication. Ils contribuent ainsi &#224; accro&#238;tre la parcellisation de cette activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, quand on observe la mani&#232;re dont, concr&#232;tement, la question de la coordination entre animateurs (d'une s&#233;quence &#224; l'autre, voire sur l'ensemble des s&#233;quences) a &#233;t&#233; envisag&#233;e, on constate qu'elle a &#233;t&#233;, de fait, sous-estim&#233;e, la mise &#224; disposition des traces num&#233;riques sur les forums et des r&#233;unions t&#233;l&#233;phoniques &#233;tant suppos&#233;e faire office d'&#233;l&#233;ments de liaison suffisants. Or, pour jouer un r&#244;le en tant que formateur, il est n&#233;cessaire de poss&#233;der une vision panoramique de l'avancement de tous les apprenants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, au-del&#224; de l'absence de coordination entre animateurs, cette fa&#231;on de penser la formation num&#233;ris&#233;e refl&#232;te l'un des principes de la division du travail entre conception &#8211; de Coocanim &#8211; et ex&#233;cution &#8211; l'animation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute le fait que les formateurs-animateurs ignorent le profil des apprenants en ligne : ils ne connaissent d'eux que la liste des noms et les traces num&#233;riques (&#171; posts &#187;) laiss&#233;es par une partie d'entre eux sur les forums. Ils s'interrogent sur les raisons pour lesquelles ceux qui n'interviennent pas sur les forums restent &#171; silencieux &#187; : ont-ils d&#233;j&#224; les r&#233;ponses, ou n'osent-ils pas s'exprimer, de peur d'appara&#238;tre incomp&#233;tents aux yeux de tous ? Les animateurs ne savent pas non plus si ceux qui ne &#171; s'expriment &#187; pas lisent les questions et les r&#233;ponses, s'ils ont d&#233;croch&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur est d'autant plus difficile d'interpr&#233;ter &#224; bon escient les traces ou les absences de traces laiss&#233;es sur les forums, que, chaque semaine &#8211; chaque s&#233;quence &#8211; plusieurs fils de discussions ont lieu en parall&#232;le et que ce nombre augmente au fur et &#224; mesure du d&#233;roulement du cursus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle absence de visibilit&#233; entrave forc&#233;ment la possibilit&#233; d'&#233;tablir des liens sociaux et appauvrit l'intersubjectivit&#233;. Or, comme nous l'avons soulign&#233; plus haut, les dimensions sociales de la relation p&#233;dagogique sont centrales, y compris du point de vue du formateur. Priv&#233;s de relations incarn&#233;es, emp&#234;ch&#233;s d'intervenir en tant que &#171; sachants &#187;, manquant d'une vision globale sur l'avancement de leurs apprenants, les apprentis animateurs sont d&#233;munis et ont du mal &#224; s'adapter &#224; la nouvelle configuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces &#233;l&#233;ments montrent que Coocanim a &#233;t&#233; con&#231;ue en adoptant un rapport instrumental &#224; la formation, ce qui am&#232;ne les formateurs-animateurs &#224; adopter &#224; leur tour un rapport instrumental. D'autant plus que ces animateurs volontaires ne se sont pas vus allouer du temps sp&#233;cifique pour l'animation des s&#233;quences du COOC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout compte fait, ces m&#234;mes &#233;l&#233;ments peuvent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s comme autant de facteurs entravant, chez les formateurs volontaires, la conversion de potentialit&#233;s en capacit&#233;s effectives &#224; animer, et renfor&#231;ant, plus g&#233;n&#233;ralement, les risques d'acc&#232;s in&#233;gal aux formations num&#233;ris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adopter un rapport instrumental : des dispositions in&#233;galement distribu&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, tous les formateurs ne disposent pas des m&#234;mes comp&#233;tences, des m&#234;mes savoirs et savoir-faire pour pratiquer l'animation de dispositifs d'apprentissage &#224; distance. Non seulement tous ne sont pas familiers avec l'usage des plateformes num&#233;riques ou avec les postulats des p&#233;dagogies promues, mais tous n'ont pas la m&#234;me capacit&#233; &#224; d&#233;velopper un rapport instrumental &#224; la formation. Selon nos observations, ceux qui sont particuli&#232;rement aptes &#224; r&#233;ussir leur conversion vers &#171; l'animation num&#233;rique &#187; sont ceux qui ont d&#233;j&#224; suivi, d'abord en tant qu'apprenant, puis en tant qu'animateur, des formations &#224; distance avec des outils num&#233;riques. Apr&#232;s une ou plusieurs exp&#233;riences relativement bien assum&#233;es, ils sont curieux d'approfondir leur ma&#238;trise de ce domaine d'activit&#233; qui leur para&#238;t promis &#224; un riche avenir. S'ils tentent donc l'aventure d'animer Coocanim, c'est par souci de continuer &#224; se perfectionner, sachant que cette formation est pr&#233;sent&#233;e comme innovante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adoption d'un rapport instrumental &#224; la formation, rendu n&#233;cessaire par la conception de Coocanim, sera ainsi d'autant plus ais&#233;e que l'animateur est lui-m&#234;me dans une optique d'&#233;volution professionnelle et qu'il s'attend &#224; ce que son engagement dans cette exp&#233;rimentation soit pris en compte dans la perspective d'une future &#233;volution du poste : promotion, am&#233;lioration de ses conditions de travail, par exemple, par une r&#233;duction des d&#233;placements caract&#233;ristiques de leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Le rapport &#224; la formation des apprenants&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Examinons maintenant dans quelle mesure la mise en &#339;uvre du dispositif Coocanim conduit les apprenants-formateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour simplifier, nous &#233;crirons apprenants pour d&#233;signer des formateurs en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; adopter un rapport &#224; la formation de type instrumental ou r&#233;flexif et dans quelle mesure ces apprenants poss&#232;dent ou non les dispositions requises pour adopter le rapport le plus pertinent &#224; cette formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel questionnement revient &#224; rechercher si les apprenants, en suivant les diff&#233;rents modules et s&#233;quences de Coocanim, vont pouvoir acqu&#233;rir majoritairement des connaissances tr&#232;s g&#233;n&#233;rales sur la p&#233;dagogie et l'ing&#233;nierie p&#233;dagogique en milieu professionnel, leur place de formateur dans les processus globaux d'apprentissage, les apports et les limites de la num&#233;risation de leur activit&#233;, notamment, en s'appuyant sur les le&#231;ons de pr&#233;c&#233;dentes exp&#233;rimentations d'e-learning. Nous pourrions alors en inf&#233;rer que Coocanim encourage l'adoption d'un rapport r&#233;flexif &#224; la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, la mise en &#339;uvre des consignes et le cadre dans lequel Coocanim a &#233;t&#233; introduit, am&#232;nent-ils les apprenants &#224; acqu&#233;rir des savoirs et savoir-faire partiels, parcellaires, fragment&#233;s, &#233;l&#233;mentaires, ne permettant gu&#232;re d'acc&#233;der &#224; une vision suffisamment large de la num&#233;risation, pour prendre, en tant que formateurs, des initiatives pertinentes et, &#233;ventuellement, de se pr&#233;parer &#224; de futures &#233;volutions technologiques ? Il s'agirait dans ce cas de l'adoption d'un rapport instrumental &#224; la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre, nous allons pr&#233;senter les raisons pour lesquelles ces salari&#233;s ont voulu suivre cette formation. Ces raisons nous sont apparues r&#233;v&#233;latrices &#224; la fois de la propension &#224; adopter une posture instrumentale et de l'in&#233;gale distribution des capacit&#233;s &#224; se former avec les dispositifs num&#233;riques int&#233;gralement &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conditions favorisant l'adoption d'un rapport instrumental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie des apprenants interview&#233;s se sont inscrits &#224; cette formation, essentiellement pour actualiser leurs connaissances en mati&#232;re d'utilisation du num&#233;rique dans le cadre de leur fonction ou de leur m&#233;tier. C'est tout particuli&#232;rement le cas pour les formateurs et les ing&#233;nieurs p&#233;dagogiques qui cherchent &#224; se faire une id&#233;e des outils mobilisables dans leurs activit&#233;s, en conna&#238;tre les apports, mais aussi les limites. Ces salari&#233;s ne cherchent donc pas &#224; obtenir de certification, celle-ci, selon eux, ne serait de toute fa&#231;on pas reconnue par leur hi&#233;rarchie pour peser dans l'obtention d'une promotion. D'autres apprenants, parall&#232;lement inscrits &#224; un cursus certifiant interne ou dipl&#244;mant externe, ont voulu suivre cette formation pour chercher des informations suppl&#233;mentaires n&#233;cessaires &#224; leur cursus, sur des points pr&#233;cis relatifs aux usages du num&#233;rique dans une vis&#233;e p&#233;dagogique. Ils assimilent ce temps &#224; un &#171; temps pass&#233; en biblioth&#232;que &#187;. Pour ces salari&#233;s, l'objectif n'est pas, non plus, de r&#233;aliser un m&#233;moire ni d'obtenir la certification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une autre fraction des apprenants interview&#233;s, le suivi de cette formation correspond &#224; leur volont&#233; d'acqu&#233;rir des comp&#233;tences pour assumer de nouvelles missions, notamment en tant que formateur, mais &#233;galement en tant que responsable de communication. Il peut s'agir &#233;galement de formatrices, qui, pour le moment, semblent bloqu&#233;es pour des raisons familiales et reportent cette &#233;volution - devenir formateur-concepteur, voire ing&#233;nieur p&#233;dagogique - &#224; plus tard, lorsque les enfants seront devenus suffisamment autonomes, que leur conjoint sera plus mobile professionnellement. Dans ce cas, la perspective d'obtenir la certification s'ajoute &#224; d'autres certificats internes, voire &#224; des dipl&#244;mes universitaires acquis hors temps de travail, dans la perspective d'une valorisation ult&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains salari&#233;s, suite &#224; une r&#233;organisation ou &#224; un changement de poste, voient dans le suivi de cette formation un moyen de s'int&#233;grer dans un collectif de travail : ils pensent apprendre ainsi une partie des bases qui leur manquent, le vocabulaire, les notions indispensables, mais aussi apprendre &#224; se situer par rapport &#224; leurs coll&#232;gues. C'est notamment le cas des jeunes apprentis et stagiaires qui n'ont suivi le COOC que pour mieux s'ins&#233;rer professionnellement, pour se &#171; signaler &#187; aux yeux de leurs coll&#232;gues, plus anciens, qui connaissent mieux le m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective de suivre cette formation enti&#232;rement &#224; distance et de fa&#231;on asynchrone constitue une opportunit&#233; pour ceux qui sont beaucoup en d&#233;placement pour dispenser des cours en pr&#233;sentiel, ou bien encore, ceux dont les t&#226;ches d'animation se sont intensifi&#233;es. Pour eux, le suivi de ce COOC, hors temps de travail, s'av&#232;re le seul moyen pour se tenir au courant des &#233;volutions li&#233;es &#224; la digitalisation de l'animation/formation. Ajoutons que suivre cette formation exp&#233;rimentale peut &#234;tre vu comme une mani&#232;re de montrer son adh&#233;sion &#224; la strat&#233;gie interne de l'entreprise. Certains managers incitent, en effet, leurs &#233;quipes &#224; suivre le COOC &#171; pour avoir un train d'avance sur la digitalisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, certains apprenants s'inscrivent &#224; cette formation pour des raisons non professionnelles, du fait d'un contexte familial particulier. Par exemple, certains salari&#233;s ont des enfants rencontrant des difficult&#233;s d'apprentissage/m&#233;moire, notamment dans un cadre scolaire. Le salari&#233;, &#224; la recherche de toute id&#233;e pertinente, s'inscrit au COOC pour identifier de nouvelles techniques, ou de nouvelles informations pour aider son enfant en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, pour une partie des apprenants - que l'on pourrait qualifier d'acteurs strat&#232;ges -, la structure modulaire, le rythme asynchrone et les contenus num&#233;riques &#233;l&#233;mentaires constituent autant d'opportunit&#233;s pour acc&#233;der &#224; des informations, certes limit&#233;es et fragmentaires, mais qu'ils jugent utiles, &#224; court terme, pour am&#233;liorer leur pratique, progresser dans la r&#233;alisation de leur projet professionnel ou la r&#233;solution d'une difficult&#233; personnelle. Ils d&#233;veloppent ainsi un rapport instrumental aux apprentissages, manifestant simultan&#233;ment leur volont&#233; d'adh&#233;rer au nouvel esprit de la formation. Leur plus grande capacit&#233; &#224; tirer avantage de Coocanim en adoptant la posture appropri&#233;e (instrumentale) s'explique partiellement par le fait qu'ils poss&#232;dent les dispositions requises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, l'incapacit&#233; qu'ont rencontr&#233;e une partie des apprenants &#224; suivre int&#233;gralement Coocanim, est r&#233;v&#233;latrice : de l'in&#233;gale distribution des dispositions pr&#233;alablement acquises ; de l'in&#233;gale possibilit&#233; de compter sur un collectif pour &#233;laborer des savoirs &#224; partir des informations mises &#224; disposition, leur donner du sens en situation de travail ; et de l'in&#233;gale exposition vis-&#224;-vis des contraintes organisationnelles, notamment temporelles, dans lesquelles &#233;voluent les salari&#233;s. En particulier, dans certaines configurations o&#249; la gestion du temps ne laisse gu&#232;re de souplesse aux salari&#233;s, l'absence de s&#233;quences en pr&#233;sentiel porte en germe des risques de d&#233;motivation, r&#233;duisant fortement les apports de la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dispositif num&#233;rique influe sur l'adoption d'un rapport instrumental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce, d'autant plus que la conception du dispositif a privil&#233;gi&#233; la fragmentation des savoirs et savoir-faire (d&#233;coupage en une multitude de contenus et granules plac&#233;s sur un m&#234;me plan, absence de documents de r&#233;f&#233;rence structur&#233;s et synth&#233;tiques), au d&#233;triment d'une vision d'ensemble, par exemple, sur les apports et les limites des outils num&#233;riques dans une dynamique d'apprentissage. L'ergonomie de la plateforme n'a pas facilit&#233;, non plus, la mise en lien des savoirs : navigations hasardeuses, accumulation des fils de discussions, outils d'&#233;valuation inad&#233;quats. De plus, le choix du tout &#224; distance, des temps courts et de l'individualisation des parcours r&#233;duisent le lien social &#224; l'usage d'artefacts communicationnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la volont&#233; de rendre les apprenants acteurs de leur formation a conduit les concepteurs &#224; mettre &#224; disposition, pour chaque s&#233;quence, une importante palette de contenus non hi&#233;rarchis&#233;s et non ordonn&#233;s, laissant &#224; l'initiative de chacun le soin de trouver comment cheminer de fa&#231;on appropri&#233;e pour identifier les savoirs pertinents. Si l'intention initiale vise &#224; rendre les salari&#233;s plus autonomes, cette injonction &#224; la responsabilisation n'est efficace qu'&#224; condition de s'adresser &#224; des individus : d'une part, poss&#233;dant un niveau minimum de connaissances en mati&#232;re de p&#233;dagogie et d'ing&#233;nierie p&#233;dagogique, pour s'orienter, a priori, dans le d&#233;dale des supports et des th&#232;mes de Coocanim ; et d'autre part, ayant acquis un degr&#233; minimum d'autonomie &#8211; et de confiance en eux &#8211; dans les d&#233;marches d'auto-apprentissage, d&#233;j&#224; familiers avec ce type d'approche, pr&#234;ts &#224; exp&#233;rimenter, t&#226;tonner, avancer sans &#234;tre certains des r&#233;ponses, etc. Or, la r&#233;alit&#233; des dispositions pr&#233;alablement acquises par l'ensemble des apprenants pr&#233;sente une grande dispersion, les uns n'h&#233;sitant pas &#224; &#171; naviguer &#187;, presque sans y penser, entre les diff&#233;rents ilots de contenus, les autres voyant au contraire dans cette absence de fil conducteur une difficult&#233; d'autant plus insurmontable qu'ils demeurent isol&#233;s. &#192; cela s'ajoute le fait que l'ergonomie de la plateforme, elle aussi suppos&#233;e intuitive, donne le sentiment aux utilisateurs qu'ils ne peuvent revenir sur leurs pas, passer d'une fonctionnalit&#233; &#224; une autre. Cela se traduit par des navigations t&#226;tonnantes qui favorisent le &#171; zapping, la fragmentation des savoirs &#187;, comme nous l'ont expliqu&#233; plusieurs apprenants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces &#233;l&#233;ments, r&#233;sultant de choix de conception, entravent la possibilit&#233; d'&#233;tablir des liens entre informations &#171; atomis&#233;es &#187; et emp&#234;chent la construction d'un savoir plus global, g&#233;n&#233;ralisant, c'est-&#224;-dire permettant d'int&#233;grer les &#233;l&#233;ments de connaissances dans une perspective d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les apprenants sont d'autant plus amen&#233;s &#224; adopter un rapport instrumental &#224; la formation, qu'ils ne peuvent y consacrer qu'un temps court : entre deux et quatre heures par semaine. Aussi vont-ils avoir tendance &#224; se contenter de rep&#233;rer, au sein d'une importante masse d'informations peu hi&#233;rarchis&#233;es, celles qu'ils vont pouvoir utiliser &#224; court terme, compte tenu de leurs t&#226;ches actuelles et de la perception des &#233;volutions probables de leur activit&#233;. Nombreux sont, en effet, les interview&#233;s qui ont essentiellement retenu de Coocanim, la liste des outils qu'ils pensent pouvoir utiliser pour concevoir ou animer de nouveaux modules. Dit autrement, cette formation a permis, &#224; ceux qui ont adopt&#233; une posture instrumentale, d'acqu&#233;rir un savoir pratique &#233;l&#233;mentaire, rapidement appropriable et mis en &#339;uvre dans le cadre de leur travail. Nous retrouvons la recherche de performance imm&#233;diate sur un poste sp&#233;cialis&#233; que G. Friedmann distinguait du savoir complet poss&#233;d&#233; par le sp&#233;cialiste, l'homme de m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la juxtaposition de discussions au sein du forum et la succession de plusieurs fils de discussions accentuent ou d&#233;multiplient la fragmentation des savoirs et simultan&#233;ment s'opposent &#224; l'&#233;tablissement de liens entre eux. En effet, l'acc&#232;s au savoir en ligne est perturb&#233; &#224; la fois par l'accumulation de fils de discussions &#8211; qui oblige &#224; les passer tous en revue sans vision d'ensemble &#8211; et par l'incertitude qui subsiste &#224; l'issue de leur lecture : soit les questions demeurent sans r&#233;ponse, soit les r&#233;ponses ne font que renvoyer &#224; d'autres interrogations, puisque, souvent, les r&#233;pondants se r&#233;f&#232;rent &#224; un site internet, un ouvrage, une ressource de Coocanim, sans trancher d&#233;finitivement. Cette diffraction du doute entre en tension avec l'objectif affich&#233; de d&#233;velopper l'autonomisation dans les apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les outils d'&#233;valuations de Coocanim - en l'occurrence les quiz &#233;lectroniques propos&#233;s &#224; la fin de chaque s&#233;quence - aident-ils pour autant &#224; r&#233;duire ces incertitudes ? On pourrait en effet penser que leur utilisation permettrait aux apprenants d'identifier pr&#233;cis&#233;ment leurs acquis et leurs lacunes, leur signalant ainsi les points &#224; approfondir. Toutefois, on peut en douter, au vu des interviews des apprenants, les quiz ne mettant pas explicitement en exergue les d&#233;finitions insuffisamment ma&#238;tris&#233;es ni n'indiquant les pistes pour progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus globalement, l'adoption d'un rapport instrumental &#224; la formation r&#233;sulte du manque d'intersubjectivit&#233; que la num&#233;risation de la formation engendre. En effet, Coocanim ayant &#233;t&#233; b&#226;tie en application stricte du tout &#224; distance, les apprenants et les animateurs ne se rencontrant jamais en pr&#233;sentiel, le c&#244;t&#233; informel des pratiques d'apprentissage fait totalement d&#233;faut. Or, cet isolement se fait particuli&#232;rement ressentir sur la construction sociale des savoirs, lorsque les apprenants ne se connaissent pas et ne disposent pas de l'aisance attendue pour apprendre en toute autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les concepteurs ont essay&#233; de compl&#233;ter le dispositif d'&#233;changes entre apprenants par des r&#233;unions t&#233;l&#233;phoniques, &#224; la fin de chaque semaine, l'intersubjectivit&#233; a fait d&#233;faut : ceux qui prenaient la parole lors de ces r&#233;unions &#233;taient les plus avanc&#233;s dans le suivi du COOC et non pas ceux qui avaient des questions de compr&#233;hension ou des difficult&#233;s dans le maniement du dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, en mati&#232;re de construction sociale des savoirs, les usages des outils dits de communication ne se substituent pas aux relations intersubjectives de face &#224; face. En effet, les r&#233;dacteurs des messages &#171; post&#233;s &#187; &#233;tant invisibles, d&#233;sincarn&#233;s, se pose la question de la valeur &#224; accorder aux informations et commentaires qu'ils fournissent. Une telle incertitude limite l'int&#233;r&#234;t vis-&#224;-vis des contenus et la richesse des &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que corroborent plusieurs enqu&#234;tes montrant que le taux de participation aux forums sur les MOOC, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, est tr&#232;s faible (Breslow et al., 2013) et qu'il tend m&#234;me &#224; d&#233;cro&#238;tre &#224; mesure que les apprenants progressent dans leur cursus (Stephens-Martinez et al., 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des formateurs in&#233;gaux face &#224; la num&#233;risation de la formation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout compte fait, les choix effectu&#233;s lors de la conception du dispositif p&#233;dagogique et des supports num&#233;riques associ&#233;s refl&#232;tent un rapport majoritairement instrumental &#224; la formation. Face &#224; des savoirs fragment&#233;s et &#224; une intersubjectivit&#233; affaiblie, sans avoir une vision globale sur l'avanc&#233;e des apprenants, les formateurs &#224; qui il est demand&#233; de se muer en animateurs adoptent eux-m&#234;mes un rapport instrumental aux savoirs, &#224; leur pratique et leur m&#233;tier. Mais tous ne poss&#232;dent pas les dispositions requises, ce qui introduit des in&#233;galit&#233;s entre eux, certains se sentant parfaitement &#224; l'aise dans ce nouveau r&#244;le, d'autres ne parvenant que tr&#232;s difficilement &#224; l'exercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux apprenants &#8211; ici, rappelons-le, des acteurs de la formation s'initiant aux usages p&#233;dagogiques du num&#233;rique -, ceux qui acqui&#232;rent de nouvelles connaissances sont majoritairement ceux qui parviennent &#224; adopter, intentionnellement ou non, un rapport instrumental &#224; la formation et &#224; l'acquisition de savoirs. Ils retirent du suivi de ce type de COOC des savoirs ponctuels, utiles &#224; court terme, mais peu mobilisables dans le cadre d'une &#233;volution plus globale de leur m&#233;tier. De plus, les choix p&#233;dagogiques se traduisent par une absence ou r&#233;duction des occasions d'&#233;changer et de s'entraider, donc de construire collectivement les savoirs. Enfin, tous ne b&#233;n&#233;ficient pas, compte tenu de leurs contraintes professionnelles, de contextes environnementaux favorables (organisation du temps de travail trop contrainte ; suivi du COOC non l&#233;gitime aux yeux des managers ; certification non reconnue par la hi&#233;rarchie, etc.). Cette dispersion des capacit&#233;s se traduit par une in&#233;galit&#233;, chez les apprenants, &#224; adopter un rapport instrumental aux savoirs, ce qui explique qu'une partie d'entre eux d&#233;crochent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan de la mise en &#339;uvre de Coocanim est ainsi doublement d&#233;cevant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ceux qui s'en tirent le mieux sont majoritairement ceux qui ont acquis les dispositions pr&#233;alables pour d&#233;velopper un rapport instrumental aux savoirs et qui travaillent dans un contexte favorisant cette attitude. Mais, choisissant d'abandonner d&#232;s leurs &#171; objectifs &#187; personnels atteints, leurs acquis sont fragmentaires, pauvres, peu propices &#224; des initiatives pertinentes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; quant &#224; ceux qui sont d&#233;pourvus de ces dispositions et/ou qui travaillent dans un environnement d&#233;favorable &#224; l'adoption d'un rapport instrumental, leur abandon est subi &#8211; ils auraient souhait&#233; achever leur formation. Ils ne cherchent pas &#224; mobiliser dans leur activit&#233; les quelques connaissances acquises.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Rapport instrumental et industrialisation de la formation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;tude de ce dispositif qui combine num&#233;rique, tout &#224; distance et reconversion du formateur en animateur, dans une vis&#233;e de digitalisation de l'entreprise, montre, tout d'abord, qu'il incarne une nouvelle &#233;tape dans l'industrialisation de la formation. En effet, Coocanim mobilise les diff&#233;rents marqueurs de cette cat&#233;gorie : des &#233;l&#233;ments de rationalisation du m&#233;tier de formateur et de l'organisation de leur travail ; des &#233;l&#233;ments de technologisation, avec le recours &#224; une plate-forme d'autoformation et d'animation &#224; distance ; et des traits d'id&#233;ologisation, puisque son introduction vise moins &#224; accro&#238;tre les capacit&#233;s d'autonomisation des acteurs de la formation qu'&#224; contribuer &#224; la transformation digitale de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, ces analyses sugg&#232;rent qu'en franchissant une nouvelle &#233;tape dans ce processus d'industrialisation, les promoteurs de la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187; sont susceptibles de changer la nature m&#234;me de la formation, en privil&#233;giant l'adoption d'un rapport instrumental &#224; l'acquisition de savoirs. Cette d&#233;naturation porte d'abord sur les professionnels de la formation : une telle industrialisation ne s'accompagnant pas de l'&#233;mergence de nouveaux m&#233;tiers (Gadrey, 1994), mais au contraire de la dissolution de la fonction de formation en accompagnement de d&#233;marches de rationalisation (Barbier et al., 1996), nous pourrions parler d'industrialisation radicale. Bien entendu, il s'agit l&#224; d'une hypoth&#232;se qui serait &#224; &#233;tayer par d'autres analyses portant sur un grand nombre de dispositifs similaires employ&#233;s dans des contextes professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre &#233;volution, qui favoriserait l'adoption ou l'expression d'un rapport plus autonomisant aux savoirs, notamment en cherchant &#224; pr&#233;venir les causes des difficult&#233;s rencontr&#233;es par les apprenants, peut &#234;tre envisag&#233;e. Parmi d'autres orientations, on peut retenir : la prise en compte des multiples dimensions du m&#233;tier de formateur en entreprise ; le recours aux relations intersubjectives non m&#233;diatis&#233;es ; le souci de favoriser ou de ne pas entraver les pratiques collectives par lesquelles les acteurs donnent un sens plus large aux savoirs fragmentaires acquis (Clot, 1999). En remettant ainsi l'accent sur les dimensions collectives et sur les espaces de copr&#233;sence de l'apprentissage, en pr&#233;servant ou favorisant les d&#233;marches r&#233;flexives par lesquelles les formateurs pensent le r&#233;am&#233;nagement de leurs pratiques, il serait possible de limiter l'importance du rapport instrumental &#224; la formation et de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s qui accompagnent les transformations gestionnaires de leur travail. Nous pourrions alors parler d'industrialisation r&#233;flexive, cette r&#233;flexivit&#233; ne serait pas centr&#233;e sur l'individu ou la d&#233;marche p&#233;dagogique (Vacher, 2015), mais concernerait l'institution de formation dans son ensemble, et aurait pour &#171; int&#233;r&#234;t de connaissance majeur (&#8230;) celui du sens (&#8230;) au service de l'autonomie collective et individuelle &#187; (Lallement, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acquatella, F. (2012). Le COOC, un autre visage du MOOC. Distances et m&#233;diations des savoirs, 14. R&#233;cup&#233;r&#233; de : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/dms/1386&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/dms/1386&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Altet, M. (2008). Rapport &#224; la formation, &#224; la pratique, aux savoirs et reconfiguration des savoirs professionnels par les stagiaires. Dans P., Perrenoud (dir.), Conflits de savoirs en formation des enseignants (p. 91-105). Louvain-la-Neuve : De Boeck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbier, J.-M. (2011/1996). Savoirs th&#233;oriques et savoirs d'action. Paris : Presses universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbier, J.-M., Berton, F. et Boru, J.-J. (dir.) (1996). Situations de travail et formation. Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boboc, A. et Metzger, J.-L. (2016). La formation professionnelle &#224; distance &#224; la lumi&#232;re des organisations capacitantes. Distances et m&#233;diations des savoirs, 14. R&#233;cup&#233;r&#233; de : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/dms/1447&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/dms/1447&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boboc, A. et Metzger, J.-L. (2019). La formation continue &#224; l'&#233;preuve de sa num&#233;risation. Formation Emploi, 145, 101-118.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Breslow, L., Pritchard, D. E., Deboer, J., Stump, G. S., Ho, A. D. et Seaton, D. T. (2013). Studying learning in the worldwide classroom : Research into edX's first MOOC. Research &amp; Practice in Assessment, 8, 13-25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chardel, P.-A. et Reber, B. (2011). Risques &#233;thiques. Communications, 88(1), 149-157.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clot, Y. (1999). La fonction psychologique du travail. Paris : Presses universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Davallon, J., Hert, Ph. et C., Tardy. (2007). Entre aide et substitution : l'&#233;criture des pratiques p&#233;dagogiques. Dans C., Tardy, et Y., Jeanneret (dir.), L'&#233;criture des m&#233;dias informatis&#233;s : espaces de pratiques. Paris : Herm&#232;s/Lavoisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedmann, G. (1964/1956). Le travail en miettes. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gadrey, J. (1994). La modernisation des services professionnels. Rationalisation industrielle ou rationalisation professionnelle ? Revue fran&#231;aise de sociologie, 35(2), 163-195.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habermas, J. (1976/1968). Connaissance et int&#233;r&#234;t. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lallement, M. (2003). H&#233;ros et anti-h&#233;ros ? Int&#233;r&#234;ts de connaissance et nouvelles rationalisations institutionnelles. Revue europ&#233;enne des sciences sociales, XLI(127), 87-106.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lallement, P. et Metzger, J.-L. (2009). Renouvellement technologique et in&#233;galit&#233;s num&#233;riques au travail. Dans B., Lelong, Granjon F. et Metzger, J.-L. (dir.), In&#233;galit&#233;s num&#233;riques, clivages sociaux et modes d'appropriation des TIC (p. 159-192). Paris : Herm&#232;s-Lavoisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#339;glin, P. (dir.). (2016). Industrialiser l'&#233;ducation. Anthologie comment&#233;e (1913-2012). Saint-Denis : Presses universitaires de Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naville, P. (1972). Th&#233;orie de l'orientation professionnelle. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piaget, J. (1972). Probl&#232;mes de psychologie g&#233;n&#233;tique. Paris : Deno&#235;l/Gontier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephens-Martinez, K., Hearst, M. A. and Fox, A. (2014). Monitoring moocs : which information sources do instructors value ? Dans L@S'14 Proceedings of the first ACM conference on Learning@ scale conference, Atlanta, Georgia, USA, March 04-05 2014 (p. 79-88). New York : ACM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subramanian, D. and Zimmermann, B. (2017). Voice in French Corporate Training : A critical issue in developing employee. Economic and Industrial Democracy, 2, 1-27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vacher, Y. (2015). D&#233;finir la pratique r&#233;flexive. Dans Y. Vacher (dir.), Construire une pratique r&#233;flexive : comprendre et agir (p. 19-51). Louvain-la-Neuve : De Boeck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vygotski, L. S. (1997/1934). Pens&#233;e et langage. Suivi de Commentaire sur les remarques critiques de Vygotski par Jean Piaget. Paris : La Dispute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vygotski, L. S. (2003/1924). Conscience, inconscient, &#233;motions. Paris : La Dispute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weber, M. (1995/1922). &#201;conomie et Soci&#233;t&#233;. T. 1 - Les cat&#233;gories de la sociologie. Paris : Plon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rence &#233;lectronique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anca Boboc et Jean-Luc Metzger, &#171; Le num&#233;rique vecteur d'un rapport instrumental aux savoirs ? &#187;, Distances et m&#233;diations des savoirs [En ligne], 28 | 2019, mis en ligne le 15 d&#233;cembre 2019, consult&#233; le 14 janvier 2020. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/dms/4152&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/dms/4152&lt;/a&gt; ; DOI : 10.4000/dms.4152&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Auteurs&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Anca Boboc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orange labs&lt;br class='autobr' /&gt;
anca.boboc@orange.com&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Luc Metzger&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universit&#233; d'&#201;vry - Universit&#233; Paris Saclay&lt;br class='autobr' /&gt;
metzger_jean-luc@orange.fr&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corporate Open Online Courses, d&#233;signant l'ensemble des cours prodigu&#233;s par des entreprises, accessibles au grand public via une plateforme sur Internet (Acquatella, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour simplifier, nous &#233;crirons apprenants pour d&#233;signer des formateurs en formation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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