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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
	<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/</link>
	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>Num&#233;riser pour quoi faire ?</title>
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		<dc:date>2019-01-05T08:33:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Olivier Maulini</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un articled'Olivier Maulini repris de la revue Distances et m&#233;diations des Savoirs, une revue sous licence CC by sa &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis que nous sommes humains, nos inventions nous aident et nous forcent en m&#234;me temps &#224; habiter le monde que nous cr&#233;ons. &#192; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne, admettons que ce qui nous rend puissants peut toujours se retourner contre nous, et nous placer devant deux questions &#233;minemment politiques : que devons-nous faire (ou non) de notre pouvoir grandissant, et qui devrait en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique2.html" rel="directory"&gt;Retours d'exp&#233;riences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L150xH111/arton4266-1e6f7.png?1694237612' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/dms/3221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt;d'Olivier Maulini repris de la revue Distances et m&#233;diations des Savoirs, une revue sous licence CC by sa&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que nous sommes humains, nos inventions nous aident et nous forcent en m&#234;me temps &#224; habiter le monde que nous cr&#233;ons. &#192; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne, admettons que ce qui nous rend puissants peut toujours se retourner contre nous, et nous placer devant deux questions &#233;minemment politiques : que devons-nous faire (ou non) de notre pouvoir grandissant, et qui devrait en d&#233;cider l&#233;gitimement ? C'est &#224; partir de ce postulat que je vais personnellement m'inscrire dans le d&#233;bat amorc&#233; par Daniel Peraya, pour me demander si les technologies peuvent, mais aussi doivent et d'abord sont ou non en train de changer la forme universitaire (quelle que soit sa d&#233;finition). Car si l'intention strat&#233;gique de parvenir &#224; ses fins (&#171; pouvoir &#187;) et le souci d&#233;ontique de l&#233;gitimer moralement son action (&#171; devoir &#187;) peuvent r&#233;guli&#232;rement s'opposer dans le d&#233;bat &#233;ducatif, la m&#233;diation d'une d&#233;marche d'objectivation (&#171; savoir &#187;) est seule susceptible de r&#233;unir les postures id&#233;ologiques dans la recherche &#224; la fois contradictoire et concert&#233;e d'un accord argument&#233; (Habermas, 1991). Je vais ainsi prendre appui sur les autres discutants pour essayer de montrer (1) que les formes &#233;ducatives sont n&#233;es pour durer, (2) que les outils num&#233;riques n'ont pas de quoi leur &#234;tre oppos&#233;s ; (3) que forme scolaire et forme universitaire &#233;voluent finalement &#8211; comme toujours en d&#233;mocratie &#8211; entre conflits de progr&#232;s et relative stabilit&#233;. Ceci tant que dure bien s&#251;r la d&#233;mocratisation, donc que la question &#171; Num&#233;riser pour quoi faire ? &#187; peut prendre &#224; rebours l'urgence de s'adapter (Rosa, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Confiner pour mieux former : un paradoxe n&#233; pour durer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les formes sociales en g&#233;n&#233;ral, &#233;ducatives en particulier, ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par l'&#234;tre humain qui s'humanise ainsi par leur biais : rien d'&#233;tonnant dans leur tendance &#224; persister. La forme scolaire a par exemple quarante mille ans d'&#226;ge, et sans doute autant de remise en question. Dans le texte utilis&#233; par Peraya (puis par certains discutants) pour tenter de d&#233;finir cette invention, Philippe Perrenoud et moi-m&#234;me &#233;crivions qu'elle se caract&#233;rise finalement par un trait essentiel, n&#233; d'un geste fondateur : &#171; la distinction entre le moment de l'apprentissage et celui de la pratique en situation &#187;. Les pierriers du pal&#233;olithique sup&#233;rieur (35'000 ans avant notre &#232;re) gardent les traces les plus anciennes de cette s&#233;paration anthropologique entre pratiquer (la taille du silex) et apprendre &#224; pratiquer (sur un chantier virtuel, au mat&#233;riau moins pr&#233;cieux et aux d&#233;bris plus grossiers). Cette s&#233;paration peut se d&#233;battre encore aujourd'hui, par exemple lorsque plonger l'&#233;cole dans le monde digital ou au contraire l'en tenir &#224; distance sont pr&#233;sent&#233;s comme les deux branches d'une alternative plus ou moins d&#233;cisive (Lebrun et Lecoq, 2016). Mais quoi qu'on en pense, le d&#233;couplage a fait la diff&#233;rence entre une formation al&#233;atoire (dans le flux des activit&#233;s) et le souci de la rationaliser, la syst&#233;matiser, la formaliser (&#224; l'&#233;cart de la vie ordinaire). La strat&#233;gie du pas de c&#244;t&#233; a paradoxalement isol&#233; l'enfant des adultes (ou le novice des experts) pour mieux pr&#233;parer son int&#233;gration dans la soci&#233;t&#233;. D'un c&#244;t&#233;, l'apprenti cessait ainsi de perturber le travail de production. De l'autre, il put pleinement se consacrer &#224; sa t&#226;che de formation, en ayant le loisir de se tromper (fonction de simulation), d'aller du simple au complexe (fonction de d&#233;composition) et d'observer la pratique pour au besoin la corriger (fonction de secondarisation). L'invention de l'&#233;criture permit de stocker les savoirs ainsi extraits de l'action, mais l'apprentissage de cette nouvelle pratique a lui-m&#234;me &#233;t&#233; rationalis&#233; : si la forme scolaire a &#171; triomph&#233; &#187;, c'est d'abord parce que ses fonctions didactiques ne cessent de prouver leur efficacit&#233; (Maulini, Meyer et Mugnier, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'emp&#234;che pas de la critiquer. Depuis toujours &#8211; et aujourd'hui autant qu'hier &#8211; les trois fonctions initiales ont pu &#234;tre accus&#233;es d'abuser de leurs vertus, de d&#233;grader la cl&#244;ture scolaire en &#171; coupure scolastique &#187; (Bourdieu, 1984), de ramener trop tard (voire jamais) les savoirs du programme (d&#233;contextualis&#233;s, disciplin&#233;s et scripturalis&#233;s pour &#234;tre enseign&#233;s) vers les situations et les pratiques sociales dont leur sens d&#233;pendrait. Par effet de double seuil, trop de simulation, de d&#233;composition et de secondarisation courraient le risque de transformer les connaissances vivantes en textes morts, les professeurs &#233;rudits en orateurs inaccessibles, les &#233;l&#232;ves conscrits en auditeurs passifs, soit pr&#233;dispos&#233;s &#224; reproduire le rituel h&#233;rit&#233; (quitte &#224; se soumettre), soit condamn&#233;s &#224; en d&#233;crocher (au risque de l'exclusion ou du rejet) (Vincent, 2008). La toute-puissance du savant contre la docilit&#233; de l'ignorant &#8211; causes et cons&#233;quences d'un enseignement par trop confin&#233;, segment&#233; et finalement &#171; artificiel &#187; de savoirs formalis&#233;s &#8211; ont servi de repoussoir &#224; des g&#233;n&#233;rations de p&#233;dagogues partisans des m&#233;thodes &#171; actives &#187;, &#171; constructivistes &#187; ou &#171; d&#233;volutives &#187;, eux-m&#234;mes plus ou moins critiqu&#233;s pour les exc&#232;s (r&#233;els ou suppos&#233;s) de leurs r&#234;ves de learning by doing (Dewey, 1916), voire de deschooling society (Illich, 1971).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peraya remonte &#224; cette controverse en se (et en nous) demandant si les technologies num&#233;riques &#171; peuvent modifier en profondeur &#187; une tradition &#171; centr&#233;e sur l'enseignement &#187; et &#171; la culture de la discipline &#187;. Le contre-mod&#232;le des &#171; courants p&#233;dagogiques centr&#233;s sur l'apprenant et le processus d'apprentissage, [et] encourageant des sc&#233;narios socioconstructivistes et collaboratifs favorisant l'autor&#233;gulation de l'apprenant et l'apprentissage en profondeur &#187; lui para&#238;t porteur d'&#171; un important potentiel d'innovation (techno)p&#233;dagogique &#187;. Jean-Fran&#231;ois C&#233;ci confirme cette hypoth&#232;se souvent reprise (Tardif, 1998) en estimant que &#171; les p&#233;dagogies les mieux adapt&#233;es aux technologies, donc aptes &#224; devenir &#8216;symbiotiques' sont essentiellement les p&#233;dagogies actives, centr&#233;es sur l'apprenant et sa mise en activit&#233; cognitive sur les savoirs &#224; acqu&#233;rir &#187; : des p&#233;dagogies dont la tradition aurait manqu&#233; et que l'avenir appellerait. Mais C&#233;dric Fluckiger joue le r&#244;le du &#171; critique de la critique &#187;, craignant la dilution des savoirs et de l'autorit&#233; des ma&#238;tres dans un curriculum cette fois trop libertaire, voire lib&#233;ralis&#233;. L'utopie pu&#233;rocentriste pourrait ainsi n'&#234;tre que &#171; le cheval de Troie pour une remise en cause politique des missions et modes d'organisation de l'&#233;cole, des disciplines scolaires, de la structuration des contenus autour de la notion de comp&#233;tence et la multiplication des dispositifs non disciplinaires &#187;. Bref : pourquoi vouloir faire rimer num&#233;risation et d&#233;scolarisation si c'est d'abord le projet des entrepreneurs de la Silicon Valley, et que ces marchands de contention prennent soin de faire grandir leurs enfants &#224; l'abri des &#233;crans ? (Richtel, 2011)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Num&#233;riser : pour moins ou mieux formaliser ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Partons donc des faits plut&#244;t que des id&#233;aux : scientifiquement, cela se d&#233;fend. D&#233;&#231;us ou satisfaits de la situation, les chercheurs constatent d'abord que l'int&#233;gration des technologies dans les (hautes) &#233;coles est &#171; rarement planifi&#233;e, structur&#233;e, r&#233;fl&#233;chie &#187;. Elle fonctionne plut&#244;t par &#171; porosit&#233; d'un apport soci&#233;tal &#187; (Aur&#233;lien Fievez). Des changements s'op&#232;rent, oui, mais lorsque les pratiques h&#233;rit&#233;es n'ont &#171; plus le choix de faire autrement &#187; (Pierre-Fran&#231;ois Coen ; Coen, 2011). &#192; la limite, la colonisation des foyers par Wikipedia modifie (un peu) l'enseignement de la r&#233;daction d'expos&#233;s au primaire, et l'intrusion d'Internet dans les amphith&#233;&#226;tres impose des cours (l&#233;g&#232;rement) plus interactifs &#224; l'universit&#233;. N'oublions pas que Gutenberg inventa l'imprimerie au XVe si&#232;cle, mais que l'expos&#233; oral et magistral continue d'interc&#233;der bien souvent entre les sources du savoir et les &#233;l&#232;ves (en particulier au secondaire), en conc&#233;dant &#224; la modernit&#233; une forme assouplie, mais aussi plus contraignante de &#171; cours dialogu&#233; &#187; (Meirieu, 1999). L'&#233;cole a r&#233;guli&#232;rement r&#233;sist&#233; aux innovations sociales, m&#234;me et surtout si elles rendaient la connaissance davantage libre de circuler : on peut p&#233;dagogiquement le regretter (ou s'en f&#233;liciter), mais sociologiquement, c'est d'abord une r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout n'est certes pas homog&#232;ne : certains enseignants, parfois des &#233;quipes, des fili&#232;res ou m&#234;me des &#233;tablissements usent activement des ressources digitales pour am&#233;liorer, enrichir ou dynamiser leur travail. Mais les pratiques les plus expositives mettent les QCM en ligne, ce qui confirme que num&#233;riser n'est pas d&#233;scolariser, y compris quand les &#233;l&#232;ves ont eux-m&#234;mes des attentes conservatrices : &#171; parmi les traits de la forme scolaire, l'&#233;valuation est un des plus stables, car, dans leurs repr&#233;sentations, les &#233;l&#232;ves continuent &#224; attribuer plus de valeur &#224; une &#233;valuation venue de l'ext&#233;rieur qu'&#224; une auto&#233;valuation &#187; (Melina Solari Landa). Seuls les professionnels d&#233;j&#224; f&#233;rus de circulation des savoirs et d'enseignement participatif se saisissent d'interfaces hybrides et collaboratives leur permettant d'amplifier la p&#233;dagogie de l'enqu&#234;te ou du d&#233;bat d'id&#233;es qu'ils pratiquaient de mani&#232;re analogique auparavant. Leurs initiatives pourraient &#233;ventuellement faire boule de neige, mais &#171; les innovateurs sont dans des postures personnelles qui les am&#232;nent &#224; ne pas souhaiter la g&#233;n&#233;ralisation des innovations qu'ils ont promues et donc de les rendre ordinaires &#187; (Bruno Devauchelle). En somme, et comme on le voit ailleurs dans l'&#233;cole, une culture de l'autonomie et de la cr&#233;ativit&#233; de contrebande entra&#238;nerait m&#234;me les innovateurs &#224; appr&#233;cier le statu quo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement est donc lent, moins vertueux que ne l'aimeraient ses adeptes, et moins mena&#231;ant que ne le d&#233;noncent ses opposants. Cela ne dit pas ce qu'il vaut intrins&#232;quement. Prenons le cas embl&#233;matique du cours ex cathedra et (pr&#233;mices de la classe invers&#233;e) des instruments de consultation en temps r&#233;el des &#233;tudiants. Les travaux de p&#233;dagogie universitaire peuvent &#234;tre militants, et pr&#233;coniser voire implanter exp&#233;rimentalement ce genre d'innovations (Gremmo et Massou, 2013 ; Lameul et Loisy, 2014). Mais l'&#233;tude des pratiques ordinaires confirme les deux points pr&#233;c&#233;dents : les nouveaux outils sont d'abord employ&#233;s bon gr&#233; mal gr&#233; par une rel&#232;ve s'adaptant &#224; l'air du temps, celui de son usage priv&#233; du num&#233;rique, des injonctions de l'institution et/ou de la pression directe des smartphones, des notebooks et de la distraction des &#233;tudiants sur l'enseignement ; ou alors (et au contraire) par des pionniers (y compris chevronn&#233;s) faisant depuis longtemps lever la main ou d&#233;battre dans les rangs pour solliciter activement la parole et l'attention (B&#233;lisle, 2010). Int&#233;grer QuizzBox ou Votamatic sans raison &#8211; jusque parce qu'ils seraient modernes &#8211; n'a pas grand sens, et devient m&#234;me contre-productif quand l'artifice parachut&#233; brouille le message au lieu de l'am&#233;liorer. Lancer une question &#224; la vol&#233;e, puis voire les r&#233;ponses s'afficher imm&#233;diatement sur un &#233;cran (comme lors des sondages par textos &#224; la t&#233;l&#233;vision) est certes spectaculaire, peut-&#234;tre interactif et m&#234;me stimulant : &#171; mais quid de la compr&#233;hension r&#233;elle d'un concept ou d'une notion et de la part du hasard dans la r&#233;ponse ? &#187; (Fran&#231;ois Villemonteix) La recherche en p&#233;dagogie a ici montr&#233; que les signes ext&#233;rieurs de participation pouvaient cacher des implicites, des malentendus cognitifs et finalement des in&#233;galit&#233;s dans l'acc&#232;s aux savoirs formalis&#233;s (Bautier et Rayou, 2009) : faire parler, agir, chercher ou exp&#233;rimenter les &#233;l&#232;ves est un d&#233;tour utile s'ils comprennent ainsi mieux les savoirs vis&#233;s ; mais c'est une f&#226;cheuse diversion si ces savoirs ne sont pas ou plus assez montr&#233;s, d&#233;sign&#233;s, explicitement signifi&#233;s (Hattie, 2009). De la maternelle au doctorat, r&#233;ussir ses &#233;tudes exige d'identifier les concepts clefs au milieu des t&#226;ches &#224; effectuer. Si l'activisme r&#232;gne au pr&#233;texte que l'instruction formelle est ali&#233;nante, cette comp&#233;tence n'&#233;choit qu'aux &#233;l&#232;ves et aux &#233;tudiants qui secondarisent le monde spontan&#233;ment (Joigneaux, 2009). Une forme universitaire soucieuse de distinguer nouveaut&#233; et progr&#232;s, activit&#233; et apprentissage, mobilisation et explicitation des savoirs, aura int&#233;r&#234;t &#224; s'inspirer des connaissances produites jusqu'ici dans et par la forme scolaire, m&#234;me si elle retourne celle-ci apr&#232;s l'avoir prolong&#233;e. Car si les cours et les polycopi&#233;s de premier cycle paraissent les plus controvers&#233;s, ils cachent le fait que les &#233;tudes sup&#233;rieures culminent souvent dans une p&#233;dagogie de l'immersion plut&#244;t que de la s&#233;paration, comme les travaux pratiques, les s&#233;minaires de recherche, les stages en laboratoire et finalement les statuts hybrides d'assistant-doctorant et d'enseignant-chercheur en sont l'incarnation. Que sont les &#171; &#233;coles doctorales &#187;, sinon l'hommage que le frayage d'antan (&#233;litiste) rend &#224; la modernit&#233; (d&#233;mocratis&#233;e) de l'apprentissage formalis&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#171; &#192; mauvais ouvrier, pas de bons outils&#8230; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Du biface au robot (ce mot tch&#232;que signifiant &#171; corv&#233;e &#187;), nos outils n'ont cess&#233; d'augmenter nos capacit&#233;s : pour le meilleur lorsque nous approuvons le but vis&#233; (la construction d'un abri, le d&#233;minage d'une bombe) ; pour le pire lorsqu'il heurte plut&#244;t notre moralit&#233; (assassiner son prochain ou le priver de son gagne-pain). Pourquoi l'&#233;ducation ferait-elle exception ? Nous le savons, mais redisons-le au moment o&#249; le conflit de mondes parfaits se durcit entre modernisme globalis&#233; et replis identitaires : &#171; &#192; mauvais ouvrier, pas de bons outils &#187;. &#192; p&#233;dagogie erron&#233;e, pas de r&#233;demption num&#233;ris&#233;e. La recherche nous interdit d'imaginer, d'un c&#244;t&#233; un juste alignement (apprentissage-d&#233;volution-num&#233;risation), de l'autre son antique n&#233;gation (enseignement-instruction-papier/crayon). Car l'effet de double seuil guette partout : quand le monologue d'un enseignant (ou d'un MOOC, ou d'un manuel de programmation) rend insaisissable son propos, mais aussi quand ses interlocuteurs s'expriment si librement qu'ils confondent leur droit de dire ce qu'ils pensent et celui d'apprendre &#224; penser sous son autorit&#233; (sur blog ou sur ardoise, avec ou sans moteur de recherche, en &#233;tant ou non connect&#233;). Craie ou clavier ? Livre ou tablette ? S&#233;paration ou communication ? Enseignant au centre, &#233;l&#232;ve au centre&#8230; ou n'y a-t-il pas de centre et penser compl&#232;tement revient-il &#224; sortir du langage binaire (celui des ordinateurs) pour chercher des &#233;quilibres et des voies f&#233;condes au milieu des contradictions ? En d&#233;mocratie, les progr&#232;s s'opposent. Parfois pas assez, parfois trop : ce dosage-l&#224; peut venir lui-m&#234;me &#8211; mais pour un temps &#8211; au centre d'une discussion. L'avenir est ouvert, &#224; nous de le dessiner : en allant vite l&#224; o&#249; tel ou tel dogme r&#234;ve de r&#233;gner, ou en faisant prosp&#233;rer ensemble une relative stabilit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des DOI (Digital Object Identifier) sont automatiquement ajout&#233;s aux r&#233;f&#233;rences par Bilbo, l'outil d'annotation bibliographique d'OpenEdition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les utilisateurs des institutions abonn&#233;es &#224; l'un des programmes freemium d'OpenEdition peuvent t&#233;l&#233;charger les r&#233;f&#233;rences bibliographiques pour lesquelles Bilbo a trouv&#233; un DOI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bautier, E. et Rayou, P. (2009). Les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage. Programmes, pratiques et malentendus scolaires. Paris : Presses universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;lisle, C. (2010). Les technologies : quels usages, pour quels effets ? Dans B. Charlier et F. Henri (dir.), Apprendre avec les technologies (p. 35-45). Paris : Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu, P. (1984). Homo Academicus. Paris : Minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
DOI : 10.17323/1726-3247-2017-4-91-119&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coen, P.-F. (2011). L'impact r&#233;el des technologies de l'information et de la communication sur la forme scolaire. Recherches en &#233;ducation, 10, 69-80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dewey, J. (1916/1983). D&#233;mocratie et &#233;ducation. Lausanne : L'&#194;ge d'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gremmo, M.-J. et Massou, L. (2013). TIC et fonction enseignante &#224; l'universit&#233; : questions pour la recherche. Distances et m&#233;diations des savoirs, 4. R&#233;cup&#233;r&#233; de : &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/dms/362&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/dms/362&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Auteur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Maulini&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universit&#233; de Gen&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
Facult&#233; de psychologie et des sciences de l'&#233;ducation&lt;br class='autobr' /&gt;
Laboratoire Innovation Formation &#201;ducation (LIFE)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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